27 mars 2008
MORT DE RICHARD WIDMARK
Annonce ce lundi, de la mort de Richard Widmark, à l’âge de 93 ans. Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, le définissaient parfaitement dans "30 de cinéma américain" : "…Son allure féline, sa chevelure blonde, ses yeux très clairs lui permirent par la suite d’enrichir de nuances ambiguës des personnages classiques, qu’ils soient antipathiques ou sympathiques, de rendre sensible leurs hésitations, leurs brusques changements, leur instabilité, se dissimulant sous un humour moqueur, méprisant ou craintif, toujours déroutant…". Il naît le 26 décembre 1914, à Sunrise dans le Minnesota, de parents modestes. Il se partage entre des études de droits et le football, dans L’illinois. Un professeur d’art dramatique, Russel Tomlinson, le remarque. Selon "Stars" N°12, de mars 1992, il séjourne en Europe pour ses vacances, et s’amuse même à tourner dans l’Allemagne de 1936 : "..Un film sur les camps de jeunesse que vient de lancer un certain Adolf Hitler". Il débute dans des pièces radiophoniques, et est appelé sous les drapeaux en 1942, avant d’être exempté pour une blessure à l’oreille., Il était l’interprète rêvé pour un certain âge d’or du film noir, car il excelle dans les personnages de "Heavies". Il fait une composition inoubliable dans le "Carrefour de la mort" (1947), en tueur sadique au rire sardonique proche de celui d’une hyène, quand il pousse dans les escaliers une vieille dame – Mildred Dunnock - en fauteuil roulant. S’il reçoit pour ce film, le Golden Globe, du meilleur espoir masculin, il n’eu cependant jamais reçu d’oscar – il fut nommé pourtant pour ce film comme meilleur second rôle - durant son impressionnante carrière. Il est engagé pour 7 ans par la Fox, participant à la vogue des thrillers réalistes. Il retrouve un rôle névrotique dans la "Dernière rafale", en promoteur sportif, phobique, se servant constamment d’un inhalateur nasal. Les classiques s’enchaînent comme "Le port de l’angoisse", en pickpocket poursuivi par des agents secrets de l’Est, pour avoir volé un microfilm dans le sac d’une femme. Curiosité le titre français, évoque la drogue, totalement absente de ce film, histoire de ne pas heurter les communistes contemporains à ce film. Il participe à un autre chef d’œuvre "Les forbans de la nuit", où il est un truand minable ambitieux, sévissant dans la pègre londonienne en organisant des combats de lutte. On le retrouve aussi dans "Panique dans la rue", où il est un médecin zélé chargé de retrouver deux meurtriers contaminés et porteurs de virus, magnifié par le duo Jack Palance-Zero Mostel. Vincente Minelli lui donne en 1958, l’un de ses meilleurs rôles dans "La toile d’araignée", en médecin aliéniste en butte avec son entourage. Le western devient aussi son domaine de prédilection, de "Alamo" fresque "fordienne" signée John Wayne, aux crépusculaires "Cheyennes". Pour Otto Preminger, dans "Sainte Jeanne" en 1957, il compose un Charles VII halluciné face à Jean Seberg en Jeanne D’Arc, "…une des plus belles interprétations schizophréniques de l’histoire du cinéma" (1). En 1961, il produit et participe au tournage comme réalisateur de "Le dernier passage", film de "Série B" très mal accueilli à l’époque, la "Saison cinématographique 1962" voit en ce film " …Un méchant feuilleton anti-rouge dont la Hongrie, douloureusement éprouvée, il y a 6 ans fait encore les frais" et qui va " …à l’encontre des vérités les plus élémentaires, favorise l’inconscience d’un public en le vouant au manichéisme le plus grossier"… Il casse cette fausse image comme étant l’un des comédiens les plus anti-rouges avec John Wayne, en capitaine de destroyer extrémiste, chargé de chasser des sous-marins soviétiques. Ce film de James B. Harris – redécouvert au cinéma de minuit -, se révèle fortement contestataire : "...Widmark prit des positions très libérales, attaquant violemment la droite américaine, John Wayne, la "John Birch Society", la guerre du Vietnam et Reagan..." (1) . Il retrouve le polar avec "Madigan", où il est particulièrement probant en policier ordinaire avec ses petites veuleries. Il est impressionnant et roublard dans "La théorie des dominos" (1976), manipulant un prisonnier accusé de meurtre joué par Gene Hackman, pour une sombre machination politique. Le polar reste l’un de ses domaines de prédilection, il participe même au remake du sublime "out of the past" de Jacques Tourneur, avec « Contre toute attente », Il ne dédaigna pas la télévision, deux de ses téléfilms "Blackout" (1985) et "Colère en Louisiane" (1986), furent même diffusés en salles en France. Pour reprendre le titre de l’un de ses films, "Quand meurent les légendes", il était avec Kirk Douglas, Karl Malden et Eli Wallach, un des derniers grands comédiens américains à être né dans les années 10. Son physique émacié, et la grande richesse de son jeu resteront à jamais liés au grand cinéma américain.
