30 août 2005
MORT DE JACQUES DUFILHO
Ce grand comédien se qualifiant plus volontiers agriculteur que comédien, était un passionné d'équitation - il faisait des concours hippiques dans sa jeunesse -. Un oeil perçant, et un physique particulier, il avait une présence incroyable. Il préfère s'orienter vers le théâtre plutôt que de reprendre la pharmacie familiale - son frère André était d'ailleurs médecin -. Il est engagé en 1938 pour 7 spectacles au théâtre de l'atelier par Charles Dullin, lui aussi passionné de cheval, et qui parlait de lui comme "Un des plus doués parmi mes anciens élèves". C'est le début d'un parcours théâtral impressionnant.
Sur sa passion du cheval, il trouve un de ses meilleurs rôles à la télévision dans "Milady" (François Leterrier, 1975), où il joue un ancien écuyer du cadre noir de Saumur qui sacrifie sa vie à sa passion, le cheval. En fermier grand-père Eric Caravaca, il est touchant dans "C'est quoi la vie" (François Dupeyron, 1998). On le voyait souvent ces dernières années à la télévision dans un cadre rural, il était excellent en Joffroi de la Maussan, pour Marcel Bluwal en 1987, personnage idéal pour incarner l'univers de Jean Giono.
Le cinéma a assez peu exploité, dans les premières années son grand talent finalement, après le faut départ de l’inachevé "Corsaire" de Marc Allégret en 1939. C’est Jean Devaivre qui dans "La ferme aux sept péchés", lui donne un de ses premiers rôles les plus marquants, celui d’un innocent de village sensible. Il est amusant dans une ribambelle de rôles teintés d’humour noir, le fossoyeur dans « Dans l’eau qui fait des bulles » (1960), ou le cycliste maladroit dans "La route joyeuse" de Gene Kelly (1956, où il est hilarant dans un rôle physique et muet. Il passe souvent de rôles amusants à d’autres plus inquiétants, il est idéal dans des ambiances agricoles à l’image de son rôle du père l’Atzec dans "La guerre des boutons" d’Yves Robert qui lui avait confié le rôle du valet de chambre dévoué à la cause d’Arsène Lupin dans "Signé Arsène Lupin". Très à l'aise dans la comédie, il vole même la vedette à Fernandel dans "Le bon roi Dagobert" (Pierre Chevalier, 1963), il y est survolté et bizarrement non crédité.
Une journée bien remplie
Il trouve cependant des rôles plus intéressants dans les années 70-90. Claude Chabrol, par exemple qui le dirige dans "Le cheval d'orgueil" (1980), qui lui a donné le truculent rôle du commissaire Juve - avec Juan-Luis Buñuel -, dans la série des "Fantômas" diffusé en 1980, face à un Helmut Berger peu inspiré. Jean-Pierre Mocky lui donne quatre de ses meilleurs rôles dans "Snobs !" (1961) où il se fond parfaitement à un univers décalé, il est un villageois inquiétant dans "La grande Frousse" (1964), il obtient un premier rôle dans le méconnu "Chut !" (1971), où il forme un savoureux duo avec Michael Lonsdale, en fondateur d'une compagnie foncière qui gruge des petits épargnants et tombe amoureux d'un hermaphrodite ! et "Y a t'il un Français dans la salle ?" (1982) où il est un maître-chanteur sentencieux et séquestré par Alexandre Rignault.
Il forme un duo étonnant avec Bernard Blier dans "Ce cher Victor" (Robin Davis, 1974) où dans le rôle de Victor, il découvre que sa femme morte huit ans auparavant le trompait, ce qui n'est en fait qu'une basse vengeance de son souffre douleur Anselme - Blier excellent -. Pierre Schoendoerffer lui confit un de ses meilleurs rôles dans "'Le crabe tambour" (1977) en chef mécanicien philosophe à bord du "Jauréguiberry", il l'engage à nouveau en 2001 pour son nostalgique "Là-haut, un roi au-dessus des nuages" (2001) où il est un prêtre témoignant auprès de Florence Darel. Claude Sautet l'engage pour son personnage de libraire homosexuel dans "Un mauvais fils" (1980). Il obtient pour "Le crabe tambour" et "le mauvais fils", par deux fois le César du meilleur second rôle.
On se souvient de son rôle de boulanger Rousseau, tueur méthodique dans un petit bijou d'humour noir "Une journée bien remplie" (1972), une belle réalisation de Jean-Louis Trintignant. Le cinéma fantastique n'a pas fait beaucoup appel à lui, mais on se souvient du capitaine du navire, véhiculant le cercueil de Nosferatu - et dans l'élan la peste..." dans le remake controversé de Werner Herzog (1978).
Très à l'aise dans la composition, il a fait une multitude de rôles comiques, comme celui de la bonne espagnole dans "Clémentine chérie" (1962), il est à l'aise dans le burlesque chez Louis Malle dans "Zazie dans le métro" (1960), ou la grosse cavalerie "Les bidasses en folie" de Claude Zidi, 1970, ce dernier film restant très amusant, mais a donné à Dufilho de multiples participations à des pantalonnades en Italie, genre Von Buttiglione, restés souvent inédits chez nous. Ses nombreuses heures dans les cabarets - on se souvient de son célèbre monogue de la servante dans "Phèdre" et celui de "La visite du château" lui ont permis de toujours tirer son épingle du jeu dans ce types de comédies. Il a composé un "Pétain" (Jean Marboeuf, 1992) assez saisissant face à un Jean Yanne moins à l'aise dans la composition. Par ses opinions politiques et sa foi - tendance St-Nicolas du Chardonnet -, on lui a reproché avoir voulu sauver son personnage, de même la revue "Positif" avait dit que son rôle d'un des "Valeureux" dans "Mangeclous" (Moshe Mizrahi, 1988), était une manière pour Dufilho de se dédouaner de certaines des ses idées. Il a signé un bon livre de souvenirs, sur le tard : "Les sirènes du bateau-loup" (Éditions Fayard, 2003).

Filmographie : 1939 Le corsaire (Marc Allégret, inachevé ) - 1941 Croisières sidérales (André Zwobada) - 1943 Voyage surprise (Pierre Prévert) - Premier de cordée (Louis Daquin) - 1946 Le bateau à soupe (Maurice Gleize) - 1947 Brigade criminelle (Gilbert Gil) - Le destin exécrable de Guillemette Babin (Guillaume Radot) - La figure de proue (Christian Stengel) - Pyrénées, terre de légendes : Les Baiars (Jean Lods, CM) - 1948 La ferme des sept péchés (Jean Devaivre) - 1949 Les étoiles (réalisation seulement, CM) - Vendetta en Camargue (Jean Devaivre) - Histoires extraordinaires (Jean Faurez) - 1950 Bibi Fricotin (Marcel Blistène) - Caroline chérie (Richard Pottier) - 1951 Deux sous de violettes (Jean Anouilh) - Ma femme, ma vache et moi (Jean Devaivre) - 1952 Le rideau rouge/Ce soir on joue Macbeth/Les Rois d'une nuit (André Barsacq) - Un caprice de Caroline Chérie (Jean Devaivre) - 1953 Saadia (Albert Lewin) - Sang et lumières/ Sandre y luces (Georges Rouquier & Ramon Munoz Suay + version espagnole) - Le chevalier de la nuit (Robert Darène) - 1954 Cadet-Rousselle (André Hunebelle) - 1955 Milord l'arsouille (André Haguet) - Ce sacré Amédée (Louis Félix) - Paris coquin/Paris canaille (Pierre Gaspard-Huit) - Marie-Antoinette (Jean Delannoy) - 1956 Mon curé chez les pauvres (Henri Diamant-Berger) - Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy) - La vie est belle (Roger Pierre & Jean-Marc Thibault) - Courte tête (Norbert Carbonnaux) - The happy road (La route joyeuse) (Gene Kelly) - Jusqu'au dernier d(Pierre Billon) - Que les hommes sont bêtes ! (Roger Richebé ) - 1957 Nathalie (Christian-Jaque) - Mademoiselle strip-tease (Pierre Foucaud) - Le temps des oeufs durs (Norbert Carbonnaux) - A tale of two cities (Ralph Thomas) - 1958 Chéri, fais-moi peur ! (Jack Pinoteau) - Et ta