22 novembre 2006
MORT DE ROBERT ALTMAN
Annonce de la mort de l’un des plus grands réalisateurs américains, Robert Altman, dans la grande tradition des "Mavericks". C’était un cinéaste "libéral-libertaire", selon la formule de la revue "Positif" qui salua toujours son œuvre. Il convient de lire une excellente analyse de ses films dans l’indispensable "50 ans de cinéma américain" de Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier. Selon eux « Toute la carrière d’Altman se place sous le signe de la provocation, du défi, ne serait-ce que celui qu’il pose aux critiques souvent débordés par son rythme infernal de production… ». La France le découvre en 1970 au festival de Cannes, avec « M.A.S.H. », après une prolifique carrière à la télévision, voir la filmo ci-dessous. Cette farce, se situant dans une clinique mobile de campagne lors de la guerre de Corée, fut refusée par 14 metteurs en scène. Le réalisateur a fait durant toute son œuvre une critique corrosive de la société américaine et de ses valeurs et un regard désabusé sur le monde. On se souviendra de l’affirmation de Géraldine Chaplin dans "Un mariage" (1978) : "Le mariage représente la fusion des intérêts de la communauté et de la nature...". Il y a toujours une grande cohérence, malgré la grande variété des sujets abordés, parfois même à l’intérieur d’un même film où il procède à plusieurs ruptures de tons, passant du drame à la comédie. Il bouscule les genres établis, du show-bisness, avec "Nashville" (1975), à la légende de la conquête de l’Ouest avec "Buffalo Bill et les Indiens" (1976) tourné en dérision avec la complicité de Paul Newman, montrant que ce héros n’est en fait qu’une fabrication de l’imagination d’un romancier. Il est aussi à l’aise dans le western réaliste avec "John McCabe" (1970), l’onirique "Brewster Mc Clowd" (1970), où un jeune homme – Bud Cort – rêve de voler comme un oiseau, le polar rural dans les années 30 "Nous sommes tous des voleurs" (1974), le film d’anticipation "Quintet" (1978), la comédie musicale "Un couple parfait" (1979), qu’à la représentation du milieu de la danse "Company (2003). Les femmes ont souvent le beau rôle de "Trois femmes" (1977), états d’âmes de trois infirmières travaillant dans un sanatorium – joué par Sissy Spacek, Shelley Duvall et Janice Rule – à "Cookie’s fortune" (1998), - joué par Patricia Neal, Glenn Close, Juliane Moore et Liv Tyler, drame intimiste situé dans une bourgade du Mississipi. Il excelle dans les films choraux "Nashville", "Un mariage" (1978), "Short Cuts, les Américains" (1992), exceptionnelle adaptation de l’œuvre de Raymond Carver, tout aussi bien que dans des films intimistes ou des adaptations théâtrales. Il se livre toujours à un véritable jeu de massacres, avec les genres établis, même en adaptant d’autres auteurs, comme Raymond Chandler, dans "Le privé" (1973), avec un inattendu Elliott Gould dans le rôle de Philip Marlowe, ou John Grisham, qui refusa que son nom figure au-dessus du titre, comme à son habitude, quand il vit le premier montage de "The Gingerbread man" (1997). La critique est toujours acerbe, comme dans le méconnu "Health" (1979), où il critique habilement une campagne électorale, en la transposant dans un congrès d’une organisation diététique. Il a toujours su évoluer, comme après l’échec financier de "Popeye" (1980), d'après l’œuvre de Max Fleischer, avec des adaptations d’œuvres théâtrales, malgré la performance de Robin Williams. Il signe ainsi "Reviens, Jimmy Dean, reviens", "Steamers" révélant Matthew Modine, et "Secret honor" étonnant monologue d’un Richard Nixon complètement saoul et déchu, admirablement interprété par Philip Baker Hall. Il se lance aussi dans des œuvres de télévision originales, comme "Tanner’ 88", où il suit la campagne présidentielle de 1988, en inventant un faux candidat et le confrontant aux politiques véritables. Le résultat est très probant, malgré un doublage français assez redoutable lors de sa diffusion en France sur Arte. Ses dernières années, à l’image d’un John Huston, furent remarquables, de "The player" (1991), où en cruel entomologiste, il décortique les mœurs hollywoodienne, " Kansas city" (1996), hommage aux clubs de jazz où on ne retrouvait aucune forme de ségrégation dans le début des années 30, "Docteur T et les femmes" (2000), où un gynécologue est manipulé par ses patientes, à "Gosford Park" (2001), où il dynamite de dispositif usé d’un "whodunit", pour faire une jubilatoire rencontre entre "Les dix petits indiens" et "La règle du jeu". Il est tout aussi mordant pour d’autres sociétés, il n’épargne personne, ni même les Européens, à l’instar de "Prêt-à-porter" (1994), film mésestimé par la France qui a mal supporté le portrait au vitriol fait sur le milieu de la mode, et la vision d’un Paris peu complaisant, royaume de crottes de chiens. Il nous reste à découvrir son dernier film, "The last show" dont la sortie est prévue le 6 décembre prochain. Sur Robert Altman, Jean-Loup Bourget a signé un excellent livre aux éditions Ramsay poche cinéma en 2004, qui mériterait une réédition. Son esprit va beaucoup nous manquer.
