31 octobre 2005
EN ATTENDANT EDY
Photos : source Tournage d'Edy
Vendredi soir, j'appelle François Berléand qui est ce soir là aux Sables d'Olonne, venu pour défendre Edy, malgré son épaule cassée, mais ce n'est pas le genre à se plaindre. J'avais demandé à Guillaume Canet d’évoquer, lors de l'avant-première de "Joyeux Noël", l’épaule cassée de François Berléand au cours du tournage à Orly de son film "Ne le dit à personne". C’était le mercredi 19 octobre, à 2 heures du matin... Bon camarade, l'acteur a précisé que dans une scène où il devait courir, François Berléand exténué, s’est donc – je cite – "écrasé comme une merde", le choc a été assez violent puisque l’équipe de réalisation, a entendu de loin un craquement de l’épaule du comédien. Pourtant il a continué le lendemain à tourner, même si les assurances autorisaient de différer le tournage d'un mois et demi.
Il se démène avec ce film "Edy" signé Stephen Guérin-Tillié, parfois dans des promos assez improbables de son ami Christophe Dechavanne, dans l'émission "Le certif", où il plaisante avec Patrick Bosso et Ophélie Winter, et se fait battre par... Élodie Gossuin, nouvelle bécasse prête à tout pour se faire connaître - politique + la ferme + présentation de l'émission la plus trash du moment sur la chirurgie esthétique dans une sous-6 (pas de Strasbourg, TF6 en fait). Il se fait vanner par Frédérique Bel dans "La minute blonde" sur Canal + et par Laurent Baffie dans "Tout le monde en parle"... Il a énormément d'humour et encore plus dans la vie. Il se désole de la réaction de la critique et de l'accueil un peu froid, pourtant c'est pour lui son meilleur film... Dans ses jugements il ne se trompe pas en général, il a une grande lucidité sur son métier. Je l'ai rencontré sur l'avant-première bordelaise des "âmes câlines", un spectateur me disait qu'il était décomposé quand j'avais fait un compliment sincère sur lui. Bref je l'admire beaucoup, et de le connaître un peu ça n'a rien arrangé. Non content de m'avoir invité au théâtre pour ses deux dernières pièces, j'ai assisté à un jour de tournage sur "Mon idole", la dernière scène de confrontation avec Guillaume Canet, tournée dans un lycée de Levallois-Perret, car il est impossible d'avoir une autorisation de tourner une scène de suicide sur Paris ! Je reviens enchanté, avec l'impression depuis d'avoir assisté à une sorte d'envol pour lui - en même temps qu'un saut simulé dans le vide -. Je pensais qu'il changerait avec son arrivée dans la popularité, il n’en est rien, il est resté simple, disponible et a même gardé son même numéro de portable. Depuis j'ai assisté à un tournage de Claude Chabrol grâce à lui, le rêve quoi.

François Berléand & Cyrille Thouvenin
En octobre 2004, un an tout juste, j'ai également vu deux jours de tournage d'"Edy" qui s'appelait alors "Requiems". C'est d'autant plus appréciable, que je ne suis rien du tout, et petit provincial, je ne tenais d'ailleurs même pas cette chose insipide qui fait figure de blog. Depuis il me présente comme un dingo qui est resté une nuit entière à le voir se faire agresser dans un R.E.R., par trois vauriens. J'arrive devant un car loge, et je rencontre Stephan Guérin-Tillié les cheveux ras est très convivial, on parle du film de Steve Suissa "Le grand rôle" avec également François Berléand, film que j'ai beaucoup aimé, et il déplore un échec relatif au box-office. Je viens avec le drolatique libre de George Sanders "mémoires d’une fripouille" retrouver François Berléand toujours avenant. Il me présente Cyrille Thouvenin, tête rasée, très sympathique, ils se connaissent bien, il jouait son père dans "Les parents terribles". Ils évoquent quelques souvenirs avant d’attaquer une scène assez difficile d’agression dans un train de banlieue. Edy Saïovici - nom en hommage au directeur du théâtre Tristan-Bernard - est un assureur trouble, défait il se fait chahuter par un trio de jeunes composé de Cyrille Thouvenin donc, Richaud Valls et Hubert Benhamdine – habitué des trains puisqu’il était dans la série "Le train" sur Canal +. Un wagon roulant est transformé pour accueillir toute l’équipe. Durant toute la nuit, le temps de plusieurs allez-retour, la mise en scène au cordeau est tenue de main de maître par Stephan Guérin-Tillié qui aidé du professionnalisme du chef opérateur Christophe Offenstein – que j’avais déjà vu sur le plateau de "Mon idole". La scène se tourne une partie de la nuit, la tension monte rapidement entre les personnages et culmine sur un quai où Edy se fait violemment tabasser tourné en un plan séquence. Cette scène est particulièrement difficile pour François Berléand, le metteur en scène la voulant d’un seul tenant et sans la découper. S’il est vrai qu’il se définit souvent comme "un petit soldat" il se pli aux exigences du metteur en scène, jusqu’à arriver à la perfection. Harassé, il continue patiemment même s’il le faux sang coule et qu’il n’y a plus de chemise de rechange. J’assiste donc à une expédition incroyable avec des assistantes parties dans des recoins sombres du métro, pour trouver un robinet d’eau froide pour nettoyer les tâches parasites. François repart exténué pendant que le trio rigolard continue à courir pour des plans de coupes. Curieux souvenir d’un tournage de nuit dans un métro parisien.

Stephan Guérin-Tillié & François Berléand
Second jours, on part vers une ville de la banlieue parisienne dans la Seine et Marne. Dans une zone industrielle, se tourne des scènes du bureau d’Edy. Toujours pince sans rire, François Berléand continue à plaisanter allégrement, faisant croire à l’équipe du tournage que le plateau voisin "La star’ac" se plaint que l’on utilise ses lignes par biais des talky-walkies, la bonne humeur règne toujours avec lui. Un hangar aménagé en bureau est le petit théâtre des opérations, Pascale Arbillot joue la secrétaire d’Edy. Cette lumineuse comédienne a une belle scène d’émotion face à un Berléand amoché qui reste imperturbable. Stephan Guérin-Tillié qui est aussi acteur, reste vigilant pour le jeu de ses ouailles. Un malencontreux bruit fait par une équipe un peu dissipée et il y a une disposition compliquée avec un aquarium, empêche malheureusement d’utiliser un grand moment d’émotion de la comédienne. Il enrage car il sait qu’il est difficile de retrouver parfois une intensité d’émotion, à cause d’un manque d’attention de l’équipe. Son expérience de comédien est suffisamment solide pour avoir une empathie avec ses congénères. A l’instar de Guillaume Canet, il impressionne par sa volonté de bien faire, de créer un univers singulier et pour être à la disposition de tous. En tant que spectateur d’une scène, on peut difficilement augurer du résultat final, mais gageons qu’ici le résultant final ne peut qu’être probant. Pour plus d’informations retrouvez le lien : Tournage d'Edy, du site de Stephan Guérin-Tillié.