(1) "Trente ans du cinéma américain" par Jean-Pierre Coursodon et Betrand Tavernier.
Filmographie : 1947 Kiss of death (Le carrefour de la mort) (Henry Hathaway) - 1948 Road house (La femme aux cigarettes (Jean Negulesco) - The street with no name (La dernière rafale) (William Keighley) - Yellow sky (La ville abandonnée) (William A. Wellman) - 1948 Down to the sea in ships (Les marins de l’Orgueilleux) (Henry Hathaway) - Slattery’s hurricane (La furie des tropiques) (André De Toth) - 1950 Night and the city (Les forbans de la nuit) (Jules Dassin) - Panic in the streets (Panique dans la rue) (Elia Kazan) - Halls of Montezuma ( Okinawa) (Lewis Milestone) - No way out (La porte s'ouvre) (Joseph L. Mankiewicz) - 1951 The frogmen (Les hommes-grenouilles) (Lloyd Bacon) - Screen snapshots : Hopalong in Hoppy Land (Ralph Staub, CM) - 1952 Red skies of Montana / Smoke jumpers (Belgique : Duel dans la forêt) (Joseph M. Newman) - 1952 Don’t brother to knock (Troublez-moi ce soir) (Roy Ward Baker) - O. Henry’s Full house (La sarabande des pantins), (sketch : "The clarion call") (Henry Hathaway) - My pal Gus (Belgique : Sans maman) (Robert Parrish) - Screen snapshots : Hollywood night life (Ralph Staub, CM) - 1953 - Take the high ground ! (Sergent la terreur) (Richard Brooks) - Destination Gobi (Id) (Robert Wise) - Pickup on South Street (Le port de la drogue) (Samuel Fuller) - 1954 Hell and high water (Le démon des eaux troubles) (Samuel Fuller) - Garden of evil (Le jardin du diable) (Henry Hathaway) - Broken lance (La lance brisée) (Edward Dmytryk) - 1955 A prize of gold (Hold-up en plein ciel) (Mark Robson) - The cobweb (La toile de l’araignée) (Vincente Minnelli) - 1956 Backlash (Coup de fouet en retour) (John Sturges) - Run for the sun (La course au soleil) (Roy Boulting) - The last wagon (La dernière caravane) (Delmer Daves) - 1957 Saint Joan (Sainte Jeanne) (Otto Preminger) - Time limit (La chute des héros) (Karl Malden, + production) - The law and Jake Wade (Le trésor du pendu) (John Sturges) - 1958 The tunnel of love (Le père malgré lui) (Gene Kelly) - The trap (Dans la souricière) (Norman Panama) - 1959 The secret ways (Le dernier passage) (Phil Karlson) - Warlock (L’homme aux colts d’or) (Edward Dmytryk) - 1960 The Alamo (Alamo) (John Wayne) - Two rode together (Les deux cavaliers) (John Ford) - 1961 Judgment at Nuremberg (Jugement à Nuremberg) (Stanley Kramer) - How the west was won (La conquête de l’Ouest) (John Ford, Henry Hathaway & George Marshall) - 1962 Flight from Ashiya (Les trois soldats de l’aventure) (Michael Anderson) - 1963 The long ships (Les Drakkars) (Jack Cardiff) - 1964 Cheyenne autumn (Les Cheyennes) (John Ford) - 1965 Alvarez Kelly (Id) (Edward Dmytryk) - The bedford incident (Aux postes de combat) (James B. Harris, + production) - 1966 The way west (La route de l’Ouest) (Andrew V. McLaglen) - 1967 Madigan (Police sur la ville) (Don Siegel) - 1968 Death of a gunfighter (Une poignée de plombs) (Alan Smithee [Don Siegel & Robert Totten]) - 1969 A talent for loving / Gun crazy (Richard Quine) - 1970 The moonshine war (La guerre des Bootleggers) (Richard Quine) - 1971 When the legends die (Quand meurent les légendes) (Stuart Millar) - 1973 Murder on the Orient Express (Le crime de l’Orient Express) (Sidney Lumet) - 1974 The sell-out (Le sursis) (Peter Collinson) - 1976 To the devil a daughter (Une fille pour le diable) (Peter Sykes) - The domino principle (La théorie des dominos) (Stanley Kramer) - 1977 Twilight’s last gleaming (L’ultimatum des trois mercenaires) (Robert Aldrich) - Rollercoaster (Le toboggan de la mort) (James Goldstone) - Coma (Morts suspectes) (Michael Crichton) - 1978 The swarm (L’inévitable catastrophe) (Irwin Allen) - 1979 Bear Island (Le secret de la banquise) (Don Sharp) - 1981 National Lampoon goes to the movies (Henry Jaglom & Bob Giraldi) - 1982 Hanky panky (La folie aux trousses) (Sidney Poitier) - Commando (Who dares wins) (Ian Sharp) - 1983 Against all odds (Contre toute attente) (Taylor Hackford) - Blackout (Id) (Douglas Hickox) - 1985 Spencer Tracy legacy : A tribute by Katharine Hepburn (David Heeley, documentaire) - 1986 A gathering of old men (Colère en Louisiane) (Volker Schlöndorff) - 1991 True colors (Vidéo : Le jeu du pouvoir) (Herbert Ross) - 1995 Wild Bill : Hollywood maverick (Todd Robinson, documentaire). Télévision (notamment) : 1955 I love Lucie : The tour (William Asher) - 1971 Vanished (Buzz Kulik) - 1972 Madigan (Id) (Alex Marc & Boris Sagal, six épisodes) - 1973 Brock's last case (La dernière enquête) (David Lowell Rich) - 1974 Benjamin Franklin (Glenn Jordan) - 1975 The last day (Vincent McEveety) - 1979 Mr. Horn (Mister Horn) (Jack Starrett) - 1980 A whale for the killing (Richard T. Heffron) - All God's children (Le noir et le blanc (Jerry Thorpe) - 1988 Once upon a time a Texas Train (Titre DVD : Le dernier western) (Burt Kennedy) - 1989 Cold Sassy Tree (La destinée de Mademoiselle Simpson) (Joan Tewkesbury). Voxographie : 1987 Marilyn Monroe : Beyond the legend (Gene Feldman & Suzette Winter, voix du récitant). 1992 Lincoln (Peter W. Kunhardt, TV).
