27 octobre 2005
MORT DE JANY HOLT
Photos source : www.bernard-luc.com/
Dans un numéro de Télérama de 1981, elle se présentait ainsi avec ironie : "Je n'ai jamais été jolie. Quand j'avais dix-huit ans, les producteurs, me regardant, semblaient voir un flacon d'huile de ricin"... Annonce de la mort à 96 ans de la grande comédienne française d'origine roumaine, Jany Holt. Yvan Foucart avait fait un superbe portrait pour LES GENS DU CINÉMA. Sa frêle silhouette l’avait prédisposée à tenir des rôles troubles, comme la Russe dans "Les bas-fonds", la prostituée souffrante de "La maison du Maltais". Son charme unique dépassant une certaine austérité a laissé un souvenir intact dans la mémoire des cinéphiles. Elle était impressionnante dans "Les anges du péché" de Robert Bresson en criminelle repentie trouvant refuge dans un couvent. Décorée pour fait de Résistance, en 1944, elle ne revient qu’irrégulièrement sur les écrans, mais on pouvait la retrouver en logeuse dans "Target" (Arthur Penn, 1984), ou en grand-mère de Mathieu Kassovitz dans "Métisse" en 1992, notamment. Dans son dernier rôle, elle était une inquiétante voisine dans "Noir comme le souvenir", en 1994, dans une réalisation de Jean-Pierre Mocky, toujours prompt à utiliser des acteurs mythiques. Elle était l'épouse de Marcel Dalio, de 1932 à 1937, et lui avait gardé une affection profonde. Sur cette singulière actrice, on peut retrouver le portrait d'Olivier Barrot & Raymond Chirat, dans "Inoubliables, visages du cinéma français 1930-1950" (Éditons Calmann-Lévy, 1986), repris en poche sous le titre "Noir & Blanc" (Édition Flammarion).

ARTICLE : L'actrice Jany Holt est morte
NOUVELOBS.COM | 26.10.05 | 18:27
D'origine roumaine, arrivée en France à 15 ans, elle avait notamment tourné avec Abel Gance, Jean Renoir et Robert Bresson. La comédienne Jany Holt est décédée mercredi 26 octobre à l'hôpital américain de Neuilly à l'âge de 94 ans, ont annoncé ses proches. Elle avait notamment tourné avec Abel Gance, Jean Renoir et Robert Bresson. Ekaterina Rouxandra Olt de son vrai nom, était né en Roumanie le 11 mai 1911.
Elle était venue à Paris à l'âge de 15 ans, ses parents voulant qu'elle fasse des études de commerce.
Elle avait fait ses débuts au théâtre en 1935 dans "La créature", de Bruckner, mis en scène par les Pitoeff, avant de se trouner vers le cinéma où elle débute dans "le Golem" de Julien Duvivier. Suivent "Les bas-fonds" de Jean Renoir, "Un grand amour de Beethoven", d'Abel Gance et "La tragédie impériale", de Marcel L'Herbier.
30 films : Avec un physique un peu maigrichon, mais elle avait trouvé sa voie avec des personnages malheureux, névrosés ou à moitié fous.
Elle s'est aussi produite sur scène, jouant notamment dans "les Monstres sacrés" de Cocteau et "Sainte-Jeanne" de Bernard Shaw.
Jany Holt a tourné plus de 30 films sur près de 60 ans. Elle faisait partie de la distribution de "Noir comme le souvenir" de Jean-Pierre Mocky en 1994.
En juin 1945, elle avait été décorée par le Général de Gaulle de la Croix de guerre (1) avec palme pour services rendus à la Résistance.
LE FIGARO :
Pour saluer Jany Holt, par Armelle Héliot [29 octobre 2005]
Disparition La comédienne s'est éteinte à l'hôpital américain de Neuilly à l'âge de 94 ans.
QUI AIME le théâtre se souvient d'elle, qui aime le cinéma la révère, qui regarde la télévision la connaît. Jany Holt qui vient de s'éteindre au bel âge de 94 ans – mais on l'aurait aimée centenaire ! – est une figure attachante du monde du spectacle que chacun, un jour, a vue sans forcément avoir retenu son nom. Quel grand nom pourtant ! et quelle étoile dans une constellation d'artistes...
Elle était née le 11 mai 1911 en Roumanie et s'appelait alors Ekaterina Rouxandra Olt. Ses parents rêvaient qu'elle fasse des études de commerce. Mais lorsqu'elle arriva à Paris à l'âge de 15 ans, c'est sur les planches qu'elle préféra faire son apprentissage...
Dans ces années d'après la Grande Guerre, années inventives, Années folles, elle rencontre des artistes qui lui permettront d'accéder au métier dont elle rêve. Charles Dullin fut l'un de ses maîtres et c'est avec les Pitoëff qu'elle débuta dans La Créature, une pièce de Bruckner. Très vite, Jany Holt est happée par le cinéma. Face à Harry Baur dans Le Golem de Julien Duvivier, cette toute jeune femme frêle jusqu'à la maigreur impose une profondeur certaine qui la conduira à jouer des personnages complexes et parfois sombres.
Dans le monde du théâtre et du cinéma, on ne lui connaissait que des amis. Une famille. Elle aimait beaucoup Elvire Popesco, qui comme elle était venue de Roumanie et s'intéressait à toutes les formes d'art, la peinture, la sculpture, elle fréquentait les expositions, les concerts. Lorsque sa grande amie disparut, on sentit Jany Holt un peu orpheline. Pourtant elle avait sa propre famille et avait été mariée deux fois, d'abord avec Dalio puis avec Jacques Porel.
