Le coin du cinéphage

Blog d'humeurs et d'informations sur le cinéma et la télévision : bios, filmos, articles, commentaires, bases de liens, bref c'est du foutraque...

23 novembre 2006

MORT DE PHILIPPE NOIRET

Noiret

Annonce de la mort à 76 ans de Philippe Noiret, des suites d'un cancer. . Je vous renvoie au beau livre écrit par Dominique Maillet : "Philippe Noiret", (éditions Henri Veyrier, 1989), où l'acteur parlait avec lucidité de chacun de ses films, y compris les mineurs. C'était un comédien digne de figurer au panthéon des plus grands monstes sacrés du cinéma mondial, il apportait toujours, une crédibilité et un vécu, à n'importe quelle oeuvre par sa seule présence. Jacques Zimmer l’avait bien défini dans "La revue du cinéma" N° 426 : "…Rabelaisien ? Bonhomme ? Aux pieds de ce monstre sacré les clichés fleurissent si naturellement qu’il faut ruser et contourner la montagne pour apercevoir la face cachée de sa carcasse de seigneur. Ayant patiemment élaboré une image publique de hobereau paisible, il lui arrive de s’en amuser et, par éclairs d’entrouvrir le rideau…". Ce grand comédien a découvert sa vocation grâce à un abbé, le père Bouyer, qui le considérant comme cancre, devine en lui une vocation d'acteur. Il fit venir Julien Green et Marcel Jouhandeau à l'un des spectacles qui avait joué avec ses camarades. Le jeune Philippe Noiret, fréquente pendant un an à l'EPIJD (Éducation par le jeu dramatique), cours animés à Paris, par Edmond Beauchamp, François Vibert et Roger Blin, où il rencontre Delphine Seyrig et Daniel Emiflork. Il entre ensuite au Centre d'art dramatique de l'Ouest d'Hubert Gignoux, où il rencontre Jean-Pierre Darras. Il eu une autre grande rencontre prépondérante avec Jean Vilar, il restera 7 ans au TNP. Il devait y jouer des pères nobles, et fut même, de part sa stature et sa célèbre voix de bronze, le père de Jean Vilar dans "Don Juan", et celui de Maria Casarès dans "Le cid". Il y rencontre sa future femme, la grande comédienne Monique Chaumette. En parallèle, il forme avec Jean-Pierre Darras,  un duo comique dans plusieurs cabarets, animant également avec lui quelques émissions TV de Denise Glaser, "Discorama". Avec son compère, il se produit à l'Écluse, aux "Trois Baudets", à la "Villa d'Este", à l'"Échelle de Jacobs", où il crée un personnage de "Roi-Soleil"désopilant" Il fait des débuts assez tardif à l’écran, en remplaçant Georges Wilson, malade pour "La pointe courte", film assez radical, où assez maladroit, il partage la vedette avec Silvia Monfort. Il confessait avoir eu la nausée, pour s'être vu à l'écran. Il quitte en 1960 le TNP, et trouve finalement des rôles à la mesure de son talent au cinéma, bien que boudé par la "Nouvelle vague". Il est formidable dans le rôle de l'oncle excentrique et travesti de Catherine Demongeot dans "Zazie dans le métro" pour Louis Malle (1960) ou le mari empoisonné par Emmanuelle Riva dans l'adaptation de Françoise Mauriac par Georges Franju dans "Thérèse Desqueyroux" (1962), rôle qu'il retrouvera dans une dramatique TV "La fin de la nuit" en 1966, un rôle austère auquel il confère une grande humanité. Il excelle très vite dans la comédie, avec "La vie de château", petit bijou de la comédie signée Jean-Paul Rappeneau, en 1965. Il travaille aussi avec de grands maîtres, comme René Clair, George Cukor, et surtout Alfred Hitchcock avec "L'étau" (1969), il est formidable d'ambiguïté dans le rôle d'un agent double, distillant une angoisse, en ouvrant et fermant, simplement un tiroir. Yves Robert, lui offre également ses premiers meilleurs rôles, avec "Les copains" (1967), où il livre une scène d'anthologie avec un faux prêche dans une messe, "Alexandre le bienheureux", en paysan fatigué qui découvre les vertus du farniente à la mort de sa femme tyrannique, et "Clérambard" (1969), d'après Marcel Aymé, en aristocrate, ruiné et violent, touché par la grâce. Il accède au vedettariat dans les années 70, se trouvant des affinités avec certains metteurs en scènes comme Pierre Granier-Deferre ou Philippe de Broca, tout en aidant les jeunes metteurs en scènes, comme Marco Pico  avec la comédie mélancolique "Le nuage entre les dents" (1973), où il est un pittoresque journaliste spécialisé en faits-divers et flanqué de Pierre Richard en photographe, ou Jacques Renard. Il joue un M Lepic tout en retenu dans "Poil de carotte" (1972), face à Monique Chaumette redoutable Mme Lepic, sous la direction d'Henri Graziani - Le couple retrouvera ce metteur en scène pour "Nous deux" (1991), en jouant des retraités faisant un retour aux sources en Corse -. Il soutient Bertrand Tavernier, pour son premier film également, avec lequel il trouvera ses meilleurs rôles. Pour ce dernier, il est le père meurtri de Sylvain Rougerie dans "L'horloger de Saint-Paul" (1973), d'après Georges Simenon, un Régent jouisseur dans "Que la fête commence" (1974), le juge déterminé dans "Le juge et l'assassin" (1975), l'unique policier d'une petite bourgade de l'Afrique occidentale, en proie avec ses démons dans "Coup de torchon" (1981) et un militaire borné dans "La vie et rien d'autre" (1988). C'est une belle composition qui durera 20 ans jusqu'à son interprétation de D'Artagnan fatigué dans "La fille de D'Artagnan" (1993) : "...Bertrand Tavernier a le goût du plaisir, il n'enfante pas dans la douleur du moins pendant le tournage. Si l'écriture a été difficile, il a au moins la courtoisie de ne pas en faire part. Je suis toujours irrité par ceux qui parlent des douleurs de leur création. Qu'ils souffrent en silence..." (1) Il est touchant en vieux garçon désabusé dans "La vieille fille" de Jean-Pierre Blanc (1971), aux côtés d’Annie Girardot, qu’il retrouvera dans des comédies de Philippe de Broca. Il est aussi à l'aise avec l'audace de Marco Ferreri avec "La grande bouffe" et "Touchez pas à la femme blanche", "...On parle de la folie de Ferreri, mais elle est très contrôlée, il maîtrise tout parfaitement..." (1). Dans "La grande bouffe", en petit juge d'instruction de province, retrouvant Michel Piccoli, Marcello Mastroianni et Ugo Tognazzi, pour une orgie gastronomique, il se révèle le personnage le plus touchant de ce film provocateur. Mais Jean-Pierre Mocky le convainc moins, avec l'un de ses premiers personnages totalement antipathique avec "Le témoin" - il avait refusé le rôle de Jean Yanne pour "Que la bête meure" pour Claude Chabrol en 1969 - : "... Par contre chez Mocky, c'est le désordre total, je ne m'y sens pas bien...". (1). Il est vrai que même s'il ne reculait pas devant certaines audaces, il aimait à se qualifier comme "un saltimbanque qui aime le confort". Il devait retrouver Claude Chabrol, pour l'un de ses meilleurs rôles dans "Masques" (1986), en présentateur TV cynique. Fort du succès de "La grande bouffe", l'Italie l'adopte, à l'instar d'un Bernard Blier, en lui donnant de grands rôles, de son rôle de farceur iconoclaste dans "Mes chers amis" ((Mario Monicelli, 1975) - et sa suite boudée en france -, du magistrat chargé de reprendre l'instruction d'un magistrat abbatu par une organisation terroriste dans "Trois frères" (Francesco Rosi, 1980), de l'homosexuel vieillissant pour "Les lunettes d'or" (Giuliano Montaldo, 1987), du projectionniste bougon dans "Cinéma Paradiso" (Giuseppe Tornatore, 1988), au le truculent Pablo Neruda face au touchant Massimo Troisi - qui devait mourir le lendemain du dernier jour de tournage - dans "Le facteur" (Michael Radford, 1994). Il a marqué de son humanité beaucoup de succès populaires, comme dans "Le vieux fusil" (1975), pour lequel il obient son premier César, film pourtant assez contestable de par son côté revanchard - mais on se souvient de sa belle déclaration d'amour à Romy Schneider - et dans "Les ripoux" et ses deux suites, il est jubilatoire en policier corrompu. On lui doit une des carrières les plus riches du cinéma français. Il est idéal pour personnifer un émule de Romain Gary, en écrivain s'inventant une nouvelle identité, dans "Faux et usage de faux" (Laurent Heynemann, 1990), et il est à l'aise dans l'ambiguité en journaliste partageant la vie d'Ivan Desny dans "J'embrasse pas" (André Téchiné, 1991), et profitant de la précarité d'un jeune homme joué par Manuel Blanc. Le cinéma l'avait délaissé cette dernière décennie, il avait fait un retour aux sources en revenant au théâtre avec Bertrand Blier en 1997, pour les "Côtelettes", qui connu une captation cinématographique. Mais il y était toujours remarquable, comme dans son rôle de père indigne dans "Père et fils" (2003), où assureur roublard dans le mésestimé "Edy" (2005). Pudique et modeste, il avait une conception bien à lui de son métier : "...Je suis vraiment agacé par les comédiens qui se vantent de prendre des risques. Il faut en prendre le moins possible ! Nous avons déjà une profession à risques comme les cascadeurs, essayons donc des les limiter. Mettons des genouillères pour ne pas nous abîmer. Le reste n'est que vantardise, nous ne jouons pas les héros, nous faisons simplement notre boulot..." (1). Nos pensées vont à sa fille Frédérique et à sa femme Monique Chaumette. A lire l'hommage d'Yvan Foucart, pour "Les gens du cinéma".