soeur (Maurice Delbez) - Le petit prof (Carlo Rim) - Maxime (Henri Verneuil) - Auto-stop & Les Autopathes (Éric Duvivier, CM) [diffuses dans le long métrage "Fou" en 1979] - Taxi, roulotte et corrida (André Hunebelle) - Bobosse (Étienne Périer) - I Tartassi (Fripouillard et compagnie) (Steno [Stefano Vanzina]) - Julie la Rousse (Claude Boissol) - 1959 Signé Arsène Lupin (Yves Robert) - Le travail, c'est la liberté (Louis Grospierre) - Préméditation ? (André Berthomieu) - 1960 Zazie dans le métro (Louis Malle) - Dans l'eau qui fait des bulles/Le garde-champêtre mène l’enquête (Maurice Delbez) - XYZ de Philippe Lifchitz (CM, voix du récitant) - La forêt des hommes rouges (Jean Lehérissey, CM) - Dans la gueule du loup (Jean-Charles Dudrumet) - Le vergini di Roma (Les vierges de Rome) (Carlo Ludovico Bragaglia & Vittorio Coffafavi) - 1961 Le monocle noir (Georges Lautner) - Snobs ! (Jean-Pierre Mocky) - La guerre des boutons (Yves Robert) - La poupée (Jacques Baratier) - 1962 Un clair de lune à Maubeuge (Jean Chérasse) - Les travestis du diable (Jean De Bravura, CM, voix du récitant) - L'âge d'or du fer de Jean Valentin (CM, voix du récitant) - Clémentine chérie (Pierre Chevalier) - Coup de bambou (Jean Boyer) - 1963 L'assassin connaît la musique (Pierre Chenal) - Le bon roi Dagobert (Pierre Chevalier) - Voir Venise et crever (André Versini) - The visit/Der Besuch (La rancune) (Bernhard Wicki) - 1964 Mayeux le bossu (André Charpak, CM, voix du récitant) - La grande frousse/La cité de l'indicible peur (Jean-Pierre Mocky) -Spuit Elf (Paul Cammermans) - Lady L (Peter Ustinov) - 1965 La communale (Jean L'Hôte) - L'or du duc (Jacques Baratier) - La Prima Donna (Philippe Lifchitz, CM, voix du récitant) - James Tont Operazione D.U.E. (Bruno Corbucci) - L'inconnu de Shandigor (Jean-Claude Roy) - 1966 Johnny Banco (Yves Allégret, sous réserve) - Y mañana ? (Emile Degelin) - Anaconda (J. Desvilles & E. Ryssack, documentaire, voix du récitant) - Les têtes brûlées/Cabezas cremadas (Willy Rozier) - Benjamin ou les mémoires d'un puceau (Michel Deville) - 1967 Barbarella (Roger Vadim, voix seulement) - 1968 Les langues mortes (Anne-Marie et Jean Devaivre, CM) - 1969 Appelez-moi Mathilde (Pierre Mondy) - Un merveilleux parfum d'oseille (Renaldo Bassi) - Une veuve en or (Michel Audiard) - 1970 Fantasia chez les ploucs (Gérard Pirès) - Au verre de l'amitié (Claude Makovski, CM) - 1971 Les bidasses en folie (Claude Zidi) - Chut.../Pavane pour un crétin défunt (Jean-Pierre Mocky) - 1972 Corazón solitario (Francisco Betriú ) - Le Chavalanthrope de Mario Ruspoli, CM, voix du récitant) - Une journée bien remplie (Jean-Louis Trintignant) - 1973 Les corps célestes (Gilles Carle) - La grande nouba (Christian Caza [Michel Ardan]) - Un ufficale non si arrende mai nemmeno di fronte all'evidenza, firmato colonello Buttiglione/Il colonello buttiglione (Si, si, mon colonel) (Mino Guerrini) - Crash ! Che botte strippo strappo stroppo/Si wang yi you (Adalberto Albertini) - 1974 Ce cher Victor (Robin Davis) - Il professore venga accompagnato dai suoi genitori (Mino Guerrini) - Basta con la guerra... facciamo l'amore (Andrea Biachi) - Il colonello Buttiglione diventa generale (Vive la classe !) (Mino Guerrini) - L'erotomane d(Marco Vicario) - 1975 Buttiglione diventa capo del Servizio segreto (Mino Guerrini) - Il soldato di ventura (La grande bagarre) (Pasquale Festa Campanile) - 1976 La victoire en chantant/Blancs et noirs en couleurs (Jean-Jacques Annaud) - Voto di castità (Aristide Massaccesi [Joe D'Amato]) - Il medico e la studentessa (Silvio Amadio) - Dimmi che fai tutto per me (Pasquale Festa Camanile) - 1977 Le crabe-tambour (Pierre Schoendoerffer) - Von Buttiglione Sturmtruppenführer (Ya ya mon colonel) (Mino Guerrini) - 1978 Nosferatu, Phantom der Nacht (Nosferatu, fantôme de la nuit) (Werner Herzog) - 1979 Rue du Pied-de-Grue (Jean-Jacques Grand-Jouan) - 1980 Le cheval d'orgueil (Claude Chabrol) - Un mauvais fils (Claude Sautet) - 1982 Y a-t'il un Français dans la salle ? (Jean-Pierre Mocky) - 1983 Le moulin de monsieur Fabre (Achmed Rachedi) - 1984 La fièvre monte à Castelnau (Patrice Rolet, CM) - Grand-père s'est encore sauvé (Jean-Claude Tourneur, CM) - 1985 L'homme qui n'était pas là (René Féret) - 1987 À notre regrettable époux (Serge Korber) - Le moulin de Dodé (Chantal Myttenaere, CM) - 1988 Mangeclous (Moshé Mizrahi) - La vouivre (Georges Wilson) - 1991 Les enfants du naufrageur (Jérôme Foulon) - 1992 Pétain (Jean Marboeuf) - 1996 Nel profondo paese staniero (Homère, la dernière odyssée) (Fabio Carpi) - 1998 C'est quoi la vie ? (François Dupeyron) - Les enfants du marais (Jean Becker) - 2001 Là-haut, un roi au-dessus des nuages (Pierre Schoendoerffer).
Divers : Jacques Dufilho est crédité au générique du film d'Henri-Georges Clouzot "Les espions" (1957), mais ne figure pas dans le film (rôle coupé au montage ?). De même il ne participe pas au film « Le radeau de la méduse » d’Iradj Azimi (1987-1990), film au tournage chaotique.
Jacques Dufilho dans "Le vieil ours et l'enfant"
Télévision : (notamment)
1953 Le village des miracles (René Lucot) - 1957 L'île au trésor (Bernard Hecht) - 1960 Le serment d'Horace (Stellio Lorenzi) - 1962 Le théâtre de la jeunesse : L'auberge de l'ange gardien (Marcel Cravenne) - 1966 Salle n° 8 (Jean Dewever & Robert Guez) - 1967 Hélène ou la joie de vivre (Claude Barma) - Lagardère (Jean-Pierre Decourt) - 1969 Le huguenot récalcitrant (Jean L'Hôte) - 1974 Josse (Guy Jorré) - 1975 Milady (François Leterrier) - 1977 La vigne à Saint-Romans (Pierre Pradinas) - 1978 Pierrot mon ami (François Leterrier) - Talou, prince secret (Jean-Claude Roy) - Le roi Muguet (Guy Jorré) - Les insulaires (Gilles Grangier) - 1979 Vincendon (Franck Appréderis) - Fantômas : L'échafaud magique (Claude Chabrol) - Fantômas : L'étreinte du diable (Juan Luis Buñuel) - Fantômas : Le mort qui tue (Juan Luis Buñuel) - Fantômas : Le tramway fantôme (Claude Chabrol) - 1980 Les aiguilleurs (Raoul Sangla, captation) - 1981 Solde de tous comptes (Jean L'Hôte) - Un fait d'hiver (Jean Chapot) - 1982 Le fou du viaduc (Guy Jorré) - Les Longuelunes (Jean-Daniel Verhaeghe) - Les insomnies de Monsieur Plude (Jean Dasque) - Le soleil des autres/Le pigeonnier (Guy Jorré) - Emmenez-moi au théâtre : Chêne et lapins angoras (Yves-André Hubert, captation) - 1983 Le gardien (Yves-André Hubert (captation) - L'étrange château du docteur Lerne (Jean-Daniel Verhaeghe) - Voglia di volare (Ma fille, mes femmes et moi) (Pier Giuseppe Murgia) - 1984 Sogni e Bisogni (Sergio Citti) - Les deux témoins (Michel Farin) - Le passage (Franck Appréderis) - Les magiciens du mercredi de Freddy Charles) - 1985 Espionne et tais-toi : Les vacances du pouvoir (Claude Boissol) - Une femme innocente (Pierre Boutron) - 1987 L'ami Giono : Joffroi de la Maussan (Marcel Bluwal) - Chahut-Bahut d(Jean Sagols) - Le vent des moissons (Jean Sagols) - 1989 Espionne et tais-toi : L'homme qui n'en savait rien (Claude Boissol) - Condorcet (Michel Soutter) - Orages d'été, avis de tempête (Jean Sagols) - 1990 Stirn et Stern d(Peter Kassovitz) - Les bottes de sept lieues (Hervé Baslé ) - Marie-Pervenche : La planche étroite (Jean Sagols) - 1992 Le galopin (Serge Korber) - 2000 Jeanne, Marie et les autres (Jacques Renard) - Le vieil ours et l'enfant (Maurice Brunio).