Avec Victor Mature dans "Le carrefour de la mort"
ARTICLES - AFP du 26/08/2008
Mort de l'acteur Richard Widmark, légende discrète du cinéma américain
WASHINGTON (AFP) — Le comédien américain Richard Widmark, décédé lundi à l'âge de 93 ans, était l'inoubliable sadique qui poussait, en ricanant, une vieille dame paralytique du haut d'un escalier à l'occasion de son premier rôle dans "Le carrefour de la mort" (1947) d'Henry Hathaway. Il était devenu l'une des légendes de Hollywood en tournant quelque 70 films sous la direction des réalisateurs les plus prestigieux mais s'était toujours tenu à l'écart des médias et du star-system pour protéger sa vie privée. Le regard azur, ce blond au sourire ambigu semblait pourtant trop intellectuel aux yeux d'Hathaway mais il avait fini par lui donner sa chance face à l'intransigeance de Darryl Zanuck, le patron de la 20th Century Fox. Comédien doué, il donnait de la profondeur à tous ses personnages, ce qui lui avait rapidement permis de troquer le costume de "sale type" contre des rôles de victimes dans "Les forbans de la nuit" de Jules Dassin (1950) et de héros dans "L'homme aux colts d'or" d'Edward Dmytryk (1959). Indépendant, il était l'un des rares acteurs à s'être lancé dans la production (1957) pour mieux contrôler sa carrière et l'une des premières stars du cinéma à tourner pour le petit écran dans la série policière "Madigan" (1971). Démocrate convaincu, il haïssait la violence et regrettait l'évolution du cinéma américain, dirigé selon lui par "des hommes d'affaires sans aucune dignité". Né le 26 décembre 1914 à Sunrise (Minnesota, nord), Richard Widmark est un jeune homme studieux, licencié en science politiques, qui prend conscience de ses convictions politiques en traversant l'Allemagne nazie alors qu'il fait le tour de l'Europe à vélo. Passionné par le théâtre, il est à 24 ans professeur de diction et d'art dramatique à l'université de Lake Forrest et débute à la radio avant de brûler les planches à Broadway, notamment aux côtés d'Ingrid Bergman dans "Jeanne d'Arc". Après sa révélation dans "Le carrefour de la mort", il tourne film sur film, notamment "Panique dans la rue" (Elia Kazan, 1950), "La porte s'ouvre" (Joseph L. Mankiewicz, 1950), "Le port de la drogue" (Samuel Fuller, 1953) et "La toile d'araignée" (Vincente Minelli, 1955). Il revient au western avec "Alamo" (John Wayne, 1960) et "Les Cheyennes" (John Ford, 1964), son cinquantième film, pour lequel ses amis avaient inscrit, sur un gâteau, "à ton centième cadavre" pour les deux morts qu'il avait à son actif par film. Il tourne aussi pour de nouveaux réalisateurs comme Don Siegel dans "Police sur la ville" (1968) ou Robert Aldrich dans "L'ultimatum des trois mercenaires (1977). Moins présent sur les écrans depuis les années 70, Richard Widmark avait tourné une dernière fois sous la direction de Herbert Ross dans "True colors" (1990).
LIBÉRATION du 27/03/08
Richard Widmark, la nuit du forban, par Gérard Lefort & Didier Péron
Disparition. L’acteur américain, spécialiste des rôles de méchants, est mort lundi à 93 ans.
