Le coin du cinéphage

Blog d'humeurs et d'informations sur le cinéma et la télévision : bios, filmos, articles, commentaires, bases de liens, bref c'est du foutraque...

06 juillet 2008

LE COIN DU NANAR (DE TROP) : SEULS TWO

Seulstwo Et encore une comédie ! donnez nous du givre, du crachin, du spleen, on ne va jamais pouvoir tenir le coup à ce rythme là. Bon, tout est dérision de nos jours, Droopy est même premier ministre, mais là nous sommes au-delà de l’indigestion. Alors voir "Seuls two", après le faux film culte "Steak" - grand délire des Cahiers du cinéma sur deux pages -. La vision de ce film m’avait laissé perplexe, et dans une totale incompréhension. Écouter nos deux zigues parler du nouvel humour sous fond de paysage canadien twinpeaksisé, ça pouvait désarçonner aussi les bien les amateurs du tandem – furieux à la sortie de film – que ceux amateurs pathologiques de nanars franchouillisant – rangez moi plutôt dans cette catégorie, et en plus je ne me soigne même pas -. Le duo vedette du film Eric Judor et Ramzy Bedia – pas les plus antipathiques, convenons-en -, déclarent depuis quelques années être déçus par les réalisations d’après leur univers, par les vétérans Charles Némès et Gérard Pirès. Ces deux derniers ont du talent, mais le culte  auteuriste aidant ils signent ici eux même leurs derniers forfaits. Le début vise le cartoon, le probe Gervais – Eric Judor déguisé en palmier (mort de rire) – est en planque pour arrêter le voleur speedé Curtis – Ramzy Bédia -. Bien entendu, ce dernier gagne à tout les coups et Gervais et la tête de turc de ses collègues et n’est bon qu’à martyriser un jeune voleur de saucisses… Le duo finit par se retrouver seul au monde, par une sorte d’entrée dans la cathodique dimension – idée déjà prise sans grand résultat dans "Les Guignols, la fiction", il y a quelques années -. S’ils apprennent à s’estimer, ils retrouveront les autres. C’est amusant de voir finalement le décalage, un budget colossal pour notre duo de choc, qui se livre à une sorte d’impro généralisée, ce qui donne un résultat assez étonnant. En gros comme l’autre duo présent sur le film – Fred Testot et Omar Sy, séparés cependant – on s’attend toujours à ce qu’ils nous refourguent quelque chose, un met façon fast food, ou un compte en banque… où est la limite entre la pub, petits sketchs TV et cinéma… On s’étonne devant la démesure de l’ensemble, on imagine aisément les tournages parisiens dans les petits matins blêmes histoire de figurer la disparition des autres personnes. Finalement la réplique la plus drôle est dans le générique de film – mais tout le monde s’est barré, je persiste quand je vous disais que j’étais un grand pervers - : de mémoire : « C’est une "archipel(le)", un chapelle en plus gros -. C’est tout de même mieux que "Gervais, c’est frais", disons à la rigueur. Parfois c’est nettement limite, un truand noir à pour surnom "blanchette" ! - bidasses pas morts !-. On attendait mieux pour un film dédié à... Pierre et Marie Curie !

EricJudor

Éric Judor, "Je suis tombé dans Paris, c'est la faute à Ramzy..."

