21 avril 2008
MORT DE FARID CHOPEL
Annonce de la mort de Farid Chopel, d'un cancer foudroyant ce 20 avril. Un comédien aux capacités formidables sur la scène, comme on peut le constater avec la liste complète de ses activités sur son site officiel. Avec Ged Marlon notamment dans "Les aviateurs", il révolutionne le monde de la scène par une drôlerie très innovante. On le retrouve sur tous les fronts, de la publicité à l’enregistrement de deux singles. Le cinéma n’utilise que trop rarement ses capacités physiques, il est pourtant hilarant dans une des scènes de "Suivez mon regard", joli film assez mésestimé de Jean Curtelin, quand il essaie de laver les vitres d’une porte qui s’ouvre automatiquement dès que l’on s’y approche. Il va bien évidemment attirer l’attention dans ce lieu public, et petit rappel sociologique tout de même, il essuie quelques réflexions racistes. Il connaît surtout une reconnaissance dans les années 80. Il est particulièrement inquiétant en prisonnier caïd harcelant Richard Berry dans "L’addition". Soucieux de ne pas se laisser enfermer dans cet emploi, il utilise sa vis-comica. C’est Josiane Balasko, qui l’utilise avec le plus d’originalité dans le très acide "Sac de nœuds", son premier film très réussi en l’utilisant sur un mode assez désespéré dans son rôle d’évadé de prison. Il est la vedette d’un exercice de style intéressant "Iréna et les ombres" (1986), en projectionniste rencontrant une femme fatale et dans "Un vampire au paradis" (1990) dans le rôle de Nosfer, homme mystérieux qui provoque le trouble de jeunes filles et qui se révèle être un vampire. Hélas ces films ne connaissent qu’un accueil confidentiel. Marco Ferreri l'utilise avec brio dans "Le banquet" d'après Platon à la télévision. Il lui donne un beau rôle dans "La chair" (1990) où il est touchant en artiste de cabaret philosophe - on le voit dans un numéro de claquettes -, compagnon de Philippe Léotard. Mais personne ne l'écoute, alors qu'il rêve de devenir un artiste dramatique. Où trouve tu la force de devenir un artiste dramatique. Il connaît ensuite une traversée du désert, voir l’article joint de "Libération" de 2005 - que j’avais conservé et ajouté sur un forum d'Allôciné car il m’avait beaucoup touché de même que l'une de ses interventions dans l'émission "Tout le monde en parle" -. Il avait connu un grand succès sur la scène avec "Le pont du milieu". On pouvait espérer le revoir, comme dans "C'est beau une ville la nuit" où il jouait un berbère aveugle. Il laisse l'impression d'un talent gâché, peut-être est-il arrivé vingt ans trop tôt pour s'épanouir dans son génie.
Filmographie : 1982 Les princes (Tony Gatlif) - 1983 La femme de mon pote (Bertrand Blier) - Les fauves (Jean-Louis Daniel) - La poudre aux yeux (Dominique Delcourt & Philippe Gautier, CM) - L'addition (Denis Amar) - 1984 La vengeance du serpent à plumes (Gérard Oury) - Sac de noeudes (Josiane Balasko) - 1985 Poésie en images - Condamné (Abel Bennour, CM) - Cinématon N°550 (Gérard Courant, CM) - Suivez mon regard (Jean Curtelin) - 1986 Le toréro hallucinogène (Stéphane Clavier, CM) - Irèna et les ombres (Alain Robak) - 1987 Jane B. par Agnès V. (Agnès Varda) - 1990 Un vampire au paradis (Abdelkrim Bahloul) - La carne (La chair) (Marco Ferreri) - 1995 Rainbow pour Rimbaud (Jean Teulé) - 1996 Mo' (Yves-Noël François) - 2005 L'homme inventé, presto agitato (Elisée Fritz, CM) - C'est beau une ville la nuit (Richard Bohringer) - C'est Gradiva qui vous appelle (Gradiva) (Alain Robbe-Grillet) - 2007 Un si beau voyage (Kahled Ghorbal). Télévision : 1988 Le banquet (Marco Ferreri) - 1990 La goutte d'or (Marcel Bluwal) - 1991 Le Gorille : Le Gorille et le barbu (Jean-Claude Sussfeld) - 1993 L'homme dans la nuit (Claude Boissol) - Chambre froide (Sylvain Madigan) - 1994 Avanti ! (Jacques Besnard) - 1996 Alla turca (Macha Méril) - 1997 La fine équipe (Yves Boisset) - 1998 La guerre de l'eau (Marc F. Voizard).