Une gueule, pleine d’yeux bleus. Beau gosse élevé sous la vache. Mais avec quelque chose d’un peu mou dans la bouche. Un rien de veulerie. En tout cas jamais souriant sauf quand il se brûle. Richard Widmark, décédé lundi à l’âge de 93 ans, fut souvent abonné aux rôles de son visage : un salopard, un vicieux, une vipère prête à mordre la main qui le nourrit. La preuve avec son premier rôle remarquable de tueur dans le Carrefour de la mort (1947) de Henry Hathaway où il ne trouvait rien de mieux que de pousser une vieille dame paralytique dans un escalier. Singularité. la légende veut que Hathaway ne pouvait pas le souffrir : trop blond, trop lisse, trop blanc, un front trop large… bref, un intello. Mais Darryl Zanuck à l’époque patron de la Fox, l’imposa. En 1961, à un jounaliste qui l’interrogeait sur ce rôle, il déclara : «Deux ans après le film, vous ne pouviez pas m’arracher un sourire. Le scénario m’est apparu marrant et mon rôle me faisait bien rire. Ce type était vraiment un enfoiré ridicule.» Avec cette première prestation qui lui valu sa seule nomination aux oscars, Widmark se pose comme représentant majeur d’une nouvelle génération d’acteurs «sombres», à l’égal de Robert Mitchum ou de Kirk Douglas. Mais sa singularité et son incroyable talent tiennent pour beaucoup à sa capacité d’incarner les tourmentés, les cinglés sans aucun souci de sa cote de popularité. Pour sa promotion, la Fox avait imaginé un poster le représentant avec la mention «Wanted». Né en 1914, à Sunrise (Minnesota), il déclarait aimer le cinéma depuis tout petit, et avoir été fortement impressionné par Dracula et Frankenstein. Il se destinait au métier d’avocat mais jouait déjà dans les pièces de théâtre de son école. A 24 ans, il est professeur de diction et d’art dramatique à l’université de Lake Forrest et débute à la radio, notamment dans le célèbre Mercury Theater On The Air d’Orson Wells. Il aurait, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, fait un tour d’Europe à vélo et traversé de ce fait l’Allemagne nazie. ll en aurait gardé des convictions politiques libérales et pacifistes (il fut un ardent militant contre la libre circulation des armes à feu). Widmark s’intalle en 1938 à New York et il fait ses débuts en 1943 à Broadway dans la pièce Kiss and Tell puis aux côtés d’Ingrid Bergman dans Jeanne d’Arc. Après Le Carrefour de la mort, Widmark devient une star de la Fox et enchaîne les films avec les meilleurs réalisateurs de l’époque : William Wellman (la Villle abandonnée, 1948) André de Toth (la Furie des tropiques 1949), Jules Dassin (les Forbans de la nuit 1950), Mankiewicz (La porte s’ouvre, 1950). Désormais, il est une icône du film noir. Fourbe mais pas trop. Glacial mais sexy. Dangeureux mais fragile. Par exemple, psychiatre dérangé dans la Toile d’araignée de Minnelli en 1956. Ce qui ne l’empêche pas d’égratigner sa légende de «vilain», en jouant les héros positifs dans l’Homme aux colts d’or d’Edward Dmytryk (1959). En 1957, il s’était lancé dans la production pour mieux contrôler sa carrière. Il produit notamment en 1961 le Dernier Passage de Phil Karlson, un film d’espionnage anticommuniste dont sa femme, Jean Hazelwood, signe le scénario. Il est aussi le Dauphin dans Sainte Jeanne d’Otto Preminger, un flop notoire et pas vraiment son meilleur emploi. En 1961, il est le procureur, rôle grandiloquent, dans Procès à Nuremberg de Stanley Kramer. Moumoute. C’est à cette époque que commence la deuxième carrière de Widmark dans de nombreux westerns et non des moindres : les Deux Cavaliers (1961) et les Cheyennes (1964) de John Ford. Le cinéaste borgne, comme d’habitude, n’avait pas sa langue dans sa poche. Sur le tournage des Deux Cavaliers où Widmark partageait la vedette avec James Stewart, Ford déclara : «Après quarante ans de carrière, j’en suis réduit à diriger deux moumoutés sourdingues.» De fait Widmark était un peu dur de la feuille. Il apparaîtra aussi dans Alamo, super production à succès où il incarne le libéral James Bowie face au conservateur John Wayne en Davy Crockett. Widmark terminera la décennie sixties avec un rôle particulièrement subtil de flic sans foi ni loi dans Madigan-Police sur la ville de Don Siegel (1968). Widmark reprendra ultérieurement le rôle de Madigan dans une série télé. Depuis, il menait une vie d’homme tranquille entre un ranch en Californie et une ferme dans le Connecticut. Ayant su préserver sa vie privée et refusant tout contact avec la presse, il formula en 1971 une sorte de credo que tous les apprentis comédiens devraient ruminer : «Je pense qu’un acteur doit faire son travail et puis la boucler.»