30 octobre 2005
ZAINA, CAVALIÈRE DE L'ATLAS
Il serait dommage de passer à côté de ce film promis à une vie courte dans le système actuel des diffusions de film, il était pourtant idéalement programmer pour que l’on y amène les enfants. C’est un conte intemporel, narré par la voix de Gamil Ratib. Changement de registre pour Bourlem Guerdjou donc après "Vivre au paradis" (1998) qui dans un contexte plus dramatique mettait en scène Roschdy Zem en ouvrier du bâtiment immigré qui souhaite que sa famille le rejoigne. La superbe photographie de Bruno de Keyzer met en valeur la beauté et la diversité des paysages du Maroc. Le réalisateur a réussi à trouver un souffle épique, trop rare dans notre cinéma, de par sa manière de filmer les lieux, les personnages et les chevaux avec beaucoup de justesse. Le traitement est réaliste, dans ce peuple berbère, ceux qui ont l’approche et la connaissance des chevaux, ont la clé pour survire dans le désert. La petite Zaïna vient de perdre sa mère, séquestrée par un seigneur des lieux, le cruel Omar, elle s’échappe de son emprise pour retrouver son vrai père, Mustapha, qui ignore son existence.

Sami Bouadjila & Aziza Nadir
Le film est porté par deux des meilleurs comédiens actuels. Simon Abkarian qui insuffle une humanité à un personnage qui pouvait être caricatural. Il a suivi un entraînement intensif pour ce film avec les chevaux, il personnifie un être qui souffre derrière une apparente froideur, ce comédien continue à nous surprendre à chacun de ses films. Sami Bouadjila – que le réalisateur, Jean-Pierre Sinapi avait rapproché dans une interview télé avec l’élégance d’un Marcello Mastroianni, ce qui me semble très juste -, est à la fois digne et émouvant dans l’impuissance d’affirmer cette paternité nouvelle qui semble lui tomber du ciel. La confrontation de ces deux comédiens très crédibles, est d’autant plus superbe, que le metteur en scène a trouvé la jeune Aziza Nadir, petit miracle de finesse, et enjeu des deux hommes qui se bat malgré la tristesse d’avoir perdu sa mère Selma, une herboriste dont le besoin de liberté sera nié dans une société trop patriarcale. Elle symbolise une rébellion, une émancipation, une vitalité, laissant deviner à son personnage un grand avenir, malgré la place qui lui est promise. Le final atteint un paroxysme, ce qui compte tenu des contraintes de ce type de tournage. Des scènes intimistes à celles d’une foule survoltée, le réalisateur trouve toujours le ton juste. Malgré quelques maniérismes, on ne serait trop que conseiller cette œuvre forte et prenante.
29 octobre 2005
COMBIEN TU M'AIMES ?
Retour en grâce pour Bertrand Blier avec "Combien tu m'aimes ?"... Blier est dans mon petit panthéon personnel de mes cinéastes préférés, j'ai même une affection particulière pour "Les acteurs" chant d'amour vachard pour les comédiens, c'est dire. Si le public le suivait volontiers du temps de "Merci la vie" où il envoyé valdinguer la narration, ces derniers exercices de styles n'ont pas eu sa faveur. Et vint le temps du recyclage, dont la morne captation de ses "côtelettes" produit par Luc Besson (encore lui), histoire d'avoir un nom prestigieux dans son écurie sans se fatiguer... On pouvait prévoir une nouvelle baisse de régime avec cette addition "Mon homme" - la prostituée au grand coeur - + "Trop belle pour toi - comment vivre avec une beauté digne comparée ici à une "bombe nucléaire" -.

Jean-Pierre Darroussin et Monica Bellucci
Certes le réalisateur a abandonné ses audaces, pour retrouver ses obsessions, et dresser un très beau portrait de femme, - le cinéma de Blier ne me semble aucunement misogyne, même si ses personnages le sont parfois -. C'est donc une variation de ses thèmes, ne manque ni le médecin furtif de "S.O.S. médecins" au secours d'un malaise vagal - la situation est ici inversé, Bernard Campan ayant le coeur fragile -, ni le choeur des collègues. François - subtil Bernard Campan - que l'on devine souffrir de misère sexuelle, s'offre grâce à un gain au loto une call-girl grand luxe - La Bellucci -. De cette rencontre improbable, Blier tend plus vers la sensibilité que de l'acidité. Il y a toujours les mots d'auteur qui font mouches, la carte jouée ici est celle du classique, mais elle brille particulièrement par son efficacité. De plus le metteur en scène a toujours une manière très juste de renifler l'air du temps sans l'édulcorer. Même si le film semble chercher son rythme parfois, on aime à retrouver cet univers singulier.

Gérard Depardieu, Monica Bellucci et Bernard Campan
La distribution est ici particulièrement brillante. Monica Bellucci poursuit sa carrière avec intelligence et me semble une bonne comédienne contrairement à l'idée propagée dans nombre de forums. De part sa manière d'afficher et de jouer sur sa sensualité - il y a un plan d'hommage à Sophia Loren, dans "Une journée particulière" et la comparaison n'est pas déplacée - son personnage troublant existe. Bernard Campan continue son sillon sensible, suite à ses rencontres avec Zabou Breitman et Jean-Pierre Améris, Gérard Depardieu retrouve son brio, et confirme qu'il est un immense acteur, s'il veut bien s'en donner la peine, avec un proxénète, s'excusant d'être un salaud, comme son personnage dans "Merci la vie", Jean-Pierre Darroussin est émouvant et tragique - très belle scène quand il évoque sa compagne -, Michel Vuillermoz est acerbe en toubib, Edouard Baer semble être né pour dire du Blier, Sara Forestier est attachante, Farida Rahouadj - compagne de Blier - en voisine agacée libérant sa sensualité, François Rollin, Fabienne Chaudat, Jean Barney et les autres existent - ce qui était moins le cas chez les seconds rôles des précédents films de Blier. Joyeuses retrouvailles avec un de nos meilleurs cinéastes, même si l'on pouvait espérer d'autres champs d'explorations.
28 octobre 2005
R.I.P.
Le voyage des damnés
Annonce de la mort du cinéaste Wolf Rilla. Né en Allemagne il est le fils de l'acteur Walter Rilla. On lui doit un chef d'oeuvre du cinéma fantastique "The village of the damned / Le village des damnés" (1950), avec Georges Sanders et Barbara Shelley, avec les yeux phosphorescents de mystérieux enfants blonds qui naissent ensemble dans la campagne anglaise. D'une filmographie méconnue chez nous, Raymond Lefevre et Roland Lacourbe, dans le précieux livre "30 ans du cinéma britannique" évoquent "Cairo - Les bijoux du pharaon" (1962), avec Georges Sanders et Richard Johnson, sorte de remake d"Asphalte jungle" de John Huston, et "The world ten times over", inédit chez nous, évoquant la solitude de deux hôtesses de night-club. Retrouvez le portrait de Christophe Jacob pour LES GENS DU CINÉMA.