Théâtre :
1946 LES FRERES KARAMAZOV de DOSTOIEVSKI Théâtre de l''Atelier / 1947 L''AN MIL de Jules ROMAIN avec Charles DULLIN / L''ARCHIPEL LENOIR de Armand SALACROU avec Charles DULLIN / COLOMBES de Jean ANOUILH / LA CONDITION HUMAINE de MALRAUX / UN IMBECILE de PIRANDELLO - à MONTREAL / 1955 LE OUALLON de Jacques AUDIBERTI / LE MAL COURT de Jacques AUDIBERTI avec Suzanne Flon / 1958 LE CHINOIS de BARILLET et GREDY avec Françoise Dorin / 1959 EDMEE de J.L. BREAL - Théâtre de la Bruyère / L''EFFET GLAPION de Jacques AUDIBERTI avec Jacqueline Gauthier / LE MARIAGE DE MONSIEUR / MISSISSIPI de Friedrich DURRENMATT / 1961 LE REVEUR de Jean VAUTHIER - Théâtre La Bruyère / 1962 LES MAXIBULES de Marcel AYME avec François CHRISTOPHE / 1963 LA VISITE DE LA VIEILLE DAME de Friedrich DURRENMATT / DECIBEL mise en scène de Pierre DUX / 1968 CHENE ET LAPINS ANGORA de Martin WALZER - mise en scène Georges WILSON (T.N.P.) / 1969 LE GARDIEN d''Arnold PINTER - mise en scène de Jean-Laurent COCHET / LE PRIX DUSSANE sera décerné à Jacques DUFILHO / 1977 DES FLEURS SUR UN RAIL - mise en scène Georges WILSON / 1979 LES AIGUILLEURS de Brian BHELAN - mise en scène de Georges WILSON au théâtre de l''Oeuvre / 1980 CHUT de Françoise DORIN - mise en scène de Jean-Laurent COCHET - au théâtre des Variétés / 82/83 Tournée FRANCE/ETRANGER de la pièce LE GARDIEN d''Arnold PINTER / 84/85 L''ESCALIER de Charles DYER -mise en scène Georges WILSON au Théâtre de l''Oeuvre / 86 LEOPOLD LE BIEN AIME de Jean SARMENT - 87 mise en scène Georges WILSON au Théâtre de l''Oeuvre / 1988 JE NE SUIS PAS RAPPAPORT de Herb GARNER - mise en scène Georges WILSON / MOLIERE DU MEILLEUR ACTEUR 1988 / 1991 LE METEORE - de Friedrick DURRENMATT - mise en scène Georges WILSON / 1992 NE COUPEZ PAS MES ARBRES de W .D. HOME, adaptation Marc Gilbert SAUVAJON, aux Bouffes Parisiens / 1993 QUELQUE PART DANS CETTE VIE / SHOW BIS de NEIL SIMON - Mise en scène Georges WILSON / NE COUPEZ PAS MES ARBRES - Mise en scène Michel ROUX / 1994 QUELQUE PART DANS CETTE VIE - d''Israël HOROVITZ - (En Tournée d''été et reprise au THéâtre MARIGNY) / 1995 LE VOYAGE de Gérald AUBERT - Mise en scène de Michel FAGADAU / 1996 COLOMBE - Mise en scène Michel FAGADAU / 1997 COMME UN CERF-VOLANT ENGLOUTI - Mise en scène Yves LE MOIGN’.
ARTICLES :
PARIS (AFP) 18:31 A la une : Mort de Jacques Dufilho, le comédien-paysan
Jacques Dufilho, qui vient de mourir à l'âge de 91 ans, était un homme aux convictions traditionnelles, amoureux du théâtre et du cinéma mais aussi très proche de l'univers paysan, qu'il n'a jamais complètement abandonné au profit des planches.
Né le 19 février 1914 à Bègles (Gironde), Jacques Dufilho eut en effet la vocation de l'agriculture avant celle du théâtre, une vocation qui accompagna toute sa vie, partagée entre ses terres du Gers et la scène.
Il monte à Paris en 1938 pour suivre les cours de Charles Dullin et joue aux côtés de Jean-Louis Barrault, André Barsacq, Maurice Jacquemont, Georges Vitaly, ou encore Georges Wilson.
Ce comédien au talent corrosif, au regard noir perçant sous des sourcils broussailleux et à la voix reconnaissable entre toutes, joue dans des dizaines de pièces, notamment Anouilh ("Colombe", Audiberti ("Le Oullou", "Le mal court" et "L'effet Glapion", Marcel Aymé ("Les Maxibules", Pinter ("Le Gardien" Dürrenmatt ("Le mariage de monsieur Mississipi" et "La visite de la vieille dame" où il a connu de véritables triomphes. Son interprétation de "L'Avare" en 1962 est restée dans les annales. En 1994, Jacques Dufilho avait fêté ses 80 ans sur scène en jouant "Show bis" de Neil Simon.
Parallèlement à cette brillante carrière sur les planches, Jacques Dufilho a joué dans près de 60 films, depuis "Premier de cordée" en 1943 jusqu'à "Là-haut, un roi au-dessus des nuages" de Pierre Schoendoerffer en 2002.
Il a tourné, des rôles souvent secondaires mais toujours remarqués, avec des réalisateurs tels que Louis Malle ("Zazie dans le métro" , Henri-Georges Clouzot ("Les espions" , Yves Robert ("La Guerre des boutons" , Jean-Jacques Annaud ("La victoire en chantant" , Werner Herzog ("Nosferatu, fantôme de la nuit" , Pierre Schoendoerffer ("Le Crabe-tambour" , Claude Chabrol ("Le Cheval d'orgueil" .
Il fut aussi la tête d'affiche dans "Pétain" de Jean Marboeuf (1993), où il incarne le Maréchal face à Jean Yanne dans le rôle de Laval.
Monarchiste légitimiste, catholique traditionnaliste nostalgique des messes en latin, Jacques Dufilho ne cachait pas son opposition au suffrage universel, pas plus que son hostilité aux communistes et aux socialistes.
Opposé au modernisme, il s'emportait contre l'invasion des tracteurs dans les campagnes et se voulait un prophète de l'ascétisme. Il avait cependant un péché mignon, les Bugatti, qu'il collectionnait avec bonheur.
Tout au long de sa longue carrière, Jacques Dufilho a décroché de nombreuses récompenses : le Trophée Dussane, un Molière (1988) et deux Césars du meilleur rôle masculin pour "Le Crabe tambour" de Pierre Schoendoerffer et "Un mauvais fils" de Claude Sautet. Il était également officier de l'Ordre du Mérite. Jacques Dufilho avait publié en 2003 une autobiographie intitulée "Les sirènes du bateau-loup" (Fayard).

LE FIGARO :
HOMMAGE Le grand comédien s'est éteint dimanche, dans la région de Bordeaux où il était né en 1914
Jacques Dufilho, janséniste avec malice par Marion Thébaud [30 août 2005]
Jacques Dufilho, c'était le mélange de la gravité et de l'espièglerie. «Dès mon plus jeune âge, disait-il, j'ai été à la recherche d'un ordre. On a dit cent fois qu'il y avait du monastique en moi : à coup sûr, ce qui m'attire dans la vie religieuse, c'est la règle. J'y vois la rencontre miraculeuse d'une discipline spirituelle et d'une maîtrise de sa vie matérielle. Très tôt, c'est dans la vie paysanne que j'ai cru trouver l'accès à cette vérité.»
Né en 1914, à Bègles, en Gironde, Jacques Dufilho travaille dans une ferme. Il a dix-sept ans. Nous sommes au début des années trente. Son père, qui est pharmacien, ne fait nul obstacle à sa vocation rurale. Mais pour acheter une ferme, il faut de l'argent. C'est grâce au théâtre et au cinéma qu'il rassemble les deux aspects de sa personnalité. Le jeu fascine cette nature ludique. Non pas seulement le jeu du comédien, mais l'évasion complète, l'envie d'entrer dans un paysage imaginaire. On conseille à Jacques Dufilho d'aller à Paris voir Charles Dullin qui va l'influencer toute sa vie. «Chaque fois que je joue, je pense à lui, dit-il. Il me regarde et cela m'aide à me concentrer, à respecter l'humilité qu'on devrait tous avoir sur terre.»