Farid Chopel lors de la présentation de la deuxième partie de la saison 2004-2005 des théâtres privés parisiens (AFP)
ARTICLES
LIBÉRATION du 28 février 2005
Farid Chopel, 52 ans, Perle rare des one-man shows, silhouette des années 80, il a sombré pendant dix ans dans la drogue et l'alcool et revient au spectacle en miraculé.
Hors d'eau, par Gilles Renault
Farid Chopel en 7 dates.
4 décembre 1952 : Naissance à Paris XIVe.
1960 : Premier prix d'honneur à l'école.
1977 : Premier one-man show, Chopelia.
1981 : Première des Aviateurs avec Ged Marlon.
1986 : Mort de Coluche, avec qui il est en vacances dans le Sud.
2000 : Sortie de l'alcool, première à Bordeaux du spectacle le Pont du milieu.
2005 : Le Pont du milieu au théâtre Rive- Gauche à Paris.
La silhouette n'a pas changé, identifiable entre mille. Du moins pour qui se souvient des années 80 médiatico-culturelles, people avant l'heure : des shows délirants où l'on se presse (les Aviateurs), une pub Perrier qui inonde les télés, le clip du tube branché de Jean-Baptiste Mondino la Danse des mots («Danse danse des mots/c'est la danse danse danse des mots...») Et puis les heures sup': les vernissages, les fêtes parisiennes... De tout cela, l'humoriste Farid Chopel en fut. Jusqu'à plus d'heure. Jusqu'à plus soif. Au bout de la nuit. Quasiment au bout de la vie, aussi.
Aujourd'hui, il est donc au bar. Derrière la devanture, on l'appréhende de trois quarts, pantalon, pull et veste noirs, chemise blanche, casquette : titi typé, quinqua requinqué. Le lieu de la rencontre n'a pas été facile à fixer. Chez lui ? Il n'y tient pas, mal à l'aise. Un grand hôtel, au calme ? Impersonnel. Alors, faute de mieux, va pour ce bistrot du XIe arrondissement, non sans que son attachée de presse ait stipulé à plusieurs reprises qu'il «ne va plus» dans ce genre d'endroit.
Farid Chopel a un journal avec lui, un portable («deux coups de fil très courts à passer.») Il boit un café allongé, accompagné d'un verre d'eau. Belle, sa chienne fidèle, musarde entre les tables. Puis, visage émacié, sourire doux, voix un peu abîmée, Farid Chopel, dont on n'avait plus entendu parler depuis des lustres, commence à se raconter. Comme il le refait sur scène chaque soir, avec un succès croissant qui justifie l'implantation dans des lieux toujours un peu plus grands.
Spectacle éminemment touchant, puisqu'en équilibre stable entre pudeur et intimité, le Pont du milieu enjambe les vies d'un homme, qu'on écoute d'autant plus attentivement qu'il emploie le passé simple et le subjonctif, tel un pied de nez à l'univers si souvent trivial du one-man show comique. Pendant une heure trente, Farid Chopel dévide donc sa pelote, en musique (Un gamin de Paris, Etoile des neiges, le Chant des partisans, Jimi Hendrix, James Brown...) et en mots : «Où es-tu papa ? J'm'en fous» (menteur)... «Nous habitions rue du Ruisseau, français par hasard»... «L'école chez les frères Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle»... «L'expérience du "living theatre'', dur, violent, politique, engagé»... «Le succès»... «Les sorties en boîtes de nuit où on voyait passer un défilé stupéfiant de produits et beaucoup d'alcool»... Jusqu'à la morale de l'histoire, exergue tenant lieu de rappel (à l'ordre, également) : «A force de jouer la comédie, on finit par s'imaginer que la vie est une farce. C'est vrai. Mais il faut y croire. Il faut y croire.»
