26 mars 2007
J'ATTENDS QUELQU'UN
Avant-première à l’UGC-Cité Bordeaux du film de Jérôme Bonnell, le 16 mars dernier à l’UGC-Cité ciné en présence de son réalisateur et de la comédienne Florence Loiret-Caille, en clôture d’un festival de courts-métrages. Louis – Jean-Pierre Darroussin, toujours aussi formidable -, est patron d’un petit café dans une petite ville de la banlieue parisienne. Il a un fils dont il ne s’occupe guère, et rend régulièrement visité à une prostituée occasionnelle un peu perdue Sabine, il semble d’ailleurs être très attaché à elle. Il a instauré un rite de visite en la retrouvant souvent dans un hôtel. Il visite régulièrement sa mère – Mireille Franchino, très juste –, hospitalisée car elle semble perdre la mémoire, avec sa sœur Agnès– Emmanuelle Devos, épatante et solaire -, avec lequel il a une grande complicité. Agnès, qui est institutrice, vit en couple avec Jean-Philippe – Éric Caravaca, défendant superbement son rôle -, professeur assez timoré. Le couple est assez solide, même s’il souffre de ne pas avoir d’enfants. Arrive le jeune Stéphane – Sylvain Dieudaide, sans doutes LE regard le plus triste du cinéma français -, qui fut d’ailleurs élève d’Agnès et qui revient dans la région après une longue absence. Il se lie d’amitié avec Tony – Yannick Choirat, très juste également -, chômeur sympathique et qui vit avec Farida – Sabrina Ouazani, un tempérament -. Ce petit monde triste, se construisent pourtant des petits moments de bonheur. Le film confirme le talent de Jérôme Bonnell – fils de René Bonnell pour la petite histoire – après le très probant "Les yeux clairs", je n’ai hélas pas vu son premier film "Le chignon d’Olga" -. C’est un cinéma qui privilégie ses personnages, prend le temps de le suivre. Il y a chez lui un grand sens de l’observation, une manière très personnelle de capter les émotions.
Florence Loiret-Caille & Jean-Pierre Darroussin
Le cinéaste est très habile pour faire alterner des moments cocasses et pour faire naître des émotions à travers plusieurs portraits de personnes partageant la même mélancolie. Tous les personnages existent, comme la mystérieuse femme aux chiens blancs, passante énigmatique – il m’aura fallut lire le générique pour percuter et enfin reconnaître l’excellente Nathalie Boutefeu, pourtant l’une des meilleures comédiennes de sa génération. C’est une idée ludique, pour celle qui fut présente dans "Le chignon d’Olga" et qui fut attachante dans "Les yeux clairs". On s’attache à tous les personnages, comme Marc Citti, comédien scandaleusement sous-estimé irrésistible en papetier amateur de bananes – il faut le voir manger sa banane avec un couteau, évoquant l'un des meilleurs épisodes de la série "Seinfeld" de la barre chocolatée mangée avec des couverts. Le quotidien est ici rendu avec une étonnante sensibilité, la caméra accompagne les acteurs qui rivalisent ici de justesses. Il dresse l’insolite, des petits riens, d’un chien confié par une zonarde dans un parc. Il traque les petits riens, la lourdeur parfois des êtres – Louis, ayant des gestes déplacés avec son employée. Il y a un lien et une unité dans les caractères, ce qui manquait au pourtant estimable "Ma place au soleil", film choral d’Éric de Montalier. Jérôme Bonnell ressemble à ses films, déterminé, avisé. Il évoquait l’écriture du film, débutant sur les personnages de Louis et de Sabine, avant de faire appel à d’autres personnages coexistant avec ce couple de départ. Florence Loiret-Caille, une nature révélée dans "Une aventure" notamment, est ici bouleversante dans ce personnage à la fois fort et fragile. La comédienne présence dont au débat était d’une grande timidité, préférant visiblement parler du grand talent d’un Jean-Pierre Darroussin plutôt que de parler de son métier. Jérôme Bonnell est assurément un cinéaste à suivre de très près. Un excellent cinéma qui oscille entre le charme et la gravité.