Filmographie : comme réalisateur : 1951 Modern football (documentaire, CM) - 1952 King basketball (documentaire, CM) - The sound of bells (documentaire, CM) - 1953 How to run a filling station (documentaire, CM) - Modern baseball (documentaire, CM) - The last mile (documentaire, CM) - 1954 Better football (documentaire, CM) - The builders (documentaire, CM) - The dirty look (CM) - 1955 The perfect crime (CM) - The delinquents (CM) - The James Dean story (L’histoire de James Dean, co-réalisation avec George W. George, documentaire)1956 The magic bond (documentaire, CM) - 1964 The party (CM) - 1965 The Katherine Reed story (documentaire, CM) - 1966 Pot au feu (CM) - 1967 Countdown (Objectif lune) - 1969 The cold day in the park – M.A.S.H. (Id) - 1970 Brewster McCloud (Id) - McCabe and Mrs. Miller (John McCabe) - 1971 Images (Id) - 1973 The long goodbye (Le privé) - 1974 Thieves like us (Nous sommes tous des voleurs) - California Split (Les flambeurs) - 1975 Nashville (Id) - 1976 Buffalo Bill and the indians, or Sitting Bull’s history lesson (Buffalo Bill et les indiens) - 1977 3 women (Trois femmes) - 1978 Quintet (Id) - A wedding (Un mariage) - 1979 Health - A perfect couple (Un couple parfait) - 1980 Popeye (Id) - 1982 Come back to five and dime, Jimmy Dean, Jimmy Dean (Reviens, Jimmy Dean, reviens) - 1983 Steamers (Id) - Secret honor (Id) - 1984 O.C. and Stiggs / The utterly monstrous mind roasting summer of O.C. and Stiggs (Vidéo : “Vous avez dit dingue ?”) - 1985 Fool for love (Id) – 1986 Aria [épisode : “Les Boréades”] - Beyond therapy (Id) - 1989 Vincent and Theo (Vincent et Théo) (+ version TV) - 1991 The player (Id) - 1993 Short cuts (Short cuts, les Américains) - 1994 Ready to wear (Prêt à porter) - 1995 Kansas city (Id) - Jazz’ 34 (Jazz’ 34, remembrances of Kansas City Swing) (documentaire) - 1997 The Gingerbread man (Id) - 1998 Cookie’s fortune (Id) - 2000 Docteur T & the women (Docteur T & les femmes) - 2001 Gosford Park (Id) – 2003 The company (Company) - 2005 A prairie homme companion (The last show).
Comme réalisateur de télévision : Longs et moyens métrages : 1964 Kraft suspense theater : Once upon a savage night / Nightmare in Chicago – 1982 Precious blood – Rattlesnake in a Cooler – 1985 The Landromat – 1987 Basements [épisodes “The dumb waiter” & “The room”] – 1988 Tanner’ 88 – The Caine mutiny court martial – 1993 The real McTeague (documentaire) – Great performances : Blanck and blue – 2004 Tanner on Tanner – Comme réalisateur de séries TV : Alfred Hitchcok presents [épisodes “The young one” (1957) & “Together” (1958)] – M Squad [épisode “Lover’s Lane Killing” (1958)]– Peter Gunn [Un épisode] – The millionaire / If you had a million [épisodes “Pete Hopper : Afraid of the dark” (1958), “ – “Henry Banning : The show off” (1959), “Jackson Greene : The beatnik” (1959), “Alicia Osante : Beauty and the saylor” (1959), “Lorraine Dagget : The beach story” (1959), “Andrew C Cooley : Andy and Clara” (1959) – “Whirlybirds” (158/59), “The midnight show” (1958), “Guilty of old age” (1959), “Matter of trust” (1959), “Christmas in June” (1959), “Til death do us part” (1959), “Time limit” (1959), “Experiment X-74” (1959), “The challenge” (1959), “The big lie” (1959), “The perfect crime” (1959), “The unknow soldier” (1959), “Two of kind” (1959), “In ways mysterious” (1959), “The black Maria” (1959) & “Sitting duck” (1959)] – U.S. Marshal / Sheriff of Cochise [épisodes “The triple cross”, “Shortcut to hell”, “R.I.P.” etc…] - "Troubleshooters” (1959) (13 épisodes) – Hawaiian eye [épisode “Three tickets to Lani” (1959)] – Sugarfoot [épisodes “Apollo with a gun” (1959) & “The highbinder” (1960)] – Westinghouse Desilu Playhouse [épisodes “The sound of murder” & “Death of dream”] (1960) – The Gale Storm show / Oh ! Susanna [épisode “It’s magic” (1960) – Bronco {épisode “The mustangers” (1960) – Maverick [épisode “Bolt from the blue” (1960)] – The roaring ‘20’s [épisodes “The prarie flower” (1960), “Brother’s keeper” (1960), “White carnation” (1960), “Dance marathon” (1961), “Two a day” (1961), “Right off the boat (1961), “Royal tour” (1961), “Standing room only (1961)], Bonanza [épisodes “Silent thunder” (1960), “Bank run” (1961), “The duke” (1961), “The rival” (1961), “The secret” (1961), “The dream riders” (1961), “Sam Hill” (1961),& The many faces of Gideon Finch” (1961) – Lawman [épisode “The robbery” (1961) – Surfside 6 {épisode “Thieves among honor”] (1961) – Bus stop [épisodes “The covering darkness” (1961), “Portrait of a hero” (1961), “Accessory by consent” (1961), “A lion waks among us” (1961), “…and the pursuit of evil” (1961), “Summer lightning” (1962), “Door without a key” (1962), & “Conty general” (1962)] – The Gallant men [épisode “Battle zone” (1962) – Combat [épisode “Forgotten front” (1962), “Rear echelon commandos” (1962), “Any second now” (1962), “Escape to nowhere” (1962), “Cat and mouse” (1962), “I swear by Apollo” (1962), “The prisoner” (1962), “The volunteer” (1962), “Off limits” (1963) & “Survival” (1963) – Route 66 [épisode “A gift for a warrior”] – Kraft suspense theater [épisodes “The long lost life of Edward Smalley” (1963), “The hunt” (1963) & “Once upon a savage night” (1964, repris sous le titre “Nightmare in Chicago”)] – The long hot summer [épisode “The homecoming” (1965)] – Nightwatch [épisode pilote : “The suitcase” (1968)] – Premiere [épisode “Walk in the sky” (1968) – Saturday night live [épisode “Sissy Spacek/Sissy’s roles” (1977)] – Gun / Robert Altman’s Gun [épisode “Al the President’s men” (1997)].
Divers : Comme producteur seulement : 1976 Welfome to Los Angeles (Welcome to L.A. (Welcome to Los Angeles) (Alan Rudolph) – 1977 The late show (Le chat connaît l’assassin) (Robert Benton) – 1978 Remember my name (Tu ne m’oublieras pas) – 1979 Rich kids (Robert M. Young, producteur exécutif) – 1993 Mrs. Parker and the vicious circle (Madame Parker et le cercle vicieux) (Alan Rudolph) – 1997 Afterglow (L’amour et après ?) (Alan Rudolph) – 1998 Liv (Eduardo Ponti, CM) – 2000 Trixie (Alan Rudolph) – 2001 Roads and Bridges (Abraham Lim, producteur exécutif) - Comme scénariste seulement : 1947 Christmas Eve (Edwin L. Marin) – 1948 Bodyguard (Richard Fleischer) – 1962 What ever happened to Baby Jane ? (Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?) (Robert Aldrich, supervisation des dialogues) – Comme acteur : 1947 The secret life of Walter Mitty (La vie secrète de Walter Mitty) (Norman Z. McLeod) – 1970 Events (Fred Baker) - 1951 Corn’s-A-Poppin’ (Robert Woodburn) – 1981 Endless love (Un amour infini (Franco Zeffiirelli) – 1982 Before the Nickelodeon : The cinema of Edwin S. Porter (Charles Musser, documentaire) - 1988 Hollywood Mavericks (Florence Dauman & Gale Ann Stieber, documentaire) - 1993 Luck, Trust & Ketchup : Robert Altman in Carver Country (John Dorr & Mike E. Kaplan, documentaire) – 1997 Franck Capra’s american dream (Kenneth Bowser, documentaire) - 2003 A decade under the influence (Ted Demme & Richard LaGravenese, documentaire) – 2004 Épreuves d’artistes (Samuel Faure & Gilles Jacob, documentaire) - Comme monteur : 1954 Honeymoon for Harriet (Marice Prather, documentaire, CM) – Réalisateur de seconde équipe : 1966 The happening (Les détraqués) (Elliot Silverstein).
REUTERS/GARY HERSHORN
ARTICLES : LE MONDE
Le cinéaste américain Robert Altman est mort, lundi 20 novembre 2006.
Le cinéaste américain Robert Altman est mort
LEMONDE.FR avec AFP | 21.11.06 | 19h12 • Mis à jour le 21.11.06 | 20h01
A 81 ans, Robert Altman laisse derrière lui une carrière impressionnante. En cinquante-cinq ans, le cinéaste américain a dirigé pas moins de quatre-vingt-six films ou téléfilms, en a produit trente-neuf et a écrit les scénarios de trente-sept dont certains, comme M.A.S.H. ou The Player, resteront dans les annales du cinéma. Il s'est éteint lundi 20 novembre, a indiqué mardi sa société de production.