Quelques guests sont présents histoire de meubler l’ensemble. François Damiens, qui peut se targuer de passer de Jacques Doillon à nos deux zigues – 653 apparitions depuis le début d’année, il bat donc Julie Ferrier de deux films -, en adepte du curling, Benoît Magimel et Kristin Scott Thomas semblent s’ennuyer, Elodie Bouchez s’essaie dans la composition – sans grand résultat d’ailleurs -, Edouard Baer tente l’accent belge, Mc Jean Gab’1 s’amuse avec son image. Ils ne font que passer, mais il est assez limite de voir ces comédiens de manière abusive en promotion  - A l’instar de Michaël Youn et Antoine de Caunes dans le pataud "Tu peux garder un secret ?", on préfère plutôt avoir la surprise comme de retrouver Alain Chabat et Elie Semoun dans "15 ans et demi". Il y a aussi un nouveau phénomène à déplorer, l’absence de seconds rôles et de personnalités. On retrouve des génériques avec beaucoup de noms inconnus, les amateurs d’excentricités broient du noir, il ne semble plus y avoir d’inventivité concernant les comédiens ces derniers temps. Et le public alors, à voir les jeunes présent préférer regarder leurs portables – effet déplaisant garantie -, plutôt que nos deux amis, on se dit que le résultat final ne doit pas être trop avenant. Il y a un gros problème actuellement dans le cinéma français, on table sur un casting, on ébauche une vague histoire, on noie le tout dans une bande son "vavavoumhissante", et sur un profit immédiat. Certains essaient parfois une véritable inventivité – Nicolas et Bruno, mais pour la plupart des comédiens, on ne vise que le service minimum et la rentabilité immédiate. Peut-être que comme les duettistes Franco Franchi / Ciccio Ingrassia ou Abbott et Costello, il finiront "cultifiés" à la Cinémathéque en 2072, mais ce n’est pas leur rendre service que de les laisser en roue libre ou en démesure. Dès qu’un tandem a du tempérament, il est propulsé vedette à l’écran - sauf Sören Prévost et Arnaud Gidouin, sans oublier les hilarants Roselyne Bachelot et Bernard Laporte, on ne sait pas pourquoi -. Et pourtant il était amusant de voir leur évolution d’Eric Judor et Ramzy Bédia, l’un s’enroue, l’autre s’empatte… Reste à savoir, si nos estomacs supporteront longtemps ce régime hautes calories.  Entendu notre duo pour une "promo" pour le site "commeaucinema.com" : "On la refait, en drôle ?" : Chiche !

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27 juin 2008

VALSE AVEC BACHIR

Valse_avec_Bachir Avant-première le lundi 16 juin, de "Valse avec Bachir" à l’UGC-Cité Ciné Bordeaux, en présence de son réalisateur Ari Folman. Ce film présenté au festival de Cannes le 15 mai, a d’excellentes critiques, beaucoup d’entre eux s’étonnèrent à raison de son absence de prix au Palmarès. Évidemment, pour poser la question qui fâche au réalisateur sur ce fait, devinez donc qui était volontaire ce soir-là ? La réponse était assez cinglante "Too many american actors", avec le sourire cependant. Mais l’accueil critique et ses répercutions internationales était une véritable consolation pour lui. On peut se demander même en n’ayant pas vu l’intégralité des films du pourquoi des prix attribués par ce jury qui semble avoir voulu privilégier plus le côté social que la réussite artistique. Le film est une animation documentaire, genre assez inédit, présentant l'avantage d'une économie sur les problèmes de reconstitution. L’animation est très probante, malgré un manque de moyens avérés – jusqu’à trois minutes utilisable par jour –. Elle se base sur une base documentaire, alternant la technique du "rotoscope" utilisant les images existantes, avec l’animation traditionnelle – que le réalisateur nommait "Bambi" pour mieux nous faire comprendre -. Son travail avec son directeur artistique David Polonsky est remarquable. Il évoque aussi la difficulté pour ses personnages de les faire se mouvoir, mais on ne peut que louer le résultat final alors qu’il affirmait avoir qu’un budget très serré loin de celui du film de Marjane Satrapi "Persepolis" - qu’il citait à dessein ? -. Ari Folman évoque donc sa guerre, vue par un lui-même jeune homme. Il nous explique la manière dont il a occulté des années plus tard, le souvenir de sa cruauté par un souvenir écran imaginaire – il se rêve se baignant dans la mer avec ses camarades militaires -. Il va se livrer de nous jours, à une véritable investigation avec ses anciens amis soldats, il ne peut se souvenir s’il avait assisté aux massacres par les phalangistes chrétiens des Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila en 1982, voulant venger la mort de Bachir Gemayel. La démonstration est très convaincante, de la manière dont les jeunes gens doivent "déréaliser" la guerre pour survivre – le témoignage d’un photographe, pour supporter le carnage ambiants – image "Célinienne" d’un massacre de chevaux -.

