31 octobre 2006
MORT DE TINA AUMONT

Annonce de la mort de la comédienne Tina Aumont, à l'âge de 60 ans, samedi dernier d'une embolie pulmonaire. Elle était la fille de Jean-Pierre Aumont et de Maria Montez. Son père l'éleva avec Marisa Pavan, après la tragique mort accidentelle de sa mère dans une baignoire, Elle débute au cinéma sous le nom de Tina Marquand après avoir épousé le comédien Christian Marquand en 1963. Le cinéma italien des années 60, se l'arrache, elle tournera une singulière adaptation de "Carmen" de Prosper Mérimée, transformé en western : "L'homme, l'orgueil, la vengeance", avec Franco Nero et Klaus Kinski. "La saison cinématographique" de 1975, n'est d'ailleurs pas très tendre avec elle sur ce film : "...La Carmen interprétée par Tina Aumont est par contre décevante : l'actrice a l'âge de son rôle, mais elle manque de personnalité et on sent moins dans son jeu la passion fantasque de la gitane que les caprices d'une enfant gâtée"... Mais elle devient l'une des icônes des années 60-70, avant de trouver un rôle important chez Bernardo Bertolucci dans "Partner" en 1968, avec Pierre Clémenti, sur de la schizophrénie à l'adolescence. Mais malgré des cinéastes prestigieux comme Federico Fellini, Roberto Rosselini - elle joue la femme adultère dans "Le Messie", ou Francesco Rosi, c'est surtout le cinéma bis qui la sollicite. Elle aura une traversée du désert, sa carrière étant brisée pour possession de drogue à la fin des années 70. Elle rentre en France, et a du mal à retrouver le vedettariat. Elle tourne avec Philippe Garrel, avant de retrouver de petits rôles, souvent d'ailleurs dans des rôles de prostituées. Les cinéphiles auront le souvenir d'une grande tristesse dans son beau regard.
Filmographie, établie avec Christophe Bier : 1965 Modesty Blaise (Id) (Joseph Losey) – La curée (Roger Vadim) – 1966 Texas across the river (Texas, nous voilà) (Michael Gordon) – 1967 Troppo per vivere… poco per morire (Qui êtes-vous inspecteur Chandler ?) (Michele Lupo) - L' uomo, l' orgoglio, la vendetta (L’homme, l’orgueil et la vengeance) (Luigi Bazzoni) – Scusi, lei è favorevole o contrario ? (Alberto Sordi) - 1968 Satyricon (Gian Luigi Polidoro) – Partner (Id) (Bernardo Bertolucci) – L’alibi (Vittorio Gassman, Adolfo Celi & Luciano Luciganini) – L’urlo (Tinto Brass) - 1969 Le lit de la vierge (Philippe Garrel) - Come ti chiami, amore moi (Umberto Silva) - Infanzia, vocazione e prime esperienze di Giacomo Casanova Veneziano (Casanova, un adolescent à Venise) (Luigi Comencini) – Trapianto, consuzione e morte di Franco Brocani (Mario Schifano, film underground) - 1970 Metello (Id) (Mauro Bolognini) – Necropolis (Franco Brocani) – Corbari (Le dernier guet-apens) (Valentino Orsini) – 1971 Il sergente Klems (Sergent Klems) (Sergio Grieco) – Bianco, rosso e… (Une bonne planque) (Alberto Lattuada) – 1972 Racconti proibiti… di niente vestiti (Brunello Rondi) – Arcana (Giulio Questi) – Malizia (Malicia) (Salvatore Sampieri) – Blu Gang / Blu gang e vissero per sempre felici e ammazzati (Luigi Bazzoni) – 1973 I corpi presentano tracce di violenza carnale (Sergio Martino) - Storia de fratelli e de cortelli (Mario Amendola) – 1974 Lifespan (Le secret de la vie) (Sandy Whitelaw) - Les hautes solitudes (Philippe Garrel) – Fatti di gente per bene (La grande bourgeoise) (Mauro Bolognini) – Il trafficone (Bruno Corbucci) – Divina creatura (Divine créature) (Giuseppe Patroni Griffi) – 1975 Il Messia (Le Messie) (Roberto Rosselini) – Salon Kitty (Id) (Tinto Brass) – Il Casanova di Fellini (Casanova) (Federico Fellini) - 1976 Cadaverri eccelenti (Cadavres exquis) (Francesco Rosi) – Giovannino (Paolo Nuzzi) – La Principessa nuda (La Princesse nue / Parties déchaînées) (Cesare Canevari) – A matter of time (Nina) (Vincente Minelli) – 1977 Un cuor semplice (Giorgio Ferrara) – Le rouge de Chine (Jacques Richard) - 1978 Una splendide giornata per morire / Titre reprise 1980 : Holocaust parte seconda : I ricordi, i deliri, la vendetta (Subliminal) (Angelo Pannaccio) – Fratello crudelle (Mario de Rosa, inédit) - 1979 La bande du Rex (108-13 [Jean-Henri Meunier]) – 1982 Rebelote (Jacques Richard) - 1985 Cinématon N° 509 (Gérard Courant, CM) – 1986 Les frères Pétard (Hervé Palud) – 1991 Sale comme un ange (Catherine Breillat, rôle coupé au montage) – 1993 Dinosaur from de deep (N.G. Mount [Norbert Moutier] , vidéo) – 1995 Nico Icon (Id) (Susanne Ofteringer, documentaire) – Les deux orphelines vampires (Jean Rollin) – 1997 Le marquis de Slime (Quelou Parente, CM) – Cantique de la racaille (Vincent Ravalec) - 1999 Giulia (Roy Stuart) - La mécanique des femmes (Jérôme de Missolz).