Annonce également de la mort de la comédienne Françoise Vatel :
ARTICLE AFP :
PARIS, 27 oct 2005 (AFP) - 27/10/2005 13h00 - La comédienne Françoise Vatel, qui avait notamment joué dans des films de Claude Chabrol et Jean-Luc Godard, est décédée lundi à Paris à l'âge de 67 ans, a annoncé jeudi sa famille. Cette comédienne débuta à l'âge de 16 ans dans "Les premiers outrages" et "Promesses dangereuses" de Jean Gourguet et poursuivit ensuite sa carrière au cinéma, au théâtre et à la télévision.
Elle fut adoptée par quelques réalisateurs de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, pour lequel elle tourna "Les Cousins" (1959), et Jean-Luc Moulet, dont elle devint l'actrice fétiche après "Brigitte et Brigitte" et "Les contrebandières". Elle figurait encore dans le dernier film de Jean-Luc Moulet, "Les naufragés de D 17". Au théâtre, Françoise Vatel joua notamment pendant de nombreuses années "Oscar", d'abord avec Jean-Paul Belmondo, puis avec Jean-Pierre Cassel. Jacques Audiberti écrivit une pièce pour elle avec un personnage qui lui ressemblait, "Pom Pom Pom". "Elle comptait dans le métier de nombreux amis qui appréciaient sa générosité, sa convivialité et sa constante bonne humeur", a déclaré jeudi à l'AFP son agent
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Création d'une nouvelle rubrique sur ce blog, depuis le 23 octobre, une base de LIENS, qui se veut utile pour retrouver les incontournables du web mondial, concernant le cinéma. Si vous avez les remarques elles sont bienvenues. A noter que l'épatant site RETOUR A YUMA, change désormais d'URL : http://retourayuma.free.fr/.
27 octobre 2005
MORT DE JANY HOLT
Photos source : www.bernard-luc.com/
Dans un numéro de Télérama de 1981, elle se présentait ainsi avec ironie : "Je n'ai jamais été jolie. Quand j'avais dix-huit ans, les producteurs, me regardant, semblaient voir un flacon d'huile de ricin"... Annonce de la mort à 96 ans de la grande comédienne française d'origine roumaine, Jany Holt. Yvan Foucart avait fait un superbe portrait pour LES GENS DU CINÉMA. Sa frêle silhouette l’avait prédisposée à tenir des rôles troubles, comme la Russe dans "Les bas-fonds", la prostituée souffrante de "La maison du Maltais". Son charme unique dépassant une certaine austérité a laissé un souvenir intact dans la mémoire des cinéphiles. Elle était impressionnante dans "Les anges du péché" de Robert Bresson en criminelle repentie trouvant refuge dans un couvent. Décorée pour fait de Résistance, en 1944, elle ne revient qu’irrégulièrement sur les écrans, mais on pouvait la retrouver en logeuse dans "Target" (Arthur Penn, 1984), ou en grand-mère de Mathieu Kassovitz dans "Métisse" en 1992, notamment. Dans son dernier rôle, elle était une inquiétante voisine dans "Noir comme le souvenir", en 1994, dans une réalisation de Jean-Pierre Mocky, toujours prompt à utiliser des acteurs mythiques. Elle était l'épouse de Marcel Dalio, de 1932 à 1937, et lui avait gardé une affection profonde. Sur cette singulière actrice, on peut retrouver le portrait d'Olivier Barrot & Raymond Chirat, dans "Inoubliables, visages du cinéma français 1930-1950" (Éditons Calmann-Lévy, 1986), repris en poche sous le titre "Noir & Blanc" (Édition Flammarion).

ARTICLE : L'actrice Jany Holt est morte
NOUVELOBS.COM | 26.10.05 | 18:27
D'origine roumaine, arrivée en France à 15 ans, elle avait notamment tourné avec Abel Gance, Jean Renoir et Robert Bresson. La comédienne Jany Holt est décédée mercredi 26 octobre à l'hôpital américain de Neuilly à l'âge de 94 ans, ont annoncé ses proches. Elle avait notamment tourné avec Abel Gance, Jean Renoir et Robert Bresson. Ekaterina Rouxandra Olt de son vrai nom, était né en Roumanie le 11 mai 1911.
Elle était venue à Paris à l'âge de 15 ans, ses parents voulant qu'elle fasse des études de commerce.
Elle avait fait ses débuts au théâtre en 1935 dans "La créature", de Bruckner, mis en scène par les Pitoeff, avant de se trouner vers le cinéma où elle débute dans "le Golem" de Julien Duvivier. Suivent "Les bas-fonds" de Jean Renoir, "Un grand amour de Beethoven", d'Abel Gance et "La tragédie impériale", de Marcel L'Herbier.
30 films : Avec un physique un peu maigrichon, mais elle avait trouvé sa voie avec des personnages malheureux, névrosés ou à moitié fous.
Elle s'est aussi produite sur scène, jouant notamment dans "les Monstres sacrés" de Cocteau et "Sainte-Jeanne" de Bernard Shaw.
Jany Holt a tourné plus de 30 films sur près de 60 ans. Elle faisait partie de la distribution de "Noir comme le souvenir" de Jean-Pierre Mocky en 1994.
En juin 1945, elle avait été décorée par le Général de Gaulle de la Croix de guerre (1) avec palme pour services rendus à la Résistance.
LE FIGARO :
Pour saluer Jany Holt, par Armelle Héliot [29 octobre 2005]
Disparition La comédienne s'est éteinte à l'hôpital américain de Neuilly à l'âge de 94 ans.
QUI AIME le théâtre se souvient d'elle, qui aime le cinéma la révère, qui regarde la télévision la connaît. Jany Holt qui vient de s'éteindre au bel âge de 94 ans – mais on l'aurait aimée centenaire ! – est une figure attachante du monde du spectacle que chacun, un jour, a vue sans forcément avoir retenu son nom. Quel grand nom pourtant ! et quelle étoile dans une constellation d'artistes...
Elle était née le 11 mai 1911 en Roumanie et s'appelait alors Ekaterina Rouxandra Olt. Ses parents rêvaient qu'elle fasse des études de commerce. Mais lorsqu'elle arriva à Paris à l'âge de 15 ans, c'est sur les planches qu'elle préféra faire son apprentissage...
Dans ces années d'après la Grande Guerre, années inventives, Années folles, elle rencontre des artistes qui lui permettront d'accéder au métier dont elle rêve. Charles Dullin fut l'un de ses maîtres et c'est avec les Pitoëff qu'elle débuta dans La Créature, une pièce de Bruckner. Très vite, Jany Holt est happée par le cinéma. Face à Harry Baur dans Le Golem de Julien Duvivier, cette toute jeune femme frêle jusqu'à la maigreur impose une profondeur certaine qui la conduira à jouer des personnages complexes et parfois sombres.