En 1941, il joue à ses côtés Les Frères Karamazov et L'Archipel Lenoir de Salacrou. Inclassable, il joue aussi bien Colombe d'Anouilh que Les bidasses en folie avec les Charlots. Un joyeux mélange. Dufilho n'oublie jamais non plus l'humoriste des cabarets rive gauche qu'il fréquente à ses débuts en parodiant un gardien de musée ou une vieille bonne atrabilaire, les yeux en boule de pétanque et la voix de cornet de jazz.
Dans les années 8O, Dufilho réalise son rêve et s'offre un château en ruines dans le Gers. Il a enfin ses terres et sa ferme, baptisée «Au Christ au lin». Une façon pour lui de poursuivre sa carrière théâtrale et son aventure intérieure. D'ailleurs, sa loge au théâtre témoigne toujours d'une présence bucolique avec quelques talismans : une «mouchette» pour vache ou des verres solides, simples, sans fioriture, unis. Du bois, du verre, matières nobles à travailler. Sans doute, aux yeux de Dufilho, existe-t-il une mystérieuse connivence entre nos mains et notre âme. Du burin au marteau, de la cuisine au grenier, Jacques Dufilho sait tout faire. C'est pourquoi il semble toujours à sa place quand il joue un artisan ou un paysan, un gueux ou un preux.
Mais sous le bouffon se cache une rigueur monastique. Il est à la fois grave et facétieux, mêlant des ardeurs de croisé et des silences de pêcheur à la ligne. C'est un «Janséniste rieur», comme le définissait notre ami Renaud Matignon. Un mariage qui fait merveille dans Le Gardien de Pinter, pièce qui lui fournit avec Chêne et lapins angoras de Martin Wasler, au TNP, deux de ses plus belles performances d'acteur.
Dans les années 80, aux côtés de Georges Wilson, il s'impose dans des pièces contemporaines, Les Aiguilleurs de Brian Phelan, ou Je ne suis pas Rappaport, d'Herb Gardner. Malgré tout cela, Jacques Dufilho ne se sent guère acteur. Il l'est pourtant, sans adopter les tics du genre. Si ses petits-enfants portent les plus beaux prénoms qui soient au royaume du théâtre, Jean-Baptiste (comme Molière) et Agnès (Molière, toujours), il n'a pas une vie d'acteur, ni une maison d'acteur. «Vous savez, dit-il, un de ces endroits abominables qui sont équipés d'un coin bar, avec des carreaux de faïence achetés boulevard Saint-Germain, un assortiment de tous les alcools à la mode et une sono de tous les diables.»
Chez lui, dans sa ferme du Gers, il rend sa noblesse aux pièces, supprimant les peintures abusives, les cloisons sacrilèges. Partout, on remarque les coquilles, présence de Compostelle qui hante le décor de sa vie en même temps que ses écrits, à l'image du titre du délicieux roman qu'il publie, La Route de Compostelle.
«Ecrire me soutient, écrire unifie», avouait-il à Armelle Héliot dans les colonnes du Quotidien de Paris, il y a bien des années. Si écrire unifie, «lire ouvre au monde», se plaît-il à dire. Il aime Alexandre Vialatte, Antoine Blondin et George Sand, «parce qu'elle donne le goût de la vie. Lorsque je la lis, j'ai envie de manger, de boire, c'est merveilleux».
Cet appétit, on le retrouve à chaque étape de sa vie. «Dans la vie, on a toujours des surprises, des découvertes à faire.» Ainsi aux côtés des comédiens dont il parle volontiers, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Georges Wilson, il cite une nouvelle venue, Sonia Vollereaux, qui est pour lui une découverte, avec laquelle il a joué Quelque part dans cette vie d'Horovitz et, en 1998, Ma petite fille, mon amour de Jean-Claude Sussfeld.
«Je viens d'entrer dans ma quatre-vingt-cinquième année et si je travaille toujours c'est que je n'ai pas le choix», disait-il. Il a toujours joué un répertoire librement ouvert, à l'image d'un comédien qui vivait son métier avec une gourmandise d'enfant.
Il en avait quatre-vingt-onze. En 2003, il avait tourné sous la direction de son ami Pierre Schoendoerffer le rôle d'un recteur breton dans Là-Haut, un roi au-dessus des nuages. Ce fut son dernier rôle.
Un gentilhomme de la terre par Pierre Marcabru [30 août 2005]
Il sort du passé comme le loup sort du bois (1). Il nous arrive de loin. Il est des acteurs qui plaisent parce qu'ils ressemblent à tout le monde et d'autres qui plaisent parce qu'ils ne ressemblent à personne. Ces derniers, avant de séduire, étonnent. Ce sont des phénomènes de la nature. Charles Laughton, Michel Simon, Jacques Dufilho font partie de ces phénomènes. Ils échappent à la règle commune. Ils respirent un autre air, ils viennent d'ailleurs. Quand Jacques Dufilho entre en scène, avec sa tête de casse-noisettes, ses petits yeux noirs, aigus et suspicieux, sa voix haut perchée que fait chanter un léger accent occitan, nous sentons bien que quelque chose d'imprévisible, dans le comique comme dans le tragique, va se passer. Il sort de sa boîte comme un diable, il apporte le mystère, il ne répond jamais à ce que nous attendons de lui. Il se contente d'être lui-même, et nous restons bouche bée tels des enfants devant la marionnette. C'est l'homme de tous les paradoxes. Il a joué dans une infinité de films, souvent farces, parfois médiocres, quelquefois imbéciles, qu'il traverse sans jamais se mouiller comme la salamandre le feu. Tout autour de lui, la vulgarité triomphe, il l'ignore et, inaltérable, poursuit son chemin.
On ne trouve dans son comique nulle bassesse, nulle complaisance, mais une stupéfiante liberté dans l'extravagance et dans la cocasserie. A lui seul, il sauve la mise en scène. Il est la bizarrerie incarnée, et cette bizarrerie ne sent jamais l'affectation, n'est pas calculée. Elle est innée, et si naturelle qu'elle est la texture même du personnage. Dufilho est bizarre comme d'autres sont blonds ou maigres. Cet oiseau rare naît à Bègles en 1914. La terre le fascine, mais le théâtre le happe. Il commencera à apprendre chez Charles Dullin la dignité du comédien, ce respect que l'acteur doit avoir de soi qui pour Dullin est essentiel. Mais, comme pour les plus grands, la dure leçon viendra du cabaret. C'est là, dans les années quarante, qu'il apprend à s'imposer. Il s'agit, dit-il, de faire taire les fourchettes. En ce temps-là, on dînait pendant le spectacle. Le public vous touchait du doigt, il fallait le travailler au corps, c'est-à-dire se rendre visible et se faire écouter au milieu de l'inattention générale. C'était une quotidienne épreuve de force, un combat de chaque soir, dont Dufilho sort vainqueur.
A quoi rêve-t-il ? A être célèbre, à régner sur Paris ? Nenni ! A avoir une ferme en Gascogne. Il mettra du temps à l'acquérir, et quand il l'aura, il achètera jour après jour vaches, cochons, poulets, et deviendra ce pourquoi il était fait depuis toujours : paysan en son domaine et seul sur ses terres. Cette dimension terrienne explique Dufilho. Il est enraciné, sa singularité est là. Il veut être maître chez lui. Il n'a pas besoin de nous. Il ne sera jamais esclave du théâtre, il n'a pas le goût de l'esclavage. Attention ! Il ne joue pas, comme tant d'autres, au paysan, il l'est viscéralement, charnellement, passionnément. C'est sa première vocation.
Ce bouffon singulier est d'abord un gentleman-farmer. Il a d'autres bonheurs. Par exemple, entendre la nuit, au coeur d'une forêt, en plein silence, le bruit de grillon que fait un moteur de Bugatti qui refroidit. Ce sont là des délices personnels. Bugattiste, il l'est de tout coeur. Il avait sur sa cheminée une sculpture moderne : le bloc d'un six-cylindres Bugatti, merveille d'architecture mécanique. Dufilho aime les merveilles. Mais que savons-nous de lui ? Il est impénétrable, caché, obscur, ce qui dans ses expressions le rend souvent inquiétant et lui permet de passer en un clin d'oeil de la bouffonnerie à la férocité. Quelque chose en lui toujours se refuse. A sa façon, Jacques Dufilho est une énigme. Au théâtre, cette énigme fait merveille. On le verra dans les pièces les plus contradictoires, dans Le Gardien de Pinter comme dans Les Maxibules de Marcel Aymé, dans Le Voyage de M. Mississippi de Dürrenmatt comme dans L'Effet Glapion d'Audiberti, tantôt menaçant, tantôt burlesque, sans perdre de sa rigueur, de sa secrète intensité.