(1) "La revue du cinéma" N°426 : Propos de Philippe Noiret à Danièle Para.

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Philippe Noiret à Cannes pour la représentation de "Père et fils"

Filmographie : 1948  Gigi (Jacqueline Audry, figuration) - 1950  Olivia (Jacqueline Audry, figuration) -1951  Agence matrimoniale (Jean-Paul Le Chanois, figuration) - 1955  La pointe courte (Agnès Varda) - 1960  Zazie dans le métro (Louis Malle) - Ravissante (Robert Lamoureux) – Le capitaine Fracasse (Pierre Gaspard-Huit) - 1961  Les amours célèbres [épisode : "Lauzun"] (Michel Boisrond) – Le rendez-vous (Jean Delannoy) – Tout l’or du monde (René Clair) – Comme un poisson dans l’eau (André Michel) – Le crime ne paie pas [ épisode : "L'affaire Hugues" (Gérard Oury) - 1962  Thérèse Desqueyroux (Georges Franju) – Ballade pour un voyou (Jean-Claude Bonnardot) - Le massaggiatrici (Les faux-jetons) (Lucio Fulci) - Cyrano et d’Artagnan (Abel Gance) – Clémentine chérie (Pierre Chevalier) - 1963  La porteuse de pain (Maurice Cloche) – Mort, où est ta victoire ? (Hervé Bromberger) -  Les amoureux du France (François Reichenbach & Pierre Grimblat, voix du récitant) – 1964  Les copains (Yves Robert) – Monsieur (Jean-Paul Le Chanois) – Lady L (id) (Peter Ustinov) – 1965  La vie de château (Jean-Paul Rappeneau) – Qui êtes-vous Polly Maggoo ? (William Klein) -1966  Les sultans (Jean Delannoy) – Le voyage du père (Denys de la Patellière) – Tendre voyou (Jean Becker) - The night of the generals (La nuit des généraux) (Anatole Litvak) – Woman times seven (Sept fois femme) [épisode "Snow" ("La neige"] (Vittorio de Sica) - 1967  L’une et l’autre (René Allio) –  Alexandre le bienheureux (Yves Robert) – Adolphe ou l’âge tendre (Bernard Toublanc-Michel) – The immortal story (Une histoire immortelle) (Orson Welles, voix française d’Orson Welles) - 1968 Bruegel (Paul Haesaerts, documentaire, voix du récitant) - The assassination  bureau (Assassinats  en  tous  genres) (Basil Dearden) - Mister Freedom (William Klein) - Justine (Id) (George Cukor & Joseph Strick) - Topaz (L’étau) (Alfred Hitchcock) - 1969  Clérambard (Yves Robert) – Les caprices de Marie (Philippe de Broca) - 1970  Le monde des animaux sauvages (Eugène Schumacher, documentaire, voix du récitant) - 1971  Time for loving (Christopher Miles) – Les aveux les plus doux (Édouard Molinaro) – Murphy’s war (La guerre de Murphy) (Peter Yates) – La vieille fille (Jean-Pierre Blanc) – La mandarine (Édouard Molinaro) – Siamo  tutti  in  libertà  provisoria (Manlio Scarpelli) – Le trèfle à cinq feuilles (Edmond Frees) - 1972  Jean Vilar, une belle vie (Jacques Rutman, documentaire) – L’attentat (Yves Boisset) – Poil de carotte (Henri Graziani) – Le serpent (Henri Verneuil) - 1973  La grande bouffe (Marco Ferreri) – Touche pas à la femme blanche (Marco Ferreri) – L’horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier) – Un nuage entre les dents (Marco Pico) – Les gaspards (Pierre Tchernia) – 1974  Le secret (Robert Enrico) – Le jeu avec le feu (Alain Robbe-Grillet) – Que la fête commence (Bertrand Tavernier) - 1975  Amici miei (Mes chers amis) (Mario Monicelli) – Le vieux fusil (Robert Enrico) – Monsieur Albert (Jacques Renard) – Le juge et l’assassin (Bertrand Tavernier) – Il comune senso del pudore (Alberto Sordi) - 1976  Il deserto dei tartari (Le désert des tartares) (Valerio Zurlini) – Une femme à sa fenêtre (Pierre Granier-Deferre) – Un taxi mauve (Yves Boisset) – 1977  Coup de foudre (Robert Enrico, inachevé) – La barricade du Point du Jour (René Richon) – Tendre poulet (Philippe de Broca) - Who is  killing  the great chefs  of  Europe ? (La grande cuisine) (Ted Kotcheff) – 1978  Le témoin (Jean-Pierre Mocky) - Due pezzi di pane (Deux bonnes pâtes) (Sergio Citti) – 1979  Rue du Pied-de-Grue (Jean-Jacques Grand-Jouan) – On a volé la cuisse de Jupiter (Philippe de Broca) – 1980  Une semaine de vacances (Betrand Tavernier) – Pile ou face (Robert Enrico) – Tre fratelli (Trois frères) (Francesco Rosi) – 1981  Il faut tuer Birgitt Haas (Laurent Heynemann) – Coup de torchon (Bertrand Tavernier) – L’étoile du Nord (Pierre Granier-Deferre) - 1982  Amici miei atto secondo (Mes chers amis II) (Mario Monicelli) – L’Africain (Philippe de Broca) – 1983  L’ami de Vincent (Pierre Granier-Deferre) – Le grand carnaval (Alexandre Arcady) – Fort Saganne (Alain Corneau) – 1984  Les Ripoux (Claude Zidi) – Qualcosa di biondo (Aurora) (Maurizio Ponzi) – Souvenirs, souvenirs (Ariel Zeitoun) – L’été prochain (Nadine Trintignant) – Les rois du gag (Claude Zidi, cameo) – 1985  Le quatrième pouvoir (Serge Leroy) – Speciamo che sia femmina (Pourvu que ce soit une fille…) (Mario Monicelli) – Round Midnight (Autour de minuit) (Bertrand Tavernier) – 1986  Twist again à Moscou (Jean-Marie Poiré) – La Harka (Alain de Bock & José Jornet, CM) - La femme secrète (Sébastien Grall) – Masques (Claude Chabrol) – 1987  Glio occhiali d’oro (Les lunettes d’or) (Giuliano Montaldo) – Noyade interdite (Pierre Granier-Deferre) – Chouans ! (Philippe de Broca) – L’homme qui plantait des arbres (Frédéric Back, animation, voix du récitant) – 1988  Il giovane Toscanini (Toscanini) (Franco Zeffirelli) – Il frullo del passero (La femme de mes amours) (Gianfranco Mingozzi) – Nuovo cinema Paradiso (Cinéma Paradiso) (Giuseppe Tornatore) – The return of the musketeers (Le retour des mousquetaires) (Richard Lester) – La vie et rien d’autre (Betrand Tavernier) – 1989  Ripoux contre Ripoux (Claude Zidi) – Dimenticare Palermo (Oublier Palerme) (Francesco Rosi) – 1990  Faux et usage de faux (Laurent Heynemann) – Uranus (Claude Berri) – 1991  Rossini ! Rossini (Id) (Mario Monicelli) - Nous deux (Henri Graziani) – J’embrasse pas (André Téchiné) – Contre l’oubli [épisode : "Joaquim Elema Boringue, Guinée équatoriale"] (Jean Becker) – Arsène né terrien (Laurent-Pierre Paget, CM, voix du récitant) – La  domenica specialmente (Le  dimanche de  préférence) [épisode "Il cane blu" ("Le chien bleu"] (Giuseppe Tornatore) – Zuppa di pesce (Soupe de poisson) (Fiorella Infascelli) – 1992 Max et Jérémie (Claire Devers) – Tango (Patrice Leconte) – 1993 Grosse fatigue (Michel Blanc) – Le roi de Paris (Dominique Maillet) – La fille de d’Artagnan (Bertrand Tavernier) - 1994  Il postino (Le facteur) (Michael Radford & Massimo Troisi) - Veillées d'armes (Marcel Ophuls, documentaire) - Prílis hlucná samota (Une trop bruyante solitude) (Věra Cais) – Les Milles (Sébastien Grall) – 1995  Les grands ducs (Patrice Leconte) - Facciamo paradiso (Mario Monicelli) – Fantôme avec chauffeur (Gérard Oury) - 1996  Marianna Ucrìa (La vie silencieuse de Marianna Ucria) (Roberto Faenza) – Les palmes de Monsieur Schutz (Claude Pinoteau) – Dragonheart (Cœur de dragon) (Rob Cohen, voix française du dragon) – 1997 Soleil (Roger Hanin) – Le bossu (Philippe de Broca) - 1998  Le pique-nique de Lulu Kreutz (Didier Martiny) - 2000  Un honnête commerçant (Philippe Blasband) - 2001  Le chien, le général et les oiseaux (Francis Nielsen, animation, voix du récitant) – 2002 Les côtelettes (Bertrand Blier) – Père et fils (Michel Boujenah) – 2003 Ripoux 3 (Claude Zidi) - 2004  Edy (Stéphan Guérin-Tillié) – 2005  Marcello, una vita dolce (Marcello, une douce vie) ( Mario Canale & Annarosa Morri, documentaire) - 2006 Voie d'eau (Matthieu David Cournot, CM, voix du récitant) -Trois amis (Michel Boujenah).

