Le coin du cinéphage

Blog d'humeurs et d'informations sur le cinéma et la télévision : bios, filmos, articles, commentaires, bases de liens, bref c'est du foutraque...

21 octobre 2005

MORT DE JEAN-MICHEL FOLON

Patrick Dewaere, Jean-Michel Folon & Rufus

Annonce de la mort de Jean-Michel Folon. Pour ne parler que de son incursion dans le cinéma, outre de très belles affiches de film, il s’était révélé un acteur attachant. Dans le bonus du DVD "Lily aime-moi", Folon parlait de l’engouement qu’il y avait eu sur lui comme comédien. Il s’était lié d’amitié avec Wim Wenders et  Roman Polanski, et François Truffaut avait envisagé l’engager avant sa mort. Il confiait que Gérard Depardieu lui avait dit : "Laisse tomber le cinéma, toi tu n'es pas quelqu'un qui est fait pour être la couleur sur la palette d'un autre, tu es quelqu'un qui doit tenir la palette…". "Lily aime-moi" (Maurice Dugowson, 1974) reste un film très singulier, le réalisateur ayant utilisé la complicité du trio Folon-Dewaere-Rufus, voir La notule de ce blog. Dans "L’amour nu" (Yannick Bellon, 1980), il était émouvant en mari de Marlène Jobert, l’aidant dans sa lutte contre le cancer. On aimerait pouvoir voir le méconnu "Un type comme moi ne devrait jamais mourir" (1976) du mordant Michel Vianey où il jouait un bourgeois qui se remettait en question. Il était comédien également dans "La chute d’un corps" (Michel Polac, 1973) et "F. comme Fairbanks" (Maurice Dugowson, 1975). Vous pouvez visiter son Site officiel.

L'affiche de Jean-Michel Folon de "L'amour nu"

ARTICLES

LE FIGARO -

L'ultime envol de Folon l'enchanteur
arts L'artiste, dessinateur et peintre des architectures et des grands espaces peuplés de petits hommes, est mort hier à 71 ans des suites d'une leucémie par Armelle Héliot [21 octobre 2005]

Il avait fait casser un mur de sa maison pour mieux voir la plaine. Pour que le paysage entre dans sa maison et avec lui, le vent. Il aimait les cerfs-volants et les météores, il savait dessiner le vent. Les petits hommes dans leurs vastes pardessus bleus du générique d'Antenne 2, qui avaient élargi à la France entière une notoriété déjà grande, s'envolaient dans la nuit irisée, nous ouvrant les portes du songe.

Hier, c'est Jean-Michel Folon qui s'est envolé. Tout seul. On aurait voulu que le titre d'un des films qu'il avait tournés, Un homme comme moi ne devrait jamais mourir (Michel Vianey, 1976), le protège. On le savait malade. Bataillant contre l'insidieuse leucémie. Jean-Michel Folon, si doux, si mélancolique, si pur s'est éteint hier. Il avait soixante et onze ans. Il ne vivait plus face à la courbure du monde, devant un paysage à la Millet de la Beauce depuis plusieurs années. Il avait choisi le sud, la mer Méditerranée.

Un voyant aux yeux clairs qui avait lu bien des livres, Jean-Michel Folon, et réfléchi souvent à l'absurdité douloureuse du monde. Mais il n'aimait pas les discours. Il était frère de Blaise Pascal et traduisait en tendres dessins et aquarelles le silence éternel de ces espaces infinis qui parfois nous effraient.

Rien d'un candide, Jean-Michel Folon, mais un artiste inspiré et un esprit d'une lucidité magnifique. Il était né en Belgique en 1934. Il n'aimait pas trop l'école. Trop rêveur, sans doute. On aime l'imaginer ainsi. Regardant déjà par la fenêtre. Et dessinant. Dès l'enfance dessinant. Son père lui conseille des études d'architecture. Mais n'était Corbu qu'il approche et révère et qu'il voit floué, obligé de renoncer à ses projets, il n'a pas grand respect pour ce monde. Il quitte le bureau d'architecture dans lequel il travaille pour tenter de vivre de ses dessins. Paris, où il demeure alors, ne voit rien. Apres années. Le salut viendra des Etats-Unis. New York reconnaît en lui la profondeur d'un talent original et d'une manière rigoureuse. Il a envoyé ses dessins. Il reçoit de gros chèques. Il n'en revient pas. Et la France ouvre les yeux. Succès fulgurant.