22 mars 2007
MORT DE FREDDIE FRANCIS
Annonce de la mort de Freddie Francis, très grand chef opérateur et qui fut à l'instar de Jack Cardiff, cinéaste. Il fut d'abord cameraman avant de signer des images inoubliables comme dans le chef d'oeuvre du cinéma gothique "Les innocents" ou dans les films de David Lynch qui le fit travailler après des années d'absences après une carrière non régligeable comme réalisateur de films d'horreurs pour la firme anglaise "Amicus", notamment. Ses films sont parfois inégaux, mais teintés d'humour noir, citons "Dracula et les femmes" avec Christopher Lee, en 1969, où le battant d'une cloche n'est autre qu'un cadavre de femme, saigné à blanc... Il se spécialise également dans le film à sketche horrifique ("Le train des épouvantes", "Le jardin des tortures", "Histoires d'outre-tombe"...). Il signe en 1985, une sorte d'hommage crépusculaire aux films de la Hammer, avec "Le docteur et les assassins", avec Timothy Dalton en anatomiste du début du XIXème siècle, ravitaillé en cadavres par un ivrogne campé par Jonathan Pryce. Il était surtout reconnu pour ses qualités de ses images, il avait reçu l'oscar du meilleur chef opérateur en 1960 pour "Amant et fils" et en 1990 pour "Glory" et fut consacré à 4 reprises par la prestigieuse "British Society of Cinematographers", qui l'honora également du "BSC Lifetime Achievement Award" en 1997. Son CV complet est consultable dans l'indispensable Internet Encylopedia of Cinematographers . A lire également des hommages de Cinéartistes et de L'AFC.
Filmographie : Comme réalisateur : 1962 The Day of the Triffids (L'invasion des triffids) (Co-réalisateur Steve Sekely) - Two and Two Make Six – Ein Toter sucht seinen Mörder / A Dead Man Seeks His Murderer – 1963 Paranoiac (Paranoïaque) - Nightmare / Here’s the knife, dear : Now use it (Meurtre par procuration) - The Evil of Frankenstein (L’empreinte de Frankenstein) - 1964 Hysteria - Dr. Terror’s house of horrors (Le train des épouvantes) – Tratior's gate - 1965 The skull (Le crâne maléfigue) – 1966 The pyschopath (Poupée de cendres) – They came beyond space – The deadly bees (Le dard mortel) – 1967 Torture garden (Le jardin des tortures) - 1968 Dracula has risen from the grave (Dracula et les femmes) – 1969 Mumsy, Nanny, Sonny and Girly – 1970 Trog (Trog / L’abominable homme des cavernes) – 1971 The vampire happening / Gebissen wird nur nachts – 1972 Tales from the Crypt (Histoires d’outre-tombe) – The creeping flesh (La chair du diable) –1973 Craze (Vidéo : Le tueur sous influence) - Tales that witness madness – 1974 Son of Dracula - The ghoul - Legend of the Werewolf (Vidéo : La légende du loup-garou) - 1985 The doctor and the devils (Le docteur et les assassins) – 1987 Dark Tower (Vidéo : La tour de l’angoisse) (Co-réalisation avec Ken Wiederham) - Comme chef opérateur : 1956 A Hill in Korea (Les échappés du désert / Commando en Corée) (Julian Amyes) - Time without pity (Temps sans pitié) (Joseph Losey) – 1957 The scamp / Strange affection (Wolf Rilla) – 1958 Virgin Island (Pat Jackson) – 1959 The battle of the sexes (La bataille des sexes) (Charles Crichton) – Room at the top (Les chemins de la haute ville) (Jack Clayton) – Next to no time (Henry Cornelius) – 1960 Never take sweets from a stranger / Never take candy from a stranger (Cyril Frankel) – Son and Lovers (Amants et fils) – Saturday night and Sunday morning (Samedi soir, dimanche matin) (Karel Reisz) – 1961 The innocents (Les innocents) (Jack Clayton) – 1964 Night must fall (La force des ténèbres) (Karel Reisz) –1980 The Elephant man (Elephant man) (David Lynch) – 1981 The french lieutenant’s woman (La maîtresse du lieutenant français) (Karek Reisz) – 1983 The Jigsaw Man (Vidéo : Double jeu) (Terence Young) – 1984 Memed my hawk (Peter Ustinov) – Dune (Id) (David Lynch) – 1985 Return of oz (Walter Murch) – Code name : Emerald (Vidéo : Nom de code : Émeraude) (Jonathan Sanger) – 1988 Clara’s heart (Le secret de Clara) (Robert Mulligan) – Her Alibi (Son alibi) (Bruce Beresford) – 1989 Brenda Starr (Robert Ellis Miller) – Glory (Id) (Edward Zwick) – 1991 The man in the moon (Un été en Louisiane) (Robert Mulligan) – Cape fear (Les nerfs à vifs) (Martin Scorsese) – 1993 A life in the theater (Gregory Mosher) - 1994 Princess Caraboo (Princesse Caraboo) (Michael Austin) – 1996 Rainbow (Les voyageurs arc-en-ciel) (Bob Hoskins) – 1999 The straight story (Une histoire vraie) (David Lynch) - Comme scénariste : 1964 Diary of a bachelor (Sandy Howard).
