Le coin du cinéphage

Blog d'humeurs et d'informations sur le cinéma et la télévision : bios, filmos, articles, commentaires, bases de liens, bref c'est du foutraque...

11 octobre 2006

MORT DE DANIÈLE HUILLET

Jean-Marie Straub & Danièle Huillet

Nous avons ce jour, une pensée pour Jean-Marie Straub, à l'annonce de la mort de sa femme, Danièle Huillet, des suites d'un cancer, avec laquelle il fit un cinéma exigeant et radical.

Filmographie : Comme réalisatrice, auteur, monteuse et productrice, avec Jean-Marie Straub : 1962  Machorka Muff (CM) – 1965  Nicht versöhnt  oder es hilft nur gewalt wo gewalt herrscht (Non réconciliés : seule la violence aide où la violence règne, MM) – 1967  Chronik der Anna Magdalena Bach (Chronique d'Anna Magdalena Bach) -  1968  Der bräutigam, die komödiantin und der zuhälter (Le fiancé, la comédienne et le maquereau, CM) – 1969  Othon / Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer ou peut-être qu'un jour Rome se permettra de choisir à son tour – 1972  Einleitung zu Arnold Schonbergs "Begleitmusik zu einer Lichtspielscene"  (Introduction à la musique d'accompagnement pour une scène de film d'Arnold Schonberg) (CM) - Geschicht Suntericht (Leçons d'histoires) – 1974  Moses und Aaron (Moïse et Aaron) – 1976  Forti Cani / I cani del Sinaï / Die hunde von Sinai (Les chiens du Sinaï ) – 1977  Toute révolution est un coup de dés (CM) – 1979  Dalla nube alla resistenza / Von der wolke zum Widerstand (De la nuée à la résistance) – 1980  Trop tôp, trop tard – 1982  En rachâchant (CM) – 1984  Amerika, klassenverhältnisse (Amerika, rapports de classe) – 1986  Der Tod des Empedokles oder wenn dann der erde grün von neuem euch erglänzt (La mort d’Empédocle) – 1988  Schwarze Sünde (Noir péché ) – 1989  Cézanne (documentaire, CM, + narration) – 1992  Antignone -   1995  Lothringen ! (CM) - 1996 Von heute auf morgen (Du jour au lendemain) – 1998  Sicilia ! – 2000 Operai e contadini  (Ouvriers, paysans) –2003  Le retour du fils prodigue / Humiliés – 2004  Une visite au Louvre (documentaire) – 2006  Quei loro incontri (Ces rencontres avec eux) - Interprétation : 1971  Obrigkeitsfilm (Vlado Kristl) – 1983  Jean-Marie Straub und Danièle Huillet bei der arbeit an einem film (Harun Farocki, CM) – 1984  Cinématon N° 343 (Gérard Courant, CM) – 1999  Die musik seid ihr, Freunde ! - Danièle Huillet und Jean-Marie Straub bei der Arbeit an ihrem Film Sicilia ! (Andreas Teuchert, documentaire) – 2000  Sicilia ! Si gira  (Jean-Charles Fitouni, CM) - 2001  Cinéma de notre temps : Danièle Huillet / Jean-Marie Straub : Où gît votre sourire enfoui ? (Pedro Costa, documentaire, TV) –Montage seulement : Jane erschießt John, weil er sie mit Ann betrügt (Rudolf Thome, CM).