Tout au long de sa carrière, Robert Altman a esquissé un portrait vif et acerbe de son pays. Connu pour son franc-parler, il avait notamment déclaré en 2000 que l'élection de George W. Bush à la présidence serait "un terrible revers pour la société américaine".
Né à Kansas City (Missouri) en 1925 et diplômé de l'académie militaire de Lexington, il termine la seconde guerre mondiale comme copilote de bombardier. Au début des années 1950, il tourne des dizaines d'œuvres pour la télévision, dont des épisodes de séries telles que Bonanza et Alfred Hitchcock présente. Sa carrière au cinéma décolle tardivement, à 45 ans, avec un film au vitriol, M.A.S.H., qui lui vaut la palme d'or à Cannes en 1970. L'action de cette comédie se déroule dans les hôpitaux militaires américains pendant la guerre de Corée, mais l'allusion au conflit vietnamien, alors en cours, est transparente.
CONSCIENCE DU CINÉMA INDÉPENDANT AMÉRICAIN
Altman détourne les genres : il dynamite le western, dans John Mac Cabe en 1971 avec Warren Beatty et Julie Christie, ou bien le polar, dans Le Privé deux ans plus tard. Il impose sa marque au long de chroniques sociales et satiriques de l'Amérique avec Nashville (1975) ou Un mariage en 1978. L'année suivante il réalise Quintet, un thriller métaphysique.
En 1980, Hollywood le chasse. Le cinéaste dénonce "la négation de la culture et le règne des moutons de Panurge". Il s'installe à New York, puis à Paris où il enchaîne pièces filmées et mises en scène d'opéras. Intronisé conscience officieuse du cinéma indépendant américain, et toujours prêt à défendre des causes peu populaires, il sort d'un passage à vide avec The Player en 1992, jeu de massacre antihollywoodien, qui décroche le prix de la mise en scène à Cannes.
Egalement producteur, Robert Altman tourne l'année suivante Short Cuts, Lion d'or au festival de Venise, suivi de Kansas City. En 1999, avec Cookie's Fortune, il renoue, sur fond de blues, avec la musicalité du vieux Sud. En 2002, Gosford Park, intrigue policière tournée en Angleterre, qui tient à la fois d'Agatha Christie et de Jean Renoir, est nommé sept fois aux Oscars, mais n'obtient que la statuette du meilleur scénario. En mars 2006, Hollywood célèbre enfin l'enfant terrible du cinéma américain en lui remettant un Oscar d'honneur pour l'ensemble de son œuvre.
LE FIGARO du 22/11/2006
Robert Altman tire sa révérence, Dominique Borde, Emmanuèle Frois et Marie-Noëlle Tranchant.
Le réalisateur de «Mash», «The Player» et «Short Cuts» s'est éteint à l'âge de 81 ans.
On le pensait immortel, Robert Altman. Réalisateur prolifique à l'esprit libre, toujours acerbe, il maniait la satire avec insolence. Un dynamiteur de première classe, qui, en cinquante-cinq ans de carrière et 86 films ou téléfilms, avait détourné les genres de façon subversive tout en respectant les règles fondamentales. «Je m'amuse à tordre les clichés», aimait-il répéter.
Il s'est éteint lundi à l'âge de 81 ans alors qu'il devait commencer le tournage d'un long-métrage en janvier prochain, Hands on Hard Body, une histoire de concours entre chauffeurs routiers dans le Texas profond. Et le 6 décembre, on verra sur les écrans son nouveau long-métrage, A Prairie Home Companion, un film choral et musical comme il les aimait tant. Il y a de la nostalgie dans cette ultime oeuvre qu'il était venu présenter en compétition au dernier Festival de Berlin et dans lequel, à travers les voix de Meryl Streep et de Lily Tomlin, il chantait l'amour de son Midwest natal et de la musique country.
Kansas City, une ville de l'Amérique profonde qu'on a plusieurs fois retrouvée dans ses films, a donné le jour à Robert Altman en 1925. Fils aîné d'un courtier d'assurances, il fait ses études secondaires chez les jésuites et obtient un diplôme d'ingénieur mathématicien à l'université du Missouri. Mobilisé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il devient pilote de bombardier.
Tordre le genre : Tout de suite après la guerre, il commence à écrire des articles, des scénarios, des pièces radiophoniques. Sa carrière s'oriente plus précisément vers 1947, quand il devient réalisateur de films industriels. Mais ses débuts à Hollywood, dix ans plus tard, passeront inaperçus : en 1957, il signe The Delinquents et James Dean Story. Il se tourne vers la télévision, où il tournera de nombreux feuilletons après y avoir été introduit par un parrain de choix : Alfred Hitchcock. Il réalise deux épisodes de Hitchcock Presents en 1957 et 1958.
