10 février 2006
MORT DE THIERRY FORTINEAU
Annonce de la mort prématurée de Thierry Fortineau, des suites d'un cancer.Ce comédien à la carrière théâtre exemplaire, voir les articles suivants, a eu quelques beaux rôles au cinéma, du gendre trop idéal pour être honnête de Michel Serrault dans "Bonjour l’angoisse" (Pierre Tchernia, 1987) au grand bourgeois, brillant dans les soirées mondaines où le cynisme triomphe dans "Gabrielle" (Patrice Chéreau, 2004). François Dupeyron lui a donné un de ses meilleurs rôles dans le très beau "Un cœur qui bat" (1990), film à redécouvrir, où il est un brocanteur qui tombe amoureux d’une femme mariée – Dominique Faysse -, où il se montre sensible et attachant. Il était un des principals protagonistes du mesestimé "Le brasier" (1990), où il montrait une solidité face au travail harassant de la mine. On se souvient du prisonnier évadé grâce à la détermination de sa femme – jouée par Béatrice Dalle - de "La fille de l’air" (Maroun Bagdadi, 1992), histoire véritable de Michel Vaujour. Il arrivait à tirer toujours son épingle du jeu, même dans des films assez académiques comme "Comédie d’été" (Daniel Vigne, 1988), ou "L’homme de ma vie" (Jean-Charles Tacchella, 1991). Il se faisait rare sur les écrans ces derniers temps pour se consacré au théâtre, mais il avait été un Maurice Papon très propant dans "Nuit noire, 17 octobre 1961" (Alain Tasma, 2004), à la base un téléfilm sur Canal + mais qui a connu une sortie en salles. Il laisse le souvenir d’un acteur remarquable et discret.
Thierry Fortineau à la cérémonie des Molières en 2003 (Sipa)
ARTICLES - LE NOUVEL OBSERVATEUR
Le comédien Thierry Fortineau est décédé Il avait travaillé pour Luc Bondy, Patrice Chéreau... et remporté deux Molière et un César. L'acteur de théâtre et de cinéma Thierry Fortineau, Molière de la révélation théâtrale en 1988 puis du meilleur comédien en 2003, est décédé mercredi soir à Paris des suites d'un cancer, à la veille de son 53e anniversaire, a-t-on appris jeudi 9 février dans son entourage. Né le 9 février 1953 à Nantes (Loire-Atlantique), Thierry Fortineau s'est formé au théâtre au conservatoire de sa ville natale, avant de rejoindre la troupe de l'Américain Stuart Seide. Mais c'est à Marcel Maréchal qu'il doit sa première consécration. Alors directeur de la Criée à Marseille, Maréchal l'engage pour jouer Le Roi Lear, Question de géographie, L'Arbre de mai, puis son collaborateur François Bourgeat lui propose Le Journal d'un curé de campagne «J'ai reçu un choc à la lecture», reconnaissait-il. Il va surtout porter le projet à son zénith et du jour au lendemain connaître un début de notoriété. Présenté à Marseille, le spectacle sera joué à Lyon, puis à Paris, à la Potinière et enfin au Petit Montparnasse, donnant plus de 200 représentations de ce texte dru, d'un mysticisme rude où il est le curé d'Ambricourt dont il avait la maladresse inquiète et la clarté. A l'époque, il était tout en col, en longueur et maigreur. Peu à peu, il s'était étoffé et avait incarné avec intensité Flaubert dans Chère Maître auprès de Marie-France Pisier, spectacle nourri de la correspondance de Flaubert et George Sand. «Je n'essaie pas d'imiter Flaubert, mais je tente de caresser l'homme qu'il a pu être», disait-il de ce travail qui fut sa dernière création théâtrale. Le cinéma s'était intéressé à ce comédien dans les années 90. Il avait reçu le césar de l'espoi masculin en 1990 pour Comédie d'été de Daniel Vigne. L'année suivante, il tournait Le Brasier, sorte de mélo populiste d'Eric Barbier où il avait rencontré Maruska Detmers qui était devenue sa femme et la mère de leur enfant. Jean-Charles Tacchella l'avait réuni à Maria de Medeiros dans L'Homme de ma vie. La télévision lui avait donné quelques beaux rôles comme celui du préfet Papon dans Nuit noire ou celui de Thomas dans Entre l'arbre et l'écorce. Mais c'est au théâtre qu'il s'était forgé un nom, comédien profondément émouvant et dont la disparition, en pleine maturité, est d'une énorme tristesse.
Sur les planches : Dans les années 1980, il s'est notamment illustré au Théâtre de la Criée à Marseille, où il joua dans "Le Journal d'un curé de campagne" d'après Bernanos mis en scène par François Bourgeat, obtenant pour ce rôle le Molière de la révélation théâtrale en 1988.
Quinze ans plus tard, Thierry Fortineau a été sacré dans la catégorie meilleur comédien pour "Gros-Câlin" de Romain Gary, où il apparaissait seul en scène, plein de drôlerie et d'humanité, au Théâtre Pépinière-Opéra à Paris.
Entre-temps, il aura travaillé notamment sous la direction des metteurs en scène Luc Bondy, Patrice Kerbrat et Marcel Maréchal.
Sur l'écran : Parallèlement, Thierry Fortineau a fait carrière au cinéma et pour la télévision, décrochant une nomination aux Césars 1990 (meilleur espoir masculin) pour "Comédie d'été" de Daniel Vigne, où il avait pour partenaire Maruschka Detmers, dont il a partagé la vie durant plusieurs années.
Il était apparu récemment à l'écran dans "Gabrielle" de Patrice Chéreau, film dans lequel il incarnait un mondain des années 1910.
Ses obsèques auront lieu le 20 février à 15h00 au cimetière parisien du Père Lachaise. LE FIGARO - Thierry Fortineau, une splendide sensibilité par Marion Thébaud [10 février 2006] C'était une voix, curieux mariage du grave et de l'acide, on la reconnaissait aux premières intonations. C'était une stature, carrure bien découplée, visage bien dessiné, mâchoires carrées. C'était une sensibilité au service de personnages complexes comme ce jeune curé de campagne de Bernanos ou ce dieu inventé par Eric-Emmanuel Schmitt dans Le Visiteur. Thierry Fortineau mélangeait la grâce acide de l'enfance à la brutalité inquiétante de l'homme aux abois. Il est mort des suites d'une longue maladie à l'hôpital Saint-Antoine à l'âge de 51 ans. Sa disparition touche un acteur qu'on imaginait suivre les traces d'un Alain Cuny, par exemple, tant était splendide sa ferveur poétique. Il aurait joué Tchekhov comme personne. Arrivé de Nantes à Paris au début des années 70, il a fait ses classes à l'Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre installée rue Blanche, puis rejoignit très vite Stuart Seide avec lequel il joua sous sa direction Dommage qu'elle soit une putain de John Ford aux côtés de Christophe Malavoy, Benoît Régent, Vladimir Yordanoff...