Le coin du cinéphage

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12 février 2008

PIERRE ETAIX, OU COMMENT ENFONCER LES PORTES PAR LA FORCE DE SES CONVICTIONS

pierreetaix En 1982, dans "Cinéma 82" N° 278, Frantz Gévaudan titrait un article, Pierre Étaix, cinéaste maudit, déplorant la difficulté de ce cinéaste à faire œuvre de créateur. Jacques Tati, avait eu le même problème sur la fin de sa vie, son originalité trouvant des difficultés à s’exprimer dans le tout venant de la comédie française. Le génie de Pierre Étaix est reconnu heureusement, ses talents multiples n’en finissent pas de nous réjouir, comme en témoigne le magnifique ouvrage "Étaix dessine Tati" (Éditions ACR), paru en novembre 2007, montrant une contribution fructueuse entre ces deux artistes de 1954 à 1956. Mais plus de 25 ans plus tard que cet article, la malchance perdure, on pouvait espérer une meilleure diffusion de ses films après la restauration de "Yoyo" (1964), par la fondation Groupama Gan, qui fut représenté l’an dernier à la cinémathèque, voir le blog de Serge Toubiana. Les films d’Étaix, sont à la fois poétiques et dans la grande tradition du Splastick, Jerry Lewis ne manque pas de rendre hommage à ce grand créateur qui aime à se définir comme un clown  : " deux fois dans ma vie, j'ai compris ce qu'etait le génie, la première fois en regardant la définition dans le dictionnaire et la seconde fois en rencontrant Pierre Étaix..." . Ces dernières années ont été difficiles pour lui, il n’a eu l’occasion que de faire une captation de sa pièce "L’âge de monsieur est avancé" (1987), pour la télévision, avec lui même, Nicole Calfan et Jean Carmet, et "J’écris dans l’espace", tourné pour le Futuroscope de Poitiers, avec un objectif grand angle, visant à utiliser le procédé Imax-Onimax. Mais nombre de ses projets furent avortés, notamment "Nom de Dieu", qu’il devait faire avec Coluche, mort avant le tournage. Le souci actuel est que Pierre Étaix et Jean-Claude Carrière ont signé un contrat de confiance – un document de travail en fait -, avec le frère de leur avocate, ce dernier s’annonçant comme diffuseur de courts-métrages. Mais après 30 mois sans nouvelles, ils s’aperçoivent qu’ils ne peuvent plus diffuser leurs films, même si la femme de Paul Claudon, producteur décédé des 5 longs-métrages d’Étaix, a toujours les droits ! Un imbroglio assez incroyable, lire la revue de presse du site de soutien Les films d'Étaix. L'article de Charlie Hebdo que l'on peut y lire, émeut Laurent Ruquier, il convie donc Pierre Étaix et Jean-Claude Carrière à s'exprimer devant cette incongruité dans "On n'est pas couché"  du 2 février dernier - rendons hommage à cet animateur, on n'imagine pas un Laurent Weil en faire de même - . Ils ne savent pas s'ils ont à faire à une société fantôme -, Étaix dévoile que ces déboires ne pouvaient arriver qu'à un clown... Alerté par l'excellent forum qui lui est consacré dans DVD Classik, j'ai profité de la rediffusion de "On n'est pas couché" sur TV5, pour apprécier l'élégance et l'humour de Pierre Etaix et de Jean-Claude Carrière. Il y avait un moment ahurissant quand Etaix évoque un certain ancien ministre de la culture, qu'il appelle "M. Nom de Dieu de Vabres", qui l'avait fait mourir dans l'un de ses discours... Selon Jean-Claude Carrière, Etaix lui a répondu avec humour par une lettre d'outre-tombe ! Je repensais au début de son entretien avec Éric Leguèbe dans son beau livre "Confessions, un siècle de cinéma français par ceux qui l'ont fait" (Ifranc éditions, 1995), une belle leçon de vie : "Je me souviens que quand j'ai commencé au music-hall, j'avais préparé un numéro auquel je croyais vraiment. J'étais persuadé qu'il ferait un triomphe. J'ai fait le levé de rieau. Personne n'a applaudi... Je me suis alors dit : "Mon Dieu dans quelle galère me suis-je donc embarqué ? Je me suis complètement fourvoyé. Pourtant, je suis sur que l'idée est la bonne". Jour après jour je n'ai cessé de me répéter : "Il faut que je me batte." Cela a duré trois ans, au cours desquels je me suis payé des bides monstrueux, au point de me demander ce qui m'arrivait, de douter de plus en plus. J'en étais arrivé à ne plus avoir envie de persévérer dans ce métier. Il devenait un pensum. J'ai tout remis en  cause. Je ne cessais pour autant de travailler sur mon idée, en avançant, en retardant les éléments. Finalement, Jacques Tati qui aallait présenter "Jour de fête" à L'Olympia, m'a pris pour son spectacle, m''y réservant un créneau idéal. La salle était comble. Et là, tout le monde a éclaté de rire. Quelle récompense, quelle joie, indescritibles. Enfin, j'ai pu me dire que je ne m'étais pas trompé, que ce que j'avais monté n'intéressait pas que moi. Vous savez, c'est très dur quand on est envahi par le doute. Cela dit, je plais ceux qui ne sont jamais harcellés par le doute. Mais il ne faut pas non plus que ce doute vous paralyse. Douter c'est très bien, uniquement dans la mesure où ça fait partie des choses de la vie. A partir du moment où ce sentiment prend le pas, plus rien ne rime à rien. Si toutes les portes autour de vous sont fermées, c'est le désespoir de la solitude. Alors ces portes, il faut les enfoncer par la force de vos convictions. C'est là, la grande leçon donnée par Boileau : cent fois sur le métier remettez votre ouvrage. Une idée, un sujet, ne vivent que tant que vous y travaillez.". Il est alors utile et salutaire de faire oeuvre de passeur pour ce grand cinéaste trop malchanceux. Il y a une pétition importante à signer, http://www.ipetitions.com/petition/lesfilmsdetaix/ en contactant quelques amis cinéphiles, je m'aperçois qu'elle émeut beaucoup de personnes.  Au moins, il y a un peu matière à consolation par les commentaires laudateurs. Soyons optimistes, et aidons les à enforcer ces satanées portes par la force de ses convictions, pour ceux, nombreux, qui rêvent de (re)découvrir ses films.

