20 novembre 2006
MORT DE FRANCIS GIROD
AFP/FRANÇOIS GUILLOT
Le cinéaste Francis Girod à Cannes, le 15 mai 2005.
Annonce de la mort du cinéaste Francis Girod, ce 19 novembre, à Bordeaux. Victime d'une crise cardiaque, il tournait un téléfilm inspiré de l'affaire Alègre, voir les informations du site Flach Films. Il débuta comme journaliste au "Nouvel observateur". Il débute au cinéma en devenant assissant de Jean-Pierre Mocky - qui l'égratigne dans son dernier film quand il fut chevalier des "Beaux arts" en 2002- ("Les vierges" 1962), Robert Vadim ("La ronde" (1963), "La curée" (1966)), François Reichenbach ("Les amoureux du "France" (1963), Alex Joffé ("Les culottes rouges" (1962), etc... Sa carrière de réalisateur déute sur des chapeaux de roues avec "Le Trio infernal" (1973), brûlot surréaliste, baignant dans l'humour noir - et dans l'acide -. Il dépeint trois monstres - Michel Piccoli, Romy Schneider et Masha Gomska, qui élaborent une macabre escroquerie à l'assurance vie. Avec "René-la-Canne" (1976), il fait de l'oeuvre de René Borniche, une pochade, avec Gérard Depardieu et Michel Piccoli, en roues libres. "L'état sauvage" (1977), d'après le roman de Georges Conchon, est une critique acerbe d'un pays africain, qui vient d'obtenir l'indépendance, en proie à la corruption. "La banquière" (1980) d'après la véridique affaire Hanau, histoire d'une banqueroute qui defraya la chronique au début du siècle dernier, offre l'un de ses meilleurs rôles à Romy Schneider. "Le grand frère" (1981) est titré d'une série noire de Sam Ross, et adapté par Michel Grisolia, parle des immigrés dans un Marseille hostile, porté par l'interprétation de Gérard Depardieu, et révélant Souad Amidou. "Le bon plaisir" (1983), adapté d'un livre de Françoise Giroud, aux éditions Mazarine ! est un portrait au vitriol de la Présidence de la République, avec un Jean-Louis Trintignant éblouissant, ayant un fils caché avec Catherine Deneuve. Suivent "Descente aux enfers" (1986), adaptation assez conventionnelle de David Goodis, où Sophie Marceau, retrouve son "père" de "La boum", Claude Brasseur, pour en faire son amant. "L'enfance de l'art" est une sorte de modernisation d'"Entrée des artistes", voulant donner sa chance à de jeunes comédiens comme Clotilde de Bayser et Michel Bompoil. "Lacenaire", donne l'occasion à Daniel Auteuil, après Marcel Herrand, le rôle du célèbre criminel, pour un film enlevé, ses échanges avec Jean Poiret, sont particulièrement jubilatoires. Ses derniers films déçoivent, avec quelques polars efficaces, mais décevant dans l'ensemble, avec "Délit mineur" (1995), "Passage à l'acte" (1995), montrant la neutralité malveillante d'un psychiatre joué par Daniel Auteuil, "Terminale" (1997), "Mauvais genre" (2001), malgré une saisissante composition de Robinson Stévenin, et "Un ami parfait" (2005). Il semblait avoir plus d'ambitions pour la télévision avec "Le pays des enfants perdus" (2003), page méconnue de notre histoire, où des élus français "transplantent" 200 enfants Réunionnais, en 1966, dans "La Creuse", pour lutter contre un exode massif, sans avoir d'états d'âmes. "Notable et non coupable" sera terminé par Dominique Baron. On retiendra aussi ses autres activités. Il fut comédien, on se souvient de son rôle de cinéaste démiurge et autoritaire dans "Zanzibar" (Christine Pascal, 1988). Il fallait le voir faire tomber une script de sa chaise, car selon lui, son regard est le plus juste, pour y installer une caméra. Il fut aussi un producteur intelligent, pour Jacques Rouffio ("L'horizon" (1966), "Sept morts sur ordonnance" (1975)), Marc Monnet ("Léa, l'hiver, 1970), Bernard Paul ("Beau masque", 1972), ou Jérôme Kanapa ("La République est morte à Dien-Bien-Phu, 1973). Il eu également de nombreuses activités pour la SACD, ou dans l'enseignement de l'art dramatique pour de jeunes comédiens. On peut déplorer, que l'acidité de son regard à ses débuts, ne traverse pas toute son oeuvre. "L'oncle de Russie", un téléfilm inédit, sera diffusé sur France 3 le 10 décembre prochain, avec Claude Brasseur, Marie-José Nat. L'histoire : "1989. La perestroïka a assoupli les relations entre l'URSS et la France. Gaston Boissac refait alors surface : cet ancien soldat français, qui fut prisonnier des Allemands, a été libéré par les troupes soviétiques en 1945. Et il s'est retrouvé coincé pendant quarante-quatre ans de l'autre côté du rideau de fer." (source : www.guidetele.com).