Dans le monde du théâtre et du cinéma, on ne lui connaissait que des amis. Une famille. Elle aimait beaucoup Elvire Popesco, qui comme elle était venue de Roumanie et s'intéressait à toutes les formes d'art, la peinture, la sculpture, elle fréquentait les expositions, les concerts. Lorsque sa grande amie disparut, on sentit Jany Holt un peu orpheline. Pourtant elle avait sa propre famille et avait été mariée deux fois, d'abord avec Dalio puis avec Jacques Porel.
Quel grand et beau chemin que celui de cette femme qui fut active dans la Résistance et à qui le général de Gaulle lui-même avait remis la Croix de guerre. Soixante années fertiles, plus de trente films dont certains appartiennent à la grande histoire du 7e art, du théâtre (Les Monstres sacrés de Cocteau, Sainte-Jeanne de Shaw), des films pour la télévision. Ainsi rappelons Les Bas-Fonds de Jean Renoir, Un grand amour de Beethoven d'Abel Gance, La Tragédie impériale de Marcel L'Herbier, Les Anges du péché de Robert Bresson et jusqu'à Noir comme le souvenir de Jean-Pierre Mocky, en 1994.
Photo source BIFI
LE MONDE : Nécrologie
Jany Holt, une actrice de tempérament d'avant guerre, par
Jean-Luc Douin
Article paru dans l'édition du 01.11.05
La comédienne et actrice Jany Holt est morte mercredi 26 octobre à l'hôpital américain de Neuilly. Elle était âgée de 94 ans.
Née en Roumanie en 1911, Ekaterina Rouxandra Olt était venue s'installer à Paris en 1926 afin d'y suivre des études de commerce. Attirée par l'art dramatique, elle entre dans le cours de Charles Dullin, et débute au théâtre dans une pièce de Bruckner, La Créature. Elle fait alors partie de la troupe des Pitoëff. Un bel avenir lui est promis, d'autant qu'elle a tapé dans l'oeil de Raimu, qu'elle vénère. Le cinéma lui tend les bras. Elle est face à Harry Baur dans Le Golem de Julien Duvivier (1935).
Elle fait une autre rencontre déterminante : celle de Marcel Dalio. Séduit par "ses beaux yeux un peu enfoncés et ses joues creuses", Dalio est sur le point de l'épouser : le mariage tombe à l'eau parce que les parents de Jany Holt exigent qu'il se convertisse au catholicisme. Le comédien répond : "Mon seul Dieu, c'est le théâtre".
Jany Holt repart en Roumanie... où on la rappelle pour venir remplacer une comédienne défaillante dans Les Innocentes de Lilian Hellman. Cette fois, Dalio parvient à l'amener à la mairie, avec Henri Jeanson et Marcel Achard comme témoins. Mariage qui tournera court, Jany Holt étant tombée amoureuse de Jacques Porel, le fils de Réjane. Qui fait ainsi son portrait : "Sa chevelure est un triomphant incendie. Elle offre chaque jour le spectacle de l'insolite allié à une parfaite simplicité. Elle est, pour tout dire, rayonnante de personnalité".
Jany Holt a un physique maigrichon, un nez pointu, l'oeil impertinent, et suffisamment de trouble pour se voir épargnée par les rôles de soubrettes. On lui offre des personnages de jeune mythomane, d'illuminée, de quasi folle, dont elle s'empare avec ardeur. La voilà chez Jean Renoir (Les Bas fonds, 1936), Abel Gance (Un grand amour de Beethoven, 1936), Marcel L'Herbier (La Tragédie impériale, 1937), Jean Dréville (Troïka sur la piste blanche, 1937).
CROIX DE LA LIBÉRATION : L'un de ses plus beaux rôles est celui que lui offre Pierre Chenal dans L'Alibi (1937), où est joue une entraîneuse face à Louis Jouvet et Eric von Stroheim. Admiratrice, elle dit de son metteur en scène qu'il "magnétise sans emmerder". Chenal rend hommage à sa décontraction, son humour hors du commun, et à la façon dont, à la fin du film, "elle a une scène entre rire et larmes à vous arracher les tripes".
Il la rengage en 1938 pour La Maison du Maltais, où elle côtoie Fréhel et la capiteuse Viviane Romance. Dans Pour Vous, Serge Veber écrit : "On se demande comment la braise de ses yeux qui dévo rent son visage ne met pas le feu à son corps sec et nerveux qui ne demande qu'à brûler".
Le théâtre la redemande. Elle se produit dans Les Monstres sacrés de Jean Cocteau, Sainte Jeanne de Bernard Shaw. Réapparaît à l'écran dans Le Baron fantôme (1942) et La Fiancée des ténèbres (1943) de Serge de Poligny, Les Anges du péché de Robert Bresson (1943) : amoureuse en proie aux maléfices, pauvre fille poursuivie par la fatalité sur fond de bûchers cathares, irréductible prisonnière du couvent.
Décorée en 1945 par le général de Gaulle de la Croix de la Libération (1) en 1945 pour services rendus à la Résistance, Jany Holt ne retrouvera pas après la guerre l'aura qui en fit l'une des actrices de tempérament d'avant guerre. De cette fin de carrière citons Non coupable d'Henri Decoin (1947) où elle est partenaire de Michel Simon, Gervaise de René Clément (1955), et sa dernière apparition, dans Noir comme le souvenir de Jean-Pierre Mocky (1994).
(1) Nota du 06/09/2007 : Précisions de M. PJ. Rolland : Jany Holt figure parmi les titulaires de la Médaille de la Résistance et non parmi ceux de la Croix de la Libération.
25 octobre 2005
JOYEUX NOEL
Avant-première lundi soir à l’UGC Cité-Ciné, du nouveau film de Christian Carion, "Joyeux Noël", en présence du réalisateur, du producteur Christophe Rossignon et Guillaume Canet. Le décorateur Jean-Michel Simonet était également présent mais par discrétion n’est pas monté sur scène. Le film parle du thème de la fraternisation entre les soldats allemands, français et anglais, ici le 24 décembre 1914. C’est un fait réel, l’histoire concentrant plusieurs histoires, longtemps éludé par les autorités, mais connu grâce à la presse anglaise. Anne Sörensen, une soprane – superbe Diane Kruger, bien que peu crédible dans les scènes de chants -, rejoint son amoureux, Nikolaus Sprink – Benno Fürmann, très convaincant - un célèbre ténor de l’Opéra de Berlin, dans une tranchée allemande. Des arbres de Noël surgissent du côté allemand, causant un trouble général… Le réalisateur n’a pas pris le parti pris du réalisme comme dans "Les sentiers de la gloire", mythique film de Stanley Kubrick, ou même d’ "Un long dimanche de fiançailles". Cette épure déstabilise au départ, puis comme pour le décors de "Brigadoon" de Vincente Minnelli, on finit par adhérer très vite à ce concept. Le côté sanguinolent de la guerre n’est pas privilégié. Cette stylisation donne un côté conte de Noël plaisant, d’autant plus que le côté absurde de la guerre n’est pas éludé, un chat devant être jugé pour être passé à l’ennemi. Cette anecdote s’avère exacte et le réalisateur a expliqué que l’animal avait d’ailleurs été fusillé pour faits de haute trahison ! Il y a pléthore d’excellents comédiens, pour ne citer que les plus connus de Gary Lewis, digne prêtre anglican, Ian Richarson impitoyable évêque, Daniel Brühl qui révèle une maturité inattendue en lieutenant allemand, Guillaume Canet en lieutenant français passant d’une autorité à une belle sensibilité, Bernard Le Coq en austère général, Lucas Belvaux en soldat râleur, sans oublier Dany Boon, sensible et drôle soldat simplet du Nord, et même le couple Michel Serrault et Suzanne Flon, en châtelain résignés.
