17 février 2006
MUNICH
Agréable surprise avec ce "Munich", évoqué ici tardivement pour cause de migration 20six cataclysmique, et nouvelle preuve de maturité pour son metteur en scène Steven Spielberg, L’atmosphère baignée d’amertume est ici soulignée par la musique de John Williams, et les 164 minutes passent avec aisance. C’est l’adaptation d’un récit partial, "Vengeance of an Israël counter-terrorist team", de George Jonas, journaliste, privilégiant l’optique de "La loi du talion", plutôt que celle d’un commando répressif. Le film évoque une étape importante dans le conflit israélo-palestinien, des événements suivants la prise d’otages des athlètes israéliens en septembre 1972, lors des Jeux Olympiques de Munich, suivie de représailles du Mossad contre les commanditaires palestiniens. Le récit a déjà connu une adaptation dans le téléfilm "Sword of Gideon", voir fiche IMDB, l’un des derniers rôles de Lino Ventura. Le cinéaste fait l’effort de ne pas prendre parti – d’où de nombreuses polémiques, même si on peut trouver assez improbable les états d’âmes et les dilemmes moraux des agents du Mossad, selon certains témoignages. On peut d’ailleurs lui préférer le regard d’Éric Rochant et ses "Patriotes", à redécouvrir en DVD. Après un départ probant, des athlètes aident les terroristes à franchir les barrières de sécurité, les prenant pour des sportifs fêtard, la film se perd un peu parfois, malgré l’incarnation inspirée de Golda Meir, et la vie de famille du personnage d’Avner. L’interprétation est assez inégale si on peut saluer la sobriété exemplaire d’Eric Bana et de ses compagnons joués par Daniel Craig – le déterminé -, Hanns Zischler – l’intrépide -, Ciarán Hinds – le sentimental – et Mathieu Kassovitz – l’amateur artificier, excellent comédien on le sait -, on peut donner un gros bémol à Geoffrey Rush qui nous offre un de ses cabotinages éhontés dont il a le secret, son personnage n’étant jamais crédible, - piquez-lui son Oscar ! - Nombre de comédiens se contentent d’une apparitions furtives (Valérie Bruni-Tedeschi par exemple), même si certains sont remarquables comme Yvan Attal se régalant visiblement dans un numéro pacinien.

Eric Bana, Matieu Kassovitz, Ciarán Hinds, Hanns Zischler & Daniel Craig
Mais Spielberg fait l’effort d’utiliser une distribution internationale bien choisie – comme le choix de Hiam Abbass devenue consultante sur tout le film -, de faire s’exprimer certains personnages dans leurs langues. – On retrouve l’habilité habituelle de Steven Spielberg, la richesse de la reconstitution – le cinéphile peut s’amuser avec les affiches ciné françaises choisies -, mais aussi ses maladresses, comme celle du désormais célèbre montage parallèle final, à ranger au même plan que la scène de la "douche" dans la "Liste de Schindler". La vision finale du Wold Trade Center, loin d’être gênante, c’est bien d’un point de vue post 11 septembre, que Spielberg approche le conflit israélo-palestinien, et donc d’un point de vue bien Américain. Mais le réalisateur privilégie l’option de thriller politique, et utilise le suspense, citant même Alfred Hitchcock et son "Sabotage / Agent secret" (1936), en utilisant une enfant face à la menace d’une bombe. D’où quelques problèmes, les agents étant ici soucieux à ce qu’il n’y ait pas de dommages collatéraux – inexacts dans les faits réels -, gare aux dérives romantiques. Mais il y a de très belles scènes, la manipulation d’agents français, membre d’un mystérieux réseau – forts convaincants Mathieu Amalric & Michael Lonsdale, en patriarche hédoniste -, l’apparition magique de Marie-Josée Croze, ou l’admirable face à face de deux parties adverses qui s’ignorent, ayant une ébauche de conversation, en hauts d’escaliers. Inégal, voire bancal, le discours est assez attendu mais sincère. Le résultat est finalement étonnant quand on pense au très cours délai de post-production, le tournage s’étant terminé en septembre. Ce nouveau virage chez Spielberg augure de projets intéressants et une capacité de renouvellement, de réflexion, malgré ses petits arrangements avec des faits avérés. Reste le message humaniste, la réponse d’un artiste face à un sentiment d’impuissance. Citons d’ailleurs Hiam Abbass : "Plus tard, quand on a tourné l'exécution des otages, un comédien israélien a craqué et j'ai dû m'éloigner un long moment avec lui. J'étais une mère, une soeur, une psychologue. Et j'ai eu un sentiment que j'avais déjà eu sur le tournage de La Fiancée syrienne : que si on transportait ce conflit sur un plateau de cinéma, il n'y aurait plus de conflit." (Le monde, 21/01/2006). "Syriana" sort mercredi prochain, et offre une autre approche sur un problème contemporain, à comparer…
MORT DE GUY DELORME
André Siscot s'interrogeait sur la probabilité de la disparition du comédien Guy Delorme, hélas il avait raison comme le confirme cette information trouvée sur le site Éditions Delcourt. Il serait mort fin 2005, dans la plus totale discrétion. On l'avait revu il y a peu dans un documentaire de 5 minutes, issu du bonus du "Bossu" d'André Hunebelle, et intitulé "L'âme damnée du cinéma français". Il y faisait preuve de beaucoup d'humour et en le voyant on songe au formidable "Don Quichotte" qu'il aurait pu camper. On se souvient de lui, souvent face à Jean Marais, dans des films de capes et épées. Éternel traître, et sournois d'anthologie, il avait toujours une petite lueur de folie dans le regard. Dans le rôle de Rochefort, homme de main de Mylène Demongeot en Milady de Winter, dans "Les trois mousquetaires" (Hunebelle 1961), ou en mafioso furibard dans "Fantômas contre Scotland-Yard" (Hunebelle, 1966), il composait toujours des méchants mémorables, gravés à jamais dans le souvenir des amateurs du "Cinéma de quartier". Déplorons, encore une fois dans le lamento habituel, l'attitude du cinéma français pour ces grands excentriques. Si vous avez de plus amples informations, elles sont bienvenues.