Valse2 Ari Folman en animation

Il essaie de comprendre le travail de la mémoire – très belle image de l’incrustation de la photographie de sujets enfants dans un décor de fête foraine, ils vont s’approprier cette scène jamais vécu par eux. Nous avons une empathie immédiate, avec la démonstration de la réaction que peut avoir un être humain pour composer avec la réalité. Il peut ainsi surmonter son traumatisme, comme absent de lui-même. Il se sert de son point de vue pour expliquer sa vision de la guerre, il trouve plus juste que les Palestiniens évoquent eux même leurs vécus au cinéma, plutôt que d’opposer les deux points de vue. Son travail d’évocation est d’une grande richesse, montrant la réalité crue de la guerre – la scène du verger, celle documentaire et insoutenable dans le final du film – et son interprétation onirique refoulée – la meute de chiens -. La guerre peut être surréaliste comme la scène qui donne son titre au film, du soldat narguant l’ennemi en dansant, ou du journaliste se tenant droit dans la mitraille. Il y a une bande son exceptionnelle, grâce aussi au talent du musicien écossais Max Richter, avec lequel il avait commencé à travailler par mails, la musique était composée en amont de l’animation aidant à établir un climat, voir la manière dont il s’approprie le climat musical des années 80. Le débat était très intéressant, en anglais, on ne pouvait que féliciter le traducteur présent, mais je n’ai pas retenu son nom. Son réalisateur, parlait du cinéma actuel israélien plus nourri par les images que sa génération – il a 46 ans –. Scénariste, il était amené comme beaucoup de soldats, à suivre une thérapie en étant dégagé des obligations militaires à la quarantaine. Il a ainsi mené à bien cette œuvre foisonnante et passionnante et à trouver la bonne distance pour nous la faire comprendre. Un choc tant sur le fond que sur la forme, dans cette année cinématographique assez médiocre.