Guillaume Canet & Daniel Brühl
Cette avant-première animée par la bonne humeur du trio invité, fait suite à l’inoubliable soirée d’ "Une hirondelle ne fait pas le printemps", où un Michel Serrault en plaine forme – j’ai parlé à une de mes idoles, avant de me faire neutraliser par une grande bourgeoise bordelaise suffisante -, avait fait preuve de brio. Le débat était passionnant de la vérité historique de ce fait occulté. Je n’ai pas pu m’empêcher de poser des questions sur la polémique lancée par Libération. Le producteur s’étonnait qu’elle n’éclate pas au moment des nominations, de la réaction de quelques mauvais joueurs - des pingouins, d’ailleurs -. J’ai continué sur le choix des acteurs – Gary Lewis était une évidence pour le réalisateur dès la première rencontre, Guillaume Canet tenait à tout prix faire ce film., Il faut souligner l’importance et l’originalité du travail du producteur Christophe Rossignon, nous faisant des propositions de cinéma singulières et abouties, contrastant avec le tout venant du cinéma français actuel. Pour la petite histoire, il a comme a l’accoutumé joué un rôle dans un de ses films, ici un lieutenant qui remplace le lieutenant Audebert en le critiquant sévèrement, mais il a été coupé au montage. Il me confiait avec humour, vouloir désormais essayer de figurer une prochaine fois dans une scène impossible à supprimer pour la compréhension de l’histoire. Cette évocation sensible de la guerre confirme le talent de Christian Carion.
24 octobre 2005
LE COIN DU NANAR : LES PARRAINS
"Les parrains" : Il n’y a pas moins de cinq scénaristes sur ce film, excusez du peu : Claude Simeoni, Laurent Chalumeau, Olivier Dazat, Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, pour aboutir au résultat suivant, un film basé sur le capital de sympathie de l’addition suivante, par alphabétique : Gérard Darmon + Gérard Lanvin + Jacques Villeret - , et basta ! Il ne faut pas chercher le moindre effort ici, ces "hommages" ne sont qu’une molle compilation de films, la scène du début est un pompage de "La bonne année" de Claude Lelouch, l’idée du musée Balzac dans "En effeuillant la marguerite" de Michel Boisrond (1956) – avec le désopilant Darry Cowl, dans le rôle du gardien -, on rajoute une vague histoire de manipulation à la "9 reines". Gérard Lanvin, même si son salutaire franc-parlé est souvent décrié, a eu l’honnêteté de préciser que le trio d’acteurs a dû faire un travail de "ressemelage", mais que l’on ne lui a laissé que peu de temps. On revient donc à une certaine tradition du cinéma français, style les films de Raoul André ("Ces messieurs de la gâchette", "Ces messieurs de la famille", où les Francis Blanche, Poiret & Serrault, Darry Cowl déployaient une énergie formidable pour animer l'ensemble.
Gérard Lanvin, dans le flou, Gérard Darmon dans l'expectative
On était partant pour ce "revival", d'autant plus que la voix de Claude Brasseur, dans le rôle de Max nous apporte immédiatement une atmosphère... Ici le trio a de l’abattage, on rit tout de même – mention spéciale pour Gérard Darmon hilarant avec ses problèmes capillaires -, et Pascal Reneric ne démérite pas de ces illustres aînées... Mais on est très loin de l’univers d’un Georges Lautner, le "yes-man" Frédéric Forestier ne livrant ici qu’une mise en scène pataude. Lautner avait l’avantage d’avoir de bons auteurs – Michel Audiard, bien sûr –, et en prime d’excellent seconds rôles à la Robert Dalban, ici les Gérard Chaillou, Firmine Richard ou Éric Thomas, n’ont strictement rien à se mettre sous la dent. Seule la trop rare Anna Galiena amène un peu d’épaisseur et d’humanité à cette pantalonnade. A trop œuvrer dans le jetable, les producteurs de comédies manufacturées devraient réfléchir à la désaffection actuelle du public, et faire un effort de qualité.
23 octobre 2005
CACHÉ
"Caché" est un film choc, sans concessions, qui nous impose une vision de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir, à l’image de l’écrivain Thomas Bernhardt, autrichien comme Michael Haneke. On peut être surpris de voir les fréquentes critiques de compromissions faites à l’encontre de ce réalisateur, parce qu’il bénéficie de l’organisation du cinéma français. Les films américains de Fritz Lang ont été longtemps considérés comme mineurs, ce même reproche me semble ici également non fondé car le metteur en scène n’a rien perdu de l’acuité de son regard, de cette radiographie de l’âme. Pascal Bonitzer dans une émission de France Culture, l’a même qualifié de "sale type !", c’est dire si ce metteur en scène continue à déranger sans rien perdre de son sens de la provocation. Georges, grand journaliste littéraire reçoit des vidéos menaçantes et des dessins puérils. La tension montre entre lui et Anne, sa femme, et son fils, d’autant plus que la police ne semble pas prendre ces menaces très au sérieux.