Christopher Lee dans "Dracula et les femmes"
ARTICLE - LE MONDE
Freddie Francis, par Thomas Sotinel
Le réalisateur et directeur de la photographie britannique Freddie Francis, qui avait dirigé des films d'horreur pour le studio Hammer, mais aussi collaboré en tant que chef opérateur avec David Lynch pour Elephant Man (1980) et Martin Scorsese pour Les Nerfs à vif (1991), est mort samedi 17 mars à Isleworth dans le Middlesex des suites d'un accident cardiaque ; il avait 89 ans. La carrière de Freddie Francis se divise en trois périodes : la première le voit accompagner, en tant que chef opérateur, l'essor du jeune cinéma anglais, au milieu du XXe siècle. Pendant la deuxième, il devient un pilier du cinéma d'horreur britannique, réalisant quelques-uns des classiques du genre. Enfin, après une longue éclipse, un jeune réalisateur américain, David Lynch, fait appel à lui pour éclairer un drame victorien, Elephant Man, lui ouvrant ainsi les portes d'Hollywood. Freddie Francis est né à Islington, au nord de Londres, le 22 décembre 1917. Apprenti-cameraman dans les studios voisins de la Gaumont British, il travaille dans le service de propagande cinématographique de l'armée britannique pendant la seconde guerre mondiale. A sa démobilisation il trouve du travail comme cameraman et collabore avec John Huston pour Moulin Rouge (1952) et Plus fort que le diable (1954). A la fin de la décennie, il devient directeur de la photographie à part entière et collabore à quelques-uns des classiques du nouveau cinéma britannique comme Les Chemins de la haute ville, de Jack Clayton (1959), ou Samedi soir dimanche matin de Karel Reisz. En 1961, il reçoit l'Oscar pour l'image d'Amants et fils, de Jack Cardiff. Il considérait son travail pour Les Innocents (1961) de Clayton, l'adaptation du Tour d'écrou d'Henry James, comme le meilleur de sa carrière. A ce moment, il décide de tenter sa chance comme réalisateur et dirige pour le studio Hammer un film d'horreur, Paranoiac. Il aligne ainsi une douzaine de longs métrages de genre, parmi lesquels quelques-uns ont laissé leur marque comme L'Empreinte de Frankenstein (1964) ou Dracula et les femmes (1968). Après une longue éclipse, pendant laquelle il travaille pour la télévision, David Lynch l'appelle pour Elephant Man après avoir joué son nom à pile ou face. Freddie Francis travaille ensuite avec Scorsese, Karel Reisz à nouveau (La Maîtresse du lieutenant français, en 1981) ou, plus tard, Edward Zwick. L'image de Glory lui vaut un second Oscar en 1989. Il était revenu à la réalisation avec Le Docteur et les assassins (1985), dont l'insuccès mit un terme à sa carrière de cinéaste.
20 mars 2007
MORT DE STUART ROSENBERG
Annonce de la mort du réalisateur Stuart Rosenberg, à l’âge de 79 ans, d’une crise cardiaque, jeudi dernier à Beverly Hills. Cet ancien enseignant de littérature à l'université de New York, fit une carrière prolifique à la télévision, à l’instar d’un Robert Altman, en réalisant des séries à la télévision ("La quatrième dimension", "Alfred Hitchcock présente", "Les incorruptibles", etc..). Il commence en 1959, le tournage de "Crime société anonyme", interrompu par une grève des acteurs, solidaire avec eux, il fut remplacé par Burt Balaban. La critique était parfois rude avec cet habile artisan, pourtant toujours soucieux de faire exister une atmosphère et un décors. Michel Grisolia dans Cinéma 73 N°178-1979, évoquait "le tape à l’œil de très mauvais goût dans lequel baignent aussi bien "Les indésirables" que "Move"", mais louait par contre ses "deux réquisitoires désespérés sur l’Amérique contemporaine : les forçats de "Luke la main froide" et les paumés de "W.u.s.a."". Il offre donc des rôles forts à Paul Newman, comme dans "Luke, la main froide" - qui valu l’oscar du meilleur second rôle à George Kennedy. Il le retrouve pour "W.u.s.a." - nom d'une station de radio ouvertement fasciste - avec sa femme Joan Woodward, "Les indésirables" démythification du western hollywoodien, avec comme partenaire Lee Marvin et "La toile d’araignée" mettant en scène un privé aux prises avec les habituels clichés du polar dans une Floride écrasée de soleil. S’il est efficace dans les films de dénonciation, il semble cependant moins à l’aise dans la comédie comme dans "Folie d’Avril", malgré le tandem Jack Lemmon et Catherine Deneuve, et avec des grands sujets, tel l’exil des juifs expulsés d’Allemagne en 1976, malgré un impressionnant casting all-stars, - Orson Welles, Max Von Sydow, Faye Dunaway, etc… -. Il signa un curieux film en 1973, "Le flic ricanant", mettant en vedette Walter Matthau qui incarnait un policier sans