ARTICLE : LIBÉRATION
Tina Aumont, nuit sans étoile
La comédienne égérie du cinéma underground s'est éteinte samedi à 60 ans.
Par Philippe AZOURY
QUOTIDIEN : lundi 30 octobre 2006
Tina Aumont, la femme chat, est morte dans son sommeil samedi à l'aube, à Port-Vendres, des suites d'une insuffisance respiratoire. Née un 14 février 1946, à Hollywood, Marie-Christine est la fille de l'extraordinaire Maria Montez et de Jean-Pierre Aumont. Sur son berceau, un poème de Cocteau fait part de la naissance de «la Fille aux étoiles».
Khôl noir. A 17 ans, ex-pensionnaire des couvents suisses, elle fait la couverture de Paris Match. On y annonce ses noces avec Christian Marquand (rencontré à Mégève avec la clique à Vadim) et ses débuts au cinéma avec Joseph Losey, dans Modesty Blaise. «A Londres, j'étais venue saluer Losey de la part de Robert Aldrich. Il m'a demandé si je savais faire de la moto. Je me suis retrouvée sur le tournage. Je ne savais pas conduire une moto, je suis rentrée droit dans un mur.» Parabole presque trop belle pour qui voudrait décrire une vie électrique, lancée à bride abattue dans toutes les accélérations, dans tous les dangers, sans se soucier des obstacles éventuels.
Un mètre soixante-seize, des yeux incroyables ourlés au khôl noir, un corps tombé tout droit de la mythologie ( «une des plus belles femmes au monde», de l'avis expert du cinéaste Tinto Brass), Tina, redevenue Aumont après divorce, incendiera Cinecittà. En mai 1968, dans Partner de Bernardo Bertolucci, elle récite du Roland Barthes, les paupières maquillées en hommage à Orphée. Elle a pour partenaire Pierre Clémenti, dont elle est le pendant féminin. Comme lui, elle fréquente Viva, Nico et Philippe Garrel, le peintre psychédélique Frédéric Pardo, Marianne Faithfull, Anita Pallenberg, les Stones, Terence Stamp, Marlon Brando.
Elle est une sensuelle Carmen spaghetti dans l'Homme, l'Orgueil, la Vengeance, western inspiré de Mérimée, avec Franco Nero et Klaus Kinski. C'est le déclic : «Je ne suis pas envahissante, mais je suis une présence qu'on ne peut pas ignorer.» Tinto Brass (Urlo, Salon Kitty), Mauro Bolognini (Metello, la Grande Bourgeoise), Francesco Rosi (Cadavres exquis), Vincente Minnelli (Nina) réclament cette Raquel Welch underground et libre.
Sexy. Elle prolonge son rôle dans le Casanova de Comencini en devenant la femme aimée du Casanova de Fellini. Rossellini la voit en Marie-Madeleine de son Messie. Elle fait quelques films sexy, bien dans le style italien Ciné Revue (la Princesse nue, Divine Créature) mais, déjà prise, rate Suspiria, que lui proposait Dario Argento. En France, Tina Aumont réserve ses «apparitions» au cinéma poétique de Philippe Garrel (les Hautes Solitudes, aux côtés de Jean Seberg et de Nico).
«Héro». En 1976, durant un séjour en Malaisie, elle apprend qu'elle a été balancée en Italie pour usage et détention de stupéfiants. Cette Italie qui a déjà enfermé Clémenti ne lui fera pas de cadeaux. «L'héro, c'était de la provocation et beaucoup d'inconscience.» Elle revient en France, où elle rentre en collision avec la bande du Palace : Paquita Paquin, Edwige, Octavio, Yves Adrien et surtout Alain Pacadis. Ses virées avec Paca (dont une, épique, à Saint-Tropez) écriront les riches heures de la chronique Night Clubbing de Libé.
Elle brûle une condamnation par contumace, qui ne concerne que l'Italie, en une longue décennie de fêtes parisiennes. Sa voix de cendre, son allure originale, sa fatigue dandy, ses excès, font peur au cinéma français des années 80-90 : elle devient rare. Elle était à fleur de peau, généreuse et détachée : «Dès que j'ai carte blanche, resurgit mon style froid, un peu lointain. Ailleurs.» Où ça, Tina ?