Jamais comédien ne fut plus implacable dans son jeu, se refusant jusque dans la crispation ou dans la grimace à la moindre complaisance, à la moindre facilité. Comédien ascétique, peut-on dire, et jusque dans sa religion, catholique fervent, fidèle de la messe en latin, et ennemi de toutes compromissions au temps et à ses modes. Pas moderniste pour un sou. Il l'est si peu qu'il se veut monarchiste, et de surcroît légitimiste. Tout simplement, sans prétention, sans éclat, parce qu'il a d'instinct, dit-il, le respect de la religion et du roi. Il sort du passé comme le loup sort du bois. Il nous arrive de loin. Il est anachronique, ce qu'on traduit par excentrique. Rien ne lui plaît plus que de voir un cheval tirer une charrue. Il a les tracteurs en horreur. Quant aux chevaux, il les adore. Il leur déclare son amour dans Milady de Paul Morand où il est inoubliable. Il aime à les dresser, mais en douceur. On ne saurait trouver homme plus totalement étranger au monde dans lequel il vit.
Dieu, les champs, les chevaux et les Bugatti, voilà son univers. Il en sort quand le cinéma ou le théâtre l'appellent. Mais vite il revient à lui-même, à sa foi, à ses joies, à ses certitudes, à ses croyances. Ce n'est pas l'homme du flottement et du doute. Quand il écrit, que ce soit Les Sirènes du bateau-loup, ses souvenirs ou La Route de Compostelle, livre biscornu et qui mérite mieux que l'oubli, il est simple comme bonjour, pas un effet, pas de fioritures. Il dit loyalement ce qui doit être dit. Pas plus ! Ainsi est son art, au théâtre, au cinéma, au cabaret, sans concession, sans abandon, mais d'une vérité si tenace qu'elle lui permet d'aller de la folie à la sagesse, de la cruauté à la douceur, et sans se perdre en chemin. Dufilho est un moine comédien, comme il y avait jadis des moines soldats. Il tranche toujours dans le vif.
Ce portrait avait été publié à l'occasion de la sortie de son livre de souvenirs : Les Sirènes du bateau-loup, Fayard (2003) 20 €. A lire également La Route de Compostelle publié dans les années 70 à La Table ronde.

BENAINOUS-SCORCELLETTI/GAMMA
L'acteur Jacques Dufilho, ici au Théâtre du Châtelet à Paris, lors de la traditionnelle cérémonie des Molières, est mort dimanche 28 août, à l'âge de 91 ans.
Jacques Dufilho, la foi sous le masque par Dominique Le Guilledoux
Le comédien de théâtre et de cinéma Jacques Dufilho, récompensé par plusieurs Césars et Molières, est mort dimanche 28 août à l'âge de 91 ans, a annoncé lundi son agent.
Jacques Dufilho a joué dans des dizaines de pièces, notamment d'Anouilh (Colombe), d'Audiberti (Le Oullou, Le Mal court, L'Effet Glapion), de Marcel Aymé (Les Maxibules), de Pinter (Le Gardien), de Dürrenmatt (Le Mariage de monsieur Mississippi et La Visite de la vieille dame), où il a connu de véritables triomphes. Son interprétation de L'Avare en 1962 est restée dans les annales. Au cinéma, Jacques Dufilho a joué dans plus d'une centaine de films (Premier de cordée, en 1943 ; Pétain, en 1993). Il a tourné, souvent dans des rôles secondaires, avec des réalisateurs tels que Louis Malle (Zazie dans le métro), Henri-Georges Clouzot (Les Espions), Yves Robert (La Guerre des boutons), Jean-Jacques Annaud (La Victoire en chantant), Werner Herzog (Nosferatu, fantôme de la nuit), Pierre Schoendoerffer (Le Crabe-Tambour), et Claude Chabrol (Le Cheval d'orgueil).
Nous publions ci-dessous le portrait de Jacques Dufilho publié dans Le Monde du 29 mai 2003.
Jacques Dufilho est assis dans un fauteuil. L'appartement est situé dans une rue excentrée de Bordeaux. Un arbre dévore le balcon. Le vieil homme guette les oiseaux. Il prie avec un chapelet. Pater Noster, Ave Maria. La répétition ne l'ennuie pas. Les mots n'ont pas la même signification. "A chaque respiration, c'est différent." Jacques Dufilho regarde un peu la télévision, "c'est en dessous de la ceinture", lit le dernier roman de Pierre Schoendoerffer, l'écrivain-cinéaste qui le mit en scène dans Le Crabe-Tambour. Parfois, il pense au théâtre. Sa dernière complicité eut lieu avec Sonia Volleraux. Après les représentations de Quelque part dans cette vie, tous les deux avaient des crises de rire. Elle le traitait de "vieux con". Il lui disait : "Salope." Dans son fauteuil, Jacques Dufilho regarde. Les feuilles s'agitent. Il médite, "c'est une forme de sommeil, de rêve". Une bouffée de nostalgie : "Il y a toujours quelque chose à découvrir à Paris. Ici, c'est calme, on n'entend rien, vous ne trouvez pas ?"
Aux premières heures de l'enfance, son interrogation porte sur le mystère de la nature en scrutant un os creux de poulet. Les sensations se succèdent : le quai des épices le dimanche à Bordeaux, l'odeur de bonbon et de foie de morue dans la fabrique de médicaments du père, le gaz carbonique du vieux poêle de sa professeure de piano, un aïeul qui danse des claquettes et qui a le don de faire rire dans la famille par les imitations des paysans de son terroir, le Gers. A 18 ans, il aime le français, le latin, les chevaux, s'engage au 2e hussard de Tarbes, dans un escadron équestre. Les sous-officiers le prennent pour un anarchiste, les officiers pour un séminariste. Il est un peu tout cela.
Sa vraie vocation est ailleurs, pense-t-il. Il s'établit paysan, achète quatre vaches, travaille la terre à la charrue tirée par un bœuf. Il vit comme un moine, croit atteindre la spiritualité. "La respiration des bêtes est un langage et le travail de la terre une prière." Ce monde fragile, dont il aime l'humilité, vit son crépuscule. Voilà les tracteurs, la technologie...
Jacques Dufilho est né avec le théâtre. Il joue des rôles de fille dans le jardin de sa grand-mère, au cercle lycéen, dans le club de la paroisse. Il est ému aux larmes après une représentation de la Comédie-Française du Malade imaginaire. Il ne doute pas quand il monte à Paris sur sa moto. Au Théâtre de l'Atelier, il se retrouve face à Charles Dullin, un des monstres du théâtre d'avant-guerre. "D'un seul coup d'œil, il vous analysait d'une manière précise et fort décourageante." Le jeune homme porte une culotte de cheval. "Tu fais du cheval ?" Il répond : "Oui". Dullin l'adopte immédiatement, l'inscrit dans son manège équestre, lui apprend tout dans son école aux côtés de Jean Marais, de Madeleine Robinson et d'Alain Cuny. Dufilho joue des rôles de domestique. En douce, il essaie de faire craquer de rire ses collègues en représentation. Dullin en raffole, en rajoute, fait durer les fous rires avec son protégé. Une comédienne découvre le jeune énergumène : "Vous ne jouerez plus au théâtre avec moi. Vous êtes trop rieur. Impossible de vous tenir.
UN "ATHLÈTE AFFECTIF"
Dufilho se distingue pendant la guerre par un fait d'armes. A Paris, il cache quelques résistants et les envoie à son frère pour traverser la frontière espagnole. Anti-nazi, pas maréchaliste - "Pétain n'était pas catholique" -, il se dit "rêveur et neutre". Il travaille pour gagner sa vie. Des mimes, des numéros avec des clowns pour les premières images de télévision regardées par les soldats allemands. A la Libération, Dufilho est exténué, enragé, "athlète affectif", comme le dit Artaud. Il fait des sketches à la radio le matin, répète l'après-midi, joue au théâtre le soir et enchaîne deux cabarets dans la nuit. Là il est accompagné par Gainsbourg au piano, croise Boris Vian, Jacques Brel, qui traite un jour le public d'"abruti".
Au théâtre, il ne se sent proche ni de l'avant-garde ni du théâtre de boulevard. Il excelle dans Le Gardien, d'Harold Pinter, devient le compagnon de scène de Georges Wilson, reçoit un mot de félicitation de François Truffaut pour son rôle dans Chêne et lapins angora.
On retient de lui un regard troublant, une "gueule" inquiétante. Le cinéma l'utilisera jusqu'à la corde : les fresques historiques, les comédies à bon marché. Le Gascon apprécie particulièrement de travailler en Italie. "On mangeait très bien. Certains metteurs en scène étaient ivres le soir et dormaient sur le plateau." La pagaille est inénarrable, "la médiocrité des films [l']indifférait". Les cachets sont substantiels. Dufilho se contente de seconds rôles, la plupart du temps sympathiques, excentriques, inoffensifs.