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ARTICLE - LE MONDE du 21/12/2008

Etaix invisible malgré lui, par Nicole Vulser

Il est des situations dantesques. Celle à laquelle sont confrontés le cinéaste dépositaire d'une grande tradition burlesque, Pierre Etaix, et son ami coscénariste Jean-Claude Carrière en fait partie. Les cinq longs métrages de Pierre Etaix, co-écrits avec Jean-Claude Carrière entre 1962 et 1970, Le Soupirant, Yoyo, Tant qu'on a la santé, Le Grand Amour et Pays de Cocagne sont en "hibernation forcée", invisibles du public.

Un imbroglio juridique prive les auteurs de leurs droits et interdit toute diffusion de leurs oeuvres. Yoyo, restauré grâce à la Fondation GAN l'an dernier, ne peut pas, par exemple, être projeté en janvier au prochain Festival de Bologne, en Italie.

La situation est d'une telle complexité que Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière, respectivement âgés de 79 et 76 ans, sont venus à la Cinémathèque française, mercredi 19 décembre, prier saint Antoine de Padoue, le saint patron des causes perdues, en l'implorant d'un "rendez-nous ce qui n'est pas à vous", dans un court métrage réalisé pour l'occasion... Etourderie, blocage, trahison : cette histoire ressemble à "un scénario qui ne nous fait pas rire et dont nous cherchons la chute", expliquent-ils.