histoire traquant un criminel sadique. Il connaît une consécration avec "Amityville, la maison du diable" victime de l’actuelle mode des remakes, mais le film a cependant mal vieilli et déçoit désormais malgré l’impact qu’il pouvait avoir dans les années 80. Il signe deux très bons films dans les années 80, tel "Brubaker" - il avait remplacé Bob Rafelson, réalisateur initalement prévu pour ce film -, où Robert Redford personnifie un nouveau directeur d’un pénitentier, voulant réformer les lieux, et "Le pape de Greenwich village" qui offrit l’un de ses meilleurs rôles à Mickey Rourke. Ce dernier était le partenaire d’Eric Roberts et Darryl Hannah, dans cette histoire de petits malfrats désoeuvrés. La dernière partie de sa carrière marquait le pas notamment avec "Six hommes pour tuer Harry", film d’action reaganien qu’il désavoua en signant "Alan Smithee" au générique. Son dernier film, "My heroes have always been cow-boy" datait de 1991, avec Scott Glenn et Ben Johnson, et est resté inédit en France. Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, lui avait consacré un article dans l’indispensable "50 ans de cinéma américain", excellente approche sur ce réalisateur.
Filmographie : 1960 Murder, Inc. (Crime société anonyme) (Film terminé par Burt Balaban) - Question 7 / Frage 7 - 1964 The black list (documentaire) - 1967 Cool Hand Luke (Luke la main froide) - 1969 The April Fools (Folies d'Avril) - 1970 Move (+ producteur exécutif) - WUSA (W.u.s.a.) - 1971 Pockey Money (Les indésirables) - 1973 The laughing policeman (Le flic ricanant) - 1975 The Drowning Pool (La toile d’araignée) - 1976 Voyage of the Damned (Le voyage des damnés) – 1979 Love and Bullets (Avec les compliments de Charlie) - The Amityville Horror (Amityville, la maison du diable) - 1980 Brubaker (Id) - 1984 Village Dreams (Le pape de Greenwich Village) – 1986 Let’s Get Harry (Six hommes pour tuer Harry) - 1991 My heroes have always been cowboys.
16 mars 2007
MORT DE NICOLE STÉPHANE

Annonce de la mort de Nicole Stéphane actrice et productrice française. Elle est très active durant la seconde guerre mondiale, confère sa fiche Wikipédia. Issue de la célèbre famille des de Rothschild, elle est choisie par Jean-Pierre Melville qui est un de ses amis pour incarner la mutique nièce de Jean-Marie Robain dans "Le silence de la mer", adaptation du célèbre roman de Vercors, tourné en 1947 sans avoir l'autorisation de ce dernier. Melville l'évoque dans le livre de "Rui Nogueira", "Le cinéma de Jean-Pierre Melville" (Éditions Seghers - Cinéma 2000, 1974, réédité par "Les cahiers du cinéma" : " ...Un jour qu'elle me confiait son désir de devenir réalisateur, je lui avais répondu : "Je vous prendrai comme assistante le jour où je ferai un film, mais permettez-moi de vous dire que j'aimerais mieux que vous y participiez comme comédienne". Son profil très pur et ses yeux très clair convenaient parfaitement au rôle de la nièce". Elle est excellente dans son attitude butée face à Howard Vernon incarnant un officier allemand cultivé. Elle retrouve Melville, dans l'adaptation de Jean Cocteau, "Les enfants terribles", où elle incarne une échevelée Élisabeth, elle y est excellente face au piètre Edouard Dhermite imposé par Cocteau. Elle abandonne très vite sa carrière d'actrice - elle figurait Marie Curie dans un court-métrage de Georges Franju", suite à un accident de la route pour se lancer dans la production pour des projets ambitieux. Elle produit "La vie de château" qui est un petit bijou de la comédie et est le premier film de Jean-Paul Rappeneau, Le site Artepix évoquait ses difficultés sur le financement de "Mourir à Madrid", évoqué dans le bonus du DVD du film : "Cette entrevue avec la productrice du film, Nicole Stéphane, permet de revenir sur son engagement sur le projet et les difficultés qu’elle a rencontrées avec Frédéric Rossif pour le mener à bien. Elle explique, entre autres choses, comment le gouvernement espagnol lui a proposé de racheter son film, pour l’empêcher d’être projeté en Espagne...". A partir de 1969, elle avait pour projet d'adapter Marcel Proust dans une adaptation de Suso Cecchi d'Amico pour Luchino Visconti, la préparation fut évoquée dans deux livres "Proust à l'écran" de Peter Kranvanja" éditions "La lettre volée" et dans un livre de Suso Cecchi D'Amico paru aux éditions Personna. L'adaptation, finit par aboutir en 1983, pour le film honorable de Wolker Schlöndorff. Il convenait de saluer ce parcours exceptionnel. Annonce également, ces derniers jours du décès de la comédienne Betty Hutton et du réalisateur Jeff Musso, j'y reviendrai dès que possible...