Quel grand et beau chemin que celui de cette femme qui fut active dans la Résistance et à qui le général de Gaulle lui-même avait remis la Croix de guerre. Soixante années fertiles, plus de trente films dont certains appartiennent à la grande histoire du 7e art, du théâtre (Les Monstres sacrés de Cocteau, Sainte-Jeanne de Shaw), des films pour la télévision. Ainsi rappelons Les Bas-Fonds de Jean Renoir, Un grand amour de Beethoven d'Abel Gance, La Tragédie impériale de Marcel L'Herbier, Les Anges du péché de Robert Bresson et jusqu'à Noir comme le souvenir de Jean-Pierre Mocky, en 1994.
Photo source BIFI
LE MONDE : Nécrologie
Jany Holt, une actrice de tempérament d'avant guerre, par
Jean-Luc Douin
Article paru dans l'édition du 01.11.05
La comédienne et actrice Jany Holt est morte mercredi 26 octobre à l'hôpital américain de Neuilly. Elle était âgée de 94 ans.
Née en Roumanie en 1911, Ekaterina Rouxandra Olt était venue s'installer à Paris en 1926 afin d'y suivre des études de commerce. Attirée par l'art dramatique, elle entre dans le cours de Charles Dullin, et débute au théâtre dans une pièce de Bruckner, La Créature. Elle fait alors partie de la troupe des Pitoëff. Un bel avenir lui est promis, d'autant qu'elle a tapé dans l'oeil de Raimu, qu'elle vénère. Le cinéma lui tend les bras. Elle est face à Harry Baur dans Le Golem de Julien Duvivier (1935).
Elle fait une autre rencontre déterminante : celle de Marcel Dalio. Séduit par "ses beaux yeux un peu enfoncés et ses joues creuses", Dalio est sur le point de l'épouser : le mariage tombe à l'eau parce que les parents de Jany Holt exigent qu'il se convertisse au catholicisme. Le comédien répond : "Mon seul Dieu, c'est le théâtre".
Jany Holt repart en Roumanie... où on la rappelle pour venir remplacer une comédienne défaillante dans Les Innocentes de Lilian Hellman. Cette fois, Dalio parvient à l'amener à la mairie, avec Henri Jeanson et Marcel Achard comme témoins. Mariage qui tournera court, Jany Holt étant tombée amoureuse de Jacques Porel, le fils de Réjane. Qui fait ainsi son portrait : "Sa chevelure est un triomphant incendie. Elle offre chaque jour le spectacle de l'insolite allié à une parfaite simplicité. Elle est, pour tout dire, rayonnante de personnalité".
Jany Holt a un physique maigrichon, un nez pointu, l'oeil impertinent, et suffisamment de trouble pour se voir épargnée par les rôles de soubrettes. On lui offre des personnages de jeune mythomane, d'illuminée, de quasi folle, dont elle s'empare avec ardeur. La voilà chez Jean Renoir (Les Bas fonds, 1936), Abel Gance (Un grand amour de Beethoven, 1936), Marcel L'Herbier (La Tragédie impériale, 1937), Jean Dréville (Troïka sur la piste blanche, 1937).
CROIX DE LA LIBÉRATION : L'un de ses plus beaux rôles est celui que lui offre Pierre Chenal dans L'Alibi (1937), où est joue une entraîneuse face à Louis Jouvet et Eric von Stroheim. Admiratrice, elle dit de son metteur en scène qu'il "magnétise sans emmerder". Chenal rend hommage à sa décontraction, son humour hors du commun, et à la façon dont, à la fin du film, "elle a une scène entre rire et larmes à vous arracher les tripes".
Il la rengage en 1938 pour La Maison du Maltais, où elle côtoie Fréhel et la capiteuse Viviane Romance. Dans Pour Vous, Serge Veber écrit : "On se demande comment la braise de ses yeux qui dévo rent son visage ne met pas le feu à son corps sec et nerveux qui ne demande qu'à brûler".
Le théâtre la redemande. Elle se produit dans Les Monstres sacrés de Jean Cocteau, Sainte Jeanne de Bernard Shaw. Réapparaît à l'écran dans Le Baron fantôme (1942) et La Fiancée des ténèbres (1943) de Serge de Poligny, Les Anges du péché de Robert Bresson (1943) : amoureuse en proie aux maléfices, pauvre fille poursuivie par la fatalité sur fond de bûchers cathares, irréductible prisonnière du couvent.
Décorée en 1945 par le général de Gaulle de la Croix de la Libération (1) en 1945 pour services rendus à la Résistance, Jany Holt ne retrouvera pas après la guerre l'aura qui en fit l'une des actrices de tempérament d'avant guerre. De cette fin de carrière citons Non coupable d'Henri Decoin (1947) où elle est partenaire de Michel Simon, Gervaise de René Clément (1955), et sa dernière apparition, dans Noir comme le souvenir de Jean-Pierre Mocky (1994).
(1) Nota du 06/09/2007 : Précisions de M. PJ. Rolland : Jany Holt figure parmi les titulaires de la Médaille de la Résistance et non parmi ceux de la Croix de la Libération.