11 novembre 2006
MORT DE JACK PALANCE
Annonce de la mort d'une légende : Jack Palance à l'âge de 87 ans, hier dans sa maison en Californie. D'origine ukrainienne, Vladimir Palahnuik, est né à Latimer dans une petite cité minière, en 1919. C'est tout naturellement qu'il devient mineur, avant de devenir boxeur en amateur, catégorie poids lours, on imagine que mesurant 1,93 m, il devait être très impressionnant. Son nez connaîtra quelques fractures. Il s'engage dans l'armée de l'air quand l'armée américaine entre dans la seconde guerre mondiale. Démobilisé en 1944, et le visage gravement blessé lors d'un raid aérien, il s'inscrit aux cours d'art dramatique de l'université Stanford de Palo Alto. C'est le comédien Robert Montgomery qui le fait débuter dans "The big two". L'éloge du comédien n'est plus à faire du gangster malade dans "Panique dans la rue" (Elia Kazan, 1950), un acteur projetant d’assassiner Joan Crawford dans "Le masque arraché" (David Miller, 1952), le tueur aux gants noirs dans "L'homme des vallées perdues" (George Stevens, 1953) – rôle caricaturé par Morris dans sa BD "Lucky Luke" - , l'acteur qui se remet en question dans "Le grand couteau" (Robert Aldrich, 1955), Le producteur colérique dans "Le mépris" (Jean-Luc Godard, 1963), Un bandit mexicain au cœur tendre, amoureux de Claudia Cardinale, dans "Les professionnels" (Richard Brooks, 1966). Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier parlait de lui comme acteur de premier plan dans "30 ans de cinéma américain" (Éditions C.I.B., 1970). Selon eux : "...Ses meilleurs rôles jouent sur le contraste entre sa force, sa présence physique, qui peut donner aux affrontements une violence, une brutalité rarement atteintes, et l'impuissance dans laquelle le placent des situations ironiques...". Son physique en "lame de couteau", l'avait bien évidemment aussi prédisposé à jouer quelques monstres, d'Attila, dans "Le signe du Païen" (Douglas Sirk), Jack L'éventreur dans "Le tueur de Londres" (Hugo Fregonese, 1954), ou Dr. Jekyll et Mister Hyde, sans oublier Dracula, pour la télévision. Après quelques années où on ne le retrouve qu'à la télévision et dans quelques séries Z, il revient en force dans son rôle d'ancien décorateur d'Hollywood qui se réfugie dans le désert pour peindre, avec "Bagdad café" (1987). Il connaît la consécration avec son rôle de cow-boy de légende, avec beaucoup d'ironie dans "La vie, l'amour..., les vaches" (Ron Underwood, 1991), pour lequel il obtient l'oscar de meilleur second rôle - il retrouvera son personnage mort dans la précédente version dans "L'or de Curly" (Paul Weiland, 1994). Un des derniers grands d'Hollywood avec Richard Widmark et Kirk Douglas. Le premier souvenir qui m'est venu à l'esprit, sont ces célèbres "pompes" montrant la santé de cet acteur à la remise de son oscar. Désormais, il ne semble plus y avoir d'acteurs de cette trempe, dans le style "Bigger than life".
Bibliographie : Stars N°36/37 (Éditions Grand Angle, 2000).