LE MONDE du 27.03.08
Richard Widmark, acteur américain, par Thomas Sotinel
AFP/ALDO SAVINA Richard Widmark, lors d'une conférence de presse à Rome, en 1958
AFP/ALDO SAVINA Richard Widmark, lors d'une conférence de presse à Rome, en 1958Le rire du sociopathe Tommy Udo résonne dans les oreilles de tous les spectateurs du Carrefour de la haine, de Henry Hathaway, le premier film dans lequel Richard Widmark est apparu à l'écran en 1947. Soixante ans après, l'acteur, entre temps devenu l'un des plus respectés de Hollywood, faisait remarquer "c'est un peu dur, d'être fier de ne pas être un trop mauvais acteur et de s'apercevoir qu'on ne se souvient de vous que pour un ricanement". Mais l'empreinte de Richard Widmark, qui vient de mourir à 93 ans, à Roxbury (Connecticut), sur le cinéma américain va bien au-delà d'une poignée de personnages de truands. Il a travaillé avec les plus grands : John Ford, Samuel Fuller, Joseph Mankiewicz ou Elia Kazan et a accompagné la transformation du système des studios en choisissant souvent lui-même ses rôles, produisant parfois ses films. Dans son dernier film pour le grand écran, True Colors, de Herbert Ross, il incarnait un sénateur, un rôle qui seyait au statut de sage du cinéma qu'il avait fini par acquérir. Richard Widmark est né le 26 décembre à Sunrise (Minnesota). Après l'université, il part pour New York où, en 1938, il devient rapidement un comédien très demandé pour les soap operas que diffusent les radios. Réformé au moment de la déclaration de guerre, il arrive à Hollywood en 1946, un contrat avec la Fox en poche. Le studio est alors dirigé par Darryl F. Zanuck et c'est ce dernier qui impose Widmark à Hathaway pour le rôle de Tommy Udo, une petite frappe qui n'hésite pas à tuer une vieille femme paralysée en poussant son fauteuil roulant dans l'escalier. La scène de "Kiss of Death" (Le Carrefour de la mort). A l'occasion d'une rétrospective organisée à la Cinémathèque française en juin 1995, Richard Widmark avait raconté les circonstances de ses débuts (Le Monde du 28 juin 1995). Hathaway le trouvait "trop distingué, trop intelligent, trop intellectuel", et il avait fallu plusieurs semaines pour que le jeune comédien parvienne à s'entendre avec son metteur en scène : "j'ai envisagé de quitter le tournage et de retourner sur la côte est, mais on m'a convaincu de déjeuner avec lui [...] à la fin du repas nous étions amis. Nous avons fait six films ensemble, je l'ai porté en terre". Widmark reste sept ans sous contrat avec la Fox. Il joue souvent des personnages habités par une tension presque insupportable, de quelque côté de la loi qu'ils se trouvent. Le petit truand londonien des Forbans de la nuit, de Jules Dassin (1950), le médecin militaire qui veut prévenir une épidémie à la Nouvelle Orléans de Panique dans la rue, d'Elia Kazan, (1950)ou le pickpocket patriote du Port de la drogue de Samuel Fuller (1950) partagent tous cette surexcitation à la fois attirante et repoussante. On le voit, Widmark travaille aussi bien avec de grands anciens comme Hathaway qu'avec les jeunes turcs (Kazan, Dassin) qui sont en train de jeter à bas le système des studios. Il tourne également avec Mankiewicz (La Porte s'ouvre, manifeste antiraciste tourné également 1950) ou plus tard avec Preminger pour qui il est le dauphin dans Sainte Jeanne. Richard Widmark est aussi – comme la plupart de ses collègues à l'époque – un acteur de western. Edward Dmytryk (La Lance brisée, 1954) ou John Sturges (Coup de fouet en retour, 1956), l'ont mis en selle. A la fin des années 1950, il joue Jim Bowie dans l'Alamo de John Wayne. Il rencontre à cette occasion John Ford, qui a dirigé nombre de séquences du film de son acteur fétiche. Il tourne sous sa direction dans Les Deux Cavaliers (1961). Il raconte que, à cette époque, dans l'espoir d'adapter le livre The Last Frontier de Howard Fast, il avait "fait des recherches sur le martyre des Indiens. J'ai montré ce que j'avais trouvé à John Ford. Il m'a répondu : on ne peut pas faire ce film, les Indiens ne savent pas jouer. Deux ans plus tard, je reçois le scénario des Cheyennes. C'était la même histoire. Et Ford était prêt à la réaliser, il voulait faire un film pour demander pardon aux Indiens de la manière dont il les avait si souvent utilisés". Dans ce film, l'avant-dernier de Ford, Richard Widmark joue un officier qui se range aux côtés des Cheyennes. C'est à ce moment qu'il produit une poignée de films parmi lesquels La Chute des héros, réalisé par l'acteur Karl Malden, une évocation des dilemmes moraux et politiques suscités par l'affrontement Est-Ouest. Pendant les deux décennies qui suivent, Richard Widmark joue des personnages en accord avec son âge : officiers supérieurs, chef de la police, politicien, sans jamais retrouver de rôles à la mesure de son talent, à la possible exception du détective Madigan dans Police sur la ville de Don Siegel (1968). Le succès du film est tel que Widmark reprend le personnage pour une saison dans la série télévisée Madigan. Il joue aussi un shérif sudiste dans Colère en Louisiane (1987), incursion de l'Allemand Volker Schlöndorff dans le cinéma américain. Lors de son passage à Paris en 1995, il jetait un regard lucide et désabusé sur le cinéma américain : "l'idiotie est une valeur positive, Forrest Gump, c'est l'éloge de la bêtise, et c'est un triomphe. C'est très triste et assez effrayant".
