13 octobre 2007
MORT DE JACQUES MARTIN
Annonce de la mort de Jacques Martin, le 14 septembre dernier, à Biarritz. Évidemment il est important de rendre hommage à cet homme cultivé, qui pariait sur l’intelligence du spectateur, respect totalement perdu de vue – Patrick Le Lay est passé par là -. Il avait bousculé avec Jean Yanne, la télévision du début des années 60, notamment avec "Un égale 3" en 1964. Le sketch désormais célèbre de Napoléon transformé en champion cycliste, qu’ils jouaient avec Paul Mercey et Lawrence Riesner, sonna le glas de cette émission. Cette même année il escalade la façade de "Radio Luxembourg". En 1969, il co-anime avec Danièle Gilbert - qu’il surnomme la "Grande Duduche" -, "Midi-Magazine". En 1975, il connaît un énorme succès public sur TF1 avec "Le petit rapporteur", resté culte depuis. En 1977, il passe de TF1 à France 2, anime "Bon dimanche" jusqu’en 1978, présente "L’école des fans" - si souvent parodiée -, "Thé dansant", "Si j’ai bonne mémoire" (1983), "Le monde est à vous" (1987), etc… L’arrêt assez brutal de "Sous vos applaudissements" en 1998, suite à ses problèmes de santé – il fut remplacé par Jean-Claude Brialy -, semble l’avoir fortement meurtri. Ce surdoué dans la drôlerie, capable d’écrire une chanson sur un coin de table "Et vlan, passe-moi l’éponge", d'interpréter des opérettes, variait les plaisirs et était un découvreur de talents (Pierre Bonte, Piem, Virginie Lemoine, Laurent Gerra et même Julien Courbet). Louons Laurent Ruquier, de lui avoir rendu hommage, à l’instar de l’annonce de la mort d’Anne-Marie Carrière, dans une télévision rapidement et ingrate. Le cinéma emploie parfois son tempérament comme acteur. Il figure l’animateur de radio trottoir dans "L’amour avec des si" (Claude Lelouch, 1963) – il le retrouvera l’année suivante avec "La femme spectacle" -, le compagnon de beuverie bavard de Jean-Claude Brialy dans "Comment épouser un premier ministre" (Michel Boisrond, 1964), un chanteur lyrique dans "Qui êtes-vous Polly Maggoo ?" (William Klein, 1965), un garde mobile constamment assommé dans "Monsieur le Président-directeur-général" (Jean Girault, 1966), un vendeur dans "Érotissimo" (Gérard Pirès, 1968), l’ami de Claude Berri qui le convainc de transformer sa libraire en sex-shop dans "Sex-shop" (Claude Berri, 1972), et un patron de boîte de nuit qui emploie Romy Schneider dans "La passante du sans-souci" (Jacques Rouffio, 1981). Il trouve même un rôle de premier plan dans le téléfilm "Le rescapé de Tikeroa" (Jean L’Hôte, 1981), où il est un gendarme français qui veut faire preuve d’autorité dans un archipel de Tahiti en 1939, au début de la seconde guerre mondiale. Il joue même son propre rôle dans "Les cinq dernières minutes", épisode « Les feux de la rampe" (Daniel Losset, 1995), dans un épisode ou le commissaire Massard – Pierre Santini – enquête sur l’assassinat d’une danseuse lors d’un enregistrement de l’émission du dimanche au Théâtre de l’Empire. Mais la vraie curiosité de son parcours cinématographique, reste son seul film comme réalisateur "Na !" qu’il écrit, interprète et met en musique. Je reviendrai demain sur ce film qui mérite selon moi que l’on s’y arrête.
ARTICLES
LE MONDEdu 14/09/2007
Jacques Martin est mort, par Serge Bolloch
Son nom est synonyme, pour des millions de Français, de dimanches après-midi devant la télévision. Il est l'homme qui faisait chanter les petits et les seniors à l'heure où les familles quittent la table. Figure incontournable du petit écran depuis près de trente ans, Jacques Martin est mort, vendredi 14 septembre à Biarritz, à l'âge de 74 ans.
