03 décembre 2006
MORT DE CLAUDE JADE
Annonce de la mort de Claude Jade, d’un cancer de l’œil, ce 1 décembre 2006, des suites de métastases hépatiques. Elle venait de reprendre avec Patrick Préjean, la pièce de Jacques Rampal "Célimène et le Cardinal" au théâtre du Lucernaire, et elle devait la continuer en 2007 à Colombes puis à Boulogne-Billancourt. Elle fait des débuts timides auprès de son cousin Guy Jorré dans la dramatique "Le crime de la rue de Chantilly" sous le nom de Claude Jorré. Son charme y est indéniable le temps de deux scènes montrant l'insouciance d'un quartier de Paris avant la découverte d'un crime crapuleux au XIXème siècle, bien avant d’être remarqué par François Truffaut. Elle restera dans nos mémoires, avec son visage lumineux et sa grâce naturelle, dans son rôle de Christine, jeune fille sage, qui deviendra la femme d’Antoine Doinel – Jean-Pierre Léaud -. Son évolution sera intéressante à suivre sur trois films "Baisers volés" (1968), "Domicile conjugal" (1970) et "L’amour en fuite" (1978). Dans ce dernier film, en femme divorcée et mère du petit Alphonse, elle devient sûre d’elle et indépendante. Le cinéma l’engage, pour un parcours inégal où elle passera d’une curieuse adaptation contemporaine de l’oeuvre d’Alexandre Dumas, avec "Le signe de Monte-Cristo" (André Hunebelle, 1968), avec Paul Barge et Pierre Brasseur, au rôle de la fille de Dany Robin dans "L’étau" (1969) grand film malade d’Alfred Hitchcock, qui l’engagea grâce aux conseils de Tuffaut. Elle joue une jeune fille vierge dans "Mon oncle Benjamin" (1969), succombant au charme de Jacques Brel, surveillée par son père, un aubergiste fruste campé par Robert Dalban, qui fait tout pour son protéger la virginité de sa fille, qu’il appelle son "petit capital". Elle rayonne dans les années 70, en une femme séduisante dans "Le bateau sur l’herbe" (1970), qui casse une amitié entre deux hommes. Dans l'amusant "Le pion" (1978), elle est une mère esseulée d'un des élèves le plus turbulents du pion timide, campé par Henri Guybet. Elle travaille régulièrement à la télévision, où on lui propose des rôles souvent romantiques. Elle est éblouissante dans le feuilleton "L’île aux trente cercueils" (1979), adaptation brillante de l’œuvre de Maurice Leblanc, signée Marcel Cravenne, qui supprimera de son adaptation le personnage d’Arsène Lupin. Dans le rôle de Véronique d’Hergemont, elle est une infirmière, travaillant dans un hôpital militaire en 1917, qui apprend la mort de son mari Vorski – excellent Jean-Paul Zehnacker, qui traumatisa toute une génération -, homme brutal et violent. L’œuvre reste forte et est à redécouvrir en DVD. Les rôles se font plus rares, on la retrouve régulièrement dans en vedette invitée de série policière, mais le cinéma ne lui à offert ces dernières années, mais Jean-Pierre Mocky tente de casser son image pour "Bonsoir" (1992), où elle incarne une lesbienne qui s’offre les charmes de Corinne Le Poulain, mais qui est dérangée par un trouble-fête joué brillamment par Michel Serrault. Elle est très touchante, dans le rôle d’une femme d’une cinquantaine d’année, montant avec difficultés les escaliers pour rentrer chez elle, et se cachant de ses voisins souffrant de dépendances à l’alcool dans "la rampe" (diffusé en 2000), un court-métrage de 6 minutes dans le cadre de la série "Scénarios sur la drogue". Il est dommage que la gravité qu’elle montrait dans cette œuvre, n’ai pas inspiré les metteurs en scènes. Elle avait signé son autobiographie "Baisers envolés" en 2004. Son souvenir restera chère à notre cœur.