Avec Édouard Dhermitte dans "Les enfants terribles"
Filmographie : comme actrice : Le silence de la mer (Jean-Pierre Melville) – 1949 Les enfants terribles (Jean-Pierre Melville) - La dernière nouvelle (Rune Hagberg & Georges Patrix, CM) – 1950 Né de père inconnu (Maurice Cloche) – 1953 Le défroqué (Léo Joannon) - Monsieur et Madame Curie (Georges Franju, CM) – 1957 (Carve har name with pride (Agent secret S.Z.) (Lewis Gilbert) - Comme réalisatrice : 1956 Les Hydrocéphales (CM) – 1958 La génération du désert (CM) – 1967 Une guerre pour une paix (CM) – 1993 En attendant Godot à Sarajevo (CM) - Comme productrice : 1961 Vel d'hiv (Frédéric Rossif & Guy Blanc, CM) - 1962 Mourir à Madrid (Frédéric Rossif) – 1965 La vie de château (Jean-Paul Rappeneau) – 1967 L’une et l’autre (René Allio) - 1968 Phèdre (Pierre Jourdan) – 1969 Détruire, dit-elle (Marguerite Duras) – 1974 Promised lands (Susan Sontag, documentaire) - 1988 Sarah (Edgardo Cozarinsky, CM) - Divers : Montage du générique : 1963 Behold a pale horse (Et vint le jour de la vengeance) (Fred Zinnemann).

ARTICLES
LIBÉRATION du jeudi 15 mars 2007
Cinéma
Nicole Stéphane, la mort d'une enfant terrible, par Gérard Lefort
Ce n'est pas faire déshonneur à la mémoire de Nicole Stéphane, née Nicole de Rothschild en 1928, à Paris, et morte hier de vieillesse, que de rappeler qu'elle fut à l'écran la femme d'un seul film : les Enfants terribles, réalisé en 1950 par Jean-Pierre Melville, d'après le roman de Jean Cocteau. Elle y était Elisabeth, la soeur dessalée et fantasque de Paul (l'ébranlant Edouard Dermithe), fomentant bien des amours par procuration pour distraire son frère et le prévenir de succomber à son désir pour l'élève Dargelos, puis à sa passion pour la jeune Agathe, le double de Dargelos en fille. Nicole Stéphane confia que Cocteau l'élut en 1949, le soir de la première du Silence de la mer (du même Melville) où elle interprétait la jeune fille mutique : «Vous serez Elisabeth !» Bonne idée d'évidence, en effet. Quel chic fut le sien, élégante aussi bien en robe de chambre négligée qu'en tailleur Christian Dior (auteur des costumes du film). Quel chien, quand elle se ballade dans l'appartement-roulotte avec une pince à linge sur le nez «pour se faire le profil grec». Quelle allure moderne avec sa tignasse brossée à la diable, son regard clair et trouble, son rien de maquillage. Quelle beauté, surtout, à la croisée des genres. Ultérieurement, Nicole Stéphane fut un peu actrice (Marie Curie dans le Madame Curie de Georges Franju, en 1953) mais surtout réalisatrice de courts métrages ( Vél d'hiv, en 1958), puis productrice perspicace : Mourir à Madrid de Rossif, en 1962, La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, en 1965, Détruire, dit-elle de Duras, en 1970, et Un amour de Swann de Schlöndorf, en 1984, projet fantôme qui la hanta pendant des années. Sans doute parce qu'à sa façon, elle aurait pu être une des princesses de la Recherche .