Après ces années obscures et laborieuses, le nom de Robert Altman retentit soudain en 1970 grâce à Mash. Trois chirurgiens à l'esprit carabin font des ravages dans une antenne médicale pendant la guerre de Corée. Une satire délirante de l'armée, bien dans l'air de révolte de 68, qui remporte la palme d'or à Cannes. L'irrévérencieux Bob est lancé. Suivra une décennie triomphale avec une quinzaine de films extrêmement variés. Car, même si sa marque de fabrique reste ce fameux style choral inauguré avec Nashville (1975), où s'entrecroisent vingt-quatre personnages dans la capitale de la musique country, il fera toujours preuve d'une inspiration très éclectique.
Il est en effet à chaque fois différent, inattendu, dérangeant quand il titille le western avec John McCabe, une parodie au grand air qui prend comme décor les montagnes canadiennes ou Brewster McCloud où la satire rejoint un ton fantastique peu habituel. Puis, tout à coup, il change sa caméra d'épaule pour Images, sujet plus intimiste qui suit l'évolution de la démence chez une femme. Ou encore Le Privé en 1972 où son complice Eliott Gould compose un enquêteur hors norme plus préoccupé par lui-même que par les rebondissements de l'intrigue. Le regard du cinéaste est d'abord une façon d'aborder un genre et de le tordre. Encore deux films éblouissants avec Nous sommes tous des voleurs ou California Split avant l'étonnant Nashville en 1975 où il lance à la face de l'Amérique la vision au vitriol d'un anarchiste épinglant l'univers sirupeux des majorettes et de cette majorité silencieuse qui fabrique des présidents.
Après cette apothéose, le cinéaste peut se retourner vers lui-même, c'est-à-dire sur ses fantasmes. La caricature est toujours là mais elle se fond à une analyse plus profonde et pernicieuse avec Trois Femmes ou Un Mariage. Plus surréaliste avec Quintet, plus conformiste pour Un Couple parfait. Puis soudain, il semble s'assagir pour une parenthèse que beaucoup jugent indigne de lui avec Popeye où le plus célèbre personnage de dessin animé est joué par Robin Williams. De nouveau, il change de répertoire en 1982 pour Reviens, Jimmy Dean, reviens où son univers rejoint la mémoire collective. Il enchaîne encore quatre autres films dont Secret Honor, film pamphlet contre la politique spectacle. En 1985, avec Fool for Love avec Sam Shepard, il innove encore en filmant ce qui aurait pu être une pièce.
«Je n'obéis pas à un plan, mais toujours à mon instinct. Je n'ai jamais d'idées préconçues, et ni philosophie ni politique à proposer», disait-il. Observateur sarcastique de la bourgeoisie américaine, il s'est fait une réputation de cruauté dont il essayait de se défendre : «Il y a cruauté, a-t-il expliqué, quand le public s'identifie aux personnages. L'humour et le rire désamorcent ce processus d'identification. On a dit par exemple que je m'attaquais à la bourgeoisie américaine dans Un mariage. En fait, je rassemble une cinquantaine de personnes de la middle-class formée de conservateurs et de parvenus. (...) Cynique ? Non, les yeux ouverts. Pessimiste ? Non, je crois agir positivement en montrant simplement ce que j'observe.»
À 77 ans, lui, l'Américain si peu tranquille avait osé s'attaquer à l'aristocratie anglaise des années 1930 dans le jubilatoire Gosford Park. Une histoire de meurtre et une satire sociale si terriblement british. Il s'était ensuite glissé dans les coulisses de la danse avec Company, un film intimiste tourné à la manière d'un documentaire. Et, symboliquement, il nous quitte sur A Prairie Home Companion, film peut-être prémonitoire, dans lequel un fantôme hante les coulisses d'un show radiophonique.
Robert Altman devait commencer le tournage d'un long-métrage en janvier prochain.
(DR).
Le dernier film de Robert Altman, The Last Show, dans lequel il fait poussé la chansonnette à Meryl Streep, doit sortir sur les écrans français le 6 décembre.
(AP/J.Bauer)
Mash, la grimace du soldat, par D. B. .
En pleine guerre du Vietnam, une oeuvre iconoclaste et ricanante rompt avec les postures héroïques du film de guerre américain.
Deux doigts tendus pour le «V» d'une victoire insolente surmontés d'un casque. L'affiche de Mash est bien à l'image de ce film joyeusement iconoclaste couronné par une palme d'or à Cannes en 1970. Finie la vision héroïque et épique des valeureux soldats véhiculée jusqu'alors par le cinéma américain. Robert Altman regarde autre chose et ailleurs quand il plante les tentes d'une antenne chirurgicale militaire en pleine guerre de Corée. Avec trois joyeux drilles échappés d'une salle de garde, plaisanteries douteuses et veillées gaillardes à l'appui, il regarde la guerre par le petit bout d'une lorgnette graveleuse et ricanante. Et du coup, on découvre Donald Sutherland, Elliot Gould et Tom Skerritt, acteurs peu connus jetés dans la tourmente souriante de cette farce guerrière.