Il aimait les villes et les êtres  - Avec les années 70, c'est la gloire qui l'enveloppe. Des expositions, des livres, les génériques de France 2 et d'«Italiques», notamment, des affiches pour des festivals (Cannes), des campagnes (l'Europe notamment ou Amnesty International). De la gravure, des aquarelles, de la peinture. Il illustrait de nombreux livres. Des classiques, mais aussi des auteurs contemporains avec lesquels il entrait en fertiles dialogues. Il aimait travailler. Du travail. Toujours du travail. Pour les journaux. L'Express, Le Nouvel Observateur. Des voyages. Il aimait les villes et les êtres. Il pouvait s'absorber des heures durant dans la contemplation d'un ciel comme d'un tableau. Il avait de grands maîtres, côté peinture, littérature, cinéma. Il savait l'absurdité du monde. Il était du Nord, il admirait les gens de l'Est. Le graphisme d'Europe centrale comme ses romanciers. Kafka comme Schulz et s'il n'avait pas la férocité d'un Topor, en fait, il n'était pas si loin de son univers. Mais il aimait la vie comme elle va et lorsque Jacques Chancel lui avait consacré un Grand Echiquier il y a une vingtaine d'années, Folon avait voulu Woody Allen devenu son ami après la lecture de Lettres à Giorgio (Woody l'avait offert à Diane Keaton), Raymond Devos, Yves Montand, Michel Legrand, Ray Bradbury dont il illustrait les livres et Saül Bass qui était alors le roi incontesté des génériques de cinéma ou encore Milton Glaser, un affichiste de légende.

Au cinéma, il ne s'était pas contenté d'aimer Charlie Chaplin, Les Contrebandiers de Moonfleet ou La Nuit du chasseur. Il s'était pris au jeu du jeu. Et il fut un comédien très attachant. Une dégaine et, mieux que ça, une photogénie, un regard. Il jouait, pour apprendre. Réaliser. Il parlait de son éblouissement devant le passage du bateau dans Amarcord. Ce qui lui plaisait le plus, c'était de savoir qu'il s'agissait d'un décor, à Cinecitta. Avec le temps, il avait changé de paysage et d'activité. Il sculptait. Comme un rejeton de Brancusi, un peu. Il composait des cartons de tapisseries. Il y a quelques années, il avait dessiné des vitraux pour l'église de Burcy, en Seine-et-Marne, et fait les décors de La Bohème de Puccini, très récemment. Il avait transposé l'action dans un Paris début XXe, un Paris pour Picasso, Braque, Modigliani. C'était comme un arc-en-ciel. Comme ceux de la Beauce ou de la Belgique, ou de la Fondation Folon, créée il y a cinq ans, ou comme ceux de ses dessins pour toujours envolés.

ROSSI XAVIER/GAMMA

LE MONDE : Portrait du peintre et illustrateur, Jean-Michel Folon, à sa fondation de Bruxelles.

Le peintre et dessinateur Jean-Michel Folon est mort

LEMONDE.FR | 20.10.05 | 13h23  •  Mis à jour le 20.10.05 | 13h30

Le peintre et dessinateur Jean-Michel Folon est mort jeudi matin 20 octobre à l'âge de 71 ans à Monaco des suites d'une leucémie, a-t-on appris auprès de la galerie d'art Guy Pieters à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), où il avait plusieurs fois exposé.

Jean-Michel Folon naît à Uccle, dans les environs de Bruxelles, le 1er mars 1934. Il abandonne ses études d'architecture en 1955 et quitte Bruxelles pour se consacrer au dessin. Il part alors pour Paris. Pendant cinq ans, il dessine tous les jour. Comme on ne s'intéresse pas à ses dessins en France, il les envoie à New York à différents magazines : Horizon, Esquire et The New Yorker les publient en 1960, sans l'avoir rencontré. Sa carrière connaît alors une importante ascension. Et en 1964, ses dessins sont présentés à la librairie Le Palimugre à Paris. En 1969, ce sont les premières expositions à New York. Puis en 1970 au Japon.

