04 juillet 2005
MORT D'ALBERTO LATTUADA

Annonce de la mort d'Alberto Lattuada, grand metteur en scène du cinéma italien, marquant par son ironie grinçante. Il débute dans le sillon du néoréalisme, adapte plusieurs romans dont "le Manteau" d'après Gogol avec Renato Rascel, Machiavel, Pouchkine, etc... A l'image du film "I dolci inganni / Les adolescentes" en 1960, avait Catherine Spaak, il aimait à explorer les amours adolescentes, dévoilant ensuite Nastassja Kinski dans "Cosi come sei / La fille" en 1978, avec Marcello Mastroianni. Il avait fait un film assez désastreux en 1985 "Une épine dans le coeur" malgré la beauté mise à nue de Sophie Duez, qui avait gardé de ce film un mauvais souvenir. Cinémed nous informe qu'il était aussi président et co-fondateur de la Cinemathèque italienne.
On lui préfère le mordant "Venga a prendere il caffè da noi / Venez donc prendre le café chez nous" en 1970, farce inouïe où Ugo Tognazzi voulant profiter de l'argent d'un trio de "vieilles filles" (les formidables Angela Goodwin, Francesca Romana Coluzzi et Milena Vukotic), se retrouve impotent épuisé pour avoir voulu satisfaire sexuellement ce trio inédit. Un grand classique de la comédie italienne !

Catherine Spaak dans "Les adolescentes"
Articles : Décès du metteur en scène italien Alberto Lattuada
AFP 03.07.05 | 13h04
Le metteur en scène italien Alberto Lattuada, auteur notamment du "Bandit" avec Anna Magnani est décédé dimanche à 91 ans dans sa résidence secondaire près de Rome, ont annoncé ses proches.
Ses obsèques seront célébrées mardi à l'Eglise des artistes sur la piazza del Popolo à Rome, selon les premières informations.
Né le 13 novembre 1914 à Milan, Alberto Lattuada a d'abord été diplômé en architecture avant de se lancer dans le cinéma. Il a réalisé 32 films.
Il a fait ses débuts au cinéma en 1933 comme décorateur pour "Cuore Revelatore" réalisé par Alberto Mondadori et Cesare Vita.
Il réalise son premier film en 1942, "Giacomo l'idéalista", suivi un an après de "La freccia nel Fianco".
En 1946, après "le bandit", il tourne "Le crime de Giovanni Episcopo" (1947), un film à costumes, situé dans les années 1900. Dans ces deux oeuvres, il a pour scénariste Federico Fellini, avec qui il va également réaliser son film préféré, "Il mulino del Po" (Le moulin du Pô, 1949) et "Luci del varieta" (Les feux du music hall, 1950).
Sa filmographie se poursuit avec "Il capotto (Le manteau, 1952), "La lupa" (La louve, 1953, une étude de moeurs dont l'érotisme a été célébré par les surréalistes), "La tempesta" (La tempête, 1958, avec Silvana Mangano), "Dolci inganni" (Les adolescentes, 1960, avec Catherine Spaak).
Il se lance dans la comédie dans les années 70 avec "Venga a prendere il caffé da noi" (Venez prendre le café chez nous, 1970, avec Ugo Tognazzi), "Bianco rosso" (La bonne planque, 1972, avec Sophia Loren et Fernando Rey), "Cosi come sei" (La fille, 1978, avec Marcello Mastroianni) et "La cigala" (La cigale, 1980, avec Virna Lisi), son dernier long métrage.
LE FIGARO
Disparition Adieu à Lattuada, par Richard Heuzé, le 04 juillet 2005
Il avait tourné avec tout ce que le cinéma italien comptait de beaux acteurs et aimait aussi, l'époque le voulait, faire travailler les jeunes premiers français des années 60 (Christian Marquand, Jean Sorel, Jean-Claude Brialy). On ne l'oubliait pas. Mais, né le 3 novembre 1914, il s'était retiré des plateaux il y a une bonne vingtaine d'années. Il s'est éteint hier matin dans sa maison de campagne, non loin de la capitale. Ses obsèques seront célébrées demain, en l'église des Artistes de la place du Peuple à Rome.
Alberto Lattuada était d'abord un homme de culture. Fils de Felice Lattuada, compositeur sensible, il avait très tôt été engagé dans le monde de l'art, rédigeant des articles pour un journal d'avant-garde, Camminare, dès ses années de lycée. Ce cinéaste virtuose dans l'art de traduire en images le secret des coeurs, les pulsions contradictoires, avait d'abord fait des études d'architecture et c'est comme décorateur qu'il fit ses débuts dans le septième art avec Cuore revalatore de Mondadori et Vita avant d'être conseiller pour le premier long-métrage réalisé en couleurs. On est avant la guerre. Et Lattuada continue d'écrire.
C'est en pleine occupation nazie, en 1943, qu'il va tourner à Rome son premier film, Giacomo l'idéaliste, d'après le roman d'Emilio De Marchi. Il fait alors preuve d'une capacité d'analyse méticuleuse et très personnelle, utilisant notamment la calligraphie pour des effets très étranges, méthode qui lui permet aussi de braver la censure...
A la libération, il se tourne vers le néoréalisme avec notamment Le Bandit (1946), «cri de révolte asocial», dit-il, et Sans pitié (1948), chronique sombre de l'Italie d'après-guerre. Dans le Mulino del Po (1949), il dénonce la condition sociale des paysans de la plaine du Pô. Luci del varietà, tourné en 1951 avec Fellini, critiquait le monde du spectacle avec ironie, mais fut un échec commercial qui faillit le ruiner. Avec Il cappotto (1952) et La spiaggia (1953), il prend ses distances avec le néoréalisme, sans cesser de dénoncer de manière acerbe l'hypocrisie d'une certaine bourgeoisie, ce qui lui vaut une interpellation parlementaire de la démocratie chrétienne.
Découvreur de jeunes talents, il a mis en scène Giuletta Masina, Martine Carol, Jacqueline Sassard (qui incarne une jeune fille de 15 ans mélancolique et romantique dans Guendalina, 1957), Catherine Spaak (Il dolci Inganni, 1970). Puis, dans les années 70, Therese-Ann Savoy, Nastassja Kinski, Dalila Di Lazzaro, Clio Goldsmith.
Eclectique, il passe avec désinvolture du film policier (L'Impreviso en 1961, Il mafioso en 1962), aux comédies ironiques (Don Giovanni in Sicilia, 1967 - Venga a prendere un caffé da noi, 1970) et jusqu'au film de guerre (Fraulein Doktor, 1969).
En 1978, Cosi come sel (La Fille) réunit Mastroianni, Nastassja Kinski, Francisco Rabal en une troublante histoire tandis que La Cigala, en 1980, mélodrame singulier, donne à Virna Lisi un rôle superbe.
Sur le tard de sa vie, il tourna des épisodes de Christophe Colomb pour la RAI. Il aimait l'Histoire, la pensée, et avait donné une traduction cinématographique de La Mandragore de Machiavel en 1965.