Jean-Pierre Mocky l'apprécie particulièrement. Jean-Louis Trintignant aussi : "Ce n'est pas évident au premier coup d'œil, mais il est plus beau que Gary Cooper et il se déplace encore mieux que lui." Dufilho donne la réplique à tous les grands : Jacqueline Maillan, Jean Carmet, Michel Serrault, Bernard Blier. Il garde très peu d'amis dans l'univers du spectacle. Dans les dîners, il se cache derrière un masque de paysan gascon, parle avec son accent, improvise. Ça fait rire au début. En réalité, Dufilho cherche à fuir, à lasser son monde : "Je n'aime pas les contacts." Solitude, introspection : "Chaque rôle me faisait découvrir du nouveau sur moi-même." Le matin, il monte son cheval dans un manège. Il cajole ses Bugatti, son péché mignon.
Le malentendu surgit quand il incarne Pétain, dans le film du même nom. Dufilho a eu le malheur de se déclarer monarchiste légitimiste, fidèle de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet même s'il se sent loin de l'extrême droite. Il n'en démord pas. Il aime les messes en latin, trouve les cantiques d'aujourd'hui "imbéciles". Dufilho, facho. Dufilho s'en moque. Il regarde les oiseaux, prêt à tourner encore pour le cinéma.
L'été, il part dans sa propriété dans le Gers. Il aime se retrouver seul dans la forêt à épier les sangliers et les chevreuils. "Avec un bâton, on arrive à se défendre. C'est très important, le bâton : on fouille dans un talus, un buisson de ronces, on cherche des champignons." Parfois des souvenirs remontent : lui et Daniel Gélin dans une arène face à un taureau, une biscotte qu'il a dû donner un jour à un ours. Jacques Dufilho n'a pas de regrets, sa vie a été "bien remplie". Il n'a pas peur de l'avenir : "Dieu sait bien arranger les choses."
Chronologie
1914 Naissance à Bègles.
1934 Arrive à Paris.
1969 "Le Gardien", d'Harold Pinter.
1977 "Le Crabe-Tambour", de P. Schoendoerffer.
1992 "Pétain", de Jean Marboeuf.
2003 "Les Sirènes du bateau-loup. Souvenirs" (Fayard).

LIBÉRATION :
Jacques Dufilho lâche la bride
Le comédien énergumène est mort dimanche, à l'âge de 91 ans par Jean-Pierre Thibaudat -mardi 30 août 2005
Il avait des petits yeux inquisiteurs, toujours à l'affût. Bordés de borderline. Vifs et toujours en mouvement, ses yeux, mieux que ses oreilles, semblaient à l'écoute. D'un bruissement d'ailes dans la campagne gersoise, d'une réplique d'un partenaire sur une scène parisienne. Ils ne bougeront plus. Jacques Dufilho s'est éteint dimanche à l'âge de 91 ans. Petit homme racé, comédien à la maigreur tendue, même pied à terre il semblait dressé sur son cheval, animal qu'il affectionnait. Comme Claude Simon, mort il y a quelques semaines, Dufilho partit à cheval à l'assaut des troupes allemandes en 1939, embrigadé au deuxième hussard de Tarbes.
Férocité. Il ne fut pas farouchement pétainiste, comme certains l'ont prétendu lorsqu'il interpréta le rôle du maréchal dans le film de Jacques Marboeuf en 1993. Il se disait monarchiste légitimiste, catholique intégriste. Il préférait regarder Dieu que la télévision. Il était, ce fut sa force, un solitaire farouche. D'une belle férocité à la ville comme à la scène.
Paysan, il monta à Paris. Et devint comédien. Parce qu'il avait rencontré une actrice ? Parce qu'un de ses aïeux faisait plier de rire la famille en imitant des paysans du Gers ? Parce qu'il avait joué du théâtre au collège déguisé en fille ? Parce qu'il aimait les soutanes ? Tout est vrai. Et faux. Il est devenu acteur parce qu'il était né pour ça. Une bête de scène dont les premiers professeurs furent les bestiaux de sa campagne. Puis Charles Dullin, autre amateur de chevaux, qui remarque ce petit homme débarquant dans son cours en culotte de cheval. Il lui met, c'est le cas de le dire, le pied à l'étrier.
Rusticité. Sa troisième école sera le cabaret. Celle qui forma les Poiret et Serrault, Brel et Barbara. Son sketch de la visite de la chapelle, dans lequel il poussait sa voix dans les aigus («la chapelle... entièrement d'époque, reconstruite en..» , reste inoubliable. Il fut alors l'un des acteurs féconds de l'avant-garde des années 50 et 60, splendide serviteur d'Audiberti (Le mal court, l'Effet Glapion), Dürrenmatt (la Visite de la vieille dame, le Mariage de Monsieur Mississipi), Pinter (le Gardien).
Au cinéma, des metteurs en scène comme Chabrol (le Cheval d'orgueil), Mocky (Y a-t-il un Français dans la salle ?) savent saisir et servir sa rusticité inquiète. Mais il traverse également sabre au clair des films comme les Bidasses en folie ou Fantasia chez les ploucs. Toujours la tête haute, les yeux insaisissables. Même dans les rôles de domestique pleutre, il restait un paysan orgueilleux collectionneur de Bugatti, un aristocrate autodidacte.
29 août 2005
PEINDRE OU FAIRE L'AMOUR
Daniel Auteuil & Sabine Azéma
Le couple se lient d’amitié avec Adam, et sa compagne Èva (lourde symbolique), jouée par l’admirable Amira Casar tout en subtilité et grâce. Elle se laisse peindre nue par Madeleine, il lui manque à son amour un regard sur sa beauté charnelle. Un accident va changer la vie des deux couples qui vont se rapprocher et transgresser le tabou de la fidélité, le plus naturellement du monde. Loin d’être manipulateurs, Adam et Eva vont se montrer finalement plus déstabilisés par le couple bourgeois en quête de nouvelles sensations et d’un renouveau de leur vie. Le film laisse un champ libre aux impressions, aux sensations et à l’imagination – Les Larrieu suggère plus volontiers qu’ils ne montrent -. Suit pour peu que l’on s’abandonne, une émotion, ils ont une audace et un sens aiguë de la force de vie de la nature, qui sans être hédoniste est assez rare sur un écran. Même si ce film connaît une dernière partie plus faible – il semble y avoir plusieurs fausses fins -, le film décontenance, on comprend que l’on puisse y rester complètement hermétique. Côté autres interprètes on retrouve Sabine Haudepin, grande inexploitée, Jacques Nolot, Philippe Katerine d’une étonnante fausseté et la radieuse Hélène de Saint-Père, la seule avec Amira Casar a donner un peu de chair à ce film finalement assez pudique. Si Daniel Auteuil et Sabine Azéma semble donner au film une certaine distance, ils sont formidables de justesse. Ce film sans être la grande œuvre annoncée, "La brèche de Roland" et "Un homme, un vrai" me semblaient plus aboutis, il laisse augurer la place prépondérante et la singularité des frères Larrieu cinéastes. A noter l'utilisation intelligente de la sublime chanson de Jacques Brel "Les Marquises" issue de son dernier album.
Je me souviens d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu à l’avant-première d’ "Un homme, un vrai", un sens aiguë de l’observation, une réserve timide mais chaleureuse, une sorte de regard malin en commun. "Peindre ou faire l’amour" est un film charnière réussissant à concilier leur univers et l’art des contraintes – comédiens stars et les Alpes remplacent leurs chères Pyrénées -. Ils ressemblent à leurs films, ne se dévoilant pas tout de suite. Le film depuis sa diffusion à Cannes déclenche des éloges ou des descentes en flèche, il est vrai que le concept de base est assez déstabilisant, les Larrieu dans un cadre d’un cinéma plus traditionnel innovent, font des propositions, tâtonnent – le parti pris d’un cheminement dans le noir, où il faut s’abandonner aux sensations -. William – Daniel Auteuil formidable de retenue -, cadre en pré-retraite de météo France, se retrouve un peu démuni dans son nouveau rythme de vie, à 55 ans il voit ainsi bien délimitée le dernier tournant de sa vie. Le film montre justement cette appréhension à accéder au rêve des grandes vacances, comme le qualifie justement son ami Roger – Roger Mirmont qui semble vouloir se faire appeler Miremont désormais -, ce dernier voyant cette période que par le biais des loisirs (Le golf). Sa femme Madeleine – Sabine Azéma, troublée -, bien qu’encore en activité, se met à réfléchir sur la nouvelle vie de son mari, alors que leur fille unique part étudier à la prestigieuse "Villa Médicis" à Rome. Elle part dans une prairie proche du Vercors, peindre avec recueillement, arrive un homme aveugle "Qui peint ici ?", Adam volubile et maire du village voisin – Sergi Lopez, excellent acteur même s’il est pourtant ici assez peu probant en aveugle, donne une présence formidable à ce rôle et une grande nuance -. Il lui propose de lui faire visiter une villa avoisinante. Elle tombe sous le charme du génie du lieu entraînant avec elle William en quête de tranquillité...