UN GÉNÉRIQUE POUR ANTENNE 2 - En 1975, il crée le générique inoubliable de fin de programmes d'Antenne 2. Il expose dans différents musées et illustre des livres comme les Chroniques martiennes de Ray Bradbury en 1979. En 1988, il illustre, pour Amnesty International, la Déclaration universelle des droits de l'homme. 1990 voit sa consécration internationale avec l'exposition de ses aquarelles et gravures au Metropolitan Museum of Art, à New York.

En 2000, l'artiste crée la Fondation Folon, à Solvay près de Bruxelles En 2004, il est nommé ambassadeur de l'Unicef. Il crée aussi les décors de La Bohème, de Puccini, dans le cadre des Opéras en plein air.  L'artiste laisse une œuvre riche et éclectique. Il a été l'auteur d'aquarelles, de gravures et de décors de théâtre. Il a aussi illustré les œuvres de Kafka, deBorges, de Vian..et toute l'oeuvre de Prévert en sept volumes.

 

L'affiche de Jean-Michel Folon, de "La rose pourpre du Caire"

LIBÉRATION 

Mort du dessinateur aux personnages diaphanes et angéliques, rendu célèbre par un générique d'Antenne 2. - Feu Folon par Hervé GAUVILLE vendredi 21 octobre 2005

Il a fini par le faire. Quand on lui demandait comment il aimerait mourir, il répondait : «En m'envolant». A 71 ans, la leucémie a emporté Jean-Michel Folon. Trente ans plus tard, il est allé rejoindre le bonhomme aux longs bras, en chapeau et manteau, qui planait dans le générique de fin de programmes pour Antenne 2. Ce dessin d'ange humain ou homme angélique aura été à la fois son sésame pour la notoriété et son verrou pour l'art, du moins en France. Car c'est d'abord en Amérique que Folon, natif d'Uccle, près de Bruxelles, entame sa carrière.

Tranquille à coups d'éclat. En 1960, les magazines Esquire et le New Yorker publient ses dessins, avant même qu'il ne pose le pied à New York. Ce sera chose faite la même année. Il sera bientôt l'auteur de quatre couvertures de Time. Alors commence une pérégrination à travers le monde que la mort vient d'interrompre à Monaco. Même à Paris, son pied-à-terre était flottant ; il aimait, de temps en temps, amarrer sa péniche bleue non loin du Trocadéro. Il ressemblait décidément beaucoup aux figures légères, aériennes et volatiles qu'il croquait en toutes saisons et à toute occasion.

Ses motifs, Folon les empruntait à la nature enfantine, de sorte que ses saynètes brillaient de soleils ronds ou de lunes à la Pierrot. Il marquait plus de tendresse pour les chats que pour les chiens, mais préférait encore les colombes aux félidés. Ce talent pour les images de tranquillité lui vaudra un deuxième coup d'éclat, aussi involontaire que le premier pour la télévision : l'illustration, pour Amnesty International, du texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme, en 1988.

Car ce grand gaillard au visage incliné et au sourire bienveillant va se mettre à incarner le désir de paix. Pacificateur plutôt que pacifiste, Folon n'a jamais fait de la paix dans le monde un slogan, ni même un combat militant. Il aimait la paix comme on pratique la courtoisie, avec indulgence et sans grande illusion.

Ami de Balthus. Ses personnages diaphanes qui courent dans des rues rectilignes ont la transparence d'une vie rêvée. Lui-même avait l'air d'être tombé par mégarde dans un monde aux arêtes trop aiguës. L'admiration qu'il vouait à l'art l'incitait à travailler d'arrache-pied tout en le tenant à respectueuse distance de ceux qu'il considérait comme ses maîtres. Il a ainsi exposé dessins, gravures et sculptures en 1985 au musée Correr de Venise, en 1988 au Met de New York, puis à Barcelone, Tokyo, Lausanne, Milan, Anvers, etc.

Son pays de prédilection demeure néanmoins l'Italie, et c'est à Rome qu'il côtoyait son ami Balthus lorsque ce dernier dirigeait la villa Médicis. Entre les deux artistes, il y a l'écart ouvert entre la peinture et l'illustration ­ mais Folon, à sa manière, était aussi anachronique que Balthus.