Insolent, obscène, provocant, volontiers cynique, le film décape un genre souvent encombré de grands sentiments ou au moins un chemin très usité. Jamais on n'avait osé traiter la gravité avec autant de légèreté ; jamais la cruauté et la violence n'avaient pu voisiner avec le sourire en coin et la blague douteuse. «Putain d'armée !» comme dit à la fin le militaire qui vient d'être démobilisé. Putain de film, aurait pu s'écrier Altman, applaudi à Cannes pour son audace, son regard neuf et cet humour qui murmure une fois de plus qu'il n'est que la politesse du désespoir. Du coup, le petit scandale est balayé et on s'empresse de rire de la guerre pour en avoir beaucoup pleuré.
Enfin, ironie du succès, le pamphlet choquant et les blagues vulgaires ont donné naissance deux ans plus tard à une série télévisée à succès (diffusée en France à partir de 1976). Altman, réalisateur dérangeant, était déjà devenu à son corps défendant une petite institution. Une autre manière d'être un auteur classique.
Un passionné de musique, par Jean-Luc Wachthausen
Qu'elle soit issue de la capitale de la musique country («Nashville», 1975), de l'Amérique profonde, à Saint Paul (The Last Show, sur les écrans le 9 décembre) ou dans les clubs jazz de la ville de son enfance (Kansas City, 1996), Robert Altman vibrait pour la musique populaire. Pour le cinéaste, elle était toujours prétexte à illustrer une certaine époque, à dessiner une carte de l'Amérique, celle des années 1970 ou des années 1930. En fait, il s'agissait d'orchestrer ces histoires comme une partition avec son intro, ses chorus, son pont et sa coda.
Dans Kansas City, il avouait au Figaro «que le jazz ne collait pas à son film, mais qu'il était tout son film, ajoutant : «Je me suis amusé à faire des improvisations libres autour du même thème et sur un rythme mid-tempo.»
Le tout était prétexte à ressusciter soixante ans plus tard les classiques des big bands de Count Basie, Bennie Motten et Duke Ellington, d'illustrer le swing déchaîné d'un Ben Webster ou d'un Lester Young et de recréer la fameuse joute musicale (le cutting contest) qui opposa Coleman Hawkins et Lester Young, sous les yeux du jeune Charlie Parker. Pour l'occasion, il avait monté un grand orchestre composé par les meilleurs solistes, du contrebassiste Ron Carter aux saxophonistes David Murray et James Carter en passant par le pianiste Cyril Chesnut ou le trompettiste Nicholas Peyton.
Tellement heureux de se «laisser porter par le jazz et de transmettre sa puissance émotionnelle», Altman avait enregistré une bande originale exceptionnelle (chez Verve) qui déboucha sur un documentaire, Jazz'34, dont il fut en quelque sorte le chef d'orchestre. «Tout ce qui restera de Kansas City se résume à cette session et à ce disque», confiait-il en souriant – ce qui était rare chez lui.

REUTERS
LIBÉRATION :
L'Américain, réalisateur du succès planétaire «M.A.S.H.», de «Short Cuts» ou de «Nashville», est mort lundi à l'âge de 81 ans.
Altman Final cut, par Édouard Waintrop
C'est avec M.A.S.H. que Robert Altman, qui est mort lundi à Los Angeles, à l'âge de 81 ans, est soudain devenu célèbre en 1969-70. Le bonhomme avait déjà 44 ans et cinq longs métrages derrière lui. Autant dire qu'il était fait, même si le cinéaste était encore en devenir. Altman est né en 1925 à Kansas City, dans le Missouri, dans la capitale d'un Middle West teinté de Sud, lieu de naissance d'un certain jazz orchestral dont Count Basie fut le phénomène. De tout ceci, le cinéaste saura se souvenir quand il tournera un film justement appelé Kansas City , soixante et onze ans plus tard.
En attendant, le jeune Bob, fils de bonne famille, a suivi une éducation chez les pères jésuites, puis des études supérieures d'ingénieur à l'université du Missouri. Il a aussi fait un bout de la guerre du Pacifique, comme pilote d'un bombardier B54. Après la victoire, il ne sera jamais ingénieur. Il écrit des pièces radiophoniques et des embryons de scripts qu'il essaie de fourguer aux major companies à Hollywood. Deux d'entre eux sont acceptés et réalisés, l'un par l'illustre Richard Fleisher ( Bodyguard, en 1948), l'autre par le moins connu Edwin Martin ( Christmas Eve, en 1947).