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Nota : il est parfois crédité à tort pour "Paris brûle-t'il ?" (René Clément), et "La mano spietata della legge" ("La fureur d'un flic") (Mario Gariazzo, 1975, confusion avec Philippe Leroy ?).  "Laughter in the dark" (Laszlo Papas, 1986), avec Marina Vlady et Maximilien Schell, est une petite énigme, est-ce un film inédit, un inachevé, ou un simple projet ? En 1968, il est le récitant de la version sonorisée de "Häxan" ("La sorcellerie à travers les âges") (Benjamin Christensen, 1922). Il a participé à 2 spectacles audiovisuels mis en scènes par Jean Chouquet, "Les grandes heures de France" (1973) et "Notre-Dame de Paris" (1977).

Télévision : notamment : 1955  Le réveillon (Marcel Bluwal) - 1959  Clarisse Fenigan (Jean Prat) – Macbeth (Claude Barma) - 1960  De fil en aiguille (Roger [Lazare] Iglésis) - Cyrano de Bergerac (Claude Barma) - 1961  Flore et Blancheflore (Jean Prat) - 1962  Enfin bref ! (Maurice Chateau) - Le mal court (Alain Boudet) - 1963  L'inspecteur Leclerc enquête : La chasse (Mick Roussel) - Blagapar : Les Grecs (Roger [Lazare] Iglésis) - 1964  Château en Suède (André Barsacq) - 1966  Anatole (Jean Valère) - La fin de la nuit (Albert Riéra) - 1970  Dim dam dom (Roger Ikhless) - 1996  Le veilleur de nuit (Philippe de Broca) - Balthus de l'autre côté du miroir (Damian Pettigrew, documentaire, voix du récitant) - 1999  Mi figlio ha 70 anni (Mon fils a 70 ans) (Giorgio Capitani).

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Avec Anouk Aimée dans "Love letters"

Théâtre : 1951 Lorenzaccio, de Alfred de Musset, m.e.s. Jean Vilar - Le Cid, de Pierre Corneille, m.e.s. Jean Vilar – 1953  La tragédie du roi Richard II, de William Shakespeare, m.e.s. Jean Vilar – Don Juan, de Molière, m.e.s. Jean Vilar -  1954  Ruy Blas, de Victor Hugo, m.e.s. de Jean Vilar – Cinna, de Pierre Corneille, m.e.s. de Jean Vilar – Macbeth, de William Shakespeare, m.e.s. de Jean Vilar – 1955  La ville, de Paul Claudel, m.e.s. de Jean Vilar – Marie Tudor, de Victor Hugo, m.e.s. de Jean Vilar – Le triomphe de l’amour, de Marivaux, m.e.s. de Jean Vilar – 1956  Les femmes savantes, de Molière, m.e.s. de Jean Vilar – Ce fou de Platonov, d’Anton Tchekhov, m.e.s. de Jean Vilar – Le mariage de Figaro, d’Aldred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – 1957  Le malade imaginaire, d’Aldred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – Le faiseur, d’Honoré de Balzac, m.e.s. de Jean Vilar – 1958  L’école des femmes, de Molière, m.e.s. de Jean Vilar – Les caprices de Marianne, d’Alfred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – Œdipe, d’André Gide, m.e.s. de Jean Vilar – Lorenzaccio, d’Alfred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – Marie Tudor, de Victor Hugo, m.e.s. de Jean Vilar – 1959 Le songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare, m.e.s. de Jean Vilar (Broadway Theater New-York City) – La fête du cordonnier, de Michel Vinaver, m.e.s. de Georges Wilson – 1997/99  Les côtelettes, de Bertrand Blier, m.e.s. de Bernard Murat – 2000/01  L’homme du hazard, de Yasmina Reza, m.e.s. de Frédéric Belier-Garcia – 2002 Les contemplations (et autres textes de Victor Hugo), m.e.s. de Frédéric Belier-Garcia – 2005 Love letters, de A.R. Gurney, m.e.s. de Sandrine Dumas.

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ARTICLES

LIBÉRATION du 24/11/2006

Dernière retraite, par Gérard Lefort

Après 125 films et quelques pièces de théâtre, le populaire Philippe Noiret est mort à 76 ans.

«Quand je me retourne, je vois quelqu'un qui a fait correctement son métier d'artisan. J'ai fait des films difficiles, peu. Des films pas assez exigeants, peu. La moyenne n'est pas mal : je suis un acteur populaire, et j'aime cette idée.» Ainsi parlait Philippe Noiret, mort hier en début de soirée, à l'âge de 76 ans. Cette façon de ranger lui-même sa filmographie (plus de 125 films en une cinquantaine d'années de carrière) n'est pas la pire. Elle fait la preuve en tout cas d'une certaine lucidité. Populaire, Noiret l'était sans conteste, puisqu'à l'annonce de sa disparition, le quidam peut spontanément citer de mémoire un grand nombre de titres de ses films, qui, à cet égard, font partie du patrimoine du cinéma franco-français. Pour s'en moquer parfois (combien de remake déconnade du Vieux Fusil ?) ou y rire franchement (les Ripoux).

TNP. Né le 1er octobre 1930 à Lille, Philippe Noiret fut un élève médiocre qui rata plusieurs fois le bac et débuta sur des scènes de théâtre parisiennes, notamment aux côtés de Jean-Pierre Darras dans des duos de cabaret comique aux dialogues volontairement absurdes. En 1953, il intègre le Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar grâce à Gérard Philipe. Il y croise Agnès Varda, alors photographe maison, qui le fera jouer dans son premier film, la Pointe courte (1956). Dès lors, son escapade au théâtre «moderne» semble terminée. Dès la fin des années 50, il figure dans une dizaine de films, plutôt des comédies, dont Zazie dans le métro, de Louis Malle (1960), et la Vie de château, de Jean-Paul Rappeneau (1966), avant qu'Yves Robert ne le rende célèbre avec Alexandre le Bienheureux (1968). Après un bref et intriguant détour par Hollywood ( l'Etau, d'Alfred Hitchcock, 1969), il entame dans les années 70 une série de rôles qui vont rendre définitivement repérable sa silhouette de chanoine onctueux. Notamment parce qu'il devient l'acteur fétiche de quelques réalisateurs français alors émergents, comme Bertrand Tavernier, pour qui il sera un père tragique dans l'Horloger de Saint-Paul (1974), un régent tourmenté dans Que la fête commence (1975) ou un homme sans qualité dans le Juge et l'Assassin (1976). Noiret resta fidèle à Tavernier et réciproquement (cf., entre autres, le «monumental» la Vie et rien d'autre, en 1989, et la Fille de d'Artagnan , en 1994).

Made in France. Sans jamais négliger le filon comique : la Vieille Fille, de Jean-Pierre Blanc (1973), et bien entendu, ultérieurement, firmament de sa carrière, les Ripoux, de Claude Zidi, en 1984, où il fait beaucoup rire en débonnaire commissaire vénal. Mais c'est le patrimoine made in France qui va couronner sa célébrité. En 1976, Noiret obtient un césar (le premier des césars) pour la meilleure interprétation masculine dans le Vieux Fusil, de Robert Enrico (en vengeur de Romy Schneider assassinée par des nazis). Mais toujours dans ces années 70, décidément riches en contraste le concernant, il est aussi à l'affiche de deux films majeurs de Marco Ferreri qui feront grand bruit : la Grande Bouffe en 1973 ­ plus que fraîchement accueilli au Festival de Cannes («Nous tendions un miroir aux gens et ils n'ont pas aimé se voir dedans. C'est révélateur d'une grande connerie») et Touche pas à la femme blanche, en 1974.

Bien qu'il n'ait jamais renié ces films «difficiles», Noiret orientera sa carrière de débonnaire de plus en plus officiel et, de ce fait, congelé dans ce rôle, vers des films nettement moins difficiles : tout au long des années 80, on le verra notamment en Italie, dans la Famille, d'Ettore Scola (1987) et, surtout, gros succès à nouveau, en projectionniste sentimental dans Cinema Paradiso, de Giuseppe Tornatore (1990).