L'animateur de "L'Ecole des fans" et d'autres émissions très populaires aimait à répéter : "Je suis un comédien qui a rencontré la télévision." Comédien, il l'a été, jouant Les Femmes savantes ou Le Barbier de Séville, mais il était aussi chanteur et écrivain. "Mon vrai métier, c'est l'écriture", aimait-il à dire. Bref, un homme qui eut un parcours sinueux de "promeneur curieux et gourmand".
Fils d'un industriel lyonnais, Jacques Martin abandonne le bord du Rhône et les études pour courir à Paris et devenir l'élève de Charles Dullin en 1949. Quelques mois plus tard, il fonce au Conservatoire, dont il part très vite pour aller jouer Ruy Blas devant des scolaires. Livreur en lingerie féminine le matin, gardien-assistant au Théâtre des Mathurins l'après-midi, figurant au Français le soir, il découvre la vie, croise Marcel Jouhandeau et Albert Camus. Un passage sur les planches du théâtre aux armées durant vingt-trois mois complète sa formation.
Comédien ou chanteur sur les scènes d'opéra-comique, Jacques Martin hésite encore. Puis c'est la rencontre avec Jean Yanne derrière les micros d'Europe 1. Le "littéraire" et le "grossier" s'associent pour le plaisir des auditeurs. Le duo a trouvé le ton et les mots qui font mouche.
Adieu les planches et direction les studios. Jacques Martin fréquente France-Inter, RTL, puis se produit à Bobino, où il chante et parodie. L'époque est à la création, il improvise et compose même une comédie musicale intitulée Petipatapon.
Puis il rejoint la télévision en 1973 pour présenter l'émission "Midi-Magazine", avant de lancer "Le Petit Rapporteur", journal non conformiste sur TF1. Et les dimanches midi en compagnie de Jacques Martin, Pierre Desproges ou Stéphane Collaro deviennent un plaisir avec cette émission satirique hautement corrosive qui transforme les téléspectateurs en chanteurs de La Pêche aux moules et Mademoiselle Angèle.
"LE JOURNAL LE PLUS AMUSANT DE FRANCE"
En 1974, Valery Giscard d'Estaing déclare : "C'est le journal le plus amusant de France, mais je déconseille à mes ministres d'y participer." Résultat : 28 millions de téléspectateurs en 1976.
Devenu producteur, l'amuseur se fait plus sage avec des émissions comme "Bon dimanche" puis "Dimanche Martin". Il officie au Théâtre de l'Empire, faisant défiler indifféremment groupes de rock et orchestres de chambre, pour plaire au public, son credo depuis son plus jeune âge. "C'est d'abord le public de cette salle que je veux satisfaire, explique-t-il. C'est un vrai public qui limite mon droit à l'erreur, me donne rythme et souffle." Pour ce public, pour tous ses fans, il multiplie les interventions, s'offre le luxe d'une tirade sur Jonathan Swift, se moque, pousse la chansonnette ou entame La Belle Hélène. Victime en 1998 d'une attaque qui le laisse partiellement paralysée, il prend sa retraite de la télévision. Il n'y est revenu qu'en 2003, invité par Laurent Ruquier pour un hommage à son ami Jean Yanne, mort une semaine auparavant.
Jacques Martin avait épousé en 1984 Cécilia Ciganer-Albeniz, future épouse de Nicolas Sarkozy, avec laquelle il a eu deux filles, Judith et Jeanne-Marie. Il s'était remarié en 1992 avec Céline Boisson, dont il s'est séparé au printemps 2007. La ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, lui a rendu hommage, en saluant un "esprit libre, impertinent, très drôle et bourré de talents".
Jacques Martin est mort
L.S. (lefigaro.fr) avec AFP.
Publié le 14 septembre 2007
Actualisé le 14 septembre 2007 : 15h44
L’animateur du "Petit rapporteur" et de "l’Ecole des Fans", est décédé à l’âge de 74 ans. Il sera inhumé à Lyon le 20 septembre.