Filmographie : 1950 Panic in the streets (Panique dans la rue) (Elia Kazan) – Halls of Montezuma (Okinawa) (Lewis Milestone) – 1952 Sudden fear (Le masque arraché) (David Miller) – 1953 Shane (L’homme des vallées perdues) (George Stevens) – Second chance (Passion sous les tropiques) (Rudolph Maté) – Flight to Tangier (Vol sur Tanger) (Charles Marquis Warren) – Arrowhead (Le sorcier du Rio Grande) (Charles Marquis Warren) – 1954 Man in the attic (Le tueur de Londres) (Hugo Fregonese) - Sign of the Pagan (Le signe du païen) (Douglas Sirk) – The silver chalice (Le calice d’argent) (Victor Saville) – 1955 Kiss of fire (El Tigre) (Joseph M. Newman) – The big kife (Le grand couteau) (Robert Aldrich) – I died a thousand times (Le peur au ventre) (Stuart Heisler) – 1957 Attack ! (Attaque !) (Robert Aldrich) – 1957 The lonely man (Jicop le proscrit) (Henry Levin) – House of numbers (La cage aux homes) (Russell Rouse) - Flor de Mayo (Roberto Gavaldón) – 1958 The man inside (Signes particuliers : Néant) (John Gilling) – Ten seconds to hell (Tout près de Satan) (Robert Aldrich) – 1959 Austerlitz (Abel Gance) – 1961 I Mongoli (Les Mongols) (André De Toth) – The Barbarians (Rewak, le rebelle) (Rudolph Maté) – La Guerra continua (La dernière attaque) (Leopoldo Savona) - Il giudizio universale (Le jugement dernier) (Vittorio de Sica) – 1962 Barabba (Barabbas) (Richard Fleischer) – Rosmunda e Alboino (Le glaive du conquérant) (Carlo Campogalliani) – 1963 Il criminale (Marcello Baldi) – Le mépris (Jean-Luc Godard) - Paparazzi (Jacques Rozier, CM) – Témoignages sur Bardot et Godard : Le parti des choses (Jacques Rozier, documentaire, CM) – 1964 Begegnung mit Fritz Lang (Peter Fleishmann, documentaire, CM) – 1965 Once a thief (Les tueurs de San Francisco) (Ralph Nelson) – 1966 The professionals (Les professionnels) (Richard Brooks) – 1967 The spy in the green hat (L’espion au chapeau vert) (Joseph Sargent & Henry W. George) – Kill a dragon (Trafic dans la terreur) (Michael Moore) – Torture garden (Le jardin des tortures) (Freddie Francis) - 1968 Che ! (Che) (Richard Fleischer) – Las Vegas 500 milliones (Les hommes de Las Vegas) (Antonio Isasi-Isasmendi) – Marquis de Sade : Justine / Justine / Justine : le disavventure della virtù (Les infortunes de la vertu) (Jésus Franco) – 1969 La legione dei dannati (La légion des damnés) (Umberto Lenzi) – L’urlo dei giganti (Pas de pitié pour les héros) (Henry Mankiewickz [=León Klimovsky] ) – The desperados (La haine des desperados) (Henry Levin) – Il mercenario (Le mercenario) (Sergio Corbucci) – 1970 Monte Walsh (William A. Fraker) – The horsemen (Les cavaliers) (John Frankenheimer) - ¡ Vamos a matar, compañeros ! (Companeros) (Sergio Corbucci) – The McMasters (Le clan des McMasters) (Alf Kjellin) – 1971 Chato’s land (Les collines de la terreur) (Michael Winner) - 1972 Te Deum (Enzo G. Castellari) - And so ends (Robert Young, voix du récitant) - Si può fare… amigo (Amigo !… mon colt à deux mots à te dire) (Maurizio Lucidi) – Blu Gang / Blu gang e vissero per sempre felici e ammazzati (Luigi Bazzoni) - 1973 Imagine (John Lennon & Yoko Ono) - Okahoma crude (L’or noir de l’Oklaoma) (Stanley Kramer) – Craze (Vidéo : Mystic Killer) (Freddie Francis) – Dracula (Dracula et ses femmes vampires) (Dan Curtis, TV, distribué en salles en Europe) – 1974 Il richiamo del lupo (Gianfranco Baldanello) – The four deuces (William K. Bushnell) – 1975 Africa Express (Michele Lupo) – L’infermiera (Défense de toucher) (Nello Rossatti) – Squadra antiscippo (Flics en jeans) (Bruno Corbucci) – 1976 Diamante Lobo / God’s gun (Les impitoyables) (Frank Kramer [=Gianfranco Parolini] ) – Safari express (Les sorciers de l’île aux singes) (Duccio Tessari) – Sangue di sbirro (Pour un dollar d’argent) (Alfredo Brescia) – Eva nera (Voluptueuse Laura) (Joe d’Amato) – I padroni della città (Mister Scarface) (Fernando Di Leo) - 1977 Welcome to blood city (Peter Sasdy)– Take off (Hardy Krüger) – Jim Buck / Portrait of a hitman (Allan A. Buckhantz) - 1978 Seven from heaven (Sept filles en or) ((Greydon Clark) - One man jury, dead on arrival (Flic, juge et bourreau) (Charles Martin) – 1979 Unknown powers (Don Como, documentaire) – The shape of things to come (George McCowan) – Cocaine Cowboys (Ulli Lommel) – 1980 Hawk the slayer (Terry Marcel) – Without warning (Terreur extra terrestre) (Greydon Clark) – 1982 Alone in the dark (Jack Sholder) – 1984 George Stevens : A filmaker’s journey (George Stevens Jr., documentaire) – 1987 Gor (Fritz Kiersh) – Out of Rosenheim (Badgad Café) (Percy Adlon) – Outlaw of Gor (John Bud Cardos) - 1988 Young guns (Id) (Christopher Cain) – 1989 Batman (Id) (Tim Burton) – Tango & Cash (Id) (Andrei Konchalovsky & Albert Magnoli) – 1990 Solar crisis / Kuraishisu niju-goju nen (Richard C. Sarrafian) – 1991 Legend of the West (John Bud Cardos, documentaire) – City slickers (La vie, l’amour… les vaches) (Ron Underwood) – 1992 Eli’s lesson (Peter D. Marshall, MM) - 1993 Cyborg 2 : Glass shadow (Cyborg 2) (Michael Schroeder) – 1994 Cops and Robbersons (Les nouveaux associés) (Michael Ritchie) – City slickers II : The legend of Curly’s gold (L’or de Curly) (Paul Weilland) – The swan princess (Le cygne et la princesse) (Richard Rich, animation, voix) – 1996 War games (Ken Pisani, documentaire, voix du récitant) – 1997 The incredible adventures of Marco Polo (George Erschbamer) – 1998 Treasure Island (L’île au trésor) (Peter Rowe).