Le Pont du milieu est mis en scène par Brigitte Morel, qui partage la vie de l'artiste depuis dix ans et porte sur lui un regard tendre qui sait aussi sonder les fêlures. «Farid est quelqu'un d'extrêmement gentil, cultivé, humble et timide en société. Mais, à l'inverse, il peut se montrer très irritable et instable. Avec les deux années écoulées, et le spectacle dont on sait dorénavant qu'il tient la route, il a également appris à mettre en place quelque chose d'inédit chez lui : la patience. Et puis, travailler à nouveau représente ce qui pouvait lui arriver de mieux. Car je pense que la scène est le seul endroit où il se sent fondamentalement heureux. Où il peut exprimer ce même courage physique, intellectuel et émotionnel qui l'a entraîné à un niveau incroyable d'autodestruction.»
L'aura-t-on compris, autant qu'un spectacle, sinon plus, le Pont du milieu est une catharsis. Acte de renaissance artistique d'un personnage qui ne traversait plus les mémoires qu'au gré des diffusions télé de films dans lesquels il avait joué l'Addition, thriller carcéral de Denis Amar, ou Sac de noeuds, comédie de Josiane Balasko. Pour le reste, Farid Chopel était aux abonnés absents depuis le début des années 90. Un spectacle qui se vautre, une séparation amoureuse, plus d'appartement, ni de compte en banque. «Mais je n'ai jamais couché dehors, ou souffert de la faim, il y avait toujours quelqu'un pour me soutenir»... L'engrenage atteint des degrés paroxystiques vers 1994 où, après la drogue, le saltimbanque ne fait plus «que boire, du matin au soir, dans les cafés, avec pour seul horizon, le comptoir». Souvenirs épars : «Je sortais la nuit, marchant des kilomètres, jusqu'à la frontière de la mort.»
Un état qui, de manière plus prosaïque, se traduit par une litanie d'esclandres, de passages au poste, de sirènes d'ambulance, de ruptures sentimentales. Un calvaire que scandent une trentaine d'hospitalisations. Comas, réanimations, état psychopathologique, dédoublement de la personnalité, psychose, semi-catalepsie. Verdict abrupt du corps médical, ainsi qu'annoncé à Brigitte Morel : «Farid va mourir. Il s'agit maintenant de le soutenir afin de préserver sa dignité.»
Mais, au bord du dépôt de bilan, survient un psychanalyste avec qui le courant passe, une hospitalisation dans une clinique privée, un «courage anormal face à la souffrance» (Brigitte Morel), une carcasse qui encaisse tous les chocs et refuse d'abdiquer. Les antidépresseurs aidant, la dépendance à l'alcool s'estompe, disparaît. Depuis quatre ans, Farid Chopel ne boit plus. La sortie du gouffre coïncide bien sûr avec les retrouvailles scéniques, en novembre 2000. «J'étais raide, pétrifié, mais pas par le trac. Il fallait juste que ça revienne physiquement. Je me demandais surtout si mon propos allait encore intéresser du monde.»
A l'évidence, oui. Car ce que Farid Chopel raconte fait sens. L'enfance française d'un gamin basané dans un milieu démuni, «situation parfois dure, mais toujours protégée», avec une mère aimante, un beau-père FLN arrêté, la DST à la maison. La félicité mosellane d'un séjour «chez tante Mathilde et tonton Maurice, les plus belles vacances de ma vie, avec les travaux aux champs». La «scolarité heureuse d'un bon élève» qu'on inscrit dans des institutions privées. L'éveil à la culture, plus ou moins expérimentale et contestataire, telle qu'on la conçoit dans les années 70, d'abord comme spectateur, puis, rapidement, comme acteur (danseur, chanteur). «Une femme me remarque à Nancy, en 1977, et me propose d'intégrer sa compagnie ; j'ai su après que c'était Pina Bausch.» L'expérience communautaire qui vire au parcours en nom propre, avec un premier show «onirico-surréaliste», Chopelia, qui lui met le pied à l'étrier. Farid Chopel joue, tourne, triomphe. «Le succès ne m'a pas étonné, c'est venu un peu naturellement, sans griserie. J'avais de l'argent, j'aimais m'amuser, flamber.» On connaît la suite. Pas encore la fin. Fort d'un bon accueil, le Pont du milieu a de sérieuses chances de jouer les prolongations.