28 août 2005
LILY AIME-MOI
Michel Seydoux a eu la formidable initiative d'éditer en un DVD hommage à Patrick Dewaere, deux beaux films de Maurice Dugowson "Lily aime-moi" et "F comme Fairbanks !". Je traite ici du premier film tourné en 1974, histoire de déplorer combien Dewaere nous manque... Son jeu était tellement moderne, que lorsqu'on le voit, on a l'impression de voir un film tourné l'an dernier. Maurice Dugowson a débuté à la télévision, il a d'ailleurs fait beaucoup de direct - "Droit de réponse", notamment -. Il a commencé assez tard à faire des films, mais il avait une capacité à saisir les instants de grâce et avait un regard acerbe sur la société de son temps. Ce film écrit par Michel Vianey bénéficie de l'énergie communicative de ses trois principaux comédiens, Dewaere, Rufus et Jean-Michel Folon, qui se révèle non seulement à la hauteur des deux autres, mais il véhicule en plus une réelle singularité. François -Jean-Michel Folon -, se voit confier une enquête par son rédacteur en chef - Le Mockyien Maurice Vallier -, sur un OP3, un ouvrier d'usine à la chaîne, Claude vivant dans un grand ensemble - Rufus, excellent loin d'être naturaliste -. Ce dernier vient d'être quitté par sa femme - Zouzou, dans un très beau rôle de femme déçue -. François touché par son désarroi, va lui présenter un ami boxeur dynamique et cultivé, Johnny Cask,en fait il a choisi ce nom en voyant une Série B. américaine, son vrai prénom étant Gaston et qui a la particularité de finir toujours sur le tapis. Claude laisse sa petite fille chez la concierge, et le trio va partir en vadrouille et à la reconquête de Lily, réfugiée chez ses parents - Roger Blin, dans le registre "popu" et touchant et Tatiana Moukhine -.
Patrick Dewaere et Jean-Michel Folon
Ils rencontrent plusieurs personnage dont un groupe d'intellectuels - Juliette Gréco, Roland Dubillard, Andreas Voutsinas, le cinéaste Henry Jaglom, tendance chargeurs réunis - regardant Claude comme un extra-terrestre. Dugowson les égratignent avec beaucoup de mordant. Il y a des débutants excellents issus du théâtre Bernard Freyd en syndicaliste, Anne Jousset en auto-stoppeuse amusée et nymphomane et Jean-Pierre Bisson déjà impressionnant dans le rôle du frère excentrique de Flo - Juliette Gréco -, Maurice Travail bon second rôle ici en râleur dans un ascenseur. N'oublions pas la scène d'anthologie avec Miou-Miou traitant Johnny qui la drague de tout les noms d'oiseaux, ça permet de vérifier qu'elle était déjà une grande actrice. Rufus étonnant dans un rôle lunaire, inquiet et dépressif, retrouve une nouvelle énergie et une compréhension pour Lily, finissant enfin par exprimer son originalité étouffée. Johnny cavaleur invétéré sous une bonne humeur permanente se découvre meurtri et touchant, voire poétique - il boxe un oreiller -, c'est une magnifique occasion de retrouver ce comédien au sommet de sa forme et de son art. François, le plus serein des trois, dresse un constat amer mais vivant sur son sort et celui de ces amis. Zouzou, icône de ces années là, est d'une grande justesse dans ce rôle de femme étouffée par la possessivité de son mari et sa condition sociale. Comme l'explique justement, Jean-Michel Folon dans un des bonus du DVD, c'est l'amitié débordante et tonique du trio d'acteur qui a donné ce ton si passionnant au film. Maurice Dugowson a eu l'intelligence de suivre cette bonne humeur, tout en laissant un instantané très lucide de son époque et les dures contraintes de du quotidien. Après "F comme Fairbanks" (1975), il devait réaliser "Au revoir... à lundi" (1978), "Sarah" (1982) et "La poudre aux yeux" (1993), avant de mourir prématurément en 1999.
27 août 2005
MORT D'HENRI GÉNÈS
Henri Génès avec Jeannette Batti, source Anao
Annonce par l'AFP de la mort du sympathique Henri Génès, ce Tarbais, ancien rugbyman était représentatif de cette bonhomie du Sud-Ouest (rien de péjoratif de ma part, y provenant également et étant Basque de surcroît ce qui n'arrange rien...). Beaucoup de ses chansons restent amusante à notre mémoire, même si l'on ne se souvient plus trop de son 45 tours "On est les minets de la plage" en duo avec... Jean Lefebvre. Il a beaucoup d'opérettes à son actif. Il devient une figure populaire au cinéma, rien de transcendant il est vrai, mais on se souvient particulièrement de son personnage de Julien, dans les oeuvres initiées par Ray Ventura "Nous irons à Paris" (1949) et "Nous irons à Monte-Carlo" (1951). Il est celui qui met de l'ambiance, à l'image de la troisième mi-temps chère aux joueurs de rugby, il était le supporter le plus enthousiaste dans "Allez France !" (1964) de Robert Dhéry avec lequel il a tourné "Le petit baigneur" (1967), également, détonnant particulièrement dans le légendaire calme britannique. Il était un remarquable "Annibal de Coconas" dans "La reine Margot" (Jean Dréville, 1954) gardant une certaine décontraction même en plein massacre de la St-Bathélémy.
Gérard Oury l'utilisait beaucoup à l'image du serviable employé du zoo, père de Marie Dubois, dans "La grande vadrouille" (1966), et Claude Sautet lui confit un rôle décalé d'investisseur venu de Bruxelles, mais gardant bien sûr son fameux accent. On peut déplorer qu'il fut le seul avec Gérard Mordillat, "Vive la sociale !" (1983), à utiliser son image autrement. Il devient la figure de l'artisan local, le cafetier chaleureux ou le prêtre rassurant ("Justinien Trouvé..." et il se retrouve souvent dans "La garde rapprochée" des films avec Louis de Funès. Il était un grand pourfendeur de nanar, on se souvient de son curé Truffard qui sortait en costume de bain de la mer, pour surprendre Paul Préboist parti évangélisé des adeptes du nudisme dans le Kolossal "Mon curé chez les nudistes" (Robert Thomas, 1982). A lire le portrait d'Yvan Foucart pour Les gens du cinéma. Dépêche AFP Le comédien, chansonnier et chanteur Henri Genès, qui avait incarné la jovialité du Sud-Ouest dans plus de 80 films pendant près d'un demi-siècle, est mort lundi à Paris à l'âge de 86 ans, a-t-on appris jeudi dans son entourage à Tarbes, sa ville natale. Il a été inhumé dans l'intimité mercredi à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Né le 2 juillet 1919, monté tout jeune à Paris, cet acteur à la silhouette rebondie et à l'accent chantant a joué dans des petits rôles dès 1945 dans plus de 80 films, dont les succès de Gérard Oury ("Le Corniaud", "La Grande Vadrouille", "Le Cerveau" et de Robert Dhéry ("Allez France !", "Le Petit Baigneur". Il a mené parallèlement une carrière dans les cabarets et l'opérette (la route enchantée) et enregistré de nombreuses chansons comiques, dont "Le Facteur de Santa Cruz" et "La Tantina de Burgos".
Pour rappel : Mort de Brock Peters, voir forum de DVD Classik. Musicien et comédien, il était célèbre pour son rôle du client innocent de l'avocat joué par Gregory Peck dans "Du silence et des ombres" (Robert Mulligan, 1962). Voir également sa filmographie complète par Philippe Pelletier pour Les gens du cinéma.
26 août 2005
THE JACKET
Ca commence en pleine "guerre chirurgicale" en 1991 durant la guerre du golf, avec quelques images vidéo troubles de guerre aseptisées, le soldat Jack Starks, entend parfaitement la voix d’un enfant dans les fracas des bombardements, on commence à se poser des questions... Blessé, il retourne péniblement à la vie, en prise avec quelques démons et sous médicaments. Un bon moment on pense que l’on va voir une resucée de "L’échelle de Jacob", un bon film a réévaluer signé Adrian Lyne (si, si Adrian Lyne…, je sais ça peut surprendre). Le zigue Jack va t’il devenir un cobaye ? Mais non il se promène dans une campagne enneigée et glacée, rencontre une mère en panne complètement saoule –Kelly Lynch pas vraiment mise en valeur - avec sa fillette, il poursuit son chemin… et c’est le drâââme ! Ca se poursuit dans un asile psychiatrique, dirigé par le monolithique docteur Becker – Kris Kristofferson, parfait -, qui a des méthodes controversées limite torture. Sa méthode est de laisser ses patients dans un casier mortuaire dans le noir complet, le sieur Brody se retrouve donc encasieré vivant. Ca réveille chez lui des hallucinations, des images brutales, manque de pot on n’est pas chez Poe, il finit par visiter d’autres dimensions histoires de passer le temps…

Adrian Brody, toujours volontaire pour les rôles à oscar...