En 1996, Pierre Etaix ne renouvelle pas la cession de ses droits d'auteur à la société Capac, qui avait produit les cinq films. Mais Jean-Claude Carrière re-signe, sans concertation avec le cinéaste, pour dix ans. Ce qui devait leur coûter dix ans d'impossibilité d'exploitation. En 2002, le tribunal de grande instance de Paris autorise néanmoins la restauration des films. Un conflit oppose ensuite Pierre Etaix à son avocate, Me Francine Wagner-Edelman. Elle avait proposé que la société Gavroche Productions, gérée par son frère, Alain Wagner, exploite les droits des cinq films. Pierre Etaix découvre alors ce qu'il désigne comme une "société fantôme" qui ne commercialise pas ses films et risque de bloquer leur exploitation jusqu'en 2017.

Début juin, Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière ont changé d'avocat. Ils ont intenté en vain une action en justice pour tenter de casser le contrat avec Gavroche Productions. Début décembre, ils ont assigné au fond cette société pour éviter ce qui était arrivé à Buster Keaton : une reconnaissance post-mortem de ses droits.

Posté par Coinducinephage à 17:32 - Divers - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Absurde

Une affaire qui paraît complètement folle... Auprès de qui va être déposée cette pétition ? Quels sont les espoirs des auteurs si la justice a rejeté leur plainte ? Et surtout quel peut bien être l'intérêt de ce fameux Alain Wagner ? Absurde tout ça...

Posté par JMR, 13 février 2008 à 18:09

no comment

Pierre Etaix a donc fait un procès à son producteur Paul Claudon producteur des Valseuses, parce qu'il considérait que ses films ne passaient pas suffisamment à la télé, sur TF1, sans doute? ! ! !
en 2003 ses avocats gagnent le procès: accès aux négatifs pour restauration et exploitation. hélas comme M. Carrière à signé avec M. Claudon il est impossible de faire quoi que ce soit avant Janvier 2007 ! Un contrat est signé avec Gavroche Productions pour tenter d'acheter les négatifs pour gagner du temps à la demande de M. Etaix. 5 avocats de la Capac se sont succédés dans cette affaire pour arriver à une impasse !
Les AFF ont été contactées mais au ministère et un membre du conseil d'état ont déclaré "que le situation juridique est bloquante"...
rien de possible avant janvier 2007.
Alors pourquoi M. Etaix et M. Carrière font ils un référé à la société Gavroche Productions dès janvier 2007 alors qu'enfin il était possible d'agir pour les films? ? ? ?
c'est incompréhensible !
Ces 2 auteurs sont responsables de leur blocage.
Mais la fondation d'assurance ne serait elle pas l'inspiratrice de ces dernières procédures des auteurs?

Posté par Bob Rita, 24 février 2008 à 13:44

Imbroglio, imbroglio...

Il est sans doute difficile de tout comprendre pour le quidam cinéphile moyen, mais Paul Claudon est mort en 2002 voir la fiche des Gens du cinéma

http://www.lesgensducinema.com/affiche_acteur.php?mots=Paul+Claudon&nom_acteur=CLAUDON%20Paul&ident=28545&debut=0&record=0
chez Laurent Ruquier Étaix et Carrière disaient avoir l'accord de la veuve du producteur.

Disons qu'il est tout de même regrettable que ces films restent invisibles, la notion de droit d'auteur est ici galvaudée. Pierre Étaix et Jean-Claude Carrière gardent donc toute mon estime.

Posté par Coinducinéphage, 25 février 2008 à 17:32

vous nous manquez Monsieur Etaix

Merci à Monsieur Toubiana pour sa détermination à défendre les films de Pierre Etaix.
Tenez bon Monsieur Etaix, nous vous aimons..
(je suis la petite soeur de Jacques M..... Ecole du Cirque... souvenirs, souvenirs, du temps de la rue de la Clôture... inutile d'en dire plus ...

Posté par gldelignieres, 07 avril 2008 à 12:45

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