10 septembre 2005
MORT D'ANDRÉ POUSSE
André Pousse
J’avais évoqué son premier film D'où viens-tu Johnny ? en 1963 avec la surprise de le voir déjà à l’aise, attendant juste d’avoir à dire du Michel Audiard, dans "Nous ne fâchons pas" en 1965, pour figurer comme l’un des personnages les plus truculents du cinéma français. Son nom était tellement associé à Audiard d'ailleurs que quelques médias ont annoncés la mort du dernier des "tontons flingueurs" alors qu'il ne figure d'ailleurs pas dans ce film. Mais dès 1966, Audiard lui donne des répliques très acerbes dans "Un idiot à Paris" (1966), où il compose un chauffeur de taxi râleur, biberonné au Louis-Ferdinand Céline. Il faut le voir raciste et antipathique dans une scène incroyable. Ce cycliste -il jouait ce rôle dans un téléfilm de Maurice Fasquel en 1983 "Le grand braquet", arrivé sur le tard au cinéma avait donc dès ses premiers films trouvé son emploi.

Il était idéal dans des rôles de gangsters, figurant même dans le mésestimé "Un flic" dernier film de Jean-Pierre Melville en 1972, où il se révélait particulièrement inquiétant. Il tient également dans ce type de rôle face à Jean Gabin dans "Le clan des Siciliens" (Henri Verneuil, 1968). Michel Grisolia parlait de "Profession : aventurier" (Claude Mulot, 1972) dans "Cinéma 73" N° 178/179, de "quelque chose comme "L'homme de Rio" mais en plus vulgaire", avant de poursuivre : "A vomir la séquence où André Pousse saute sur l'androgyne Nathalie Delon au son du Horst Wessel Lied...", ce qui donne envie à tout amateurs de "nanars". Mais il aime à se tourner lui même en dérision, comme le caïd perdu dans les détournements d'avions dans "O.K. Patron" (Claude Vital, 1973). Il va même jusqu'à se travestir en un centurion mémorable dans "Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ" où il officie dans les basses oeuvres de César, et j'ai souvenir d'un mémorable "Batman" vieux, dans un programme sur le court-métrage sur Canal + "Mikrociné". Il fallait le voir dans cette panoplie, déplorer son grand âge et désespérer sa concierge en radotant sur ses exploits. Il était utilisé ces derniers temps avec nostalgie par Jean-Marie Bigard en évêque haut en couleur dans "L'âme-soeur" (1998), ou en nettoyeur dans "Comme un poisson hors de l'eau" (Hervé Hadmar, 1998), tueur radical surnommé Le Faucheur. On le retrouvait également à la télévision, au début des années 90 dans la série "Paparoff" avec Michel Constantin et Pascale Petit. Il est souvent narquois ou de mauvais augure, il était d'ailleurs un bon client sur les plateaux de télévision notamment pour évoquer son livre "Je balance pas, je raconte", où il narrait son parcours et sa vie trépidante, voir à cet effet le blog de David Abiker. Volontiers provocateur, on se souvient de son rôle dans le court-métrage "Deux bananes flambées et l'addition" de Gilles Pujol (1998), où il propose de sodomiser son employé - Christophe Rossignon - après un repas d'affaire juste pour voir la veulerie de son subordonné. Avec lui c'est toute une période du cinéma qui disparaît. Un fan lui a consacré un site : andrepousse.free.fr, d'où provient l'image qui suit. A lire également le portrait d'Yvan Foucart pour Les gens du cinéma.
