Le coin du cinéphage

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01 avril 2008

MORT DE JULES DASSIN

JulesDassin Annonce de la mort de Jules Dassin, à Athènes , le 31 mars dernier à l’âge de 96 ans. Il suit donc dans la mort son interprète Richard Widmark des "Forbans de la nuit". Il débute comme réalisateur en 1941, par un court-métrage brillant – diffusé au cinéma de minuit – d’après "Le cœur révélateur" d’Edgar Allan Poe. Il réalise ensuite plusieurs longs-métrages passant de films anti-nazis à des comédies romantiques, dont beaucoup resteront inédits en France, hormis "Le fantôme de Canterville", avec un Charles Laughton très inspiré dans le rôle titre. Il quitte la MGM avec fracas, où il ne pouvait véritablement s'exprimer. Il raconte son départ dans un entretien de 2005 (1), répondant à Louis B. Mayer qui comparait le cinéaste à un cheval de course sur lequel il fallait hurler parce qu'il flanchait  parce qu'il avait mal aux testicules : "Vous n'aurez pas mes couilles espèce de salopard !". Le producteur Mark Hellinger lui confie "Les demons de la liberté", premier film d'une suite de plusieurs chefs d’œuvres du film noir. Ce film donne un des premiers grands rôles de Burt Lancaster, qui joue un prisonnier victime de la haine d’un gardien-chef sadique – Hume Cronym dans le rôle de sa vie selon Claude Chabrol -, les représailles seront lourdes de conséquences… Le réalisme de Dassin fait merveille. "La cité sans voile" est du même niveau un inspecteur – Barry Fitzgerald – enquête sur le meurtre d’une jeune femme. Le film sera cependant amputé de quelques scènes par l'Universal, le film étant monté sans son réalisateur. "Les démons de la liberté" et "La cité sans voiles" sont disponibles dans un DVD dans la formidable collection "Les introuvables", bénéficiant de bonus remarquables dont des entretiens avec Jules Dassin. Avec "Les bas fonds de Frisco", il signe un autre chef d’œuvre, un homme – Richard Conte –rentre sur les lieux de sa jeunesse à San Francisco, pour retrouver son père accidenté et victime d’un grossiste en fruits et légumes revanchard. Si son parcours devait être riche en promesse, il fut hélas dénoncé comme communiste par le cinéaste Edward Dmytryk, il est obligé de tourner "Les forbans de la nuit" à Londres, avec Richard Widmark, comme évoqué précédemment donc et Gene Tierney. "Blacklisté" durant la chasse aux sorcières, il s’exile en France en 1952. Il se voit proposer la réalisation de "L’ennemi public numéro un", polar parodique avec Fernandel. Le film assez médiocre sera finalement réalisé en 1953 par Henri Verneuil. Il tourne finalement, heureusement pour lui, l’un des classiques du film policier français "Du rififi chez les hommes", adapté de l’œuvre d’Auguste Le Breton, avec Jean Servais probant dans le rôle de Tony le Stéphanois, truand lessivé sorti de prison. Dassin réalise une scène anthologique d’un casse silencieux d’une bijouterie se réservant de plus l’un des rôles principaux sous le pseudonyme de Perlo Vita. Toujours en France, il adapte le roman de Nikos Kazantsakis "Le christ recrucifié", montrant un petit village grec, dont certains habitants refusent, par égoïsme, de recevoir les survivants d’une attaque de Turcs. Il rencontre sur ce film Melina Mercouri qu’il épousera finalement en 1966. Ses admirateurs de la première heure, déploreront l’arrivée d’une telle personnalité fracassante dans son univers. Suit, une collaboration de 8 autres films (dont un documentaire), dont "La loi", assez décevant malgré une brillante distribution – Pierre Brasseur, Gina Lollobrigida, Yves Montand, Marcello Mastroianni… -, sombre histoire de vendetta italienne. "Jamais le dimanche", reste euphorisant, par le cabotinage "Mercourien", qui campe une prostituée à Athènes, dont un américain – Joué par Dassin lui même – tombe amoureux. Fasciné par la culture hellénique, il s’improvisera pour elle pygmalion. Toujours pour elle, il adapte ensuite "Phèdre", d'après la tragédie "Hippolyte" d’Euripide.  "Topkapi" (1963) est une variante ludique de son "rififi" transporté à Istanbul, où une bande de voleurs internationaux menée par Peter Ustinov, souhaite s’introduire par le toit du musée "Topkapi" grâce à l’agilité d’un acrobate – excellent et trop méconnu Gilles Ségal -. Dans la catégorie "on demande à voir",  "10 heures et demi en été", Melina Mercouri joue une femme espagnole délaissée par son mari – Peter Finch, ayant pour maîtresse Romy Schneider – qui par dépit, aide un homme qui vient de commettre un crime passionnel. Dassin adapte en France en 1969, l’œuvre de Romain Gary "Les promesses de l’aube", avec toujours Melina Mercouri en mère abusive du jeune Romain. Leur dernier film en commun sera "Cri de femmes", où une actrice grecque rencontre une meurtrière – Ellen Burstyn – afin de mieux interpréter "Médée". Sans Melina Mercouri, il retourne à ses premières amours avec un polar social en 1969 avec "Point noir", traitant des violences du "Black Power". Ce film qui ne semble ne pas avoir trop bonne réputation, est une nouvelle transposition du célèbre roman de Liam O'Flaherty, qui fut adapté en 1935  par John Ford. Il finira sa carrière par une variante de "Lolita" en 1980, "Circle of two" avec Richard Burton et Tatum O’Neal, film resté inédit chez nous. A noter qui a également réalisé deux documentaires : "Comme un éclair" (1967), sur Israël après la guerre des 6 jours et "The rehearshal" sur les révoltes estudiantines en lutte contre le pouvoir militaire la Grèce des colonels en 1973, tourné juste avec leur chute. Pour conclure l'entretien de 2005, il concluait ainsi sur le polar "Quelqu'un a écrit que j'avais été l'un des pionniers du genre. Cela ne m'a pas déplu..." (1) Il était le père du chanteur Jo Dassin et de la comédienne Julie Dassin. Il y a y avait eu un très bon livre à son sujet par Fabien Siclier et Jacques Lévy, dans l’excellente collection "Filmo" (Édilig, 1986), mais il est hélas épuisé. A lire un portrait très complet sur le site du "Festival de La Rochelle". (1) "Jules Dassin, le cinéma dévoilé" , documentaire en bonus du DVD "Jules Dassin Films Noirs", collection "Les introuvables" chez Wild Side video.