Retraite. Ces dernières années, Noiret se faisait plus rare ( Uranus, de Claude Berri, 1990, J'embrasse pas, d'André Téchiné, 1991, le Facteur, de Michael Radford,  1994, les Côtelettes, de Bertrand Blier, ou les Ripoux 3, 2003), préférant sans doute s'occuper de sa retraite douillette dans sa maison de campagne, dans l'Aude, auprès de son épouse de toujours, la comédienne Monique Chaumette, avec qui il a eu une fille. Ses apparitions en grand témoin à la télévision lui valaient de passer pour un vieux sage un rien cynique et un poil phraseur. «Il me reste tellement peu d'illusions sur la nature humaine que cela devient difficile de se mettre en colère. Je suis désolé par les autres, le monde et moi aussi. Je suis un désolé gai», résumait-il. Ce qu'il n'était probablement pas dans le privé, fidèle à beaucoup de choses, et notamment à de vieux camarades, alter ego de cinéma, comme Jean-Pierre Marielle. «J'ai contribué à l'image de gentleman-farmer que l'on me colle, mais elle n'est qu'une parcelle de la réalité», assurait-il. Philippe Noiret aimait les chevaux, les belles chaussures, les vestes en tweed, les cigares et le cinéma. Le cinéma français.

Les trois facettes de l'acteur Noiret, par Didier Peron.

Gros plan sur la carrière d'un comédien tout en contrastes.

Trois films clés pour ouvrir aux métamorphoses d'un acteur plus sombre que sa réputation de débonnaire.

Noiret d'auteurs 

Philippe Noiret est véritablement entré en cinéma en 1956 pour le baptême de réalisatrice d'Agnès Varda, qui l'embauche au côté de Sylvia Monfort dans la Pointe courte . Noiret est ensuite dirigé par le jeune Louis Malle ( Zazie dans le métro, 1960). On le retrouve dans ces années-là embauché par quelques-unes des meilleures pointures du cinéma. En France, Georges Franju le distribue dans le rôle néo-Bovary du mari empoisonné ( Thérèse Desqueyroux, 1962). Aux Etats-Unis, Cukor le réclame en 1968 pour être dans Justine, et, un an après, Hitchcock le veut dans l'Etau .

Sa carrière italienne, abondante tout au long des années 70-80, connaît un pic de gloire scandaleux avec la Grande Bouffe (1973), de Marco Ferreri, farce où il est le juge Philippe qui, aux côtés de Piccoli et Tognazzi, se bâfre jusqu'à en crever. Le film provoque un tollé lors de sa présentation cannoise, ce qui n'empêchera pas Noiret de retourner avec Ferreri dans Touche pas à la femme blanche (1974). Il est excellent aussi dans l'étrange Désert des Tartares, de Valerio Zurlini, général en perdition aux avant-postes désertiques au côté de Vittorio Gassman. Le venin dissimulé sous le masque de la gentillesse pateline, c'est ce que Chabrol voit en lui dans Masques (1987), où Noiret se régale dans le rôle de Christian Legagneur, un présentateur vedette de la télévision adoré par la France profonde comme père idéal et qui se révèle être une ordure domestique de la pire espèce. André Téchiné le distribue dans J'embrasse pas, en 1991, en homo mélancolique assoiffé de chair fraîche, qu'il interpréta avec une extrême délicatesse. Rôle plutôt risqué pour un acteur de sa trempe.

Noiret comique 

Il avait le sens de la disproportion, et possédait donc à ce titre l'art d'être drôle. En 1966, Jean-Paul Rappeneau, qui avait coécrit le scénario de Zazie dans le métro, a l'idée de l'assortir en couple avec Catherine Deneuve dans la Vie de château , hilarante comédie de poursuites et de quiproquos se déroulant dans une gigantesque demeure normande pendant la guerre. Noiret est aussi, bien entendu, associé à quelques-uns des plus gros scores du cinéma populaire français. Il y eut d'abord l'association de choc avec Annie Girardot ( Tendre Poulet et On a volé la cuisse de Jupiter, de Philippe de Broca), servie par les dialogues de Michel Audiard, puis vient la franchise Ripoux de Claude Zidi avec, pour partenaire, Thierry Lhermitte en guise de Laurel et Hardy de commissariat dégringolé. Il y aura deux autres épisodes, en 1990, puis, le dernier, en 2003, rallongeant la sauce jusqu'au gênant.

Noiret gentleman acteur 

C'est dans le Vieux Fusil de Robert Enrico (1975) que les Français l'admireront longtemps le plus, non sans mauvaises arrière-pensées revanchardes anti-allemandes encore vivaces dans ces années-là (éteintes depuis ?). Dans le rôle du chirurgien de Montauban, dont la femme est brûlée sous ses yeux par les nazis et qui décide de rendre la monnaie de la pièce, Noiret, l'homme ordinaire livré à l'exception d'une situation historique atroce, fascinait par le revirement de la crainte à la brutalité froide. Une certaine idée de l'acteur en justicier se dépose à cette époque, bien que l'ambiguïté perdure, un an après, dans sa composition du juge Rousseau dans le Juge et l'Assassin de Bertrand Tavernier, où l'humanisme du personnage cache de sombres desseins.

LE FIGARO du 23/11/2006

Noiret

Noiret, un demi-siècle de talent et d'élégance par Brigitte Baudin & Dominique Borde

Il s'est éteint hier à l'âge de 76 ans après cinquante ans de carrière. Plus de cent vingt films, des dizaines de pièces de théâtre avaient fait de lui un des acteurs les plus populaires de France.

« Je ne vais jamais au-devant d’un rôle expliquait-il. J’attends qu’on me propose. Cela présente deux intérêts : la jubilation de jouer ce que les autres attendent de vous et une occasion de juger lucidement où l’on en est. »

Acteur, Philippe Noiret l’était jusqu’au bout des ongles, mais il aimait aussi rêver en contemplant la nature. « Je suis le plus heureux des hommes le nez au vent avec un livre à la main assis sur un banc, au soleil, dans mon jardin ou en train de galoper sur un de mes chevaux. Ma vie est un savant équilibre entre la nature et ma vie parisienne. » IL AVAIT L’ALLURE d’un hobereau de province avec ses costumes en tweed, ces pulls en cachemire, ses gilets en soie, ses chaussures faites sur mesure et ses pochettes bouffantes. Une voix profonde, reconnaissable entre toutes, des gestes élégants, un éternel cigare aux coins des lèvres, il cultivait son image d’élégant d’un autre siècle. Pour plaire, mais aussi pour se plaire. C’est son père, vendeur dans la confection, qui lui donne le goût des beaux vêtements, des étoffes luxueuses et surtout des mots

« Mon père était un lettré avouait- il. Il aimait la poésie, la littérature. Ses auteurs de chevet étaient Verlaine, Rimbaud, Montaigne, Montesquieu. » Né le 1er octobre 1930 à Lille, il grandit à Paris. Il n’aime pas les études. Il va d’abord chez les oratoriens puis au lycée Jeanson- de- Sailly. Il se fait renvoyer de tous les établissements. Un peu plus tard, il fréquente les cafés de Montparnasse. Il se lie avec des artistes, des comédiens. C’est là que naît sa vocation théâtrale. Il a 24 ans. Commence alors pour lui la grande aventure du TNP avec Jean Vilar où il jouera au côté de Gérard Philipe et de Monique Chaumette qui deviendra son épouse. Après une expérience de duettiste avec Jean- Pierre Darras dans les cabarets, il débute au cinéma.

L’oncle de Zazie

Pour lui le cinéma n’aurait pu être qu’un accident. Venu du TNP avec le physique enveloppé et confortable d’un bon gros à l’allure un peu snob, il n’avait pas le physique d’un premier rôle. En 1956, à 26 ans, il est dans le premier film d’Agnès Varda comme une apparition symbolique. Plus audacieux, Louis Malle en fait l’oncle de Zazie dans le métro, il est Hercule dans une version du Capitaine Fracasse aux côtés de jean Marais ou un Louis XIV emphatique dans Les Amours célèbres. Mais rien ne le détache de ses premiers duos avec Darras. Il faudra le Thérèse Desqueyroux de Franju, inspiré de Mauriac en 1962, Les Copains d’Yves Robert, tiré de Jules Romain pour qu’on remarque la finesse du comédien qui, au- delà de son allure pataude, sait imposer une sorte d’élégance innée.

Avec La Vie de château de Rappeneau, qui signe son premier film et en fait le mari d’une Catherine Deneuve évéenne et fantaisiste, il franchit un degré. Du coup, le cinéma devra compter avec celui qui se trouvait une « allure de pachyderme ». On s’habitue à cet ours pas trop mal léché qui sait jouer de ses fausses naïvetés ou de sa calme assurance pour entrer d’un bloc dans un personnage. Qu’Yves Robert en fasse le délicieux paresseux d’Alexandre le Bienheureux, qu’Hitchcock le transforme en espion soviétique pour L’Étau, qu’il soit Clérambard ou une barbouze dans L’Attentat de Boisset qui romance l’affaire Ben Barka, le « pachyderme » est d’abord un étonnant caméléon.

Bon nounours ou trouble-fête

Et c’est lui encore qui permet à Bertrand Tavernier de signer ses premiers films, L’Horloger de SaintPaul, Le Juge et l’Assassin, Que la fête commence. Lui aussi qui a l’audace avec l’ami Piccoli ou le copain Mastroianni de fréquenter l’infréquentable Marco Ferreri et ses provocations sulfureuses ( La Grande Bouffe). Mais ne peut- il pas tout se permettre ? De faire le pitre avec Mes chers amis de Monicelli, d’être l’un des officiers du Désert des Tartares, le vengeur exterminateur, mari d’une pathétique Romy Schneider pour le célèbre Vieux Fusil qui restera l’un de ses films les plus populaires, ou l’amoureux respectueux de Charlotte Rampling dans Un taxi mauve.