LE MONDE du 16.03.07
Nécrologie
Nicole Stéphane, actrice, réalisatrice et productrice, par Jean-Luc Douin
L'actrice, réalisatrice et productrice Nicole Stéphane est morte le 13 mars, à Paris, à l'âge de 83 ans.
Née Nicole de Rothschild en 1923, engagée dans les Forces françaises libres à Londres pendant la guerre, Nicole Stéphane avait été remarquée par Jean-Pierre Melville alors qu'elle faisait ses débuts de comédienne après la Libération. Il lui confie le rôle de la jeune fille blonde qui demeure obstinément muette face à l'officier allemand installé chez son oncle durant la seconde guerre mondiale, dans Le Silence de la mer d'après Vercors (1947). Mutisme dont elle ne sortira qu'à la fin, lors du départ de l'occupant, pour murmurer un mot : "Adieu. Elle enchaîne sur un autre film de Jean-Pierre Melville, Les Enfants terribles (1949), adapté du roman de Jean Cocteau. Un huis clos passionnel où, tignasse en bataille, elle incarne Elisabeth, adolescente soignant son frère malade, orchestrant autour de lui des intrigues sentimentales vénéneuses et entretenant une relation incestueuse, jusqu'au drame, sa mort à lui, son suicide à elle. "Les moindres gestes de Nicole Stéphane prenaient la puissance effrayante de ceux d'Electre", dira Jean Cocteau. Melville, lui, déplorera que cette comédienne "absolument remarquable" veuille changer de métier. Il rêve de lui confier un jour le rôle tenu jadis par Yvonne de Bray dans Les Parents terribles. Nicole Stéphane, en effet, se produira encore dans le Madame Curie de Georges Franju (1953), mais elle sera tentée par la réalisation de courts métrages (sur Israël, sur la mise en scène d'une pièce de Beckett à Sarajevo par Susan Sontag) et se passionne pour la production. Un terrible accident de voiture l'a résolue à ce changement de carrière. Sa mère s'était occupée de réfugiés espagnols ; elle, permet la réalisation de Mourir à Madrid, le documentaire de Frédéric Rossif sur la guerre civile contre Franco. Pour la télévision, elle produit Phèdre, pour le cinéma La Vie de château, de Jean-Paul Rappeneau (1965), Détruire dit-elle, de Marguerite Duras (1969). Ayant acquis les droits d'adaptation cinématographique d'A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, elle tentera de convaincre Truffaut, Resnais, Rivette de s'y atteler, en vain. Avant de travailler avec Luchino Visconti, qui finira par renoncer, et de réaliser son rêve avec Volker Schlöndorff : Un amour de Swann (1984). Nicole Stéphane était actionnaire et amie des Cahiers du cinéma.
03 mars 2007
MORT DE COLETTE BROSSET
Robert Dhéry & Colette Brosset
Les mouettes ne gueuleront plus... Annonce de la mort de Colette Brosset, à l'âge de 85 ans. Sa gouaille participait à un grand talent novateur dans la comédie française pour des films cultes, réalisé par son mari Robert Dhéry, décédé en 2004. Ce dernier ne me semble pas avoir la place qu'il mérite dans le panthéon des auteurs du cinéma français, mais ses films restent chers à nos coeurs. C'était un grand metteur en scéne, il suffit de comparer ses films avec la captation d'"Ah! Les belles bacchantes" par Jean Loubignac. Sa bande de comédiens autour de son couple, Christian Duvaleix, Robert Rollis ou Louis de Funès faisait merveilles. Dhéry lui-même jouait des personnages lunaires comme celui du supporter, tenu de rester muet par un dentiste dans un Londres hostile, ou le nouveau propriétaire de "La belle américaine", des rôles souvent lunaires. Colette Brosset incarnait la raison, avec un petit côté frondeur, il fallait la voir essayer de suivre, avec dynamisme, les chamailleries du tandem Dhéry-De Funès dans "Le petit baigneur". Si comme comédien, Robert Dhéry était poignant dans "Malville" et "La passion Béatrice" dans le registre de l'émotion, Colette Brosset n'aura pas eu la chance d'avoir des rôles à sa mesure en dehors des films de son mari, mais on la retrouvait dans "La grande vadrouille" ou elle trouvait des uniformes allemands et des chiens pour les donner au tandem Bourvil-de Funès. Elle avait en effet un talent complet et un charme proche d'une Sophie Desmarets. Elle excellait pourtant dans tous les domaines, la danse - elle avait réalisé la chorégraphie des serveurs dans "Le grand restaurant" (Jacques Besnard, 1966), le théâtre, la radio et le cinéma. Certaines filmographies me semble la créditer à tort pour le film de René Clément "Paris brûle-t'il ?" (1965).