Pendant la rencontre, le café s'est un peu rempli. A la table d'à côté, une jeune photographe asiatique qui effectue fortuitement un reportage sur les bistrots parisiens, dispose plusieurs verres remplis d'apéritifs alcoolisés et demande à Farid Chopel si cela ne l'ennuie pas qu'on aperçoive sa silhouette en arrière-plan. Il accepte avec le sourire. Et commande un autre café.
LIBÉRATION du 21 avril 2008
Le comédien et chanteur est décédé hier à Paris à l’âge de 55 ans, par Gilles Renault
Salué comme il le méritait il y a trois ans, son nouveau spectacle, le Pont du milieu, revêtait la forme explicite d’une résurrection. L’histoire nous révèle aujourd’hui qu’il avait aussi une dimension testamentaire. Farid Chopel est mort hier après-midi, à Paris, d’un cancer foudroyant (comme Fred Chichin, trajectoire parallèle), à l’âge de 55 ans. Il n’aura donc pas pu goûter longtemps aux retombées de ce come-back qui lui avait permis, in extremis, de tourner un ultime long métrage signé Khaled Ghorbal, - Un si beau voyage - quel titre, vraiment !
Celui de Farid Chopel avait débuté tôt. Fils bien élevé de l’immigration, il connaît les institutions privées et ne tarde pas à se découvrir des talents de performer : danse, living theatre, musique… L’humoriste finit par éclore. En 1977, son premier spectacle, Chopelia, est un succès. Quatre ans plus tard, le duo les Aviateurs, qu’il anime avec Ged Marlon, un triomphe. Son humour déjanté, jamais trivial, séduit. Suivront, dans le désordre, une apparition emblématique dans la Danse des mots, le clip de Mondino, une pub Perrier qui fait que toute la France cathodique le connaît, un rôle cinématographique à succès, dans le Sac de nœuds de Balasko…
Devançant d’une génération les vedettes actuelles du rire black-blanc-beur (Jamel, Yacine, Moustapha…), Farid Chopel jouit d’une belle popularité, figure branchée des nuits parisiennes où l’on croise sa silhouette longiligne jusqu’à plus d’heure. Jusqu’à plus soif… Inexorablement, il plonge, abuse de tout, ne se souvient plus de rien. Violente traversée du désert, les années 90 ne sont plus qu’un vaste trou noir ; d’où l’extirpe Brigitte Morel, sa compagne, aimante, patiente, qui tempère ce «niveau incroyable d’autodestruction» qui l’a déjà amené à plusieurs reprises «à la frontière de la mort».
Farid Chopel avait un beau sourire équivoque, empreint de pudeur. Son dernier spectacle s’achevait ainsi : «A force de jouer la comédie, on s’imagine que la vie est une farce. C’est vrai. Mais il faut y croire. Il faut y croire.»
AFP
Décès du comédien Farid Chopel
Le comédien et chanteur Farid Chopel est décédé dimanche à Paris l'âge de 55 ans d'un cancer foudroyant, a annoncé son attachée de presse. "Farid Chopel nous a quittés à 16h30 des suites d'un cancer foudroyant", a déclaré Mme Michelle Latraverse. Son cancer avait été diagnostiqué lors de son hospitalisation, il y a quatre semaine à l'hôpital Cochin, a-t-elle précisé. Grance figure de la vie nocturne des années 80, l'auteur et interprète de "L'Aviateur", la pièce qui l'avait lancé, avait enchaîné les tournages - "L'Addition", "La Femme de mon pote", "Sac de Noeuds", "Le Banquet" et "La Carne" de Marco Ferreri. Après une longue éclipse dans la décennie 90, due aux drogues et à l'alcool, il était revenu en 2003, seul à la scène, pour le one man-show "Le Pont du milieu" et la publication, deux ans plus tard, de son autobiographie, "Et je danse encore" (Editions Privé), co-rédigé avec sa compagne. Fils d'immigrés algériens né à Paris le 4 décembre 1952, Farid Chopel n'avait pas d'enfants, a précisé Mme Latraverse.