D’une adaptation de Drieu La Rochelle, Une Femme à sa fenêtre, à celle d’un Simenon ( L’Étoile du Nord), Noiret devient le comédien incontournable et interchangeable des années 1970. Du comique des Ripoux ou de Twist again à Moscou à la gravité de La Vie et rien d’autre ou le peu connu Les Lunettes d’or où il joue un homosexuel, il est sur tous les fronts, bon nounours ou vilain trouble- fête, notable ou anarchiste. Un seul rôle lui échappe dans lequel il aurait pu se couler aisément, celui de Maigret, devenu propriété de la télévision à l’époque avec Jean Richard. Jusqu’au bout, entre un Ripoux 3 où il semble se parodier et Père et fils de Michel Boujenah où il compose un paternel malicieux et émouvant, Noiret aura répondu présent au cinéma.

C’est cet homme élégant et ce comédien doué qui excusait ses coquetteries vestimentaires et son goût du confort en disant de la vie : « Le voyage est court autant le faire en première classe ! » Le voyage est fini, il nous laissé sa classe.

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Noiret, un géant sur les planches par Marion Thébaud.

Publié le 24 novembre 2006

Il avait débuté au théâtre, avait quitté trente ans durant la scène, pour y revenir plus passionné que jamais.

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22 novembre 2006

MORT DE ROBERT ALTMAN

Annonce de la mort de l’un des plus grands réalisateurs américains, Robert Altman, dans la grande tradition des "Mavericks". C’était un cinéaste "libéral-libertaire", selon la formule de la revue "Positif" qui salua toujours son œuvre. Il convient de lire une excellente analyse de ses films dans l’indispensable "50 ans de cinéma américain" de Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier. Selon eux « Toute la carrière d’Altman se place sous le signe de la provocation, du défi, ne serait-ce que celui qu’il pose aux critiques souvent débordés par son rythme infernal de production… ». La France le découvre en 1970 au festival de Cannes, avec « M.A.S.H. », après une prolifique carrière à la télévision, voir la filmo ci-dessous. Cette farce, se situant dans une clinique mobile de campagne lors de la guerre de Corée, fut refusée par 14 metteurs en scène. Le réalisateur a fait durant toute son œuvre une critique corrosive de la société américaine et de ses valeurs et un regard désabusé sur le monde. On se souviendra de l’affirmation de Géraldine Chaplin dans "Un mariage" (1978) : "Le mariage représente la fusion des intérêts de la communauté et de la nature...". Il y a toujours une grande cohérence, malgré la grande variété des sujets abordés, parfois même à l’intérieur d’un même film où il procède à plusieurs ruptures de tons, passant du drame à la comédie. Il bouscule les genres établis, du show-bisness, avec "Nashville" (1975), à la légende de la conquête de l’Ouest avec "Buffalo Bill et les Indiens" (1976) tourné en dérision avec la complicité de Paul Newman, montrant que ce héros n’est en fait qu’une fabrication de l’imagination d’un romancier. Il est aussi à l’aise dans le western réaliste avec "John McCabe" (1970), l’onirique "Brewster Mc Clowd" (1970), où un jeune homme – Bud Cort – rêve de voler comme un oiseau, le polar rural dans les années 30 "Nous sommes tous des voleurs" (1974),  le film d’anticipation "Quintet" (1978), la comédie musicale "Un couple parfait" (1979), qu’à la représentation du milieu de la danse "Company (2003). Les femmes ont souvent le beau rôle de "Trois femmes" (1977), états d’âmes de trois infirmières travaillant dans un sanatorium – joué par Sissy Spacek, Shelley Duvall et Janice Rule – à "Cookie’s fortune" (1998), - joué par Patricia Neal, Glenn Close, Juliane Moore et Liv Tyler, drame intimiste situé dans une bourgade du Mississipi. Il excelle dans les films choraux "Nashville", "Un mariage" (1978), "Short Cuts, les Américains" (1992), exceptionnelle adaptation de l’œuvre de Raymond Carver, tout aussi bien que dans des films intimistes ou des adaptations théâtrales. Il se livre toujours à un véritable jeu de massacres, avec les genres établis, même en adaptant d’autres auteurs, comme Raymond Chandler, dans "Le privé" (1973), avec un inattendu Elliott Gould dans le rôle de Philip Marlowe, ou John Grisham, qui refusa que son nom figure au-dessus du titre, comme à son habitude, quand il vit le premier montage de "The Gingerbread man" (1997). La critique est toujours acerbe, comme dans le méconnu "Health" (1979), où il critique habilement une campagne électorale, en la transposant dans un congrès d’une organisation diététique. Il a toujours su évoluer, comme après l’échec financier de "Popeye" (1980), d'après l’œuvre de Max Fleischer, avec des adaptations d’œuvres théâtrales, malgré la performance de Robin Williams. Il signe ainsi "Reviens, Jimmy Dean, reviens", "Steamers" révélant Matthew Modine, et "Secret honor" étonnant monologue d’un Richard Nixon complètement saoul et déchu, admirablement interprété par Philip Baker Hall. Il se lance aussi dans des œuvres de télévision originales, comme "Tanner’ 88", où il suit la campagne présidentielle de 1988, en inventant un faux candidat et le confrontant aux politiques véritables. Le résultat est très probant, malgré un doublage français assez redoutable lors de sa diffusion en France sur Arte.  Ses dernières années, à l’image d’un John Huston, furent remarquables, de "The player" (1991), où en cruel entomologiste, il décortique les mœurs hollywoodienne, " Kansas city" (1996), hommage aux clubs de jazz où on ne retrouvait aucune forme de ségrégation dans le début des années 30, "Docteur T et les femmes" (2000), où un gynécologue est manipulé par ses patientes, à "Gosford Park"  (2001), où il dynamite de dispositif usé d’un "whodunit", pour faire une jubilatoire rencontre entre "Les dix petits indiens" et "La règle du jeu". Il est tout aussi mordant pour d’autres sociétés, il n’épargne personne, ni même les Européens, à l’instar de "Prêt-à-porter" (1994), film mésestimé par la France qui a mal supporté le portrait au vitriol fait sur le milieu de la mode, et la vision d’un Paris peu complaisant, royaume de crottes de chiens. Il nous reste à découvrir son dernier film, "The last show" dont la sortie est prévue le 6 décembre prochain. Sur Robert Altman, Jean-Loup Bourget a signé un excellent livre aux éditions Ramsay poche cinéma en 2004, qui mériterait une réédition. Son esprit va beaucoup nous manquer.

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Filmographie : comme réalisateur : 1951  Modern football (documentaire, CM) - 1952  King basketball (documentaire, CM) - The sound of bells (documentaire, CM) - 1953  How to run a filling station (documentaire, CM) - Modern baseball (documentaire, CM) - The last mile (documentaire, CM) - 1954  Better football (documentaire, CM) - The builders (documentaire, CM) - The dirty look (CM) - 1955  The perfect crime (CM) - The delinquents (CM) - The James Dean story (L’histoire de James Dean, co-réalisation avec George W. George, documentaire)1956  The magic bond (documentaire, CM) - 1964  The party (CM) - 1965  The Katherine Reed story (documentaire, CM) - 1966  Pot au feu (CM) - 1967  Countdown (Objectif lune) - 1969  The cold day in the park – M.A.S.H. (Id) - 1970  Brewster McCloud (Id) - McCabe and Mrs. Miller (John McCabe) - 1971  Images (Id) - 1973  The long goodbye (Le privé) - 1974  Thieves like us (Nous sommes tous des voleurs) - California Split (Les flambeurs) - 1975  Nashville (Id) - 1976  Buffalo Bill and the indians, or Sitting Bull’s history lesson (Buffalo Bill et les indiens) - 1977  3 women (Trois femmes) - 1978  Quintet (Id) - A wedding (Un mariage) - 1979  Health - A perfect couple (Un couple parfait) - 1980  Popeye (Id) - 1982  Come back to five and dime, Jimmy Dean, Jimmy Dean (Reviens, Jimmy Dean, reviens) - 1983  Steamers (Id) - Secret honor (Id) - 1984  O.C. and Stiggs / The utterly monstrous mind roasting summer of O.C. and Stiggs (Vidéo : “Vous avez dit dingue ?”) - 1985  Fool for love (Id) – 1986  Aria [épisode : “Les Boréades”] - Beyond therapy (Id) - 1989  Vincent and Theo (Vincent et Théo) (+ version TV) - 1991  The player (Id) - 1993  Short cuts (Short cuts, les Américains) - 1994  Ready to wear (Prêt à porter) - 1995  Kansas  city (Id) - Jazz’ 34 (Jazz’ 34, remembrances of Kansas City Swing) (documentaire) - 1997  The Gingerbread man (Id) - 1998  Cookie’s fortune (Id) - 2000  Docteur T & the women (Docteur T & les femmes) - 2001  Gosford Park (Id) – 2003  The company (Company) - 2005 A prairie homme companion (The last show).