ARTICLES :
LIBÉRATION du 13/11/2006
Jack Palance, un si bon méchant, par Édouard Waintrop
Tueur de l'Ouest ou guerrier barbare, l'acteur américain est mort vendredi.
Jack Palance, mort vendredi en Californie, avait un physique unique. Grand (1,93 m), très mince, cheveux noirs, pommettes saillantes, yeux charbonneux enfoncés sous des arcades proéminentes, doté d'une voix profonde, il est devenu un «méchant» de cinéma crédible dès Panique dans la rue, d'Elia Kazan (1950) et le Masque arraché de David Miller (1952). Et il a acquis le statut d'archétype du tueur de l'Ouest, laconique, cruel et redoutable, en 1953, dans l'Homme des vallées perdues (Shane), de George Stevens. Son interprétation du sinistre Jack Wilson était même tellement réussie qu'il fut nominé pour l'oscar du meilleur second rôle et que le personnage de tueur filiforme fut repris chez nous en 1956, en BD, par Morris dans son Lucky Luke contre Phil Defer (clone de Palance).
Mineur, boxeur. Walter Palahniuk est né fils de mineur ukrainien à Lattimer Mines, en Pennsylvanie, un 18 février. Etait-ce en 1918 ou en 1919 ? Les sources divergent. Adolescent, il commence par descendre, comme son père, dans les mines. Puis devient boxeur, cuistot, réparateur de radios, maître nageur. En 1942, il rejoint l'armée de l'air. L'année suivante, renvoyé dans ses foyers après un accident d'avion, il bénéficie d'une bourse et s'inscrit à l'université. Il fréquente alors les cours d'arts dramatiques et décroche un diplôme en 1947. Attirés par son physique hors norme et sa voix, les directeurs de casting ne tardent pas à le distribuer à Broadway. Il devient la doublure d'Anthony Quinn, qui a repris en tournée le rôle de Stanley Kowalski, créé par Marlon Brando, pour Un tramway nommé désir, de Tennessee Williams.
La pièce a été montée à New York par Elia Kazan et c'est sous la direction du même Kazan que Palance va tenir son premier rôle au cinéma. Après Panique dans la rue et Shane où lui, le géant, est abattu dans un bar par le petit Allan Ladd, qui avait besoin d'un escabeau pour donner la réplique à ses partenaires en 1955, il reprend, dans la Peur au ventre, du très sous-estimé Stuart Heisler, le rôle de Roy Earle qu'avait tenu Bogart dans High Sierra. Il tient la comparaison.
Télévision. Mais c'est avec Robert Aldrich que Jack Palance va le mieux exprimer son talent. Dans le Grand Couteau (1955), un des films préférés des jeunes critiques français de l'époque, il a le rôle d'un acteur autodestructeur, désarmé face à l'amour et à ses problèmes de carrière sur le déclin. L'année suivante, le même Aldrich, que les Cahiers du cinéma qualifient de «metteur en scène vivant le plus vivant de tous», lui confie le rôle du lieutenant Joe Costa, un militaire courageux en butte à un commandant trouillard, dans Attack. Un des meilleurs films de guerre de l'histoire du cinéma.
Palance travaille aussi pour la télévision, où il remporte un Emmy Award en 1956 pour son rôle de boxeur (à peine une composition) dans Requiem for a Heavyweight. Au cinéma, Douglas Sirk lui a auparavant offert le rôle d'un Attila déchiré dans le Signe du païen. C'est encore le costume d'un guerrier barbare, cette fois Ogotaï, le fils de Gengis Khan, qu'en 1961 André De Toth lui fait endosser dans les Mongols. Palance est alors en Europe. Il y a débuté dans Austerlitz d'Abel Gance (1960) et va surtout y jouer, en 1963, Jeremiah Prokosch, un producteur américain brutal et cynique dans le Mépris, le film légendaire de Jean-Luc Godard. Qu'il illumine de son aura inquiétante. Comme dans les Professionnels de Richard Brooks (1966), où il incarne ce hors-la-loi mexicain qui a enlevé Claudia Cardinale, recherchée par la bande de mercenaires menés par Burt Lancaster.