Filmographie : 1973 Le trio infernal - 1976 René-la-Canne - 1977 L'État sauvage - 1980 La banquière - 1981 Le grand frère - 1983 Le bon plaisir - 1986 Descente aux enfers - 1987 L'enfance de l'art - 1990 Lacenaire - 1991 Contre l'oubli [épisode "Archana Guha"] - 1990 Lacenaire - 1993 Délit mineur - 1995 Lumière et compagnie [Un sketche] - Passage à l'acte - 1997 Terminale - 2001 Mauvais genre - 2003 Le pays des enfants perdus (TV) - 2005 Un ami parfait - 2006 L'oncle de Russie (TV) - Notable donc coupable (TV, terminé par Dominique Baron).
ARTICLES LE MONDE
Nécrologie
Francis Girod, cinéaste
LEMONDE.FR avec AFP | 19.11.06 | 09h17 • Mis à jour le 20.11.06 | 12h23
Le cinéaste Francis Girod, 61 ans, est mort à la suite d'un malaise cardiaque dans la nuit de samedi à dimanche à Bordeaux, a-t-on appris de sources médicales. Le réalisateur est décédé dimanche vers 4 heures du matin dans un hôtel de Bordeaux, après que le SAMU eut été prévenu que le producteur-scénariste avait été victime d'un malaise.
Membre de l'Académie des beaux-arts depuis 2002, il avait notamment réalisé La Banquière avec Romy Schneider (1980), Le Bon Plaisir avec Catherine Deneuve et Jean-Louis Trintignant (1984), Passage à l'acte (1995), Terminale (1997) et Mauvais genres (2001).
Un temps journaliste au Nouvel Observateur et à l'ORTF (1964-1966), Francis Girod avait débuté dans le cinéma dans les années 1960 comme assistant de réalisateurs comme Roger Vadim et Jean-Pierre Mocky.
Il réalise son premier film, Le Trio infernal, avec Michel Piccoli et Romy Schneider, en 1974.
Non conformiste, il réalise aussi de nombreux films publicitaires et des documentaires. Dans les années 1990, il passe devant la caméra, Bertrand Tavernier lui réservant un rôle dans L627.
Deux de ses films étaient à l'affiche cette année : Un ami parfait, avec Antoine de Caunes et Carole Bouquet, et Oncle de Russie, avec Claude Brasseur et Marie-Josée Nat.
Egalement producteur et scénariste ou coscénariste de la plupart de ses films, Francis Girod était très impliqué dans le monde du cinéma français. Il a présidé en 1988-1989 la Société des réalisateurs de films, ainsi que la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) en 2005-2006, et était membre du conseil d'administration de la Cinémathèque française.
Le cinéaste Francis Girod est mort d'une crise cardiaque à l'âge de 62 ans, dimanche 19 novembre, à Bordeaux, par Jean-Luc Douin.