Daniel Auteuil & Juliette Binoche
Le réalisateur distille avec maestria l’angoisse, en nous laissant circonspect devant une K7 vidéo – élément déjà utilisé dans "Funny Game" de lieux sans vie, tout en jouant avec la durée. Le questionnement sur un élément d’une vie que l’on pourrait occulter est acerbe, Haneke ne donnant pas toutes les réponses. Au détour d’un plan anodin, il peut très bien ne pas insister sur une action en cours, maintenant notre attention sans que se relâche à aucun instant. Difficile d’évoquer l’histoire, ayant subi moi-même, nombre d’explications de texte de journalistes roublards commentant le film lors de la projection de presse à Cannes, diffusé sur le câble en mai dernier. On ne peut être que déçu d’arriver dans cet univers avec autant d’éléments, alors que le réalisateur ne souhaite aucun éclaircissement que les éléments que l’on peut retrouver dans le film. Une fois de plus les interprètes sont fabuleux, de Daniel Auteuil se renouvelant à chaque film avec un personnage troublant, de Juliette Binoche, dans un rôle assez ingrat, dans le charme et la justesse, d’Annie Girardot en mère fatiguée, dans l’une des très belles scènes du film, Denis Podalydès dans l’hilarante histoire du chien, Bernard Le Coq en producteur rassurant, Daniel Duval et Nathalie Richard en couple inquiet, Walid Afkir en jeune homme en colère. Saluons la performance de Maurice Bénichou, ce formidable acteur – déjà présent dans Code inconnu -, en fantôme du passé, prouve son immense talent dans un rôle solide. A noter la présence de François Négret, réduit à la figuration dans une scène d’ascenseur, il est assez curieux de retrouver ainsi ce comédien prometteur – De bruit et de fureur -, etc… De la belle ouvrage… 
21 octobre 2005
MORT DE JEAN-MICHEL FOLON

Patrick Dewaere, Jean-Michel Folon & Rufus
Annonce de la mort de Jean-Michel Folon. Pour ne parler que de son incursion dans le cinéma, outre de très belles affiches de film, il s’était révélé un acteur attachant. Dans le bonus du DVD "Lily aime-moi", Folon parlait de l’engouement qu’il y avait eu sur lui comme comédien. Il s’était lié d’amitié avec Wim Wenders et Roman Polanski, et François Truffaut avait envisagé l’engager avant sa mort. Il confiait que Gérard Depardieu lui avait dit : "Laisse tomber le cinéma, toi tu n'es pas quelqu'un qui est fait pour être la couleur sur la palette d'un autre, tu es quelqu'un qui doit tenir la palette…". "Lily aime-moi" (Maurice Dugowson, 1974) reste un film très singulier, le réalisateur ayant utilisé la complicité du trio Folon-Dewaere-Rufus, voir La notule de ce blog. Dans "L’amour nu" (Yannick Bellon, 1980), il était émouvant en mari de Marlène Jobert, l’aidant dans sa lutte contre le cancer. On aimerait pouvoir voir le méconnu "Un type comme moi ne devrait jamais mourir" (1976) du mordant Michel Vianey où il jouait un bourgeois qui se remettait en question. Il était comédien également dans "La chute d’un corps" (Michel Polac, 1973) et "F. comme Fairbanks" (Maurice Dugowson, 1975). Vous pouvez visiter son Site officiel.
L'affiche de Jean-Michel Folon de "L'amour nu"
ARTICLES
LE FIGARO -
L'ultime envol de Folon l'enchanteur
arts L'artiste, dessinateur et peintre des architectures et des grands espaces peuplés de petits hommes, est mort hier à 71 ans des suites d'une leucémie par Armelle Héliot [21 octobre 2005]
Il avait fait casser un mur de sa maison pour mieux voir la plaine. Pour que le paysage entre dans sa maison et avec lui, le vent. Il aimait les cerfs-volants et les météores, il savait dessiner le vent. Les petits hommes dans leurs vastes pardessus bleus du générique d'Antenne 2, qui avaient élargi à la France entière une notoriété déjà grande, s'envolaient dans la nuit irisée, nous ouvrant les portes du songe.
Hier, c'est Jean-Michel Folon qui s'est envolé. Tout seul. On aurait voulu que le titre d'un des films qu'il avait tournés, Un homme comme moi ne devrait jamais mourir (Michel Vianey, 1976), le protège. On le savait malade. Bataillant contre l'insidieuse leucémie. Jean-Michel Folon, si doux, si mélancolique, si pur s'est éteint hier. Il avait soixante et onze ans. Il ne vivait plus face à la courbure du monde, devant un paysage à la Millet de la Beauce depuis plusieurs années. Il avait choisi le sud, la mer Méditerranée.
Un voyant aux yeux clairs qui avait lu bien des livres, Jean-Michel Folon, et réfléchi souvent à l'absurdité douloureuse du monde. Mais il n'aimait pas les discours. Il était frère de Blaise Pascal et traduisait en tendres dessins et aquarelles le silence éternel de ces espaces infinis qui parfois nous effraient.
Rien d'un candide, Jean-Michel Folon, mais un artiste inspiré et un esprit d'une lucidité magnifique. Il était né en Belgique en 1934. Il n'aimait pas trop l'école. Trop rêveur, sans doute. On aime l'imaginer ainsi. Regardant déjà par la fenêtre. Et dessinant. Dès l'enfance dessinant. Son père lui conseille des études d'architecture. Mais n'était Corbu qu'il approche et révère et qu'il voit floué, obligé de renoncer à ses projets, il n'a pas grand respect pour ce monde. Il quitte le bureau d'architecture dans lequel il travaille pour tenter de vivre de ses dessins. Paris, où il demeure alors, ne voit rien. Apres années. Le salut viendra des Etats-Unis. New York reconnaît en lui la profondeur d'un talent original et d'une manière rigoureuse. Il a envoyé ses dessins. Il reçoit de gros chèques. Il n'en revient pas. Et la France ouvre les yeux. Succès fulgurant.
Il aimait les villes et les êtres - Avec les années 70, c'est la gloire qui l'enveloppe. Des expositions, des livres, les génériques de France 2 et d'«Italiques», notamment, des affiches pour des festivals (Cannes), des campagnes (l'Europe notamment ou Amnesty International). De la gravure, des aquarelles, de la peinture. Il illustrait de nombreux livres. Des classiques, mais aussi des auteurs contemporains avec lesquels il entrait en fertiles dialogues. Il aimait travailler. Du travail. Toujours du travail. Pour les journaux. L'Express, Le Nouvel Observateur. Des voyages. Il aimait les villes et les êtres. Il pouvait s'absorber des heures durant dans la contemplation d'un ciel comme d'un tableau. Il avait de grands maîtres, côté peinture, littérature, cinéma. Il savait l'absurdité du monde. Il était du Nord, il admirait les gens de l'Est. Le graphisme d'Europe centrale comme ses romanciers. Kafka comme Schulz et s'il n'avait pas la férocité d'un Topor, en fait, il n'était pas si loin de son univers. Mais il aimait la vie comme elle va et lorsque Jacques Chancel lui avait consacré un Grand Echiquier il y a une vingtaine d'années, Folon avait voulu Woody Allen devenu son ami après la lecture de Lettres à Giorgio (Woody l'avait offert à Diane Keaton), Raymond Devos, Yves Montand, Michel Legrand, Ray Bradbury dont il illustrait les livres et Saül Bass qui était alors le roi incontesté des génériques de cinéma ou encore Milton Glaser, un affichiste de légende.
Au cinéma, il ne s'était pas contenté d'aimer Charlie Chaplin, Les Contrebandiers de Moonfleet ou La Nuit du chasseur. Il s'était pris au jeu du jeu. Et il fut un comédien très attachant. Une dégaine et, mieux que ça, une photogénie, un regard. Il jouait, pour apprendre. Réaliser. Il parlait de son éblouissement devant le passage du bateau dans Amarcord. Ce qui lui plaisait le plus, c'était de savoir qu'il s'agissait d'un décor, à Cinecitta. Avec le temps, il avait changé de paysage et d'activité. Il sculptait. Comme un rejeton de Brancusi, un peu. Il composait des cartons de tapisseries. Il y a quelques années, il avait dessiné des vitraux pour l'église de Burcy, en Seine-et-Marne, et fait les décors de La Bohème de Puccini, très récemment. Il avait transposé l'action dans un Paris début XXe, un Paris pour Picasso, Braque, Modigliani. C'était comme un arc-en-ciel. Comme ceux de la Beauce ou de la Belgique, ou de la Fondation Folon, créée il y a cinq ans, ou comme ceux de ses dessins pour toujours envolés.