Dates clés : 26 décembre 1915 Naissance à Sunrise (Etats-Unis). 1947 Le Carrefour de la mort, d'Henry Hathaway1960 Alamo de John Wayne. 1968 Police sur la ville, de Don Siegel. 24 mars 2008 Mort à Roxbury.
20 mars 2008
MORT DE PAUL SCOFIELD
Annonce du décès le 19 mars dernier de Paul Scofield, à Balcombe, au Royaume Uni, d’une leucémie à l’âge de 86 ans. Ce grand comédien au parcours théâtral prestigieux n'a tenu que peu de rôles au cinéma. Ses pairs de la « Royal Shakespeare company » saluèrent en 2004 son interprétation du "Roi Lear", comme une des meilleures performances shakespeariennes de tous les temps. Ses deux rôles les plus connus restent celui de Sir Thomas More dans "Un homme pour l’éternité" (1966) pour lequel il reçoit l’oscar du meilleur acteur. Raymond Lefèvre et Roland Lacourbe dans l'excellent "30 ans de cinéma britannique" (Éditions 76), parlent de lui pour ce film comme "…étonnant de présence et de dignité apportant au texte de Robert Bolt une puissance bouleversante". Il figure aussi un officier allemand cultivé dans "Le train" - sorti en 1964 - au tournage chaotique – Burt Lancaster avait renvoyé Arthur Penn - ... On le retrouvait ces dernières années dans quelques films historiques, dont l’ambitieux "Henry V" - meilleur film de la filmographie inégale de Kenneth Brannagh comme réalisateur - où il campait le roi de France -. Robert Redford lui offrit l’un de ses rares rôles contemporains, dans les années 50 du moins, avec "Quiz show", où il joue le rôle du père de Ralph Fiennes. Il laissera le souvenir d’un comédien dont le jeu était toujours d’une grande justesse. D’autres décès sont à déplorer celui de l’écrivain Arthur C. Clarke adapté par Stanley Kubrick et son mythique "2001, l’odyssée de l’espace" et du dramaturge et réalisateur belge Hugo Claus – qui vécu dans les années 70 avec Sylvia Kristel - . Pour mémoire citons aussi la disparition des comédiens Hubert Gignoux, et celle d’Alain Feydeau – mort en janvier, mais je l’ignorais – pilier d’ "Au théâtre de soir", infos découvertes dans le site des "Gens du cinéma" et auteur de livres sur Edwige Feuillère et Viviane Romance.
Filmographie : 1954 That Lady (La princesse d’Eboli) (Terence Young) - 1958 Carve her with pride (Agent secret S.Z.) (Lewis Gilbert) - 1963 The train (Le train) (John Frankenheimer & Bernard Farrel) - 1965 A man for all seasons (Un homme pour l’éternité) (Fred Zinnemann) - Tell me lies (Dites-moi n’importe quoi) (Peter Brook) – 1969 Nijinsky (Tony Richardson, inachevé) - 1970 Bartleby (Anthony Friedman) - 1970 Bartleby (Anthony Friedmann) - 1971 King Lear (Le roi Lear) (Peter Brook) - 1973 A delicate balance (Tony Richardson) - Scorpio (Id) (Michael Winner) - 1983 Summer lightning (Paul Joyce) - 1984 1919 (Hugh Brodie) - When the wales came (L'île aux baleines) (Clive Rees) - 1989 Henry V (Id) (Kenneth Branagh) - Hamlet (Franco Zeffirelli) - 1992 Utz (George Sluizer) - 1994 Quiz show (Robert Redford) - 1996 The crucible (La chasse aux sorcières) (Nicholas Hytner). Télévision (notamment) : 1969 Male of the species (Charles Jarrott) - 1985 Anna Karenina (Simon Langton) - 1987 Miss Corbett's ghost (Danny Huston) - 1988 The Attic : The hiding of Anne Frank (John Erman) - 1994 Martin Chuzzlewit (Pedr James) - 1996 The little riders (Les cavaliers de la liberté) (Kevin Connor). Voxographie succincte : 1967 The other world of Winston Churchill (Louis Clyde Soumen, documentaire TV, récitant) - 1994 London (Patrick Keiller, documentaire, récitant) - 1997 Robinson in space (Les Robinson de l’espace) (Patrick Keiller, documentaire, récitant) - 1999 Rashi: A light after the dark ages (Ashley Lazarus, animation) - Animal farm (La ferme des animaux) (John Stephenson, animation, TV) - 2000 Kurosawa (Adam Low, documentaire).