Aquarelliste. A 50 ans, il n'avait pas hésité à exposer ses travaux dans le musée Picasso d'Antibes. Nulle forfanterie de sa part, sa modestie n'était pas feinte. Mais l'enchantement qu'il éprouvait à conjuguer le ciel méditerranéen aux couleurs picassiennes lui a fait franchir la barrière de l'inhibition. Il s'était exposé chez Picasso, non comme on s'installe chez soi, mais plutôt comme on accepte l'invitation d'un hôte prestigieux. Il disait que «les choses sont faites pour s'envoler, pour vivre leur propre vie».

Folon ne pratiquait guère la peinture à l'huile ou à l'acrylique, lui préférant l'aquatinte, l'eau-forte et surtout l'aquarelle. Quoi de plus approprié en effet que cette peinture légère faite de couleurs transparentes délayées dans de l'eau ? De l'aquarelle, Baudelaire remarquait dans ses Curiosités esthétiques qu'elle «est réduite à son rôle modeste et ne veut pas se faire aussi grosse que l'huile». Delacroix qui en a commis d'exceptionnelles, écrivait dans son Journal, que «le charme particulier de l'aquarelle, auprès de laquelle toute peinture à l'huile paraît toujours rousse et pisseuse, tient à cette transparence continuelle du papier». Pourtant, elle ne représentait pas pour Folon une voie mineure, en marge de la grande peinture, à l'écart des aventures de l'art.

Sculpteur. Malgré sa tendresse pour son «charme particulier», il s'était frotté à d'autres techniques. Outre des décors pour le théâtre et des illustrations pour des livres, il exécute des sculptures sur bois puis des bronzes. En 1997, le Musée olympique de Lausanne exposera une bonne centaine de ces travaux sculptés. La même année, Folon réalise cinq vitraux pour l'église de Burcy, en Seine-et-Marne.

Depuis 1968, il aimait se réfugier dans ce village où il installa bientôt un grand atelier austère. En échange de ses cinq vitraux et en guise de rémunération, il n'avait demandé que la destruction d'un château d'eau hors d'usage qu'il jugeait inesthétique. Pour lui, embellir ­ et non restaurer ­ un paysage n'avait pas de prix.

Le dernier sommeil de Folon
L'illustrateur qui avait signé le générique de fin de programmes d'Antenne 2 dans les années 70 est mort jeudi matin, par Hervé Gauville -  jeudi 20 octobre 2005 (Liberation.fr - 17:56)

En 1975, un monsieur bien sérieux, vêtu d'un pardessus et coiffé d'un chapeau, s'envole sur les écrans de télévision. Chaque jour, il quitte la chaîne Antenne 2 à la fin de ses programmes. C'est le moment d'aller dormir. Son père s'est lui aussi endormi ce matin, à Monaco, sans attendre la fin du programme. La leucémie a mis un terme à ses envols oniriques. Il avait 71 ans et s'appelait Jean-Michel Folon. Ce nom, les téléspectateurs l'avaient découvert en regardant évoluer sa créature, le bonhomme aux longs bras, avant d'aller eux-mêmes se coucher. Affiches, décors, livres, vignettes, les images douces et mélancoliques de Folon se mettront alors à planer sur les années 70.

L'illustrateur fait la couverture du «Time» avant d'occuper les pages de «L'Express» et du «Nouvel Observateur». La littérature l'accueille aussi dans ses pages. De Prévert à Boris Vian, les écrivains qu'il affectionne ont une cocasserie qui ne lui est pas étrangère.

Né à Uccle, dans les environs de Bruxelles, le 1er mars 1934, Folon aura été un dessinateur avant tout. Certes, il se frotte à la sculpture (exposition en 1997 au musée olympique de Lausanne) et au vitrail (église de Burcy, en Seine-et-Marne en1968) mais l'aquarelle reste son expression de prédilection. Les grands musées l'accueillent, le musée Correr de Venise en 1985, le Met de New York en 1988, puis Barcelone, Tokyo, Lausanne, Milan, Anvers, etc. Pourtant, ses contributions les plus populaires resteront l'illustration, en 1988, pour Amnesty International, du texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme ou le sigle du bi-centenaire de la Révolution française.

Toute sa vie aura été marquée par sa tendresse à l'égard des rêveurs et des déshérités, son espérance sans illusion et sa constante inclination pour la paix. La colombe, avec ou sans feuille de laurier, était toujours plus ou moins meurtrie dans ses dessins.

Posté par Coinducinephage à 09:46 - R.I.P. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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