Filmographie : 1968 Baisers volés (François Truffaut) – Sous le signe de Monte-Cristo (André Hunebelle) – Topaz (L’étau) (Aldred Hitchcock) – 1969 Le témoin (Anne Walter) – Mon oncle Benjamin (Édouard Molinaro) – 1970 Domicile conjugal (François Truffaut) – Le bâteau sur l’herbe (Gérard Brach) – Nijinsky (Tony Richardson, inachevé) - 1972 Les feux de la chandeleur (Serge Korber) – Home sweet home (La fête de Jules) (Benoît Lamy) – 1973 Number one (Gianni Buffardi) – Prêtres interdits (Denys de la Patellière) – La ragazza di Via Condotti (Meutres à Rome) (German Lorente) – 1975 Trop c’est trop (Didier Kaminka) – Le malin plaisir (Bernard Toublanc-Michel) – Kita No Misaki (Le cap du Nord) (Kei Kumai) – Le choix (Jacques Faber) – 1976 Una spirale di nebbia (Caresses bourgeoises) (Eriprando Visconti) – 1978 Le pion (Christian Gion) – L’amour en fuite (François Truffaut) – 1980 Le bahut va craquer ! (Michel Nerval) – Téhéran 42 (Alexandre Alov & Vladimir Naoumov) – 1981 Lenin V Parize (Serguei Yutkevitch) – 1982 L’honneur d’un capitaine (Pierre Schoendoerffer) – 1985 L’homme qui n’était pas là (René Féret) – 1987/90 Le radeau de la Méduse (Iradj Azimi) – 1991 Tableau d’honneur (Charles Némès) – 1992 Bonsoir (Jean-Pierre Mocky) – 1993 Tombés du ciel (Philippe Lioret) – 1998 Vénus, beauté (institut) (Tonie Marshall, rôle coupé au montage) - Scénario sur la drogue : La rampe (Santiago Otheguy, CM) - 2003 À San Remo (Julien Donada, CM). Nota : 1975 Maître Pygmalion comment devenir un bon vendeur (Jacques Nahum & Hélène Durand) est un film d'entreprise, destiné à la formation à la technique des ventes en 10 épisodes.
Télévision : 1965 Le crime de la rue Chantilly (Guy Jorré) – 1967 Prunelle (Edmond Tiborowsky) – 1968 Les oiseaux rares (Jean Dewever) – Mauregard (Claude de Givray) – 1969 Le songe d’une nuit d’été (Jean-Christophe Averty) - Allô Police : Retour à l'envoyeur (Daniel Le Comte) - 1971 Au théâtre ce soir : Il y a longtemps que je t’aime (Georges Folgoas) – Le château perdu (François Chatel) – 1972 La mandragore (Philippe Arnal) – 1978 Au théâtre ce soir : Volpone (Pierre Sabbagh) – 1973 Au bout du chemin (Daniel Martineau) – 1974 Mamie Rose (Pierre Goutas) – Les oiseaux de lune (André Barsacq) – Malaventures : Monsieur seul (Joseph Drimal) – 1976 Les anneaux de Bicêtre (Louis Grospierre) – Antenne à Francis Perrin (Jean Kerchbron) – Le collectionneur de cerveaux (Michel Subiela) - 1977 Les amours sous la Révolution : La passion de Louis et Camille Desmoulins (Jean-Paul Carrère) – Claude Jade lit Madame de Sévigné (Jacques Cornet) – 1978 Ulysse est revenu (Claude de Givray) – Ma grotte au loups (Bernard Toublanc-Michel) – 1979 Nous ne l’avons pas assez aimé (Patrick Antoine) – L’île aux trente cercueils (Marcel Cravenne) – Fou comme François (Gérard Chouchan) – 1981 Treize (Patrick Villechaise) – Commissaire Moulin : L’amie d’enfance (Jean Kerchbron) – Lise et Laura (Henri Helmann) – 1982 Rendezvous à Paris (Rendez-vous à Paris) (Gabi Kubach) – 1984 Une petite fille dans les tournesols (Bernard Ferie) – Voglia di volare (Pierre Giuseppe Murgia) – 1985 Vivement Truffaut (Claude de Givray, documentaire) – 1987 Le grand secret (Jacques Trébouta) – Qui sont mes juges (André Thiéry) - 1989 Regulus 93 (Jean-Luc Tardieu, captation) – 1990 Fleur bleue (Plusieurs réalisateurs) – V comme vengeance : Le bonheur des autres (Charles Bitsch) - The hitchhiker (Le voyageur) : Windows (René Manzor) 1992 Eugène Grandet (Jean-Daniel Verhaeghe) – 1993 La tête en l’air (Marlène Bertin) – 1994 Tabou (Jacques Richard) – Julie Lescaut : Rumeurs (Marion Sarraut) – Navarro : Sentiments mortels (Nicolas Ribowski) –1995 Porté disparu (Jacques Richard) – Belle époque (Gavin Millar) – 1996 Inspecteur Moretti : Un enfant au soleil (Gilles Béhat) – 1997 Les Rapapommes (Myron Meerson, voix seulement) – Une femme d’honneur : Mémoire perdue (Michèle Hauteville) - 1998 Une femme d’honneur : Mémoire perdue (Michèle Hauteville) - 1998 Cap des pins (Emmanuel Fondallosa & Bernard Dumont) - 2000 Sans famille (Jean-Daniel Verhaeghe) - 2003 Meutres pour mémoire (Michel Sidoroff) - La crim’ : Le secret (Dominique Guillo) – 2004 Groupe flag : Vrai ou faux (Étienne Dhaene).