Filmographie : 1963 D’où viens-tu Johnny ? (Noël Howard & Bernard Paul) – 1965 Ne nous fâchons pas (Georges Lautner) – 1966 Un idiot à Paris (Serge Korber) – 1967 Fleur d’oseille (Georges Lautner) – Le Pacha (Georges Lautner) – 1968 Catherine, il suffit d’un amour (Bernard Borderie) – Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (Michel Audiard) – 1969 Le clan des siciliens (Henri Verneuil) – Une veuve en or (Francis Rigaud) – Trop petit mon ami (Eddy Matalon) – 1970 Compte à rebours (Roger Pigaut) – Tumuc-Humac (Jean-Marie Périer) – 1971 Le drapeau noir flotte sur la marmite (Michel Audiard) – Un flic (Jean-Pierre Melville) – 1972 Elle cause plus… elle flingue (Michel Audiard) – Quelques messieurs trop tranquilles (Georges Lautner) – L’insolent (Jean-Claude Roy) – Profession : aventuriers (Claude Mulot) – 1973 O.K. Patron (Claude Vital) – 1974 Bons baisers, à lundi (Michel Audiard) – 1975 Attention les yeux ! (Gérard Pirès) – Flic story (Jacques Deray) – Bons baisers de Hong Kong (Yvan Chiffre) – Oublie-moi Mandoline (Michel Wyn) – 1976 Chantons sous l’occupation (André Halimi, documentaire) – Le cœur froit (Henri Helman, inédit) – Drôles de zèbres (Guy Lux) – 1977 La septième compagnie au clair de lune (Robert Lamoureux) – 1978 Les égouts du paradis (José Giovanni) – 1981 Le corbillard de Jules (Serge Pénard) – 1982 Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (Jean Yanne) - 1992 Tout petit déjà (David Carayon, CM) – 1994 Requiem pour un con damné (Dominique Bachy, CM) – 1996 En panne (Olivier Soler, CM) – 1997 Moi j’aime Albert (Oliver Soler, CM) – Deux bananes flambées et l’addition (Gilles Pujol, CM) – 1998 L’âme sœur (Jean-Marie Bigard) – Comme un poisson hors de l’eau (Hervé Hadmar) – 2002 Swimming Poule (Hervé Austen, CM) - 2004 Le plein de sens (Erick Chabot, CM).

ARTICLES
L'acteur fétiche de Michel Audiard, André Pousse, est mort
LEMONDE.FR | 09.09.05 | 21h08 avec AFP
André Pousse, décédé vendredi 9 septembre au matin, à l'âge de 85 ans, à l'hôpital de Gassin dans le Var, était l'acteur fétiche de Michel Audiard dont il utilisait le langage fleuri dans les films et dans la vie.
Homme aux multiples talents, ancien champion cycliste sur piste, il était passé de la piste au cinéma avec un premier film en 1963 D'où viens-tu Johnny avec Johnny Hallyday, qui débutait également. Abonné aux rôles de "flingueurs" et de seconds couteaux avec sa gouaille et son argot de titi parisien, Dédé a joué des seconds rôles marquants dans une cinquantaine de films dont plusieurs Lautner : Ne nous fâchons pas (1965), Fleur d'oseille, et Le pacha avec Jean Gabin (1967), Quelques messieurs trop tranquilles (1972) mais aussi des polars comme Le Clan des Siciliens de Verneuil (1969), Un flic de Jean-Pierre Melville (1972), Flic Story de Jacques Deray (1975).
Il parlait l'Audiard dans le texte, l'ayant connu avant guerre au Vel' d'Hiv, avant de devenir vedette sur piste et sur deux roues. André Pousse a joué notamment dans Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (1968), Une veuve en or (1969), Le Drapeau flotte sur la marmite (1971). Dans Elle cause plus, elle flingue (1972), il était le partenaire d'Annie Girardot et interprétait avec son flegme habituel un majordome, gilet rayé et chapeau melon vissé sur le crâne, lui qui dans la vie portait la casquette.
GOUAILLEUR TOUCHE-À-TOUT
Pousse fut un des meilleurs spécialiste des Six jours cyclistes, avant de devenir imprésario de Joséphine Baker ou d'Eddie Constantine. A cette époque, il eut une liaison avec Edith Piaf, qui décela ses talents de comédien, devint directeur artistique pour le Moulin-Rouge, créa La Locomotive, place Blanche. Parti faire fortune en Haïti, il a finalement trouvé "le métier d'acteur plus marrant", avant de se reconvertir dans la restauration, dans le XVe à Paris, pendant plus de vingt ans.
Le comédien s'était ensuite retiré à la Garde-Freinet (Var), à quelques kilomètres de Saint-Tropez, où il vivait depuis plusieurs années. Il est l'auteur de Touchez pas aux souvenirs, préfacé par Alphonse Boudard (Laffont), et de ses mémoires Je balance pas, je raconte, publiées en avril. Interviewé en 2004 par France Soir, il disait n'avoir pas peur de la mort, étant "persuadé d'aller au paradis".
Mise à jour du 18/12/2006