© Hulton-Deutsch Collection/CORBIS (prise le 14 juin1958)
ARTICLE - AFP du 20/03/2008
Mort de Paul Scofield, un des plus grands acteurs classiques anglais
LONDRES - L'acteur britannique Paul Scofield, un des plus grands comédiens classiques anglais de sa génération, lauréat d'un Oscar en 1966, est décédé à l'âge de 86 ans, a indiqué jeudi son agent. Né le 21 janvier 1922, Paul Scofield est mort dans un hôpital proche de sa résidence à Sussex, dans le sud-est de l'Angleterre. Il souffrait de leucémie. Paul Scofield a entamé sa carrière en 1940. Il a obtenu l'Oscar du meilleur acteur en 1966 pour le rôle de Sir Thomas More dans un film de Fred Zinnemann, "Un homme pour l'éternité" (titre original: "A Man For All Seasons"). Mais c'est sur les planches londoniennes qu'il a avant tout gagné sa réputation d'acteur classique. Endossant les rôles shakespeariens les plus prestigieux, il était considéré comme l'un des grands comédiens de sa génération, avec une présence sur scène qualifiée de "monumentale" et une voix comparée au ronronnement d'un moteur de Rolls-Royce. Au cinéma, il est apparu dans une dizaine de films, dont "Quizz Show" de l'Américain Robert Redford (1995). Sa dernière apparition majeure remonte à 1996, dans l'adaptation cinématographique de la pièce d'Arthur Miller "La Chasse aux sorcières", aux côtés de Daniel Day-Lewis et de Winona Ryder. Pour Kenneth Branagh, qui a dirigé Paul Scofield dans "Henry V", la profession a perdu "un colosse". Il a représenté une inspiration personnelle et professionnelle pour moi. Adoré et vénéré par ses pairs, cet acteur parmi les plus grands est aussi le plus humble et le plus généreux des hommes", a dit Kenneth Branagh. Homme très privé qui fuyait les médias, Scofield a à plusieurs reprises refusé d'être anobli, disant préférer rester un "Monsieur Tout le monde". De même, Paul Scofield préférait aux projecteurs et paillettes des premières une vie plus calme, dans la campagne anglaise. "Les gens me demandent toujours ce que je fais là-bas (à la campagne, ndlr), et cela me semble fou. On peut tout y faire. Il y a de si belles promenades. J'aime aller me promener", a-t-il un jour déclaré.
18 mars 2008
MORT D'ANTHONY MINGHELLA
Annonce de la mort d'une hémorragie cérébrale, ce 18 mars, au "Charing Cross hospital" de Londres, du scénariste et cinéaste anglais Anthony Minghella, né en 1954. Très doué, il était aussi musicien et dramaturge - "A little drowning", "Made in Bangkock" -. Il débute à la télévision anglaise en écrivant des scénarios "Légendes grecques", "Inspecteur Morse", à la fin des années 80. En 1990, il signe un film très enjoué "Truly Madly deeply" (Id, 1990). Une jeune musicienne londonienne, - Juliet Stevenson – retrouve le fantôme de son mari – génial Alan Rickman -, musicien comme elle, à l’installation de sa nouvelle maison. Mais il est hélas flanqué d’une cohorte de fantômes turbulents. "Mr. Wonderfull" (Id, 1993), est une comédie romantique, sur les pérégrinations d’un ouvrier – joué par Matt Dillon – qui cherche a être propriétaire d’un bowling. Il connut une reconnaissance internationale dès son troisième film, avec "The english patient" ("Le patient anglais", 1996), d'après un roman de Michael Ondaatje. Juliette Binoche – qui gagnera un oscar du meilleur second rôle pour ce film - y trouve un de ses meilleures rôles en infirmière suivant le débarquement des alliés américains en Italie. Elle rencontre un grand blessé – Ralph Fiennes -, qui va lui raconter ses grandes amours contrariées dans le Sahara avec le personnage de Katherine joué par Kristin Scott Thomas. Le film très lyrique et très émouvant est très efficace. Mais on se souviendra cependant d’un mémorable épisode de la série "Seinfeld", où Julia Louis-Dreyfus se retrouve face à l’hostilité générale, en se déclarant absolument insensible au film... "The talented Mr. Ripley" ("Le talentueux M. Ripley", 1999) est une excellente adaptation de l’œuvre de Patricia Highsmith, donnant ainsi un de ses rôles les plus probants à Matt Damon, excellent en "Ripley "manipulateur et revanchard face à Jude Law, performance d’autant plus louable pour passer après la première adaptation du livre par René Clément avec Alain Delon et Maurice Ronet avec "Plein soleil". "Cold Mountain" ("Retour à Cold Mountain", 2002) d’après un roman de Charles Frazier, est plus conventionnel, évoquant la guerre de sécession. Si Jude Law et Nicole Kidman, forment un couple digne d’intérêt, il faut cependant saluer le cabotinage proprement effroyable de Renée Zellweger dans ce film - bien évidemment salué comme il se doit par l’oscar du meilleur second rôle féminin -. "Breaking and Entering" ("Par effraction", 2005), retour aux sources, un peu trop ambitieux, dans un Londres moderne et assez déshumanisé, est un film intéressant porté par l’excellente composition de Juliette Binoche – sous estimée dans ce film – en réfugiée bosniaque, qui charme le personnage de Jude Law, un architecte cherchant un sens à sa vie. Minghella était également un producteur exécutif avisé, avec des films comme "Heaven" d’après un scénario inachevé de Krysztof Kieslowski, une nouvelle adaptation d’"Un américain bien tranquille" d’après Graham Greene et "Michael Clayton". Ce metteur en scène possédant un réel souffle, avait même une certaine influence, on n’est pas étonné de le voir ainsi apparaître dans l’excellent "Reviens moi" réalisé par Joe Wright et diffusé en 2007, face à Vanessa Redgrave, ce qui constitue presque un hommage, dans cette mise en scène soignée et virtuose.