Comme réalisateur de télévision : Longs et moyens métrages : 1964  Kraft suspense theater : Once upon a savage night /  Nightmare in Chicago – 1982  Precious blood – Rattlesnake in a Cooler – 1985  The Landromat – 1987  Basements [épisodes “The dumb waiter” & “The room”] – 1988  Tanner’ 88 – The Caine mutiny court martial – 1993  The real McTeague (documentaire) – Great performances : Blanck and blue – 2004  Tanner on Tanner – Comme réalisateur de séries TV : Alfred Hitchcok presents [épisodes “The young one” (1957) & “Together” (1958)] – M Squad [épisode “Lover’s Lane Killing” (1958)]– Peter Gunn [Un épisode] – The millionaire / If you had a million [épisodes “Pete Hopper : Afraid of the dark” (1958), “ – “Henry Banning : The show off” (1959), “Jackson Greene : The beatnik” (1959),  “Alicia Osante : Beauty and the saylor” (1959), “Lorraine Dagget : The beach story” (1959), “Andrew C Cooley : Andy and Clara” (1959) – “Whirlybirds” (158/59), “The midnight show” (1958), “Guilty of old age” (1959), “Matter of trust” (1959), “Christmas in June” (1959), “Til death do us part” (1959), “Time limit” (1959), “Experiment X-74” (1959), “The challenge” (1959), “The big lie” (1959), “The perfect crime” (1959), “The unknow soldier” (1959), “Two of kind” (1959), “In ways mysterious” (1959), “The black Maria” (1959) & “Sitting duck” (1959)] – U.S. Marshal / Sheriff of Cochise [épisodes “The triple cross”, “Shortcut to hell”, “R.I.P.” etc…] - "Troubleshooters” (1959) (13 épisodes) – Hawaiian eye [épisode “Three tickets to Lani” (1959)] – Sugarfoot [épisodes “Apollo with a gun” (1959) & “The  highbinder” (1960)] – Westinghouse Desilu Playhouse [épisodes “The sound of murder”  & “Death of dream”] (1960) – The Gale Storm show / Oh ! Susanna [épisode “It’s magic” (1960) – Bronco {épisode “The mustangers” (1960) – Maverick [épisode “Bolt from the blue” (1960)] – The roaring ‘20’s [épisodes “The prarie flower” (1960), “Brother’s keeper” (1960), “White carnation” (1960), “Dance marathon” (1961), “Two a day” (1961), “Right off the boat (1961), “Royal tour” (1961), “Standing room only (1961)], Bonanza [épisodes “Silent thunder” (1960), “Bank run” (1961), “The duke” (1961), “The rival” (1961), “The secret” (1961), “The dream riders” (1961), “Sam Hill” (1961),& The many faces of Gideon Finch” (1961) – Lawman [épisode “The robbery” (1961) – Surfside 6 {épisode “Thieves among honor”] (1961) – Bus stop [épisodes “The covering darkness” (1961), “Portrait of a hero” (1961), “Accessory by consent” (1961), “A lion waks among us” (1961), “…and the pursuit of evil” (1961), “Summer lightning” (1962), “Door without a key” (1962), & “Conty general” (1962)] – The Gallant men [épisode “Battle zone” (1962) – Combat [épisode “Forgotten front” (1962), “Rear echelon commandos” (1962), “Any second now” (1962), “Escape to nowhere” (1962), “Cat and mouse” (1962), “I swear by Apollo” (1962), “The prisoner” (1962), “The volunteer” (1962), “Off limits” (1963) & “Survival” (1963) – Route 66 [épisode “A gift for a warrior”] – Kraft suspense theater [épisodes “The long lost life of Edward Smalley” (1963), “The hunt” (1963) & “Once upon a savage night” (1964, repris sous le titre “Nightmare in Chicago”)] – The long hot summer [épisode “The homecoming” (1965)] – Nightwatch [épisode pilote : “The suitcase” (1968)] – Premiere [épisode “Walk in the sky” (1968) – Saturday night live [épisode “Sissy Spacek/Sissy’s roles” (1977)] – Gun / Robert Altman’s Gun [épisode “Al the President’s men” (1997)].

Divers : Comme producteur seulement : 1976  Welfome to Los Angeles (Welcome to L.A. (Welcome to Los Angeles) (Alan Rudolph) – 1977  The late show (Le chat connaît l’assassin) (Robert Benton) – 1978  Remember my name (Tu ne m’oublieras pas) – 1979  Rich kids (Robert M. Young, producteur exécutif) – 1993  Mrs. Parker and the vicious circle (Madame Parker et le cercle vicieux) (Alan Rudolph) – 1997  Afterglow (L’amour et après ?) (Alan Rudolph) – 1998  Liv (Eduardo Ponti, CM) – 2000  Trixie (Alan Rudolph) – 2001  Roads and Bridges (Abraham Lim, producteur exécutif) - Comme scénariste seulement : 1947  Christmas Eve (Edwin L. Marin) – 1948  Bodyguard (Richard Fleischer) – 1962  What ever happened to Baby Jane ? (Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?) (Robert Aldrich, supervisation des dialogues) – Comme acteur : 1947  The secret life of Walter Mitty (La vie secrète de Walter Mitty) (Norman Z. McLeod) – 1970  Events (Fred Baker) - 1951  Corn’s-A-Poppin’ (Robert Woodburn) – 1981  Endless love (Un amour infini  (Franco Zeffiirelli) – 1982  Before the Nickelodeon : The cinema of Edwin S. Porter (Charles Musser, documentaire) -  1988  Hollywood Mavericks (Florence Dauman & Gale Ann Stieber, documentaire) - 1993  Luck, Trust & Ketchup : Robert Altman in Carver Country  (John Dorr & Mike E. Kaplan, documentaire) – 1997  Franck Capra’s american dream (Kenneth Bowser, documentaire) - 2003  A decade under the influence (Ted Demme & Richard LaGravenese, documentaire) – 2004  Épreuves d’artistes (Samuel Faure & Gilles Jacob, documentaire) - Comme monteur : 1954  Honeymoon for Harriet (Marice Prather, documentaire, CM) – Réalisateur de seconde équipe : 1966  The happening (Les détraqués) (Elliot Silverstein).

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REUTERS/GARY HERSHORN

ARTICLES : LE MONDE

Le cinéaste américain Robert Altman est mort, lundi 20 novembre 2006.

Le cinéaste américain Robert Altman est mort

LEMONDE.FR avec AFP | 21.11.06 | 19h12  •  Mis à jour le 21.11.06 | 20h01

A 81 ans, Robert Altman laisse derrière lui une carrière impressionnante. En cinquante-cinq ans, le cinéaste américain a dirigé pas moins de quatre-vingt-six films ou téléfilms, en a produit trente-neuf et a écrit les scénarios de trente-sept dont certains, comme M.A.S.H. ou The Player, resteront dans les annales du cinéma. Il s'est éteint lundi 20 novembre, a indiqué mardi sa société de production.

Tout au long de sa carrière, Robert Altman a esquissé un portrait vif et acerbe de son pays. Connu pour son franc-parler, il avait notamment déclaré en 2000 que l'élection de George W. Bush à la présidence serait "un terrible revers pour la société américaine".

Né à Kansas City (Missouri) en 1925 et diplômé de l'académie militaire de Lexington, il termine la seconde guerre mondiale comme copilote de bombardier. Au début des années 1950, il tourne des dizaines d'œuvres pour la télévision, dont des épisodes de séries telles que Bonanza et Alfred Hitchcock présente. Sa carrière au cinéma décolle tardivement, à 45 ans, avec un film au vitriol, M.A.S.H., qui lui vaut la palme d'or à Cannes en 1970. L'action de cette comédie se déroule dans les hôpitaux militaires américains pendant la guerre de Corée, mais l'allusion au conflit vietnamien, alors en cours, est transparente.

CONSCIENCE DU CINÉMA INDÉPENDANT AMÉRICAIN

Altman détourne les genres : il dynamite le western, dans John Mac Cabe en 1971 avec Warren Beatty et Julie Christie, ou bien le polar, dans Le Privé deux ans plus tard. Il impose sa marque au long de chroniques sociales et satiriques de l'Amérique avec Nashville (1975) ou Un mariage en 1978. L'année suivante il réalise Quintet, un thriller métaphysique.

En 1980, Hollywood le chasse. Le cinéaste dénonce "la négation de la culture et le règne des moutons de Panurge". Il s'installe à New York, puis à Paris où il enchaîne pièces filmées et mises en scène d'opéras. Intronisé conscience officieuse du cinéma indépendant américain, et toujours prêt à défendre des causes peu populaires, il sort d'un passage à vide avec The Player en 1992, jeu de massacre antihollywoodien, qui décroche le prix de la mise en scène à Cannes.

Egalement producteur, Robert Altman tourne l'année suivante Short Cuts, Lion d'or au festival de Venise, suivi de Kansas City. En 1999, avec Cookie's Fortune, il renoue, sur fond de blues, avec la musicalité du vieux Sud. En 2002, Gosford Park, intrigue policière tournée en Angleterre, qui tient à la fois d'Agatha Christie et de Jean Renoir, est nommé sept fois aux Oscars, mais n'obtient que la statuette du meilleur scénario. En mars 2006, Hollywood célèbre enfin l'enfant terrible du cinéma américain en lui remettant un Oscar d'honneur pour l'ensemble de son œuvre.