Dassin3 AFP / STR - Jules Dassin à Athènes en 1999

Filmographie : Comme assistant-réalisateur : 1940 They knew what they wanted) (Garson Kanin) - 1941  Mr. and Mrs Smith (Joies matrimoniales) (Alfred Hitchcock). Comme réalisateur : 1941  Rr Allan Poe’s The tell-tale heart) - 1942  Nazi agent / Salute to courage - Once upon a Thursday / The affair of Martha - 1943  Reunion in France (Titre TV: Quelque part en France) - Young ideas - The Canterville ghost (Le fantôme des Canterville) - 1945  A letter for Evie - 1946  Two smart people - 1947  Brute force (Les démons de la liberté) - 1948  The naked city (La cité sans voile) - 1949  Thieve's highway (Les bas-fonds de Frisco - Belgique : Le marché des voleurs) - 1950  Night and the city (Les forbans de la nuit) - 1952  The trio : Rubinstein, Heifetz and Pietigersky million dollar trio (CM) - 1954  Du rififi chez les hommes  (+ rôle sous le pseudonyme de "Perlo Vita") - 1957  Celui qui doit mourir - 1958  La loi / La legge - 1960  Never on Sunday (James le dimanche) (+ rôle) - 1961  Phaedra (Phèdre) - 1963  Topkapi (Id) - 1964  10 : 30 P.M. summer (dix heures et demi du soir en été) (+ production) - 1967   Survival 1967 / Hamilchama al hashalom (Comme un éclair / Israël, An 5727 (La guerre amère)) (documentaire) - 1968  Up tight !  (Point noir) - 1969  La promesse de l’aube / Promise at dawn (+ rôle, production) - 1974  The rehearsal / I dokimi (documentaire) - 1978  A dream of passion (Cri de femmes) (+ production) - 1980  Circle of two.

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Jules Dassin (à d.) et son fils Joe Dassin à l'Olympia en 1971. (AFP)

ARTICLES :

LIBÉRATION du 02/04/2008

Jules Dassin : le Pirée est derrière lui , par Philippe Garnier

Disparition. Le cinéaste américain, qui signa entre autres «Du rififi chez les hommes» et «Topkapi», est mort en Grèce à 96 ans.