ARTICLES
LIBÉRATION
Cinéma
Colette Brosset, dernière vadrouille
L'actrice populaire est morte à l'âge de 85 ans. - Par SERVICE CULTURE Ddu samedi 3 mars 2007
Certains comiques n'étaient pas de droite à l'époque. Avec la comédienne et scénariste épatante Colette Brosset, c'est un sacré bout des années 50 qui disparaît. Compagne et complice du réalisateur et acteur Robert Dhéry (mort en 2004), dont elle eut une fille, Catherine, Colette Brosset, décédée jeudi soir à Paris à 85 ans, fut avec lui une des figures centrales de la sensationnelle troupe des Branquignols. Ancêtres du Café de la Gare, de la bande du Splendid et autres Nuls ou Inconnus du jour, cette fine équipe comptait Jean Parédès, Pierre Tornade, Micheline Dax, Jacqueline Maillan, Louis de Funès, Jean Carmet, Michel Serrault, Francis Blanche n'en jetez plus. A la fois comédiens, bateleurs, chansonniers et musiciens, tous ces gens détonants firent les belles heures, théâtrales, radiophoniques (Paris Inter), discographiques et cinématographiques (en 1949) de l'«esprit Branquignols», salutaire en des temps d'après-guerre scrogneugneu. Jacques Legras, qui en fut aussi, devait d'ailleurs recycler l'humour pince-sans-rire redoutable de cette communauté éminemment libertaire (amour libre compris) à la télévision, avec la Caméra invisible, creuset de toute l'école des «impostures» à la Lafesse ou Baffie. Née le 21 février 1922, Colette Marie Claudette Brosset était l'archétype de la Parigote, démerdarde et bien roulée, à gauche toute, limite Affiche rouge. La filmographie de la dame, comme actrice ou coscénariste, recoupe pour l'essentiel celle de son conjoint, et compte : la Belle Américaine (1961), Allez France ! (1964), Paris brûle-t-il ? (1966), la Grande Vadrouille (1966), le Petit Baigneur (1967), Vos gueules les mouettes ! (1974), etc.
lefigaro.fr (avec AFP) - Publié le 02 mars 2007
La mort de Colette Brosset
Pilier de la troupe des Branquignols avec son mari, Robert Dhéry, elle avait joué aux côtés de Louis de Funès dans «La grande vadrouille» ou encore «Le petit baigneur». C’est son petit-fils qui a annoncé la nouvelle. La comédienne et scénariste Colette Brosset, veuve du réalisateur et acteur Robert Dhéry, est décédée jeudi soir à Paris, à l'âge de 85 ans. Elle fut avec Robert Dhéry un des piliers de la troupe des Branquignols, qui devint un film en 1949. Cette comédienne vive et sympathique, née le 21 février 1922, était l'archétype de « la petite bonne femme de Paris, amoureuse et ménagère ». La troupe des Branquignols : Juste après la guerre, le couple Brosset-Dhéry stupéfie le public avec leur joyeuse troupe de Branquignols (parmi lesquels on trouve Louis de Funès, Jean Lefebvre, Jean Carmet, Jacqueline Maillan, Michel Serrault), à la fois comédiens, musiciens et chansonniers. Dans la filmographie de Colette Brosset, on retiendra notamment « Ah les belles bacchantes » (1954) et « La belle Américaine » (1961) de Robert Dhéry, « Paris brûle-t-il » (1966) de René Clément , « La grande vadrouille » (1966) de Gérard Oury et « Le petit baigneur » (1967), réalisé par Robert Dhéry et dont elle était co-scénariste.
LE MONDE du 04.03.2007
Colette Brosset, comédienne, par Jean-Luc Douin
La comédienne Colette Brosset est morte jeudi 1er mars à Paris à l'âge de 85 ans. Veuve du comédien et réalisateur Robert Dhéry, elle était l'un des piliers des Branquignols. Cette troupe, qu'ils avaient créée ensemble, donna naissance, en 1949, à un film, Les Branquignols, cocktail de numéros de music-hall et de comique catastrophe. Une sorte d'Hellzapoppin à la française : un déchaînement de gags absurdes lors d'une représentation théâtrale où le décor s'écroule et où les acteurs font n'importe quoi, par exemple casser un oeuf avec un pistolet.Colette Brosset tourna dans les films de son mari Robert Dhéry (Ah les belles bacchantes en 1954, La Belle Américaine en 1961, Le Petit Baigneur en 1967, dont elle était coscénariste), mais aussi dans Paris brûle-t-il ?, de René Clément (1966), et La Grande Vadrouille de Gérard Oury (1966).