Théâtre : notamment : 1966 L’école des femmes, de Molière (Dijon) – 1967 Henri IV, de Luigi Pirandello, m.e.s. de Sacha Pitoëff – 1971 Je t’aime, de Sacha Guitry, m.e.s. de Julien Bertheau – 1974 Les oiseaux de lune, de Marcel Aymé – Il y a longtemps que je t’aime, de Jacques Deval - 1975 La guerre de Troie n’aura pas lieu, de Jean Giraudoux, m.e.s. de Jacques Mauclair - 1977 Port-Royal, d’Henry de Montherlant, m.e.s. de Jean Meyer – 1978 Intermezzo, de Jean Giraudoux, m.e.s. de Jean Meyer – Volpone, de Jules Romain – 1983 Les exilés, de James Joyce, m.e.s. de Jean Meyer – 1984 Le faiseur, d’Honoré de Balzac, m.e.s. de Christian Alers – 1986 L’interrogatoire, de Vladimir Volkoff, m.e.s. de Christian Alers – 1988 Regulus 93, de Catherine Decours, m.e.s. de Jean-Luc Tardieu – 1991 Un château au Portugal, de Julien Vartet, m.e.s d’Idriss – 1992 Dissident il va sans dire, de Michel Vinaver, m.e.s. de Jean Maisonnave – 2001 Lorenzaccio, une conspiration en 1534, de George Sand & Alfred de Musset, m.e.s de Henri Lazarini – 2006 Célimène et le Cardinal, de Jacques Rampal, m.e.s de Jacques Rampal.
Mise à jour du 25/08/2007

Avec Alfred Hitchcock sur le tournage de "L'étau"
ARTICLES : LIBÉRATION du 04/12/2006
Claude Jade : la «petite fiancée» est en noir, par Gérard Lefort
Blonde égérie de François Truffaut, qui l'avait demandée en mariage, l'actrice est morte vendredi à 58 ans.
L'actrice Claude Jade est morte vendredi d'un cancer à l'âge de 58 ans. Elle était née Claude Jorré, à Dijon, d'un père inspecteur pédagogique et d'une mère professeure. Claude Jorré ? On dirait un nom d'espionne dans OSS 117 époque Jean Bruce. Elle était née Claude Jade au théâtre dès lors qu'elle suivit à Dijon des cours d'art dramatique, puis à Paris, où elle devient l'élève de Jean-Laurent Cochet. Claude Jade ? On dirait un nom de blonde luminescente dans un film de François Truffaut.
Fille de porcelaine. De fait, l'ayant repérée dans le rôle de Frida d' Henri IV de Pirandello, François Truffaut, début 1968, lui propose d'être la fiancée du volage Antoine Doisnel dans Baisers volés (titre inspiré d'une chanson de Trenet). On croit en cette Christine Darbon, jeune fille de famille moyennement bourgeoise qui arrive à séduire et réduire le feu follet Doisnel. Comme si, face au lunaire Jean-Pierre Léaud, il fallait tout le soleil de cette gentille fille de porcelaine pour faire la paire. Encore une fois, Trenet sert de ritournelle : «Le soleil a rendez-vous avec la lune mais la lune ne le voit, pourtant le soleil est là.» Et bien là, parce qu'il fallait être une vraie fausse timide, non seulement pour exister face à Léaud mais aussi pour rivaliser avec Delphine Seyrig, qui, dans le même Baisers volés, compose, dans le rôle de Geneviève Tabard (épouse adultère d'un marchand de chaussures), une scène de drague inscrite depuis au panthéon du cinéma français. Pourquoi cette étonnante présence ? Parce que Truffaut ne fait pas que diriger Claude Jade, il en est aussi, comme souvent avec ses actrices, follement amoureux. Jusqu'à la demander en mariage l'été 1968. Il se désistera à la dernière minute. Ce n'est pas la mariée mais la petite fiancée qui était alors en noir.