Comédie. Après une longue éclipse, Jack Palance reparaît en 1987 dans Bagdad Cafe, comédie allemande située aux Etats-Unis qui connaît un succès étonnant. Deux ans plus tard, Tim Burton lui donne le rôle du père du Joker dans Batman. En 1990, il reprend sa défroque d'homme de l'Ouest, cette fois sur le mode de la parodie, dans City Slickers, alias la Vie, l'Amour, les Vaches. Pour ce film avec Billy Cristal, il gagne l'oscar du meilleur second rôle et accomplit ainsi son souhait de réussir dans une comédie. Même si c'est dans les drames, westerns, films de guerre et polars des années 50 qu'il sera resté le meilleur.

PETERSEN EZIO/UPI
LE MONDE du 14/11/2006
Incarnant surtout les rôles de tueurs ou de psychopathes, l'acteur américain Jack Palance est décédé vendredi 10 novembre 2006, à l'âge de 87 ans, en Californie.
Jack Palance, acteur américain, par Jean-Luc Douin
L'acteur américain Jack Palance est mort à son domicile de Montecito (Californie), vendredi 10 novembre. Il était âgé de 87 ans.
Né Walter Palahnuik le 18 février 1919 à Lattimer (Pennsylvanie), fils d'un mineur d'origine ukrainienne, Jack Palance, qui avait joué dans plus de quatre-vingts films, était l'une des "gueules" qu'Hollywood utilisait pour des rôles de tueur ou de psychopathe. Il s'était plaint, pendant les années 1970, d'être cantonné aux personnages de troisième couteau.
Nez cassé, yeux d'Asiate dans un visage anguleux à la peau tendue sur des os proéminents : Jack Palance devait son faciès inquiétant à une carrière de boxeur commencée à 13 ans, et à l'incendie de son avion, quand il était pilote de bombardier durant la seconde guerre mondiale, qui l'avait défiguré et contraint à la chirurgie esthétique.
Vendeur de glaces, maître- nageur, garde du corps après la démobilisation, il tente une carrière théâtrale et, remarqué par Elia Kazan, devient la doublure de Marlon Brando à Broadway dans Un tramway nommé Désir.
Kazan le fait débuter au cinéma en 1950 dans Panique dans la rue. Jack Palance y interprète un criminel, puis accumule les personnages antipathiques : l'époux assassin de Joan Crawford dans Le Masque arraché, où, tel un dément à grâce de danseur, il cherche sa femme dans les rues en pente de San Francisco (David Miller, 1952, rôle qui lui vaut une nomination aux Oscars), tueur aux gants noirs au sourire sadique dans Shane (L'Homme des vallées perdues, de George Stevens, 1953), Jack l'Eventreur dans L'Assassin de Londres (Hugo Fregonese, 1955), Attila le Hun dans Le Signe du païen, de Douglas Sirk (1954).
Jeff Chandler, vedette beau gosse d'époque, avait refusé ce rôle de méchant furieux, crépusculaire et ivre de conquête ; Sirk pensait que Palance, peu aimé par les exploitants et précédé d'une réputation de "difficile à manier", pourrait tenir le film à bout de bras, ce qui se confirma.
"UN ÊTRE VENU D'AILLEURS"
C'est Robert Aldrich qui le sauve de ces emplois de crapules en lui confiant deux personnages marquants : ceux de l'acteur hagard et survolté dans Le Grand Couteau, d'après une pièce de Clifford Odets (1955), et du lieutenant intègre et désespéré dans Attack (1956).
Ses apparitions dans un western font basculer le film dans l'irréel, écrivit Louis Simonci : "Une sensation de démence provoquée par le regard en perpétuelle mobilité, par le rictus figé dans un incessant et implacable mépris, par l'attitude physique d'un être venu d'ailleurs, aux gestes impudiques et hiératiques à la fois" (Le Western, "Tel", Gallimard, n°219).
Jack Palance impose un type de maudit que l'on retrouve dans son rôle de chef apache fanatique dans Le Sorcier du Rio Grande (Charles Marquis Warren, 1953) et dans Jicop le proscrit (Henry Levin, 1956).