ROSSI XAVIER/GAMMA
LE MONDE : Portrait du peintre et illustrateur, Jean-Michel Folon, à sa fondation de Bruxelles.
Le peintre et dessinateur Jean-Michel Folon est mort
LEMONDE.FR | 20.10.05 | 13h23 • Mis à jour le 20.10.05 | 13h30
Le peintre et dessinateur Jean-Michel Folon est mort jeudi matin 20 octobre à l'âge de 71 ans à Monaco des suites d'une leucémie, a-t-on appris auprès de la galerie d'art Guy Pieters à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), où il avait plusieurs fois exposé.
Jean-Michel Folon naît à Uccle, dans les environs de Bruxelles, le 1er mars 1934. Il abandonne ses études d'architecture en 1955 et quitte Bruxelles pour se consacrer au dessin. Il part alors pour Paris. Pendant cinq ans, il dessine tous les jour. Comme on ne s'intéresse pas à ses dessins en France, il les envoie à New York à différents magazines : Horizon, Esquire et The New Yorker les publient en 1960, sans l'avoir rencontré. Sa carrière connaît alors une importante ascension. Et en 1964, ses dessins sont présentés à la librairie Le Palimugre à Paris. En 1969, ce sont les premières expositions à New York. Puis en 1970 au Japon.
UN GÉNÉRIQUE POUR ANTENNE 2 - En 1975, il crée le générique inoubliable de fin de programmes d'Antenne 2. Il expose dans différents musées et illustre des livres comme les Chroniques martiennes de Ray Bradbury en 1979. En 1988, il illustre, pour Amnesty International, la Déclaration universelle des droits de l'homme. 1990 voit sa consécration internationale avec l'exposition de ses aquarelles et gravures au Metropolitan Museum of Art, à New York.
En 2000, l'artiste crée la Fondation Folon, à Solvay près de Bruxelles En 2004, il est nommé ambassadeur de l'Unicef. Il crée aussi les décors de La Bohème, de Puccini, dans le cadre des Opéras en plein air. L'artiste laisse une œuvre riche et éclectique. Il a été l'auteur d'aquarelles, de gravures et de décors de théâtre. Il a aussi illustré les œuvres de Kafka, deBorges, de Vian..et toute l'oeuvre de Prévert en sept volumes.
L'affiche de Jean-Michel Folon, de "La rose pourpre du Caire"
LIBÉRATION
Mort du dessinateur aux personnages diaphanes et angéliques, rendu célèbre par un générique d'Antenne 2. - Feu Folon par Hervé GAUVILLE vendredi 21 octobre 2005
Il a fini par le faire. Quand on lui demandait comment il aimerait mourir, il répondait : «En m'envolant». A 71 ans, la leucémie a emporté Jean-Michel Folon. Trente ans plus tard, il est allé rejoindre le bonhomme aux longs bras, en chapeau et manteau, qui planait dans le générique de fin de programmes pour Antenne 2. Ce dessin d'ange humain ou homme angélique aura été à la fois son sésame pour la notoriété et son verrou pour l'art, du moins en France. Car c'est d'abord en Amérique que Folon, natif d'Uccle, près de Bruxelles, entame sa carrière.
Tranquille à coups d'éclat. En 1960, les magazines Esquire et le New Yorker publient ses dessins, avant même qu'il ne pose le pied à New York. Ce sera chose faite la même année. Il sera bientôt l'auteur de quatre couvertures de Time. Alors commence une pérégrination à travers le monde que la mort vient d'interrompre à Monaco. Même à Paris, son pied-à-terre était flottant ; il aimait, de temps en temps, amarrer sa péniche bleue non loin du Trocadéro. Il ressemblait décidément beaucoup aux figures légères, aériennes et volatiles qu'il croquait en toutes saisons et à toute occasion.
Ses motifs, Folon les empruntait à la nature enfantine, de sorte que ses saynètes brillaient de soleils ronds ou de lunes à la Pierrot. Il marquait plus de tendresse pour les chats que pour les chiens, mais préférait encore les colombes aux félidés. Ce talent pour les images de tranquillité lui vaudra un deuxième coup d'éclat, aussi involontaire que le premier pour la télévision : l'illustration, pour Amnesty International, du texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme, en 1988.
Car ce grand gaillard au visage incliné et au sourire bienveillant va se mettre à incarner le désir de paix. Pacificateur plutôt que pacifiste, Folon n'a jamais fait de la paix dans le monde un slogan, ni même un combat militant. Il aimait la paix comme on pratique la courtoisie, avec indulgence et sans grande illusion.
Ami de Balthus. Ses personnages diaphanes qui courent dans des rues rectilignes ont la transparence d'une vie rêvée. Lui-même avait l'air d'être tombé par mégarde dans un monde aux arêtes trop aiguës. L'admiration qu'il vouait à l'art l'incitait à travailler d'arrache-pied tout en le tenant à respectueuse distance de ceux qu'il considérait comme ses maîtres. Il a ainsi exposé dessins, gravures et sculptures en 1985 au musée Correr de Venise, en 1988 au Met de New York, puis à Barcelone, Tokyo, Lausanne, Milan, Anvers, etc.
Son pays de prédilection demeure néanmoins l'Italie, et c'est à Rome qu'il côtoyait son ami Balthus lorsque ce dernier dirigeait la villa Médicis. Entre les deux artistes, il y a l'écart ouvert entre la peinture et l'illustration mais Folon, à sa manière, était aussi anachronique que Balthus.
Aquarelliste. A 50 ans, il n'avait pas hésité à exposer ses travaux dans le musée Picasso d'Antibes. Nulle forfanterie de sa part, sa modestie n'était pas feinte. Mais l'enchantement qu'il éprouvait à conjuguer le ciel méditerranéen aux couleurs picassiennes lui a fait franchir la barrière de l'inhibition. Il s'était exposé chez Picasso, non comme on s'installe chez soi, mais plutôt comme on accepte l'invitation d'un hôte prestigieux. Il disait que «les choses sont faites pour s'envoler, pour vivre leur propre vie».
Folon ne pratiquait guère la peinture à l'huile ou à l'acrylique, lui préférant l'aquatinte, l'eau-forte et surtout l'aquarelle. Quoi de plus approprié en effet que cette peinture légère faite de couleurs transparentes délayées dans de l'eau ? De l'aquarelle, Baudelaire remarquait dans ses Curiosités esthétiques qu'elle «est réduite à son rôle modeste et ne veut pas se faire aussi grosse que l'huile». Delacroix qui en a commis d'exceptionnelles, écrivait dans son Journal, que «le charme particulier de l'aquarelle, auprès de laquelle toute peinture à l'huile paraît toujours rousse et pisseuse, tient à cette transparence continuelle du papier». Pourtant, elle ne représentait pas pour Folon une voie mineure, en marge de la grande peinture, à l'écart des aventures de l'art.