Palme d'or. Bob Altman retourne un temps chez lui à Kansas City pour y diriger des petits films industriels. En 1955, il passe enfin à son premier long métrage de fiction, ce sera The Delinquents , qui ne sera distribué que deux ans plus tard. Il réalise ensuite, avec son vieux complice George W. George, The James Dean Story , le premier documentaire sur la star qui vient de disparaître. La période qui suit sera celle de la télévision. Alfred Hitchcock l'engage pour mettre en scène quelques épisodes de sa série Alfred Hitchcock Presents . En 1969, il signe That Cold Day in the Park , que Jean-Loup Bourget, spécialiste du réalisateur (1), considère comme «sa première oeuvre personnelle» . Le succès (et quel succès !) ne viendra qu'avec le film suivant, M.A.S.H., une farce militaire qui, même si elle se passe en Corée dans les années 50, évoque la guerre du Vietnam dans laquelle l'armée américaine s'embourbe. En fait, Altman n'aurait hérité du scénario après le refus de quatorze autres réalisateurs. Bien lui en a pris. Outre des millions d'entrées dans le monde, le film recevra la palme d'or à Cannes en 1970.
Déstructurer. La suite de sa carrière est assez passionnante. Notamment parce que l'on ne sait jamais à l'avance si le prochain Altman sera une réussite ou une daube. John MacCabe , qu'il réalise en 1972, est un western déstructuré avec une volonté de ne pas suivre la loi du genre, de critiquer et même de démolir le code classique. Altman y démontre aussi une grande capacité à assembler une mosaïque, un récit et une galerie de portraits. Et enfin à diriger des acteurs à forte personnalité : Warren Beatty, Julie Christie et tous les seconds rôles y sont formidables.
Le Privé , alias The Long Goodbye , est une adaptation intéressante du livre de Chandler (2). Altman s'est visiblement régalé à filmer la démarche lente, l'humour particulier et la mélancolie décontractée d'Elliott Gould, acteur alors en vogue. Il l'a confronté à une silhouette de légende comme celle de Sterling Hayden (ex Johnny Guitar ). Une fois de plus, il a essayé de repenser les codes d'un genre très défini.
Dans Thieves Like Us (Nous sommes tous des voleurs) , il arrive à retrouver l'esprit des années 30, celles de la Grande Crise, et à nous émouvoir avec une histoire d'amour, ce qui sera rare chez lui. Même si le film n'arrive pas à la hauteur de son modèle, les Amants de la nuit , le chef-d'oeuvre de Nicholas Ray, il vaut toujours le coup d'être vu ou revu.
Tous ces titres ne sont en fait que les préfaces du grand film, celui qu'il met en scène en 1975, Nashville : 24 personnages principaux, anonymes ou célèbres, chanteurs ou spectateurs, se croisent pendant cinq jours, le temps que dure un festival de musique country. L'habileté d'Altman à casser son récit, à multiplier les protagonistes, à les disperser et à les rassembler, à nous faire sentir ce qui se passe entre eux, sa capacité à rendre aussi le temps qui passe, font ici merveille. Un critique a écrit qu'Altman ne savait pas raconter simplement une histoire mais qu'il s'y entendait comme personne pour recréer une atmosphère. Il a à moitié tort. L'ambiance est magistralement rendue, et l'histoire, aussi complexe soit-elle, est tissée de main de maître.
«Beaucoup de drogues.» Par la suite, Robert Altman n'atteindra plus ces sommets. La fin des années 70 le voit tourner comme un dératé des films inégaux qui ne rencontrent, la plupart du temps, aucun succès auprès du public ni auprès de la critique. Les amabilités qu'il déverse sur les responsables des studios («Ce type était un véritable enculé [...] c'est un gros plus pour notre industrie qu'il ne soit plus là», déclarait-t-il à Peter Biskin à propos du producteur Don Simpson, mort subitement en 1996) lui taillent une réputation d'emmerdeur picolant sec.
La tête dans le sac, il retrouve une crédibilité sur le marché grâce à Popeye, en 1980, avec Robin Williams ( «Il y eut beaucoup de drogues, beaucoup de cocaïne sur ce tournage. Tout le monde avait le nez dans la poudre», racontera Altman, provoquant Disney qui lui avait commandé le film).
Les années 80 seront assez pénibles. Il ne regagnera la première division qu'avec The Player (1992), une réjouissante charge contre ce Hollywood qu'il n'a cessé de défier dans ses scénarios et ses mises en scènes. Short Cuts (1993), où il retrouve le cinéma choral (avec des tas d'acteurs épatants, de Jack Lemmon à Frances McDormand, de Tom Waits à Julianne Moore) saisit bien l'atmosphère irréelle de Los Angeles. Sa construction encore une fois savante permet de rendre un peu de ce désespoir quotidien qui irrigue les nouvelles de Raymond Carver, dont le film est une adaptation.
Dans Kansas City (1996), on le sent très concerné par l'histoire qu'il raconte et surtout par l'atmosphère qu'il recrée, retour sur les lieux de son enfance.