Bien avant de devenir hôte d’honneur en Grèce, et d’habiter rue Melina-Mercouri, Jules Dassin avait déjà un truc pour la lutte gréco-romaine. Il en mettait partout dans ses films américains : dans la Cité sans voile, le malfrat joué par Ted DeCorsia répond aux questions de Don Taylor, le flic novice, tout en faisant sa culture physique, avant de le neutraliser par une clé de lutteur.

Son film suivant, tourné à Londres, est l’histoire d’un promoteur à la petite semaine qui veut raviver l’intérêt du public de catch pour la lutte. Une des principales contributions de Dassin aux Forbans de la nuit avait été d’insister pour qu’on retrouve la trace de Stanislaus Zbyszko, champion de lutte des années 20, dont la tête avait frappé Dassin dans son enfance. Contre toute probabilité, Jules Dassin avait aussi trouvé en lui un homme de culture, parlant plusieurs langues, et assez bon acteur. Il est en tout cas au centre de scènes mémorables. «Quand j’allais voir des pièces expérimentales à Londres, il était le seul à venir avec moi», racontait Dassin, ajoutant avoir défié un jour sur le plateau un espion du studio, assez baraqué, et l’avoir vaincu, «rien qu’à la rage et au ressentiment».

Cabot. Cette obsession des étreintes finirait par devenir suspecte, si Jules Dassin, père du chanteur Joe Dassin (disparu en 1980) n’avait pas toute sa vie prouvé combien il aimait les femmes. C’est ce que racontait celui qui, à Paris, fut longtemps pourvoyeur de clichés sur Hollywood, pour un auditoire demandeur. Ce fut son drame d’être à la fois un des rares Américains à se réinventer en Europe, mais avec des films qu’il devait savoir inférieurs à certains qu’il avait faits en «servitude», même si des conneries comme Jamais le dimanche (où il cabotinait dans le rôle d’un Américain en Grèce essayant d’aider une pute au grand cœur, jouée par Mercouri) avait racolé des nominations aux oscars, et un bon pactole.

Topkapi, thriller sur un vol de diamant, était plus regardable. Mais le film qui fit sa réputation en Europe, Du rififi chez les hommes, a mal vieilli, à part la séquence du casse : trente-deux minutes sans dialogue ni musique. Il ne pouvait pas, à cause de son français limité, faire avec les acteurs ce qui avait forgé sa réputation à Hollywood. Car à part les morceaux de bravoure sur lesquels on pouvait toujours compter (comme les pommes qui dévalent la pente quand le camion des Bas-Fonds de Frisco quitte la route), Dassin était un réalisateur presque neutre, ou caméléon. Son talent dépendait surtout des producteurs pour qui il travaillait. Livré à lui-même en Europe, il ne lui resta plus que le succès commercial, et une vie enviable.

Jules Dassin a été acteur dans le théâtre yiddish à New York. Passé à Hollywood dès 1937, où il faisait surtout des séries B à la MGM, il fut très actif au sein de l’Actor’s Lab, compagnie de théâtre expérimentale, et du Parti communiste américain. Ce n’est qu’en 1947 qu’il pourra s’émanciper brièvement, avant de devoir s’exiler en 1950. Les Démons de la liberté et la Cité sans voile sont tous les deux des films de producteur (Mark Hellinger), dans lesquels Dassin fait preuve d’un savoir-faire indéniable. Il avait beau n’avoir que dédain pour les histoires proposées, il ne ratait jamais le «money shot», le plan qui comptait : pour la dernière séquence de la Cité sans voile, il retourna deux semaines à New York après le bouclage pour obtenir les plans qu’il voulait, par temps clair, du haut du Williamsburg Bridge.

Les deux films suivants sont ses meilleurs, devant beaucoup à Darryl Zanuck et son sens du montage. En 1948, celui-ci, suffisamment ami avec Dassin pour lui annoncer qu’il a «tourné son dernier film ici», l’envoie faire les Forbans de la nuit à Londres, l’enjoignant de se mettre à tourner avant que le studio ait vent de l’histoire. Il est aujourd’hui certain qu’il n’a jamais su, depuis Londres, que Zanuck contrôlait tout, en vacances au cap d’Antibes, recevant rapports et rushs.