On citera aussi le gangster épuisé de La Peur au ventre (Stuart Heisler, 1955, remake d'High Sierra, de Raoul Walsh, avec Humphrey Bogart, 1941), le bandit mexicain des Professionnels (Richard Brooks, 1966), le gladiateur sardonique de Barrabas (Richard Fleischer, 1962), et, des années plus tard, le peintre excentrique de Bagdad Café (Percy Adlon, 1987) ou son retour dans le Batman de Tim Burton (1989) et dans un western comique, City Slickers (1991, avec Billy Crystal), qui lui valut l'Oscar du meilleur second rôle.
Reste un personnage mythique, celui que lui offrit Jean-Luc Godard dans Le Mépris (1963) : Jeremy Prokosch, le producteur hollywoodien crispé sur ses dollars qui fait vrombir le moteur de sa décapotable écarlate et qui veut voir des filles nues dans sa piscine de Capri.
Godard le décrit ainsi : "Il a un peu engraissé depuis des années, et son visage d'oiseau de proie asiatique s'est légèrement amolli." Regard fiévreux, clone du producteur de La Comtesse aux pieds nus "en plus coléreux et plus sarcastique", cet homme bouffi d'argent et privé d'esprit (dans le film) "n'est ni homme ni dieu, mais, comme tous les grands producteurs, seulement un demi-dieu, ce qui est sa force et sa faiblesse".

LE FIGARO du 13/11/2006
Jack Palance, une gueule d’atmosphère, par Dominique Borde
Acteur d'une centaine de films, le vieil Indien de «Bagdad Café» est mort à 87 ans.
Jack Palance est mort vendredi dernier à Montecito en Californie, à l'âge de 87 ans. D'origine ukrainienne, il était né en Pennsylvanie en 1919 sous le nom de Vladimir Palahniuk. Fils de mineur, il le sera aussi avant de monter sur les rings de boxe. Militaire, victime d'un terrible accident d'avion pendant la Seconde Guerre mondiale, Jack Palance rencontre la chance de sa vie. Défiguré, son visage est refait par la chirurgie esthétique. Ce qui lui donne immédiatement un caractère. Avec des pommettes hautes, un faciès anguleux et un nez cassé, il impressionne d'emblée avec une allure de dur vaguement asiatique. Une brute exotique sans état d'âme dont la seule présence change le cours du destin et une indiscutable gueule d'atmosphère.
C'est ainsi qu'il est remarqué par Kazan en doublant Anthony Quinn dans Un tramway nommé Désir monté sur une scène de Broadway. Il débute donc en 1950 dans Panique dans la rue. Deux ans plus tard, il est sélectionné pour l'oscar du meilleur second rôle pour Le Masque arraché puis pour l'assassin en noir du western de Stevens L'Homme des vallées perdues (le prix lui sera finalement attribué en 1992). À partir de là, sa carrière se dessine autour de ce physique impressionnant que beaucoup de films rendront inquiétant.
Le producteur borné qui séduit Bardot
Avec une présence monolithique, un visage impassible au rictus menaçant et vite terrifiant, il enchaîne les rôles de méchants, de tueurs impavides, d'Indiens cruels (Le Sorcier du Rio Grande, Le Tueur de Londres, La Peur au ventre... ). Mais celui qui joue un officier tête brûlée dans Attack peut aussi incarner un acteur suicidaire rongé par le doute face au cynique Rod Steiger dans le remarquable Grand Couteau du même Robert Aldrich.
Puis entre deux séries B, de Mongols en Barabbas, il surprend tout à coup en incarnant le producteur borné et inculte qui séduit Bardot dans Le Mépris de Godard, ou en faisant une apparition dans l'Austerlitz d'Abel Gance. Ce qui ne l'empêchera pas d'enfiler à son tour le costume de Dracula et d'entrer dans la peau du Che, héros authentique du curieux film de Richard Fleischer, ou d'être un autre révolutionnaire, mexicain cette fois, amoureux pourchassé de la belle Claudia Cardinale dans Les Professionnels de Brooks qui redore le blason du western américain en 1965. Avec le temps, la brute s'humanise parfois, même si l'acteur collectionne encore les films d'aventures de facture très banale. Mais en 1987, c'est un vieil Indien peintre et humaniste reclus dans le pittoresque Bagdad Café de Percy Adlon qui le fait redécouvrir dans un rôle radicalement dif férent.
C'est presque un signe et le début d'un adieu pour l'acteur vieillissant qui tournera encore une quinzaine de films comme Batman, Tango et Cash ou War Games jusqu'en 2001. Beaucoup de seconds rôles marquants pour une gueule de premier plan qu'on ne pouvait pas oublier.