Huit mois avant sa mort, Robert Altman avait affirmé vouloir tourner pendant encore quarante ans, assurant devant le parterre de la cérémonie des Oscars qui venait de le récompenser pour l'ensemble de sa carrière que ce trophée était «peut-être arrivé trop tôt» .
(1) Altman , de Jean Loup Bourget (éditions Ramsay poche).
(2) D'abord traduit en français sous le titre Sur un air de navaja dans la Série Noire avant de retrouver son vrai titre, The Long Goodbye, il y a quelques années, à l'occasion d'une nouvelle édition.
«The Last Show», comme son nom..., Par Gilles RENAULT
Après les Etats-Unis cet été, c'est le 6 décembre que sortira sur les écrans français le dernier, mais aussi ultime film de Robert Altman, naguère présenté en sélection officielle aux festivals 2006 de Berlin et de Deauville. Il a pour titre original A Prairie Home Companion et, incongrûment, pour titre français, une variation anglophone, The Last Show. Au regard de l'actualité funèbre, il sera cependant aisé de réévaluer sa pertinence, sachant, a fortiori, que l'argument recèle lui même une dimension crépusculaire, sinon testamentaire, sur laquelle on aura beau jeu de broder.
Fiction à la lisière du documentaire, The Last Show détaille le dépôt de bilan, dans un théâtre du Minnesota, d'un authentique spectacle radiophonique hebdomadaire, A Prairie Home Companion, qui, relayé par plus de 500 stations, arrose depuis plus de trente ans l'Amérique profonde.
Animée dans la réalité comme face à la caméra par Garrison Keillor, la soirée, ontologiquement roots , voit défiler sur scène une palanquée de pittoresques cul-terreux (joués par Meryl Streep, Lindsay Lohan, Woody Harrelson, Lily Tomlin...), qui viennent pousser la chansonnette country entre deux fausses réclames et jeux de mots badins. Dégoulinante d'affection, la caméra d'Altman cajole ce petit monde en voie d'extinction avec une cordialité désarmante. Troublant l'ordonnancement, une mystérieuse femme en imper blanc (Virginia Madsen) erre dans les coulisses. Elle incarne la mort. Du reste, un des membres chenus du show, parti un moment se reposer dans sa loge, ne se réveillera pas. Lui non plus.
20 MINUTES
Tom Novembre : "Altman savait faire exister tout le monde"
Interview de Tom Novembre, comédien français - Recueilli par Alexandre Sulzer
Vous avez connu Robert Altman sur le tournage de « Prêt-à-porter » (1995). Comment s’est passée votre première rencontre ?
Il cherchait un acteur français pour en remplacer un autre au pied levé. Je n’étais pas grand-chose à l’époque pour les Américains, au milieu d’une distribution qui donnait l’impression d’être sur les marches de Cannes avec des noms aussi prestigieux que Sophia Loren, Julia Roberts, Marcello Mastroianni… Pourtant, il ne lui a fallu que vingt minutes d’entretien pour me faire confiance. Il savait laisser la responsabilité aux acteurs de nourrir leurs personnages.
Et cela, grâce à ses explications, rapides, mais efficaces et justes. Ce qui constitue l’apanage des grands. Sur une scène où il me trouvait par exemple trop nonchalant, il est venu me voir et m’a dit : « mais non, n’oublie pas que ta vie est en jeu, là ! ». Sur une autre, où je devais « faire tapisserie », il m’a remercié d’avoir bâillé, bien que cela était involontaire.
Comment était-il humainement ?
C’était un gentleman. On cessait d’avoir peur quand on était en face de lui. Chaleureux, respectueux, convivial, il mettait les acteurs en confiance et leur donnait envie d’y aller. Contrairement à certains réalisateurs, il ne se protégeait pas de la curiosité de ses comédiens. Par exemple, il lui arrivait de nous laisser entrer dans sa chambre pour boire des verres.
Comment caractériseriez-vous son œuvre ?
Ses films avaient la particularité de faire évoluer beaucoup de personnages. S’il y avait bien sûr quelques rôles centraux, Robert Altman savait faire exister tout le monde, même les seconds rôles. Au-delà de la peinture de groupes, il avait l’art de portraitiser le monde entier et non pas de le caricaturer. Amateur de femmes, il avait pressenti avant tout le monde la force des personnages féminins qui n’étaient pas chez lui réduits à un rôle de faire-valoir.
Son œuvre, qui a su évoluer de l’humour potache de MASH à un humour plus fort, est marqué également par le filtre du second degré. Il avait d’ailleurs dans les yeux la petite étincelle vivifiante des gens qui savent s’amuser du monde tout en le voyant de façon lucide.
Ce soir, je suis aussi triste que lorsque j’ai appris la mort d’Orson Welles et je me rends compte que l’avoir rencontré est une des chances de mon histoire d’acteur.