Né le 9 octobre 1944 à Semblançay (Indre-et-Loire), Francis Girod cachait derrière son humour caustique, son sens de la provocation et du sarcasme une sensibilité et une générosité générées par des blessures d'enfance et d'adolescence. Il avait entre autres été meurtri par la séparation de ses parents lorsqu'il avait 6 ans ; il n'avait quasiment plus revu un père qu'il avait choisi d'oublier.
En 1962, Francis Girod s'inscrit conjointement au cours Simon, pour approfondir un métier de comédien entamé à 14 ans (il enseignera pendant dix ans au conservatoire l'art de jouer devant une caméra dans une classe que lui avait demandé de créer Jean-Pierre Miquel), et à une école de journalisme (il travaillera au Nouvel Observateur de 1964 à 1966, inventera quelques brillantes formules dont le fameux "marxiste tendance Groucho"). Assistant de Jean-Pierre Mocky, François Reichenbach, Roger Vadim, il est également producteur, dès 1965, pour son complice Jacques Rouffio (L'Horizon). Auteur du Manuel de la pensée yéyé (Julliard), il partage son temps entre la production de films et la réalisation de sujets pour la télévision (En toutes lettres, Dim Dam Dom, Les Femmes aussi).
Francis Girod fait une entrée tonitruante dans la réalisation de films avec Le Trio infernal (1974), dans lequel il relate les forfaits d'un avocat escroc des années 1930. Cette comédie où les cadavres sont dissous dans l'acide sulfurique offre des rôles éblouissants à Michel Piccoli et Romy Schneider. Cette dernière incarnera pour lui Marthe Hanau, la banquière des années folles, dans La Banquière (1980), naviguant entre rivières de diamants et fioles de vitriol.
Francis Girod aimait les insoumis à panache, comme en témoignent ses films sur René la Canne (1976) ou sur Lacenaire (1990), le dandy du crime, précurseur de Mesrine, avec canne, gibus et sens inné de la médiatisation. Outre une dérangeante parabole sur la décolonisation (L'Etat sauvage, 1978), on retrouve son goût pour les farces noires, la dérision, et les gangsters de charme dans plusieurs polars : Descente aux enfers d'après David Goodis (1986), Délit mineur (1994), Mauvais genres (2001), Un ami parfait (2006).
Infatigable pourfendeur des hypocrisies et malicieux observateur des canailleries, Francis Girod traitait de sujets dérangeants. Le Grand Frère (1982) est l'histoire d'une sorte de Jean Valjean plongé dans la banlieue délinquante maghrébine de Marseille, Le Bon Plaisir (1983) raconte l'histoire d'un président de la République doté d'un enfant caché, Terminale (1998) évoquait la montée de l'extrême droite. A Bordeaux, il était en plein tournage d'un film sur l'affaire Alègre pour France 2.
Ami fidèle, altruiste, autant qu'homme de convictions, Francis Girod avait présidé la Société des réalisateurs de films (SRF), l'association Cinéma et liberté, la SACD, où il était engagé pour la défense du droit d'auteur. Il était membre de l'Académie des beaux-arts depuis 2002, et de la Commission d'Arte-France cinéma, où il veillait à soutenir une identité cinématographique européenne.
LIBÉRATION :
Francis Girod quitte le cinéma
Militant de l'exception culturelle, le réalisateur de «la Banquière» est mort hier à 62 ans.
