13 septembre 2006
MORT DE GÉRARD BRACH

Gérard Brach en 1987 Son dernier scénario, « Minor », pour Jean-Jacques Annaud, se tourne en Espagne Ph Camera Press
Annonce de la mort du discret Gérard Brach, qui disait écrire des histoires compliquées avec des idées simples. C’est l’un des créateurs les plus singuliers du cinéma français, son univers était suffisamment riche pour s’adapter à des récits cosmopolites souvent chez de grands réalisateurs Danièle Parra et Pierre Laurenti le présentait ainsi : "Gérard Brach ne sort jamais de son appartement parisien. Le monde, il le parcourt en observant ses chats ou en jetant son regard clair au plus profond de nos angoisses. Sans principes, ni règles, il pratique l’art de rêver sous liberté contrôlée" (1). De ses névroses – il était à la fois agoraphobe et claustrophobe -, il pouvait installer des climats inquiétants à des récits d’angoisses ou picaresques "Je suis quelqu’un d’extrêmement angoissé qui en même temps n’est pas complètement sérieux. Ce sont souvent les plus angoissés qui manifestent le plus de fantaisie" (1). Souffrant de la tuberculose, le surréalisme l’aide à tenir de plusieurs années passées en sanatorium. Il fait la rencontre la plus importante rencontre de sa vie, avec le cinéaste Roman Polanski sur le tournage du film "L’amour à 20 ans" - il travaillait dans une agence de presse, et il s’occupait du sketch de Wajda -. Suivent une prolifique collaboration, ils collaborent aussi ensemble au curieux "Aimez-vous les femmes ?" de Jean léon, teinté d’humour noir avec Guy Bedos et Sophie Daumier. Avec lui, il aussi à l’aise dans des récits fantastiques – "Répulsion", "Le locataire" -, parodiques – le jubilatoire "Bal des vampires", d’aventures – le mésestimé "Pirates", ou dans les adaptations littéraires – "Tess". Il pouvait aussi bien travail chez le rigoureux Michelangelo Antonioni, l’imaginatif Otar Iosseliani, que chez le corrosif Marco Ferreri, avant de suivre Jean-Jacques Annaud dans des films ambitieux. Ces dernières années, il aidait à l’écriture de nombreux jeunes metteurs en scène, Delphine Gleize par exemple. Comme réalisateur, il avait signé deux films en 1970, "La maison" avec le génial Michel Simon, et "Le bateau sur l’herbe", original récit d’un jeune homme oisif et désabusé qui achète un bateau pour gagner « L’île de Pâques », navire qui restera sur la pelouse de la maison familiale. On ne peut que déplorer la relative discrétion autour de la mort de cet auteur complet, bien à son image.
(1) "La revue du cinéma N°416" en 1986.
Filmographie : Comme réalisateur-scénariste : 1969 Des bleuets dans la tête (CM) – 1970 La maison – Le bateau sur l’herbe - 1985 Le papillon et le dragon (CM, + musique). Comme scénariste : 1963 Les plus belles escroqueries du monde [épisode « La rivière de diamants »] (Roman Polanski) – Repulsion (Répulsion) (Roman Polanski) – Aimez-vous les femmes ? (Jean Léon, + musique) – 1965 Cul-de-sac (Id) (Roman Polanski) – 1966 Le vieil homme et l’enfant (Claude Berri) – G.G. passion (David Bailey, CM) – 1967 The fearless vampire killers (Le bal des vampires) (Roman Polanski) – Le départ (Jerzi Skolimowski) – La fille d’en face (Jean-Daniel Simon) – 1968 Wonderwall (Id) (Joe Massot) – La promesse (Paul Feyder & Robert Freeman) - 1972 Che ?/ What ? (Quoi ?) (Roman Polanski) - 1974 Chinatown (Id) (Roman Polanski, adaptation française seulement) – 1975 Emmanuelle 2 (Francis Giacobetti & Francis Leroi) - La table (Éric Brach, CM) - 1976 Le locataire (Roman Polanski) – 1977 Ciao maschio (Rêve de singe) (Marco Ferreri) – Le point de mire (Jean-Claude Tramont) - 1978 Tess (Id) (Roman Polanski) – 1979 Chiedo asilo (Pipicacadodo) (Marco Ferreri) – Chère inconnue (Moshe Mizrahi) – 1980 Le cœur à l’envers (Franck Apprederis) – La guerre du feu (Jean-Jacques Annaud) – 1982 Identificazione di una donna (Identification d’une femme) (Michelangelo Antonioni) – Une pierre dans la bouche (Jean-Louis Leconte) – L’Africain (Philippe de Broca) - 1983 La femme de mon pote (Betrand Blier) – 1984 Équinoxe (Olivier Chavarot, CM) - Dagobert (Le bon roi Dagobert) (Dino Risi) – Maria’s lovers (Id) (Andreï Konchalovsky) - Les favoris de la lune (Otar Iosseliani) – Les enragés (Pierre-William Glenn) – Gaz el banat (Une vie suspendue / L'adolescente sucre d'amour) (Jocelyne Saab) – Les enragés (Pierre-William Glenn) – 1985 Le meilleur de la vie (Renaud Victor) - Jean de Florette (Claude Berri, + version TV) – Manon des sources (Claude Berri, + version TV) – Pirates (Id) (Roman Polanski) - 1986 Le nom de la rose (Jean-Jacques Annaud) - Fuegos (Alfredo Arias) – Où que tu sois (Alain Bergala) – 1987 Shy people (Le bayou) ((Andreï Konchalovsky)) – Frantic (Id) (Roman Polanski) – 1988 L’ours (Jean-Jacques Annaud) – Domino (Ivana Massetti) - 1990 I divertimenti della vita privata (Les amusements de la vie privée) (Cristina Comencini) – 1991 Un jour comme un autre (Sylvie Ballyot, CM) - City of joy (La cité de la joie) (Roland Joffé ) – L’amant (Jean-Jacques Annaud) – Bitter Moon (Lune de fiel) (Roman Polanski) – 1994 Le mangeur de lune (Daï Sijie) - 1995 Anna Oz (Éric Rochant) – 1998 Il fantasma dell'opera (Le fantôme de l’Opéra) (Dario Argento) – 2001 La nuit de noces (Éliette Abécassis, CM) - La guerre à Paris (Yolande Zauberman) – L’idole (Samantha Lang) – 2003 Blueberry l'expérience secrète (Jan Kounen) – Pornografia (La pornographie) (Jan Jakub Kolski) - 2006 Sa majesté Minor (Jean-Jacques Annaud). Télévision : 1983 L'étrange château du docteur Lerne (Jean-Daniel Verhaeghe) – 1985 Esclave et pharaons (Patrick Meunier) – 1987 Les idiots (Jean-Daniel Verhaeghe) - 1988 Le sacrifice (Patrick Meunier) - 1990 La nuit des fantômes (Jean-Daniel Verhaeghe) - Cadavres exquis : Pour le restant de leurs jours (Peter Kassovitz). Interprétation : 1989 Cinématon N° 1094 (Gérard Courant, CM) – 1992 De domeinen ditvoorst (Thom Hoffman, documentaire).

ARTICLES : LE MONDE - Article paru dans l'édition du 13.09.06 Nécrologie : Gérard Brach, scénariste, par Jean-Luc Douin lundi 11 septembre 2006, 02:00Le bal des vampires, La guerre du feu, L'ours, Le nom de la rose, Frantic, Manon des sources et Jean de Florette, Pirates, Tess, La femme de mon pote, Le locataire, L'amant, Répulsion, Cul de sac, Lune de fiel, Rêve de singe... On pourrait encore en ajouter pas mal. Voilà quelques-uns des scénarios et des dialogues concoctés par Gérard Brach. Une belle filmographie, non ? Gérard Brach est mort des suites d'une longue maladie. Il avait 79 ans. Malgré ces films qui lui doivent une (belle) partie de leur vie, son nom est resté assez inconnu du public. Il est vrai que l'homme était plutôt secret. Son agoraphobie l'obligeait à rester assez reclus, chez lui, à Paris. Il est vrai aussi que les scénaristes restent les oubliés du cinéma. En Europe comme ailleurs. « Un ami, un frère... » : « Je perds un ami, un frère, un collaborateur d'exception, auquel je dois plusieurs films qui ont transformé ma vie, écrit Jean-Jacques Annaud dans un communiqué. Brach est un poète qui écrivait des images. Son univers tendre et baroque, nourri de surréalisme et de culture antique, a fait de lui un des scénaristes les plus inspirés du premier siècle du cinéma. » Gérard Brach fut d'abord dessinateur. Il avait illustré les Chants de Maldoror, de Lautréamont. Il avait rencontré André Breton pour présenter ses dessins. « Quand on s'est frotté au surréalisme, ça vous reste dans la peau », avait-il dit en 1994 au Figaro. Il avait commencé comme réalisateur. Il a fait deux films, La maison avec Michel Simon et Le bateau. Puis il est passé au scénario. Pour le cinéma, puis pour la télévision, où il avait conçu une série de films sur les civilisations antiques. « Je suis comme une énergie constamment productrice d'images, disait-il. Mes pensées sont des lapsus d'images. Je n'arrive pas à avoir un raisonnement logique. Pour moi, la réalité est en même temps ultraréelle et complètement irréelle. » Gérard Brach était de ces modestes qui voient dans la vie une extraordinaire source de richesses, qui découpent les photos de gens, dans les journaux, parce que ce serait obscène de les jeter, qui sentent le ressac de la vie. « Je place la littérature et la peinture plus haut que le cinéma, disait-il. Mais j'aime l'humilité et la rigueur qui sont demandées au scénariste. » LE SOIR (Belgique) : Cinéma Le scénariste français avait 79 ans
Feu Gérard Brach, par Jean-Claude Vantroyen
Le cinéma perd un scénariste inspiré. Parmi ses scripts, « La guerre du feu » et « Le nom de la rose ».
Commentaires
complément
Oui, un type bien qui a payé toute sa vie une connerie (je le découvre à la radio, France culture vers 15 h 10) dont il se croyait coupable. Il s'était engagé (voyez son âge, il devait être très jeune, donc peu de temps) du mauvais côté. Toute sa vie dément cet engagement mais il l'a payé toute sa vie. La connerie, c'est celle des autres ou celle qu'il leur prêtait, mais on ne prête qu'aux riches.
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