Oscarisé Brody commence à poser problème, après son interprétation en surcharge dans "Le village", il nous régale de quelques tics d’acteurs, alors qu’il est était vraiment bon dans "Le pianiste" chez Polanski. Suit la litanie du film de série vite oubliable, histoire d’accuser le coup dans l’essoufflement actuel du cinéma fantastique. On dirait un premier film roublard, mais le réalisateur John Maybury a du métier et avait même réalisé un film honorable sur Francis Bacon "Love is the devil" avec une composition très réussie de Derek Jacobi. C'est une fausse bonne idée pour le tandem de producteur Steven Soderbergh / George Clooney d'être allé le chercher.
Reste une distribution intéressante, surtout l’impeccable Jennifer Jason Leigh, qui amène une certaine ambiguïté et a une présence indéniable, plus le retour de Kelly Lynch qui a gardé son charme intact, Daniel Craig en brun qui cabotine allégrement – pour le coup on se met à penser qu’il pourrait faire un James Bond crédible – de même pour Brad Renfro et Keira Knightley, dont la moue suffit à palier les manques de son jeu. Bof… Bof… Sur un thème analogue, on peut préférer à ce film le magistral et original "Je t'aime, je t'aime" (Alain Resnais, 1967), sur certaines expéditions dans l'espace temps.
25 août 2005
LES BIENFAITS DE LA COLÈRE
"Les bienfaits de la colère - The upside of Anger" est un film du comédien Mike Binder. Le titre n’est pas très engageant pourquoi pas "Les raisons de la colère" (arf, arf), mais c’est typiquement le film dont on attend rien de particulier qui s’avère une bonne surprise. Le film a pour personnage central Terry Wolfmeyer, mère de quatre filles - sans docteur March, cette fois&hellip -, qui a la particularité d’afficher une perpétuelle mauvaise humeur. Son mari vient de la quitter, sans explications, tout comme sa secrétaire suédoise de surcroît, le lien est vite établit... Les quatre filles - la plus jeune "Popeye" ayant 15 ans, - sont relativement autonomes, elles préparent le traditionnel repas familial, la vie semble reprendre sonc ourps. Elles rivalisent de charme, dans ce quartier résidentiel, véritable image d’Épinal de la famille américaine aisée, mais la mère exemplaire n’arrive même pas à noyer sa détresse dans la vodka, baisse les bras, la rancune tenace, multiplie les gaffes avec l’aînée plutôt en froid avec elle, et se met à végéter clope au bec devant la TV. Arrive le voisin pote de son mari, ancienne star de base balle, buveur de bière invétéré, et animateur radio à l’occasion qui vivote plutôt bien en signant quelques balles qui deviennent par idolâtrie objet de culte rentable. Les deux individus vont se rapprocher pour une histoire de terrain, et vont partager un alcoolisme mondain, la belle n’étant pas vraiment commode. Elle envoie valdinguer son personnage distingué habituel avec une grande force.

Kevin Costner et Joan Allen
Mike Binder a dû adorer les comédies de Blake Edwards, et nous propose un film particulièrement réjouissant sur les personnages adultes, et a écrit un très beau rôle pour la fabuleuse Joan Allen – sa partenaire dans le film "Manipulation" - , particulièrement détonnant dans le cinéma hollywoodien traditionnel particulièrement rétif avec les femmes de plus de 25 ans, c’est suffisamment rare pour le signaler. Kevin Costner se révèle très drôle, s’amusant visiblement avec son image passée de héros viril – il jouait déjà au base-ball dans le sympathique "Duo à trois", le cornichon "Jusqu’au bout du rêve" et dans "Pour l’amour du jeu" -. Il assume son côté sans-gêne et désinvolte, avec un formidable abattage, fait preuve d’une grande dignité dans ses choix et ses erreurs. Les personnages des filles sont assez schématiques, le cinéaste n’évite pas une certaine mièvrerie moraliste – mais qui peut se comprendre si on prend le point de vue de la cadette - et a un petit côté "ventre mou", mais ces petits défauts n’enlève rien à la réussite de l’ensemble. On rit volontiers et à noter que Mike Binder s’est donné le plus mauvais rôle dans un personnage assez veule et finalement bien maltraité. L’alcolisme est montré de manière décomplexée et le désarroi d’une femme abandonnée à son sort sonne très juste. Plaisant, le ton incorrect de ce film est vraiment très plaisant, à recommander vivement en cette période de disette estivale.
24 août 2005
STAN THE FLASHER
C’est le quatrième et dernier film de Serge Gainsbourg. Il ne manque le visionnement d' "Équateur", actuellement enregistré sur le câble, mais qui risque volontiers de dormir un peu sur une VHS, à la lecture de la critique du film de l’excellent blog de Pierrot. Ca faisait un moment que je souhaitais voir ce film, trouvé enfin dans ma bibliothèque municipale qui est visiblement un bonus d’une intégrale. Ca commence plutôt mal, Claude Berri récite la fameuse tirade de Shakespeare, "To be or not to be", il donne des leçons particulières à des jeunes. A l’entendre, on remarque qu’il n’a fait aucun progrès depuis qu’il se moquait de lui-même dans son film "Le cinéma de papa" (1970), jeune acteur il se faisait virer d’une production américaine, devant son anglais hésitant sous les yeux ébaubis de Jacques Marin. La suite est un recyclage Gainsbourg, dont l’esthétisme vire à un long clip de 70 mn, il s’auto cite beaucoup, nous ressort certains aphorismes et son goût pour les jeux de mots tendance "Almanach Vermot", le temps vire au long. Ce dernier film est visiblement l’œuvre de trop, pour ce Gainsbar à bout de course, qui s’égarait dans de pitoyables prestations télévision et qui tirait à la ligne pour des chansons sans grands intérêts. C’est vraiment dommage au regard de son œuvre magistral, et surtout de son premier film "Je t’aime, moi non plus" qui conciliait un grand sens artistique et une provocation salutaire.
Stan Goldberg, bande mou, délaisse Aurore Clément, qui commence à inaugurer son registre de grande bourgeoise oisive, supporte un jeune élève et craque sur les charmes naissants d’une certaine Natacha. C’est joué par une certaine Élodie, en fait c’est Élodie Bouchez qui minaude de manière éhontée, pose de manière assurée, on a vraiment du mal à voir la future interprète de la "Vie rêvée des anges", mais c’est peut être dû à la direction de Gainsbourg. La raison de Stan vacille, il cite "Gros dégueulasse" de Reiser, - "jaune devant, marron derrière", il adopte un comportement borderline, succombant à la fausse naïveté de la "p’tite pisseuse" Natacha. Il faut saluer la performance de Claude Berri acteur, qui dans cette entreprise assez vaine, se jette bec et ongles, et sans fausses pudeurs, dans ce rôle, reprise en long de son personnage dans "L’homme blessé" de Patrice Chéreau (1982). Son exhibitionnisme devient même touchant, il se sert de la lourdeur de son corps et des contradictions de son personnage, il arrive à donner une trace d’humanité dans ce salmigondis paresseux. Une petite série de guests fantomatiques arrivent pour aider ce court-métrage, à dépasser les 60 mn. Richard Bohringer, tendance petit matin blême après nuit arrosée, Daniel Duval en père violent, Jacques Wolfsohn en pote de Stan – c’était un proche de Gainsbourg, et non son pseudonyme comme le crédite sa fiche IMDB ! -, et même Gainsbar himself – non crédité -, qui prend même la seule citation acceptable du film (« To be or not to be : question-réponse ». Seul Michel Robin dans un rôle assez grotesque de tueur poète, arrive à tracer une originalité, à nous amener dans un climat d’angoisse curieuse, preuve qu’un grand comédien peut tirer quelque chose de ce semblant de rôle. Côté musique, quatre notes du maître à déplorer, il vaut mieux jeter un voile pudique sur ce film au regard de l’authentique génie de Gainsbourg. Pas de label "coin du nanar, puisque qu'il n'y a aucun plaisir à retirer ici...
23 août 2005
FRAGMENTS D'UN DICTIONNAIRE AMOUREUX : MICHEL PEYRELON