Guy Delorme dans "Le majordome"
Filmographie : 1950 Sous le ciel de Paris (Julien Duviver) - 1956 Pardonnez nos offenses (Robert Hossein) - 1957 Love in the afternoon (Ariane) (Billy Wilder) - Feng zheng (Le cerf-volant du bout du monde) (Roger Pigaut) - 1959 Le bossu (André Hunebelle) - Austerlitz (Abel Gance) - 1960 Le capitan (André Hunebelle) - Fortunat (Alex Joffé) - Vive Henri IV, vive l'amour (Claude Autant-Lara) - Le capitaine Fracasse (Pierre Gaspard-Huit) - Le miracle des loups (André Hunebelle) - 1961 Les trois mousquetaires (en deux parties "Les ferrets de la reine" & "La vengeance de Milady" (Bernard Borderie) - Lemmy pour les dames (Bernard Borderie) - 1962 Les mystères de Paris (Bernard Borderie) - Le chevalier de Pardaillan (Bernard Borderie) - Rocambole (Bernard Borderie) - 1963 Hardi ! Pardaillan (Bernard Borderie) - À toi de faire, mignonne ! (Bernard Borderie) - 1964 Coplan, agent secret FX 18 (Maurice Cloche) - Lucky Jo (Michel Deville) - Les gorilles (Jean Girault) - Le majordome (Jean Delannoy) - Le corniaud (Gérard Oury) - 1965 Furia à Bahia pour OSS 117 (André Hunebellle) - La sentinelle endormie (Jean Dréville) - 1966 Carré de dames pour un as (Jacques Poitrenaud) - Sept hommes et une garce (Bernard Borderie) - Fantômas contre Scotland Yard (André Hunebelle) - Les avanturiers (Robert Enrico) - 1967 J'ai tué Raspoutine (Robert Hossein) - Deux billes pour Mexico (Christian-Jaque) - Le fou du labo 4 (Jacques Besnard) - Les grandes vacances (Jean Girault) - 1968 Adieu l’ami (Jean Herman) - Sous le signe de Monte-Cristo (André Hunebelle) - The southern star (L'étoile du Sud) (Sidney Hayers) - Le cerveau (Gérard Oury) - Catherine, il suffit d'un amour (Bernard Borderie) - 1969 Mon oncle Benjamin (Édouard Molinaro) - L'ardoise (Claude Bernard-Aubert) - 1970 Le mur de l’atlantique (Marcel Camus) - Laisse aller... c’est une valse (Georges Lautner) - 1973 Les possédées du diable / Lorna l'exorciste (Jesus Franco) - 1974 L'important c'est d'aimer (Andrzej Zulawski) - 1975 L'intrépide (Jean Girault) - 1977 Das frauenhaus (Blue Rita/Le cabaret des filles perverses) (Jesus Franco) - 1978 Les filles du régiment (ClaudeBernard-Aubert) -Perceval le Gallois (Éric Rohmer) - 1979 Tegeran 43 (Téhéran 43 nid d’espions / Téhéran 43) (Alexandre Alov & Vladimir Naoumov) - 1980 The hostage tower (La tour Eiffel en otage) (Claudio Guzman, téléfilm diffusé en salles en France) - 1982 Les misérables (Roger Hossein) - 1983 On l'appelle catastrophe (Richard Balducci) - Le fou du roi (Yvan Chiffre) - 1984 Liste noire (Alain Bonnot) - 1986 La rumba (Roger Hanin).