France 2 a annoncé vendredi matin le décès Jacques Martin, qui fut la figure de proue de ses dimanches après-midi, à l’époque où la chaîne s’appelait Antenne 2. L'animateur est décédé vendredi à Biarritz à l'âge de 74 ans. Il y vivait retiré depuis 1998, quand une attaque cérébrale l’avait frappé et laissé partiellement paralysé. L’emblématique saltimbanque du paysage audiovisuel français n’était sorti de sa retraite qu’en 2003, pour participer à un hommage à son ami Jean Yanne, à l’invitation de Laurent Ruquier, un de ses héritiers actuels, qu’il avait grandement contribué à lancer. L'animateur sera inhumé le 20 septembre à Lyon, sa ville d'origine. Né le 22 juin 1933, Jacques Martin a fait ses débuts sur les planches, abonné aux rôles de jeune premier. A 29 ans, il entre à l'ORTF où il produit des émissions de variétés. Il anime aussi des émissions de radio, à RTL et Europe 1, avec Jean Yanne notamment. Il est également le rédacteur en chef du programme satirique culte « Le Petit Rapporteur », avec Pierre Desproges. C'est donc sous la houlette de Jacques Martin que Daniel Prevost crée, pour le Petit Rapporteur, un improbable et désormais célèbre reportage dans le village de Montcuq. Touche-à-tout : Viennent ensuite ses grandes émissions de variété familiales, notamment « Dimanche Martin » et « L’école des fans » où l’on verra pour la première fois la jeune Vanessa Paradis. Véritable touche-à-tout, Jacques Martin a également été vedette du music-hall, comique, chanteur d’opérette, acteur et réalisateur de cinéma… Jacques Martin était père de huit enfants, de quatre unions différentes. Avec sa première femme, il a eu deux enfants, David et Elise. Il a ensuite vécu avec la comédienne Danièle Evenou, avec laquelle il a eu deux garçons, Frédéric et Jean-Baptiste. Il avait ensuite épousé Cécilia Ciganer-Albeniz, aujourd'hui Cécilia Sarkozy, avec qui il a eu deux filles, Jeanne-Marie et Judith. Céline, sa dernière femme, qu'il avait épousée en 1992, lui avait donné deux enfants, Juliette et Clovis.
LIBÉRATION du 15/09/2007
Jacques Martin, l’école défunte, par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Télé. L’animateur, qui a longtemps squatté les dimanches, est mort à 74 ans, un vendredi.
Jacques Martin est mort vendredi, dans la nuit, à 74 ans… Même pas un dimanche. Pas très professionnel, pour celui qui fit du septième jour une institution télévisuelle hautement létale. Disparu des écrans en 1998, suite à un accident vasculaire qui l’avait laissé à demi-paralysé, son décès a déclenché vendredi un tsunami lacrymal. Un JT de 13 heures de TF1 consacré à l’animateur, des déprogrammations à la pelle ce week-end, des tombereaux de déclarations : le dessinateur Piem, Pierre Bonte, Stéphane Collaro, compagnons du Petit Rapporteur , Jean-Pierre Foucault, Danielle Gilbert, Patrick de Carolis, Marc-Olivier Fogiel et même Bernard Montiel. Un absent de marque cependant : Nicolas Sarkozy. Peut-être parce que les deux hommes ont en commun d’avoir épousé la même femme, Cécilia, avec laquelle l’humoriste eut deux filles, Judith et Jeanne-Marie. La légende présidentielle veut que c’est en mariant Cécilia à Jacques Martin, en 1984, que l’ancien maire de Neuilly eut le coup de foudre.
Jacques Martin, c’est d’abord une dégoulinade de vingt-deux ans de dimanches après-midis «sous vos applaudissements» : Ainsi signait-il ses émissions. Les dimanches, concession (semblait-il) à vie de Martin, c’était la déprime absolue, la journée chez Mémé qui n’en finit pas, au son du piano de Pino Lattuca. Les petits enfants tellement mignons quand ils chantent du Frédéric François, tellement rigolos quand ils expliquent que «le monsieur à côté de de maman, c’est pas papa, mais le monsieur qui vient voir maman quand papa est pas là». Combien de mômes ont dû filer droit, menacés par des parents à bout : «Si t’es pas sage, je t’envoie à l’Ecole des fans!»