LE FIGARO du 22/11/2006

Robert Altman tire sa révérence, Dominique Borde, Emmanuèle Frois et Marie-Noëlle Tranchant.

Le réalisateur de «Mash», «The Player» et «Short Cuts» s'est éteint à l'âge de 81 ans.

On le pensait immortel, Robert Altman. Réalisateur prolifique à l'esprit libre, toujours acerbe, il maniait la satire avec insolence. Un dynamiteur de première classe, qui, en cinquante-cinq ans de carrière et 86 films ou téléfilms, avait détourné les genres de façon subversive tout en respectant les règles fondamentales. «Je m'amuse à tordre les clichés», aimait-il répéter.

Il s'est éteint lundi à l'âge de 81 ans alors qu'il devait commencer le tournage d'un long-métrage en janvier prochain, Hands on Hard Body, une histoire de concours entre chauffeurs routiers dans le Texas profond. Et le 6 décembre, on verra sur les écrans son nouveau long-métrage, A Prairie Home Companion, un film choral et musical comme il les aimait tant. Il y a de la nostalgie dans cette ultime oeuvre qu'il était venu présenter en compétition au dernier Festival de Berlin et dans lequel, à travers les voix de Meryl Streep et de Lily Tomlin, il chantait l'amour de son Midwest natal et de la musique country.

Kansas City, une ville de l'Amérique profonde qu'on a plusieurs fois retrouvée dans ses films, a donné le jour à Robert Altman en 1925. Fils aîné d'un courtier d'assurances, il fait ses études secondaires chez les jésuites et obtient un diplôme d'ingénieur mathématicien à l'université du Missouri. Mobilisé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il devient pilote de bombardier.

Tordre le genre : Tout de suite après la guerre, il commence à écrire des articles, des scénarios, des pièces radiophoniques. Sa carrière s'oriente plus précisément vers 1947, quand il devient réalisateur de films industriels. Mais ses débuts à Hollywood, dix ans plus tard, passeront inaperçus : en 1957, il signe The Delinquents et James Dean Story. Il se tourne vers la télévision, où il tournera de nombreux feuilletons après y avoir été introduit par un parrain de choix : Alfred Hitchcock. Il réalise deux épisodes de Hitchcock Presents en 1957 et 1958.

Après ces années obscures et laborieuses, le nom de Robert Altman retentit soudain en 1970 grâce à Mash. Trois chirurgiens à l'esprit carabin font des ravages dans une antenne médicale pendant la guerre de Corée. Une satire délirante de l'armée, bien dans l'air de révolte de 68, qui remporte la palme d'or à Cannes. L'irrévérencieux Bob est lancé. Suivra une décennie triomphale avec une quinzaine de films extrêmement variés. Car, même si sa marque de fabrique reste ce fameux style choral inauguré avec Nashville (1975), où s'entrecroisent vingt-quatre personnages dans la capitale de la musique country, il fera toujours preuve d'une inspiration très éclectique.

Il est en effet à chaque fois différent, inattendu, dérangeant quand il titille le western avec John McCabe, une parodie au grand air qui prend comme décor les montagnes canadiennes ou Brewster McCloud où la satire rejoint un ton fantastique peu habituel. Puis, tout à coup, il change sa caméra d'épaule pour Images, sujet plus intimiste qui suit l'évolution de la démence chez une femme. Ou encore Le Privé en 1972 où son complice Eliott Gould compose un enquêteur hors norme plus préoccupé par lui-même que par les rebondissements de l'intrigue. Le regard du cinéaste est d'abord une façon d'aborder un genre et de le tordre. Encore deux films éblouissants avec Nous sommes tous des voleurs ou California Split avant l'étonnant Nashville en 1975 où il lance à la face de l'Amérique la vision au vitriol d'un anarchiste épinglant l'univers sirupeux des majorettes et de cette majorité silencieuse qui fabrique des présidents.

Après cette apothéose, le cinéaste peut se retourner vers lui-même, c'est-à-dire sur ses fantasmes. La caricature est toujours là mais elle se fond à une analyse plus profonde et pernicieuse avec Trois Femmes ou Un Mariage. Plus surréaliste avec Quintet, plus conformiste pour Un Couple parfait. Puis soudain, il semble s'assagir pour une parenthèse que beaucoup jugent indigne de lui avec Popeye où le plus célèbre personnage de dessin animé est joué par Robin Williams. De nouveau, il change de répertoire en 1982 pour Reviens, Jimmy Dean, reviens où son univers rejoint la mémoire collective. Il enchaîne encore quatre autres films dont Secret Honor, film pamphlet contre la politique spectacle. En 1985, avec Fool for Love avec Sam Shepard, il innove encore en filmant ce qui aurait pu être une pièce.

«Je n'obéis pas à un plan, mais toujours à mon instinct. Je n'ai jamais d'idées préconçues, et ni philosophie ni politique à proposer», disait-il. Observateur sarcastique de la bourgeoisie américaine, il s'est fait une réputation de cruauté dont il essayait de se défendre : «Il y a cruauté, a-t-il expliqué, quand le public s'identifie aux personnages. L'humour et le rire désamorcent ce processus d'identification. On a dit par exemple que je m'attaquais à la bourgeoisie américaine dans Un mariage. En fait, je rassemble une cinquantaine de personnes de la middle-class formée de conservateurs et de parvenus. (...) Cynique ? Non, les yeux ouverts. Pessimiste ? Non, je crois agir positivement en montrant simplement ce que j'observe.»

À 77 ans, lui, l'Américain si peu tranquille avait osé s'attaquer à l'aristocratie anglaise des années 1930 dans le jubilatoire Gosford Park. Une histoire de meurtre et une satire sociale si terriblement british. Il s'était ensuite glissé dans les coulisses de la danse avec Company, un film intimiste tourné à la manière d'un documentaire. Et, symboliquement, il nous quitte sur A Prairie Home Companion, film peut-être prémonitoire, dans lequel un fantôme hante les coulisses d'un show radiophonique.

Robert Altman devait commencer le tournage d'un long-métrage en janvier prochain.

(DR).

Le dernier film de Robert Altman, The Last Show, dans lequel il fait poussé la chansonnette à Meryl Streep, doit sortir sur les écrans français le 6 décembre.

(AP/J.Bauer)

Mash, la grimace du soldat, par D. B. .

En pleine guerre du Vietnam, une oeuvre iconoclaste et ricanante rompt avec les postures héroïques du film de guerre américain.

Deux doigts tendus pour le «V» d'une victoire insolente surmontés d'un casque. L'affiche de Mash est bien à l'image de ce film joyeusement iconoclaste couronné par une palme d'or à Cannes en 1970. Finie la vision héroïque et épique des valeureux soldats véhiculée jusqu'alors par le cinéma américain. Robert Altman regarde autre chose et ailleurs quand il plante les tentes d'une antenne chirurgicale militaire en pleine guerre de Corée. Avec trois joyeux drilles échappés d'une salle de garde, plaisanteries douteuses et veillées gaillardes à l'appui, il regarde la guerre par le petit bout d'une lorgnette graveleuse et ricanante. Et du coup, on découvre Donald Sutherland, Elliot Gould et Tom Skerritt, acteurs peu connus jetés dans la tourmente souriante de cette farce guerrière.

Insolent, obscène, provocant, volontiers cynique, le film décape un genre souvent encombré de grands sentiments ou au moins un chemin très usité. Jamais on n'avait osé traiter la gravité avec autant de légèreté ; jamais la cruauté et la violence n'avaient pu voisiner avec le sourire en coin et la blague douteuse. «Putain d'armée !» comme dit à la fin le militaire qui vient d'être démobilisé. Putain de film, aurait pu s'écrier Altman, applaudi à Cannes pour son audace, son regard neuf et cet humour qui murmure une fois de plus qu'il n'est que la politesse du désespoir. Du coup, le petit scandale est balayé et on s'empresse de rire de la guerre pour en avoir beaucoup pleuré.

Enfin, ironie du succès, le pamphlet choquant et les blagues vulgaires ont donné naissance deux ans plus tard à une série télévisée à succès (diffusée en France à partir de 1976). Altman, réalisateur dérangeant, était déjà devenu à son corps défendant une petite institution. Une autre manière d'être un auteur classique.

Un passionné de musique, par Jean-Luc Wachthausen

Qu'elle soit issue de la capitale de la musique country («Nashville», 1975), de l'Amérique profonde, à Saint Paul (The Last Show, sur les écrans le 9 décembre) ou dans les clubs jazz de la ville de son enfance (Kansas City, 1996), Robert Altman vibrait pour la musique populaire. Pour le cinéaste, elle était toujours prétexte à illustrer une certaine époque, à dessiner une carte de l'Amérique, celle des années 1970 ou des années 1930. En fait, il s'agissait d'orchestrer ces histoires comme une partition avec son intro, ses chorus, son pont et sa coda.

Dans Kansas City, il avouait au Figaro «que le jazz ne collait pas à son film, mais qu'il était tout son film, ajoutant : «Je me suis amusé à faire des improvisations libres autour du même thème et sur un rythme mid-tempo.»