Sculpteur. Malgré sa tendresse pour son «charme particulier», il s'était frotté à d'autres techniques. Outre des décors pour le théâtre et des illustrations pour des livres, il exécute des sculptures sur bois puis des bronzes. En 1997, le Musée olympique de Lausanne exposera une bonne centaine de ces travaux sculptés. La même année, Folon réalise cinq vitraux pour l'église de Burcy, en Seine-et-Marne.
Depuis 1968, il aimait se réfugier dans ce village où il installa bientôt un grand atelier austère. En échange de ses cinq vitraux et en guise de rémunération, il n'avait demandé que la destruction d'un château d'eau hors d'usage qu'il jugeait inesthétique. Pour lui, embellir et non restaurer un paysage n'avait pas de prix.
Le dernier sommeil de Folon
L'illustrateur qui avait signé le générique de fin de programmes d'Antenne 2 dans les années 70 est mort jeudi matin, par Hervé Gauville - jeudi 20 octobre 2005 (Liberation.fr - 17:56)
En 1975, un monsieur bien sérieux, vêtu d'un pardessus et coiffé d'un chapeau, s'envole sur les écrans de télévision. Chaque jour, il quitte la chaîne Antenne 2 à la fin de ses programmes. C'est le moment d'aller dormir. Son père s'est lui aussi endormi ce matin, à Monaco, sans attendre la fin du programme. La leucémie a mis un terme à ses envols oniriques. Il avait 71 ans et s'appelait Jean-Michel Folon. Ce nom, les téléspectateurs l'avaient découvert en regardant évoluer sa créature, le bonhomme aux longs bras, avant d'aller eux-mêmes se coucher. Affiches, décors, livres, vignettes, les images douces et mélancoliques de Folon se mettront alors à planer sur les années 70.
L'illustrateur fait la couverture du «Time» avant d'occuper les pages de «L'Express» et du «Nouvel Observateur». La littérature l'accueille aussi dans ses pages. De Prévert à Boris Vian, les écrivains qu'il affectionne ont une cocasserie qui ne lui est pas étrangère.
Né à Uccle, dans les environs de Bruxelles, le 1er mars 1934, Folon aura été un dessinateur avant tout. Certes, il se frotte à la sculpture (exposition en 1997 au musée olympique de Lausanne) et au vitrail (église de Burcy, en Seine-et-Marne en1968) mais l'aquarelle reste son expression de prédilection. Les grands musées l'accueillent, le musée Correr de Venise en 1985, le Met de New York en 1988, puis Barcelone, Tokyo, Lausanne, Milan, Anvers, etc. Pourtant, ses contributions les plus populaires resteront l'illustration, en 1988, pour Amnesty International, du texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme ou le sigle du bi-centenaire de la Révolution française.
Toute sa vie aura été marquée par sa tendresse à l'égard des rêveurs et des déshérités, son espérance sans illusion et sa constante inclination pour la paix. La colombe, avec ou sans feuille de laurier, était toujours plus ou moins meurtrie dans ses dessins.
20 octobre 2005
LE TEXAS N'EXISTE PAS !
Avant-première hier du film de Richard Berry "La boîte noire" en présence de José Garcia. C’est une production "Europa.corp" (aïe !), Librement basé d’une nouvelle de Tonino Benacquista. Difficile de parler du film sans déflorer l’histoire, disons que c’est l’histoire d’Arthur Seligman, qui sort du coma après un accident de la route, près de Cherbourg. Parisien, il ne sait pas ce qu’il fait là... Atteint d’une amnésie partielle, il tente de reconstituer sa vie. C’est donc une histoire archi-classique, dont seule la forme peut apporter un nouvel éclairage. La "boîte noire" c’est l’inconscient qu’un traumatisme peut libérer, on pouvait lui préférer le titre initial "Le Texas n’existe pas" d'ailleurs. Hélas, Richard Berry qui a prouvé qu’il est un bon réalisateur avec ses deux précédents films mésestimés, multiplie les plans tarabiscotés, atmosphère glauques - dans le sens de la couleur verte - et les influences multiples (on pense à David Fincher). Si personnellement je n’ai pas accroché, on est sans doutes trop habitué à l’excellence des anglo-saxons dans ce type de film. Il y a ici une volonté de Richard Berry, de faire un film cauchemardesque, où un univers peut provenir d’un cerveau d’un homme alité et sous morphine. Reste l'écriture sur les traumatismes de toutes sortes, la perception que l’on peut avoir des personnes selon les évènements, les rapports avec les neuropsychiatres et une atmosphère assez prenante.

Marisa Borini & José Garcia
De grands comédiens viennent apporter leurs contributions de Bernard Le Coq étonnant, Marion Cotillard attachante, Gérard Laroche et Dominique Bettenfeld en flics inquisiteurs, Lisa Lamétrie, gouailleuse – la vraie concierge de Maurice Pialat dans un rôle… de concierge -, Nathalie Nell en psychiatre attentive, Marisa Borini en mère inquiète – ce film confirme son talent après "Il est plus facile pour un chameau" -, à Michel Duchaussoy en père fatigué – José Garcia a dit être impressionné par ce dernier, lors d’un plan séquence coupé un peu au montage où il devait pleurer -. Je voudrais signaler particulièrement la présence de Pascal Bongard, dans un rôle azimuté, qui surprend à chacun de ses rôles – le père de famille dans "Carnage", le curé d’ "Il est plus difficile pour un chameau", etc... -. De Werner Schroeter à Guillaume Nicloux, cet homme de théâtre sait s’imposer immédiatement. Assez peu utilisé au cinéma, c’est incontestablement un talent majeur, avec la particularité d’installer un climat à chacune de ses apparitions. Ces personnages sont autant de rouages pour accéder à la vérité. Il y a quelques apparitions amicales de Marilou Berry à Thomas Chabrol, Richard Berry ne s’offrant qu’une voix sur un répondeur. José Garcia porte le film sur ses épaules, il continue avec brio son sillon dramatique après Carlos Saura et Costa-Gavras, le film lui doit beaucoup en humanité. Avec beaucoup de chaleur, il a défendu ce film, c’est la troisième fois que je le vois dans une avant-première, Pierre Bénard, le directeur de l’UGC, ne manque pas de souligner son amabilité et sa disponibilité. Il aime à rencontrer le public, humble et drôle, c’est toujours un plaisir de le voir et de l’entendre parler des autres. On n’ose imaginer le film sans lui, dans cette valse de clichés. Dans le même style de film, on peut lui préférer "Le machiniste"de Brad Anderson, sorti l’an dernier, mais l'effort reste louable.