Desproges, Prévost… Il se raconte qu’avant sa carrière de croquemitaine, Jacques Martin fut impertinent. Venu du théâtre, passionné d’art et d’opérette, il s’est vite orienté vers le rire. Un duo régulier avec Jean Yanne (dont un Dadooronron sauce Bach), une émission avec le même Yanne sur l’ORTF en 1964, et enfin, en 1975, son plus haut fait d’armes, le Petit Rapporteur. Chaque dimanche à 13 h 20, sur TF1 encore publique, Martin invente la parodie de journal télévisé. C’est la découverte de Pierre Desproges, intervieweur déprimé de Françoise Sagan ( «Comment ça va la petite santé ?») ; la célèbre virée de Daniel Prévost à Montcuq, sa mairie bien chauffée grâce au poêle (de Montcuq). Surtout, le Petit rapporteur, c’est la Pêche aux moules et Mam’zelle Angèle, que chantait à tue-tête toute la bande. A revoir les images (1), les Bonte, Piem, Desproges, Collaro et consorts se marrent comme des baleines, mais trente ans après, on a un peu de mal à saisir la portée comique de la Pêche aux moules. Drôle la Pêche aux moules? Montcuq ! Mais les téléspectateurs, qui n’ont alors que trois chaînes se bidonnent par vingtaine de millions chaque dimanche.
Le Petit Rapporteur, régulièrement ressassé par les Enfants de la télé, n’a en réalité duré qu’un an et demi, tirant le rideau en juin 1976. Lui succède la Lorgnette, véritable réplique du Petit Rapporteur. L’esprit est le même, on organise un festival international du cinéma de Cannes-Ecluse, en région parisienne où l’actrice de porno Claudine Beccarie se voit attribuer le prix de «l’orifice cathodique», en référence à l’encore influent Office catholique.
En 1977, ça se gâte. Martin lance sa terrible Ecole des fans (première invitée : Chantal Goya) et prend peu à peu en otage le dimanche d’Antenne 2, renommé Dimanche Martin. Chaque samedi, au théâtre de l’Empire, il enregistre la session diffusée le lendemain, saucissonnée en plusieurs parties : de la musique pour cacochymes ( Thé dansant), des numéros de chansonniers ( Ainsi font, font, font, où naquirent des talents de l’acabit d’un Laurent Gerra, Laurent Ruquier ou Julien Courbet) et des divertissements divers et avariés ( Incroyable mais vrai).
Au fil des ans, son audience s’érode petit à petit. En 1995, il est effleuré par le scandale des animateurs-producteurs du service public. En mars 1998, un accident vasculaire le terrasse et c’est son ami Jean-Claude Brialy qui termine la saison à sa place. Dès la rentrée, très chic, France 2 en profite pour l’écarter de l’antenne, lui préférant un perdreau de l’année, Michel Drucker.
«Saloperie». Depuis, Jacques Martin était invisible ou presque. Fin août, depuis l’hôtel du Palais à Biarritz où il s’était retiré il y a cinq ans, sa tribu de huit enfants déclarait au Parisien qu’il allait bien, qu’à la télé, il regardait les films, les infos et Laurent Ruquier. Cette même télé sur laquelle, en 1992, dans l’Autre journal , Martin daubait : «Je suis un homme de télévision, je la fais, et je sais que le meilleur moyen d’éteindre la lecture, de tuer toute curiosité, d’abandonner ses projets de voyage ou de refuser de sortir le soir, c’est d’allumer cette saloperie.» Voilà le paradoxe : d’un côté, Martin qui fait l’âne avec Desproges et Prévost dans le Petit rapporteur ; de l’autre Martin qui, dans l’Ecole des fans, fait le Jacques devant un gamin de 4 ans, ânonnant du Nana Mouskouri sous l’œil ému du caméscope de ses parents.
(1) L’INA met en ligne d’ici à lundi les 58 numéros du Petit Rapporteur (www.ina.fr).