QUOTIDIEN : lundi 20 novembre 2006
En Francis Girod, le ministre de la Culture salue l' «éveilleur» du cinéma, français, l' «homme entier engagé dans son art comme dans la vie de la cité», et la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) un «grand cinéaste». A part cela, non seulement réalisateur, mais producteur, scénariste et acteur, l'intéressé, mort hier à 62 ans, disait : «Ce métier de cinéaste, plus on l'exerce plus on l'aime.» Né en 1944 à Semblançay (Indre-et-Loire), il confiait, en avril, à nos colonnes qu'à 12 ans il découvrit les planches «avec le rôle de l'élève Tronche-Bobine» au théâtre du Parc à Bruxelles, «ville cinéphile» où il «devint cinéphage». Stagiaire sur le tournage des Culottes rouges d'Alex Joffé, il y rencontre le producteur populaire Robert Dorfmann, Laurent Terzieff et Bourvil, qui le présentent à Mocky, dont il sera l'assistant. Bien avant sa première production, l'Horizon en 1979, le premier film de ce journaliste au Nouvel Observateur et à l'ORTF, de 1964 à 1966, fut le Trio infernal avec Piccoli et Romy Schneider en 1974. Suivaient la Banquière (1980); le Bon Plaisir avec Deneuve et Trintignant (1984); Passage à l'acte (1996); Terminale (1998) ou encore Mauvais genres (2001).Egalement scénariste de la plupart de ses films, Francis Girod se déclarait «militant actif du combat» pour défendre l'identité du cinéma européen. Il a présidé en 1988-1989 la Société des réalisateurs de films, ainsi que la SACD en 2005-2006, et fut de surcroît membre du conseil d'administration de la Cinémathèque française. Venant juste avant Godard dans le Dictionnaire du cinéma local, il s'est éteint dans une chambre d'hôtel à Bordeaux, pendant le tournage d'une fiction pour France 2 sur l'affaire Alègre.
ARTICLES : LE FIGARO
Francis Girod, le professeur de cinéma, par Valérie Duponchelle.
Publié le 20 novembre 2006
Le cinéaste qui transforma Sissi en âpre banquière et Daniel Auteuil en Lacenaire à la Dostoïevski s'est éteint à l'âge de 61 ans.
« JE CROIS qu'il est très difficile d'avoir une idée juste de ce qu'est un être humain. Je vais paraître immodeste mais, en faisant Lacenaire, j'ai pensé à Guitry pour la liberté de ton, et à Mankiewicz pour la construction. J'ai voulu aussi que le film soit un jeu de miroir à La Dame de Shanghaï », confiait Francis Girod en 1990, lors de la sortie de ce film étrange sur un « antihéros, cynique, amoral, misanthrope, plus innocent peut-être que ne voulurent le reconnaître ses juges (...), suicidé de la guillotine qui avait eu la chance de n'avoir tué que des médiocres ». Né le 9 février 1944 en Indre-et-Loire, Francis Girod, éternel « jeune homme précoce » dont les films anticipèrent souvent la vie et la société, est décédé à Bordeaux des suites d'un malaise cardiaque. À 61 ans, hier, avant l'aube.
Homme-orchestre du cinéma français, à la fois réalisateur, producteur, scénariste et acteur, ce non-conformiste élevé jusqu'à 18 ans dans les brumes surréalistes de Bruxelles et de ses ciné-clubs ouverts sur le monde et tous ses publics, aura été, à sa manière érudite, précise et fervente, une sorte de professeur rêvé de cinéma. Il fut journaliste au Nouvel Observateur puis à l'ORTF (1964-1966), avant de débuter dans le cinéma comme assistant de réalisateurs carrément aux antipodes, de l'épicurien Roger Vadim à l'acide Jean-Pierre Mocky. Pour son premier film en 1974, Le Trio infernal, avec Michel Piccoli, réalisé en hommage aux Diaboliques de Clouzot (son réalisateur fétiche avec Duvivier), il convainc Romy Schneider d'abandonner la joliesse tendre de son sage succès. « Quel drôle de»schwarz* humour ce serait, le suicide de Sissi », répondit l'actrice à la simplicité belle comme une église romane. Ce fut le début d'une entente au long cours, couronnée par La Banquière en 1980.
Qu'il détourne la blondeur impeccable de Catherine Deneuve pour dénoncer l'égoïsme et la froideur du pouvoir politique (Le Bon Plaisir, 1984) et le côté camelot d'Antoine de Caunes pour disséquer l'arrivisme et le calcul d'une vie (Un ami parfait, le dernier film produit par feu Humbert Balsan, sorti au printemps 2006), il y a bien chez Francis Girod ce goût du puzzle que l'intrigue remonte avec mesure, emboîtant les facettes des personnages, les répliques ciselées et le jeu inattendu des acteurs. Tout l'art du cinéma à l'ancienne.