Avec Jude Law sur le tournage de "Retour à Cold Mountain"
ARTICLE : LONDRES (AP)
Décès d'Anthony Minghella, le réalisateur du "Patient anglais", par Jill Lawless
Le cinéaste britannique Anthony Minghella, qui avait réalisé "Le Patient anglais", film couronné par neuf Oscars, est mort mardi matin à Londres à l'âge de 54 ans, a annoncé son agent Judy Daish. Le réalisateur est décédé au Charing Cross Hospital des suites d'une hémorragie, a précisé son porte-parole Jonathan Rutter. Ce dernier a expliqué qu'Anthony Minghella avait été opéré la semaine dernière d'une tumeur au cou et que l'intervention "semblait s'être bien passée". "A 5h aujourd'hui, il a eu une hémorragie fatale", a-t-il dit. Le Patient Anglais" (1996), avec Kristin Scott Thomas et Ralph Fiennes, avait remporté en 1997 pas moins de neuf Oscars, dont celui du meilleur réalisateur pour Minghella et celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Juliette Binoche. Le film était adapté d'une oeuvre littéraire au même titre que "Le talentueux M. Ripley" (1999) et "Retour à Cold Mountain" (2002). Il avait aussi tourné "Par Effraction" (2005) avec notamment Binoche et Jude Law. Anthony Minghella était récemment rentré du Botswana où il avait tourné un film adapté d'un roman d'Alexander McCall Smith, "The No.1 Ladie's Detective Agency", que la BBC projette de diffuser dimanche. Il s'agit du premier tome d'une série narrant les aventures d'un détective privé, Precious Ramotswe. La chaîne de télévision américaine HBO avait passé commande pour 13 épisodes. Outre le cinéma, Anthony Minghella s'était intéressé à l'opéra. En 2005, il avait mis en scène "Madame Butterfly" de Puccini à Londres, sur une chorégraphie de son épouse, Carolyn Choa. Il travaillait avec le compositeur Osvaldo Golijov sur un nouvel opéra commandé par le Met. Il devait en signer le livret et la mise en scène, la première étant programmée pour la saison 2011-12. La mort d'Anthony Minghella a provoqué un choc. Jude Law, présent dans trois films du réalisateur, s'est dit "profondément bouleversé et attristé" par la perte d'un ami et collègue. Le Premier ministre britannique Tony Blair, ami de Minghella depuis que le cinéaste avait réalisé une publicité pour les travaillistes dans le cadre de la campagne électorale de 2005, s'est déclaré véritablement "bouleversé et très triste". C'était un "être humain merveilleux", créatif et "brillant" mais "toujours humble" et "aimable", a-t-il ajouté, exprimant sa totale "admiration" pour lui. Le producteur David Puttman a lui souligné que Minghella était une personne "très particulière". Ce n'était "pas simplement un auteur, ou un auteur-réalisateur", c'était "quelqu'un" de très "connu" et de très "aimé" dans le monde du cinéma, a-t-il dit à la BBC, estimant que le cinéaste était parti beaucoup trop tôt. Jeff Ramsay, responsable de la communication du président du Botswana Festus Mogae, a pour sa part estimé que la mort de Minghella constituait "un choc et une grande perte". Il a raconté comment le réalisateur s'était rendu au Botswana avant le tournage et s'était montré curieux du pays. "C'était comme s'il faisait partie de notre communauté", a-t-il observé, évoquant un homme agréable et très simple. Né en 1954, Anthony Minghella a grandi sur l'île de Wight, au large de la côte sud de l'Angleterre, où ses parents possédaient une usine de crèmes glacées. Il a travaillé pour la radio et la télévision avant de faire ses débuts de réalisateur en 1990 avec "Truly, Madly, Deeply", une comédie incarnée par Juliet Stevenson et Alan Rickman. Mais c'est avec "Le Patient anglais", adapté d'un roman de Michael Ondaatje, qu'il a connu son plus grand succès. Minghella laisse sa femme, son fils, l'acteur Max Minghella et sa fille Hannah. AP