02 mars 2007
ENTRE ADULTES
Avant première du film "Entre adultes", le lundi 12 février, à l’UGC Cité-Ciné Bordeaux, en présence de son réalisateur Stéphane Brizé, de Simon Lelouche – fils de Claude – son distributeur et de la comédienne Jeanne Ferron. Surprise son troisième long-métrage, après "Le bleu des villes" et "Je ne suis pas là pour être aimé", est en fait son second… Le cinéaste vivotait avec divers travaux publicitaires, il accepte donc en 2004, une commande en région Centre-Val-de-Loire, filmer des comédiens de théâtre pour qu’ils découvrent et se familiarisent avec la caméra en 4 jours seulement. Il écrit donc 12 rôles, pour 6 couples, et décide de prendre l’idée de la construction de la "Ronde" d’Arthur Schitzler, qui a donné un chef d’œuvre absolu au cinéma avec le film de Max Ophuls. La technique de tournage avec deux DV est ultra-rapide, les comédiens qui ont appris à se connaître en amont, n’ont qu’une heure parfois pour apprendre et mémoriser le texte, ce qui donne une impression très forte de vécu. Stéphane Brizé avait évoquait la liberté que cette méthode pouvait lui apporter dans son tournage suivant, en évitant de trop répéter les situations – outre d’avoir découvert Cyril Couton dans ce film qui devait ensuite tenir le rôle du fils de Patrick Chesnais -. Le regard confondant de naturel, et sans tabous, sur le couple est assez désabusé, le mâle étant assez veule. Ce parti-pris offre un naturel, des petites médiocrités dans un couple, des dissimulations, sur les petits mensonges et arrangements qui permettent d’avancer dans les faux-semblants. Il n’y a pas de jugements sur ses personnages désabusés, parfois couard, mais vivants. Ces couples adultères ou légitimes, vivent émoussements des rapports amoureux mais sont assez dignes à l’encontre de la misère sexuelle d’un petit chéfaillon d’un magasin qui fait un chantage affectif avec une prostituée occasionnelle et abuse de sa situation devant une demandeuse d’emploi.

Les comédiens du film
Les comédiens sont tous particulièrement remarquable, et il était impressionnant de voir la vraie nature de la comédienne Jeanne Ferron, qui a une très forte nature comique, qui tourne beaucoup en province dans des spectacles comiques, bien que devant jouer dans l’avenir Shakespeare, "Macbeth" , seule en scène ! Elle est dans la lignée de Zouc si on tente un peu de la définir, ce qu’on ne pouvait présumer à la vision du film, elle joue une femme trompée qui fait un entretien d’embauche et doit subir une humiliation de la part de son futur employer qui manque de la harceler. Facétieuse, et rieuse elle était irrésistible. Ce film n’avait pas pour but d’être diffusé en salle, mais en 2005, Stéphane Brizé avait montré ce film à son ami Simon Lelouche – une nature visiblement passionnée -, qui lui a montré rapidement son envie de le sortir en salle. Il a convaincu son père Claude, également enthousiaste, de le sortir en salles – à noter l’affiche un peu racoleuse -, il est vrai qu’il y a une similitude dans le traitement, de la spontanéité que pouvait avoir avec des films comme "Smic, Smac, Smoc", ce qui constitue à mes yeux le meilleur du cinéma de Lelouch, loin de ses fresques pachydermiques – C’était un bonheur de retrouver sur le câble "Toute une vie", ratage et naufrage quasi-total si on excepte la présence de l’excellent Charles Denner. Loin d’être anecdotique et une simple expérience de "laboratoire", le film confirme le grand talent de Stéphane Brizé, quelque soit le support, son regard acerbe sur ses contemporains. Le film donne de l’espoir, quand on sait l’époque que traverse le cinéma français, Pascale Ferran démontrant parfaitement l’écart grandissant des budget entre les petits films d’auteurs fauchés et les grosses productions, les films entre ses deux financements disparaissant peu à peu, car il démontre que l’on peut faire une œuvre à peu de frais. Le générique de fin est d’ailleurs disproportionné avec la liste de la petite équipe du tournage, que de ceux ayant travaillé le format VHS pour la sortie du film. Une bouffée d’air frais dans notre cinéma français national qui flirte dangereusement avec la sclérose ses derniers temps.