Geisha : Claude Jade eut la classe de ne pas se venger dans ses mémoires (Baisers envolés, 2004), où, au contraire, elle remercie Truffaut de l'avoir fait naître au cinéma, quitte à préciser, plus complexe : «J'ai reçu des baisers, volés ou non, et j'ai été aimée.» Envolée vers d'autres films, en 1969, elle est hitchcockisée dans l'Etau, probablement par le truchement de Truffaut, et joue au côté de Jacques Brel dans Mon oncle Benjamin, d'Edouard Molinaro. Ultérieurement, on la verra dans les Feux de la Chandeleur, de Serge Korber (1972), ou l'Honneur d'un capitaine, de Pierre Schoendoerffer (1982), et un petit peu à la télé ou au théâtre (en février 2006 dans Célimène et le Cardinal, de Jacques Rampal). Mais Claude Jade sera surtout au rendez-vous des deux autres volets de la trilogie ourdie par Truffaut : en 1970, la voilà mariée dans Domicile conjugal. En 1978, la voilà divorcée dans l'Amour en fuite. Avec Deneuve, Claude Jade semble faire partie des égéries blondes et optimistes de Truffaut, tandis qu'Isabelle Adjani ou Fanny Ardant seraient ses muses brunes et sombres. Pas si simple. Dans Domicile conjugal, Claude Jade touche quand, travestie en fausse geisha, pour reconquérir Doisnel, ses larmes coulent. Dans l'Amour en fuite, distante et cassante, elle suggère une belle mélancolie.
LE FIGARO du 04/12/2006
Claude Jade, dernière evolée, par A.H.
La jolie jeune fille de « Baisers volés », la comédienne fétiche de François Truffaut s'est éteinte vendredi des suites d'un cancer. Elle avait 58 ans.
ELLE incarnait parfaitement tous les rêves des jeunes filles nées après la guerre. Les beautés vertes des sixties, les adolescentes qui écoutaient « Salut les copains » et qui lisaient Mademoiselle âge tendre. Claude Jade, qui était née le 8 octobre 1948, s'est éteinte avant-hier. Le cancer a eu raison de sa belle présence au monde. On ne veut pas croire que cette jeune femme au radieux sourire ait pu jamais souffrir. Pourtant, justement, malgré ses éclatants débuts, malgré sa belle carrière au cinéma, Claude Jade avait connu et le chagrin et les difficultés d'un retour après quelques années d'absence. Ce qu'elle avait raconté dans un livre de souvenirs, Baisers envolés, paru il y a deux ans et demi.
Dans cette autobiographie, elle révélait l'un des épisodes de sa vie : François Truffaut, qui l'avait remarquée au théâtre, alors qu'à 19 ans, à peine débarquée du conservatoire de Dijon, elle avait décroché un rôle dans Henri IV de Pirandello avec les Pitoëff, lui avait non seulement offert le rôle de Christine, la fiancée d'Antoine Doinel dans Baisers volés, mais était tombé amoureux d'elle et avait très cérémonieusement, quelques mois plus tard, demandé sa main à ses parents...
D'Alfred Hitchcock à Pierre Schoendoerffer : Mai 1968 balaya ce rêve de mariage. Claude Jade et François Truffaut, qui avait 17 ans de plus qu'elle, surent devenir, des années plus tard, d'indéfectibles amis, mais l'un et l'autre souffrirent de cette histoire au dénouement douloureux.
Au cinéma, la ravissante interprète enchaînait les rôles et sa grâce faisait merveille. L'Étau avec Alfred Hitchcock (1969), Mon oncle Benjamin avec Édouard Molinaro (1969) et puis, bien sûr, la suite des aventures de Christine Darbon et d'Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) : Domicile conjugal (1970), L'Amour en fuite (1979). Elle tourna également avec Pierre Schoendoerffer L'Honneur d'un capitaine (1982), avec René Féret L'Homme qui n'était pas là (1986), avec Jean-Pierre Mocky Bonsoir (1993) pour n'en citer que quelques-uns. Personne ne l'oubliait et ce, d'autant qu'elle tourna aussi pas mal pour la télévision : en 1979, L'Île aux trente cercueils, et, beaucoup plus récemment, Cap des pins dont les épisodes se succédèrent de 1998 à 2000.