Ça reste à voir : Straub sans Huillet, par Olivier Séguret 

QUOTIDIEN : Mercredi 11 octobre 2006 - 06:00

Danièle Huillet est morte dans la nuit de lundi à mardi. Elle avait 70 ans. Elle était en France depuis quelques jours, pour accompagner la sortie, mercredi prochain, de Ces Rencontres avec eux, son dernier film, cosigné avec Jean-Marie Straub, comme toujours... Et comme plus jamais. C'est terrible à dire, mais nous le savons tous instantanément : morte, Danièle Huillet nous tue deux fois puisque, Huillet mourant c'est aussi Straub qui, probablement, ne filmera plus. Terrible aussi parce que sa mort produit ainsi une sorte d'immense déchirement dans le grand drap conjugal où nous projetions leurs films, et c'est comme si le deuil de ce grand morceau de leur étoffe commune, qu'elle emporte au-delà, nous était impossible, interdit, puisque suspendu à un autre, qu'évidemment nous craignons. Qu'est-il temps de dire, alors, à propos de Danièle Huillet, qui n'arrive pas «trop tôt, trop tard», pour reprendre le titre de l'un des plus beaux documentaires du couple ? Lui accorder, peut-être, la justice d'un regard singularisé. Inverser l'ombre de la mort en éclairage sur sa personne unique, insister sur ce qu'elle a toujours pris grand soin d'effacer, de cacher : cette singularité en propre ­ de femme, d'artiste, de maîtresse ­ disparue sous l'exigence impérative du couple. Sans prétendre ni même viser à le percer, c'est d'abord à ce secret humain considérable qui habitait la personne de Danièle Huillet que l'on voudrait rendre hommage.Une anecdote (assez) célèbre fixe assez bien son tempérament, acquis très tôt : elle refusa avec véhémence l'épreuve d'analyse au concours de l'Idhec (ancêtre de l'actuelle Fémis), qu'elle avait pourtant assidûment potassé, arguant que le film soumis, Manèges d'Yves Allégret, était indigne de l'examen. Cinquante ans plus tard, elle était encore capable de la même intensité dans la révolte, l'esclandre, voire la violence, puisque «seule la violence aide où la violence règne», comme le disait Non réconciliés, le premier long métrage qu'elle tourne avec Straub, rencontré en 1954, et dont elle ne s'est jamais dé-conciliée depuis. Si son intimité reste mystérieuse, c'est tant mieux : l'imaginer en compagnie de Straub dans leur repaire romain, avec son vieux chien anticapitaliste et d'innombrables chats, nous suffit. Il y a comme une absence totale et merveilleuse d'intérêt people dans la personne de Danièle Huillet, et cette protection miraculeuse nous renseigne en creux sur tout ce qu'elle n'a pas voulu être : à quel point elle a échappé à tous les clichés où l'époque a voulu célébrer «la femme». Chez Danièle Huillet, ni les magazines féminins ni les fondations de luxe n'ont jamais rien pu récupérer. Elle n'a donné prise à aucune forme de ces valorisations modèles que les médias et les marchands modernes encouragent. Politique en tout, politique jusqu'au bout, elle a prolongé dans les moindres détails de sa vie quotidienne, civique, sociale et amicale, ce refus absolu du compromis sur lequel se fondait le pacte passé avec l'homme de sa vie. L'austérité, du personnage, sa dureté certaine, doivent se comprendre à cette aune : les exigences terribles où Danièle Huillet pouvait tenir autrui n'étaient manifestement rien comparées à celles qu'elle n'a cessé de s'imposer. Elle laisse une oeuvre confondue à celle de son compagnon, long, radieux et puissant coup de tonnerre dont il est trop tôt pour réfléchir la matière. On a déjà, du moins, une idée de ce que l'on perd avec elle : le couple n'est plus, la mort l'a scindé. La machine à deux têtes ne fera plus la guerre, l'animal féroce et fabuleux, le dragon protecteur, exclusif donc abusif, qui veillait pour nous sur la plus haute idée du cinéma, n'inquiétera plus nos mauvaises consciences. Dormez, braves gens ?

AFP : La cinéaste française Danièle Huillet, récompensée au dernier festival de Venise pour l'ensemble d'une oeuvre très engagée, aux côtés de son compagnon Jean-Marie Straub, est décédée d'un cancer à 70 ans, dans la nuit de lundi à mardi, a indiqué mercredi son distributeur. "Danièle Huillet est décédée d'un cancer dans la nuit de lundi à mardi à Cholet, et elle sera inhumée vendredi à Saint-Ouen", a-t-on appris mercredi auprès de sa société de distribution, Pierre Grise productions. Née le 1er mai 1936 à Paris, Danièle Huillet vivait en Italie depuis 1969 où elle travaillait aux côtés de son compagnon, le cinéaste Jean-Marie Straub. Tous deux avaient reçu un prix spécial pour l'ensemble d'une oeuvre très engagée mais qui était restée confidentielle, à la 63e Mostra de Venise (30 août-9 septembre), où était projeté leur dernier film, "Quei loro incontri" - inspiré du roman de Cesare Pavese "Dialoghi con Leuco" - en salles le 18 octobre en France. Réalisatrice, actrice, monteuse, productrice et scénariste, Danièle Huillet a préparé l'IDHEC, qu'elle n'a pas intégré pour avoir refusé d'analyser au concours d'entrée le film "Manèges" d'Yves Allégret, qu'elle jugeait mauvais. Elle épouse le réalisateur Jean-Marie Straub, rencontré en 1954 alors qu'il était encore étudiant et animateur dans des ciné clubs, et tous deux entament une oeuvre commune qui compte une vingtaine de films. Lorsque la guerre d’Algérie éclate, Jean-Marie Straub déserte et en 1958, ils s'exilent en Allemagne. Après "Machroka-Muff ", leur premier court métrage, ils réalisent "Es Hilft" en 1965, adapté d’un roman de Heinrich Böll, une réflexion sur les conséquences du racisme en Allemagne. Leur film le plus célèbre, "Chronique d’Anna Magdalena Bach", en 1967, les impose comme les principaux représentants d'un nouveau cinéma remettant en cause les schémas narratifs et esthétiques traditionnels. "De la nuée à la résistance" (1979), est une réflexion critique sur le capitalisme, un de leurs sujets centraux. En 1969, le couple s'installe à Rome. Une loi régit tous les films du couple, qui met en scène les textes de Mallarmé, Duras, Kafka, Hölderlin... : le respect de la signification initiale du texte. Danièle Huillet et Jean-Marie Straub avaient mis au point un système de production particulier, écrivant, réalisant, montant et produisant eux-mêmes tous leurs films afin de maintenir leur indépendance créative.

Signalons également la mort de Jean-Pierre Dougnac, dont on peut lire le portrait chez "Les gens du cinéma" et de l'égérie de la "Blaxploitation", Tamara Dobson, célèbre Cleopatra Jones.

Posté par Coinducinephage à 23:08 - R.I.P. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1