Traqué. Les Forbans de la nuit est un film unique et remarquable, fantasmagorique et tragique. Servi par le sourire cadavérique d’un Richard Widmark qui y cavale comme un rat traqué, et une distribution hors pair d’acteurs anglais (dont la géniale Googie Withers), Jules Dassin et son scénariste réussissent à faire une histoire touchante d’un roman qui avait défié l’adaptation (quatorze versions en trois ans). Il se souvient avoir filmé l’étonnante dernière séquence en une seule journée, avec six caméras. «Que des premières prises.» Jules Dassin est mort lundi, dans un hôpital d’Athènes, à l’âge de 96 ans.

Laloi

Avec Gina Lollobrigida sur le tournage de "La loi"

LE MONDE du 01.04.2008

Jules Dassin, cinéaste américain, par Jean Douin

Cinéaste hollywoodien ? Metteur en scène de cambriolages ? Promoteur du sirtaki ? Veuf d'une ancienne ministre grecque de la culture ? Jules Dassin, qui vient de mourir, lundi 31 mars, dans un hôpital d'Athènes, à l'âge de 96 ans, aura été tout cela à la fois, ainsi que le père du chanteur Joe Dassin, mort en 1980 d'une crise cardiaque.

Né le 18 décembre 1911 dans le Connecticut, Jules Dassin avait suivi des études d'art dramatique en Europe, avant de repartir faire l'acteur au Théâtre yiddish de New York, de réaliser des émissions radiophoniques, de se faire remarquer à Broadway. C'est lors d'un stage à la RKO en 1940 qu'il devient assistant d'Alfred Hitchcock, le temps d'un film (Joies matrimoniales). Les conseils du maître l'encouragent à signer sa première réalisation, avant-gardiste : Le Coeur révélateur, d'après Edgar Poe (1941), qui obtient suffisamment de succès pour qu'il soit engagé à la MGM. Il y réalisera sept films inégaux, dont Nazi Agent (1942), un thriller d'espionnage avec Conrad Veidt dans un double rôle ; The Affairs of Martha (1942), une comédie à la Lubitsch ; Le Fantôme de Canterville (1944), d'après Oscar Wilde.

Mais c'est en passant chez Universal, encouragé par un producteur d'envergure, Mark Hellinger, qu'il voit sa carrière prendre son essor. D'abord grâce aux Démons de la liberté (1947), écrit par Richard Brooks : une histoire d'évasion d'un pénitencier, avec Burt Lancaster, baignant dans un asphyxiant huis clos et évoluant dans une telle brutalité que le film sera coupé par les censeurs. Tourné cette fois en extérieur, La Cité sans voiles (1948) est un portrait de New York, cadre d'une enquête criminelle autour de la recherche d'un monstre, chez lequel Dassin trouve un charme maléfique. Emblématique de son style, celui d'un réalisme social noir, et doté d'une spectaculaire poursuite finale, le film est remonté par le studio.

S'estimant mutilé, Dassin quitte alors Universal pour la Fox, où il réalise Les Bas-Fonds de Frisco (1948), sur un scénario de Bezzerides, chantre du prolétariat. Il s'agit d'un mélo opposant un brave convoyeur de fruits et légumes à un grossiste des halles (Lee J. Cobb) et dépeignant de façon sensible les minorités immigrées. Alors qu'il se prépare à porter à l'écran un livre d'Albert Matz, The Journey of Simon McKeever, Jules Dassin est rattrapé par ses convictions communistes et dénoncé par Edward Dmytryk avec Herbert Biberman, John Berry... Son inscription sur la liste noire des maccarthystes l'oblige à aller tourner à Londres, où il réalise son meilleur film, Les Forbans de la nuit (1950), avec Richard Widmark et Gene Tierney : cavale d'un loser acharné à monter un combat de boxe, entre night-clubs, ruelles labyrinthiques, escaliers, repaires de trafics, filmée dans un mélange de réalisme et d'onirisme. Un suspense hanté sur la fatigue et la fatalité, empreint d'un pessimisme désespéré.

Traqué par les chasseurs de sorcières, Dassin s'exile à Paris avec quelques autres blacklistés : Ben Barzman, John Berry, Sidney Buchman... Il y tourne Du rififi chez les hommes (1955), d'après Auguste Le Breton, film de gangsters inspiré d'Asphalt Jungle, de John Huston, et de Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker, célèbre pour la minutie avec laquelle ses héros préparent le casse d'une bijouterie, avec un parapluie pour récupérer les gravats. C'est Paris, cette fois, qui sert de cadre à son exploration de la nuit. Le comédien Jean Servais reçoit un prix d'interprétation pour son rôle dans le film, décerné par l'Académie du cinéma français.