Le tout était prétexte à ressusciter soixante ans plus tard les classiques des big bands de Count Basie, Bennie Motten et Duke Ellington, d'illustrer le swing déchaîné d'un Ben Webster ou d'un Lester Young et de recréer la fameuse joute musicale (le cutting contest) qui opposa Coleman Hawkins et Lester Young, sous les yeux du jeune Charlie Parker. Pour l'occasion, il avait monté un grand orchestre composé par les meilleurs solistes, du contrebassiste Ron Carter aux saxophonistes David Murray et James Carter en passant par le pianiste Cyril Chesnut ou le trompettiste Nicholas Peyton.

Tellement heureux de se «laisser porter par le jazz et de transmettre sa puissance émotionnelle», Altman avait enregistré une bande originale exceptionnelle (chez Verve) qui déboucha sur un documentaire, Jazz'34, dont il fut en quelque sorte le chef d'orchestre. «Tout ce qui restera de Kansas City se résume à cette session et à ce disque», confiait-il en souriant – ce qui était rare chez lui.

Altman

REUTERS

LIBÉRATION :

L'Américain, réalisateur du succès planétaire «M.A.S.H.», de «Short Cuts» ou de «Nashville», est mort lundi à l'âge de 81 ans.

Altman Final cut, par Édouard Waintrop

C'est avec M.A.S.H. que Robert Altman, qui est mort lundi à Los Angeles, à l'âge de 81 ans, est soudain devenu célèbre en 1969-70. Le bonhomme avait déjà 44 ans et cinq longs métrages derrière lui. Autant dire qu'il était fait, même si le cinéaste était encore en devenir. Altman est né en 1925 à Kansas City, dans le Missouri, dans la capitale d'un Middle West teinté de Sud, lieu de naissance d'un certain jazz orchestral dont Count Basie fut le phénomène. De tout ceci, le cinéaste saura se souvenir quand il tournera un film justement appelé Kansas City , soixante et onze ans plus tard.

En attendant, le jeune Bob, fils de bonne famille, a suivi une éducation chez les pères jésuites, puis des études supérieures d'ingénieur à l'université du Missouri. Il a aussi fait un bout de la guerre du Pacifique, comme pilote d'un bombardier B54. Après la victoire, il ne sera jamais ingénieur. Il écrit des pièces radiophoniques et des embryons de scripts qu'il essaie de fourguer aux major companies à Hollywood. Deux d'entre eux sont acceptés et réalisés, l'un par l'illustre Richard Fleisher ( Bodyguard, en 1948), l'autre par le moins connu Edwin Martin ( Christmas Eve, en 1947).

Palme d'or. Bob Altman retourne un temps chez lui à Kansas City pour y diriger des petits films industriels. En 1955, il passe enfin à son premier long métrage de fiction, ce sera The Delinquents , qui ne sera distribué que deux ans plus tard. Il réalise ensuite, avec son vieux complice George W. George, The James Dean Story , le premier documentaire sur la star qui vient de disparaître. La période qui suit sera celle de la télévision. Alfred Hitchcock l'engage pour mettre en scène quelques épisodes de sa série Alfred Hitchcock Presents . En 1969, il signe That Cold Day in the Park , que Jean-Loup Bourget, spécialiste du réalisateur (1), considère comme «sa première oeuvre personnelle» . Le succès (et quel succès !) ne viendra qu'avec le film suivant, M.A.S.H., une farce militaire qui, même si elle se passe en Corée dans les années 50, évoque la guerre du Vietnam dans laquelle l'armée américaine s'embourbe. En fait, Altman n'aurait hérité du scénario après le refus de quatorze autres réalisateurs. Bien lui en a pris. Outre des millions d'entrées dans le monde, le film recevra la palme d'or à Cannes en 1970.

Déstructurer. La suite de sa carrière est assez passionnante. Notamment parce que l'on ne sait jamais à l'avance si le prochain Altman sera une réussite ou une daube. John MacCabe , qu'il réalise en 1972, est un western déstructuré avec une volonté de ne pas suivre la loi du genre, de critiquer et même de démolir le code classique. Altman y démontre aussi une grande capacité à assembler une mosaïque, un récit et une galerie de portraits. Et enfin à diriger des acteurs à forte personnalité : Warren Beatty, Julie Christie et tous les seconds rôles y sont formidables.

Le Privé , alias The Long Goodbye , est une adaptation intéressante du livre de Chandler (2). Altman s'est visiblement régalé à filmer la démarche lente, l'humour particulier et la mélancolie décontractée d'Elliott Gould, acteur alors en vogue. Il l'a confronté à une silhouette de légende comme celle de Sterling Hayden (ex Johnny Guitar ). Une fois de plus, il a essayé de repenser les codes d'un genre très défini.

Dans Thieves Like Us  (Nous sommes tous des voleurs) , il arrive à retrouver l'esprit des années 30, celles de la Grande Crise, et à nous émouvoir avec une histoire d'amour, ce qui sera rare chez lui. Même si le film n'arrive pas à la hauteur de son modèle, les Amants de la nuit , le chef-d'oeuvre de Nicholas Ray, il vaut toujours le coup d'être vu ou revu.

Tous ces titres ne sont en fait que les préfaces du grand film, celui qu'il met en scène en 1975, Nashville : 24 personnages principaux, anonymes ou célèbres, chanteurs ou spectateurs, se croisent pendant cinq jours, le temps que dure un festival de musique country. L'habileté d'Altman à casser son récit, à multiplier les protagonistes, à les disperser et à les rassembler, à nous faire sentir ce qui se passe entre eux, sa capacité à rendre aussi le temps qui passe, font ici merveille. Un critique a écrit qu'Altman ne savait pas raconter simplement une histoire mais qu'il s'y entendait comme personne pour recréer une atmosphère. Il a à moitié tort. L'ambiance est magistralement rendue, et l'histoire, aussi complexe soit-elle, est tissée de main de maître.

«Beaucoup de drogues.» Par la suite, Robert Altman n'atteindra plus ces sommets. La fin des années 70 le voit tourner comme un dératé des films inégaux qui ne rencontrent, la plupart du temps, aucun succès auprès du public ni auprès de la critique. Les amabilités qu'il déverse sur les responsables des studios («Ce type était un véritable enculé [...] c'est un gros plus pour notre industrie qu'il ne soit plus là», déclarait-t-il à Peter Biskin à propos du producteur Don Simpson, mort subitement en 1996) lui taillent une réputation d'emmerdeur picolant sec.

La tête dans le sac, il retrouve une crédibilité sur le marché grâce à Popeye, en 1980, avec Robin Williams ( «Il y eut beaucoup de drogues, beaucoup de cocaïne sur ce tournage. Tout le monde avait le nez dans la poudre», racontera Altman, provoquant Disney qui lui avait commandé le film).

Les années 80 seront assez pénibles. Il ne regagnera la première division qu'avec The Player (1992), une réjouissante charge contre ce Hollywood qu'il n'a cessé de défier dans ses scénarios et ses mises en scènes. Short Cuts (1993), où il retrouve le cinéma choral (avec des tas d'acteurs épatants, de Jack Lemmon à Frances McDormand, de Tom Waits à Julianne Moore) saisit bien l'atmosphère irréelle de Los Angeles. Sa construction encore une fois savante permet de rendre un peu de ce désespoir quotidien qui irrigue les nouvelles de Raymond Carver, dont le film est une adaptation.

Dans Kansas City (1996), on le sent très concerné par l'histoire qu'il raconte et surtout par l'atmosphère qu'il recrée, retour sur les lieux de son enfance.

Huit mois avant sa mort, Robert Altman avait affirmé vouloir tourner pendant encore quarante ans, assurant devant le parterre de la cérémonie des Oscars qui venait de le récompenser pour l'ensemble de sa carrière que ce trophée était «peut-être arrivé trop tôt» .

(1) Altman , de Jean Loup Bourget (éditions Ramsay poche).

(2) D'abord traduit en français sous le titre Sur un air de navaja dans la Série Noire avant de retrouver son vrai titre, The Long Goodbye, il y a quelques années, à l'occasion d'une nouvelle édition.

«The Last Show», comme son nom..., Par Gilles RENAULT

Après les Etats-Unis cet été, c'est le 6 décembre que sortira sur les écrans français le dernier, mais aussi ultime film de Robert Altman, naguère présenté en sélection officielle aux festivals 2006 de Berlin et de Deauville. Il a pour titre original A Prairie Home Companion et, incongrûment, pour titre français, une variation anglophone, The Last Show. Au regard de l'actualité funèbre, il sera cependant aisé de réévaluer sa pertinence, sachant, a fortiori, que l'argument recèle lui même une dimension crépusculaire, sinon testamentaire, sur laquelle on aura beau jeu de broder.

Fiction à la lisière du documentaire, The Last Show détaille le dépôt de bilan, dans un théâtre du Minnesota, d'un authentique spectacle radiophonique hebdomadaire, A Prairie Home Companion, qui, relayé par plus de 500 stations, arrose depuis plus de trente ans l'Amérique profonde.

Animée dans la réalité comme face à la caméra par Garrison Keillor, la soirée, ontologiquement roots , voit défiler sur scène une palanquée de pittoresques cul-terreux (joués par Meryl Streep, Lindsay Lohan, Woody Harrelson, Lily Tomlin...), qui viennent pousser la chansonnette country entre deux fausses réclames et jeux de mots badins. Dégoulinante d'affection, la caméra d'Altman cajole ce petit monde en voie d'extinction avec une cordialité désarmante. T