Claude Jade n'avait jamais voulu oublier le théâtre, sa passion fondatrice, et c'est sur scène qu'on aura pu l'applaudir la dernière fois. Au début de cette année, elle avait joué au Lucernaire Célimène et le Cardinal de Jacques Rampal avec Patrick Préjean. Elle était heureuse. Elle avait le sentiment de retrouver ce qui remplissait d'espérance la jeune fille de Dijon, celle qui avait eu un premier prix au conservatoire de sa ville avant de connaître la subtile formation du cours de Jean-Laurent Cochet...
C'est demain après-midi, mardi 5 décembre, au temple de l'Oratoire, que seront célébrées les obsèques de cette femme douce.
LE MONDE du 03/12/2006
AFP/-
L'actrice française Claude Jade, de son vrai nom Claude Marcelle Jorré, pris en mai 1970 à Paris. L'actrice fétiche du réalisateur François Truffaut et partenaire à l'écran de Jean-Pierre Léaud, est morte le 1 décembre d'un cancer, à l'âge de 58 ans.
L'actrice Claude Jade est morte vendredi 1er décembre d'un cancer, à l'âge de 58 ans. Elle avait accédé à la notoriété grâce à François Truffaut, qui avait fait d'elle la "petite fiancée du cinéma français" en lui confiant le rôle de la compagne de son personnage fétiche Antoine Doinel, alias Jean-Pierre Léaud. "La jeune fille lisse de 'Baisers volés' m'a collé à la peau, je suis longtemps restée la 'petite fiancée du cinéma français'", écrivait l'actrice dans Baisers envolés, son livre de souvenirs, paru en 2004.
Claude Jade n'a pas encore 20 ans lorsque Truffaut lui propose le rôle de Christine Darbon, début 1968, dans le film "Baisers volés". Le réalisateur a repéré la jeune femme au théâtre, dans le rôle de la Frida de "Henri IV" de Luigi Pirandello. Dans "Baisers volés", elle est la fiancée d'Antoine Doinel, qu'elle épouse dans le deuxième film de ce triptyque, "Domicile conjugal" (1970) et dont elle se sépare dans "L'amour en fuite" (1978).
Truffaut tient une place particulière dans la carrière et la vie de Claude Jade. Dans son livre de souvenirs, cette dernière raconte sa liaison avec le metteur en scène, qui avait envisagé de l'épouser avant de se raviser peu de temps avant le mariage, prévu en juin 1968.
Entre fin 1968 et début 1969, Claude Jade tourne pour un autre monstre sacré, l'Anglais Alfred Hitchock, dans "L'étau". Puis elle donne la réplique à Jacques Brel, dont elle incarne la fiancée,Manette, dans "Mon oncle Benjamin" d'Edouard Molinaro (1969).
Dans sa filmographie figurent aussi "Sous le signe de Monte Cristo" d'André Hunebelle (1968), "Le bateau sur l'herbe" de Gérard Brach (1970), "Les feux de la Chandeleur" de Serge Korber (1972), "Prêtres interdits" de Denys de la Patellière (1973), "Les anneaux de Bicêtre" de Louis Grospierre (1976, année de naissance du fils de Claude Jade, Pierre Coste), "L'honneur d'un capitaine" de Pierre Schoendoerffer (1982) ou "Bonsoir" de Jean-Pierre Mocky (1994).
LE THÉÂTRE, SA PREMIÈRE PASSION
Si le grand public a découvert au cinéma le visage doux et lisse de Claude Jade (de son vrai nom Claude Jorré), sa première passion a été le théâtre.
Née à Dijon le 8 octobre 1948, d'un père inspecteur pédagogique et d'une mère professeur, elle suit le cours d'art dramatique au conservatoire de cette ville, où elle obtient le premier prix de comédie, en 1966. Elle monte ensuite à Paris où elle devient l'élève de Jean-Laurent Cochet.
Au théâtre, Claude Jade a notamment joué dans "La guerre de Troie n'aura pas lieu" (1975), "Britannicus (1980) ou "Lorenzaccio" (2001). En février 2006, elle était à l'affiche du Lucernaire à Paris, dans "Célimène et le cardinal", de Jacques Rampal, présentée ensuite en province.
Cette pièce, qu'elle interprétait avec Patrick Préjean, met en scène les deux personnages du "Misanthrope" de Molière, Célimène, devenue une jolie quadragénaire, face à Alceste, devenu cardinal.