Produit en France mais réalisé en Grèce, Celui qui doit mourir (1957) est adapté par Ben Barzman de Nikos Kazantzakis : en 1920, dans un village grec d'Anatolie, les habitants jouent le mystère de la Passion. Le berger chargé du rôle du Christ (Pierre Vaneck) pousse ses compatriotes à la révolte contre les nantis et les occupants turcs. A Londres, Jules Dassin retrouve un temps son ami Joseph Losey (victime lui aussi de la chasse aux rouges) et collabore avec lui sur Temps sans pitié (1956) et L'Enquête de l'inspecteur Morgan (1959), avant de se brouiller avec lui.

LE CHARME IRRADIANT DE LA GOUAILLEUSE PLÉBÉIENNE

Le tournage de Celui qui doit mourir va être un tournant pour Dassin. Il y dirige son fils Joe, futur chanteur de variétés (il a aussi une fille, Julie, de son premier mariage avec la violoniste Béatrice Launer). Mais aussi Mélina Mercouri, une jeune comédienne grecque qu'il a rencontrée quelques mois plus tôt au Festival de Cannes. Il y présentait Du rififi chez les hommes et elle un film de Michael Cacoyannis, Stella. Ils se marient en 1966. Elle abandonnera le cinéma en 1978 pour faire de la politique, lutter contre la dictature des colonels, suivant les pas de son grand-père, qui fut maire d'Athènes et de son père, député. En 1981, le socialiste Andréas Papandréou la nomme ministre de la culture.

Entre-temps, cette gouailleuse plébéienne aura interprété huit films de Jules Dassin : La Loi (1958), affrontement entre patrons-caïds et paysans dans un village des Pouilles, d'après le roman de Roger Vailland ; Jamais le dimanche (1960), où Dassin interprète lui-même le rôle d'un Homère idéaliste venu chercher la vérité en Grèce : un succès mondial irradié par Mélina (prix d'interprétation au Festival de Cannes), pétulante prostituée au charme sauvage qui danse un sirtaki mythique sur l'air des Enfants du Pirée de Manos Hajidakis (dont elle fera l'un de ses tubes lors de ses tours de chant) ; Phaedra (1962), version moderne du mythe de Phèdre inspirée d'Euripide et transposée dans le milieu de la jet-set, avec Anthony Perkins et Raf Vallone ; Topkapi (1964), nouvelle variation sur l'art de faire un casse, à Istanbul cette fois, pour dérober une bague incrustée d'émeraudes, avec Peter Ustinov ; 10 heures 30 du soir en été (1996) ; La Promesse de l'aube (1970), où elle interprète la mère de Romain Gary dans cette évocation de la jeunesse du romancier, de la Russie des années 1920 à l'exil ; Cris de femmes (1978).

Il faut reconnaître que Jules Dassin avait perdu son punch dans ces oeuvres, pour la plupart coproductions internationales. Il signe encore deux documentaires (Survival en 1968, The Rehearsal en 1974) et Point noir (1968), Circle of Two (1980). Devenu citoyen grec honorifique quelque temps après la mort de sa femme, en 1994, à New York, il se consacrait à la construction du nouveau musée de l'Acropole et à la restitution des frises du Parthénon exposées au British Museum de Londres.

Dans son livre consacré aux Sorcières de Hollywood (Ramsay Poche Cinéma), Thomas Wieder raconte qu'en 1988, invité au Festival du film de Barcelone à une table ronde sur les listes noires d'Hollywood, Jules Dassin a la surprise de retrouver Edward Dmytryk, qui, assis au premier rang des spectateurs, prend le micro pour s'excuser d'avoir été l'un des délateurs, tout en distillant quelques perfidies sur les participants au débat. Dassin le traite d'"ordure", et la table ronde s'achève dans une atmosphère de pugilat verbal.

Dates clés 18 décembre 1911 Naissance à Middletown (Connecticut). 1950 "Les Forbans de la nuit", avec Richard Widmark et Gene Tierney. 1955 "Du rififi chez les hommes" primé à Cannes (meilleur réalisateur). 1960 "Jamais le dimanche",avec Mélina Mercouri. 1964 "Topkapi", avec Peter Ustinov. 31 mars 2008 Mort à Athènes.

Posté par Coinducinephage à 17:24 - R.I.P. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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