L'actrice avait, en outre, tourné dans plusieurs téléfilms et séries télévisées, parmi lesquels "L'île aux trente cercueils" (1979), "Le grand secret" (1988), "Fleur bleue" (1990), "Sans famille" (2000), "La Crim'" (2004) ou "Groupe Flag'" (2005).
Les obsèques de Claude Jade, qui était chevalier de la Légion d'honneur et officier des arts et des lettres, auront lieu mardi à 15 heures au temple de l'Oratoire du Louvre, rue Saint-Honoré, à Paris.

AFP
Photo prise en 1968 à Universal City près de Los Angeles de l'actrice française Claude Jade lors de la préparation du tournage du film "Topaz" réalisé par Alfred Hitchcock.
LE MONDE du 04/12/2006
Claude Jade, comédienne, par Thomas Sotinel
La comédienne Claude Jade, actrice fétiche de François Truffaut, est morte des suites d'un cancer de l'oeil, vendredi 1er décembre, dans un hôpital de Boulogne-Billancourt. Elle était âgée de 58 ans.
Révélée par son apparition dans Baisers volés, en 1968, alors qu'elle n'avait pas 20 ans, elle reste associée à ce personnage de jeune fille sage, que le destin a jetée dans les bras d'un garçon fantasque et inconstant. Mais la carrière de Claude Jade, si elle n'a jamais retrouvé pareils sommets, a continué jusqu'à sa mort, partagée entre cinéma, télévision et théâtre.
Fille d'universitaires, Claude Jorré est née le 8 octobre 1948 à Dijon, où elle a grandi. Elle y prend des cours d'art dramatique avant de poursuivre ses études à Paris sous la direction de Jean-Laurent Cochet. En 1967, elle tourne pour la télévision et joue dans le Henri IV de Pirandello sous la direction du comédien et metteur en scène Sacha Pitoëff. François Truffaut assiste à la générale au Théâtre moderne, alors qu'il est à quelques mois du début du tournage de Baisers volés, dont tous les rôles sont distribués, sauf celui de Christine Darbon. Il décide de le confier à Claude Jade, qu'il trouve polie, charmante, et surnomme "Peggy Sage".
Début 1968, le tournage se passe de manière idyllique, au sens strict du terme, puisque Truffaut fait sa demande en mariage à la débutante, qui l'accompagne lors des manifestations pour la défense d'Henri Langlois, le patron de la Cinémathèque, que le ministre de la culture, André Malraux, veut limoger.
Truffaut renonce finalement à ses projets matrimoniaux, mais recommande Claude Jade à Alfred Hitchcock, qui s'apprête à tourner L'Etau. Le cinéaste français écrit à son maître : "Elle est un peu dans le genre Grace Kelly-Joan Fontaine et, d'après ce que je connais du roman Topaz dont est tiré L'Etau, elle semble correspondre à l'un des rôles." Hitchcock suit cette recommandation.
Claude Jade tourne ensuite avec Edouard Molinaro, au côté de Jacques Brel, dans Mon oncle Benjamin, qui sort en 1969, comme L'Etau. En 1972, elle épouse un diplomate et sa vie nomade explique en grande partie une carrière erratique, au long de laquelle on relève par exemple un épisode soviétique, au début des années 1980. Mais elle tourne beaucoup, aussi bien pour le cinéma que pour la télévision. On la voit dans L'Honneur d'un capitaine, de Pierre Schoendorffer, en 1982, L'Homme qui n'était pas là, de René Féret, en 1982, Bonsoir, de Jean-Pierre Mocky, en 1994.
Elle tourne également beaucoup à la télévision, où l'une de ses apparitions les plus marquantes fut, en 1979, pour L'Ile aux trente cercueils, et où elle collabore à la plupart des séries à succès françaises, de "Navarro" à "Julie Lescaut".
Enfin, Claude Jade monte régulièrement sur scène : elle venait d'interpréter au Théâtre Lucernaire à Paris le rôle de Célimène, dans Célimène et le cardinal, de Jacques Rampal. En chemin, elle avait retrouvé François Truffaut à deux reprises. Pour Domicile conjugal, en 1970, chronique amère de la déconfiture matrimoniale, et pour apparaître fugacement dans L'Amour en fuite, en 1979, le dernier des longs métrages que François Truffaut consacra à la vie amoureuse de son alter ego.