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11 avril 2008

SANS ARME, NI HAINE, NI VIOLENCE

Sansarme Reprenons un peu les avant-premières, avec celle de l’UGC-Cité-Bordeaux du 25 mars dernier du film "Sans arme, ni haine, ni violence", en présence de son réalisateur, Jean-Paul Rouve et Gilles Lellouche. On retrouve donc le second film adapté de la vie romanesque d’Albert Spaggiari, avec l’assez oubliable "Les égouts du paradis" tourné en 1978, avec Francis Huster et Jean-François Balmer, pas le meilleur film de son metteur en scène convenons-en… On ne peut pas dire que Jean-Paul Rouve flirte avec la sympathie à l’issue du film. Il fallait le voir, proférant un tonitruant "ta gueule !" à un jeune spectateur de 12 ans posant des questions pertinentes – déclaration rouvienne, " il devrait travailler à Libération ! "-, donnant des détails sur l’absence d’Alice Taglioni, pourtant annoncée en se délectant des ravages d’une "gastro" chez cette superbe actrice -. Petite surprise, avec l’arrivée du chef-opérateur Christophe Offenstein, qui est de la région, le film lui doit beaucoup compensant les faiblesses de la réconstitution – il est un peu gênant de voir l’un des protagonistes lire un "Paris Match" d’époque ! -. Pour avoir eu la chance de voir travailler M. Offenstein sur "Mon idole" et "Edy" - grâce à François Berléand - il est évident que l’on retrouve sa patte. Mais hélas Jean-Paul Rouve le présente avec condescendance et minore sa participation au film. Car il a un sérieux côté content de lui – il ne voyait que lui-même - pour le rôle -, voire même cassant – sans doute une défense si on veut faire de la psychanalyse de "Prisu" -, mais on lui pardonne car son talent d’acteur est énorme – confère ce qu’il apporte au personnage de grand méchant dans le factice "La jeune fille et les loups". Il privilégie l’aspect excentrique du personnage, ne voulant pas faire un biopic. Il le compare à un chanteur, qui n’aurait eu qu’un "tube" dans sa vie. Il déclare ne pas avoir souhaité faire un documentaire, bien qu’aimant ces histoires. Il était scotché à la vision de "Faites entrer l’accusé", présenté par l’ineffable Christophe Hondelatte - …la honte du Pays-Basque -. Evidemment tout le monde s’est mis à rire, mais non Rouve était bien sérieux… Il s’amuse visiblement avec cette figure cabotine, édulcorant certaines aspects négatifs de la personnalité du bandit. Son racisme est évoqué cependant, tel le malaise qu’il crée face à une jeune vendeuse de vêtement vietnamienne - Pom Klementieff, un nom à retenir -. . S’il montre aussi que le truand possède véritablement des armes, loin de sa légende, il préfère minorer ses idées avec de l’humour – le « gauchiste » proféré souvent – Imprimons donc la légende, avec pour danger de rendre sympathique un homme aux idées très douteuses – son flirt avec l’extrême-droite, son soutien à l’OAS, etc… -. L’histoire est dont très romancée, la compagne de Spaggiari, était moins magnifique que la belle Alice, et a juré fidélité à sa mémoire -.  Le personnage de journaliste joué par Gilles Lellouche  est inventé également. Le comédien est d’ailleurs très sympathique et modeste, déplorant avec humour, avoir évité son accès au vedettariat avec l’échec du très plaisant "Ma vie est une comédie romantique". Le comédien s’étonne des rôles approchant les gangsters des années 70, après le décevant "Dernier gang", et avant la première partie du film de Jean-François Richet, sur la vie de Jacques Mesrine, il y interprète un dandy voyou.

Sansarme2

Gilles Lellouche & Jean-Paul Rouve

Le film est assez ludique, même s’il se révèle décevant. Il y a pourtant de bonnes idées, comme l’utilisation d’un très important comédien français, venu par amitié. Je vous en laisse la surprise, mais en précisant que j’ai rajouté sadiquement son nom dans les fiches Wikipédia et IMDB du film, et que son nom est dans le dossier de presse trouvable sur le web et dans les magazines de cinéma. Il figure un grand truand marseillais soupçonné d’avoir aidé Spaggiari, mais comme l’individu est plutôt procédurier, Rouve à trouvé l’astuce de filmer le comédien en question, de manière à ce que personne ne le reconnaisse vraiment. Son nom figure avec humour au générique final – avec la mention "avec pour la première fois (pas) à l’écran" -. Disons que sans "Contestation générale" et sans en faire "Une question d’honneur" - comprenne qui pourra… - il nous a tout de même bien mis sur la voie pour identifier le caïd , en déclarant "Ça finit par… et ça commence par…". Rouve en interprétant ce bandit médiatique phagocyte l’écran, laissant peu de place à Gilles Lellouche et Alice Taglioni, qui sauvent honorablement leurs personnages. Les seconds couteaux doivent se contenter des miettes, comme le trop rare sur le grand écran et excellent Maxime Leroux, qui a plus une silhouette à habiter que de rôle à tenir avec son personnage de "68". Beaucoup de comédiens doivent se contenter de faire de la figuration intelligente, comme le trio de policier décalé – Alice Marivin, Jean-Philippe Puymartin et Renan Carteaux -, Patrick Bosso en truand – qui porte cependant magnifiquement les boucles d’oreilles -, Arsène Mosca en perceur de coffre, ou Florence Loiret-Caille en épouse du journaliste. Les autres n’ont l’occasion que de tenir des apparitions subliminales, tel François Berland en avocat. Au final, si le divertissement l’emporte, on se fatigue de voir ainsi glorifiée une certaine mythologie des voyous. Son auteur n’aura pas réussi à égaler l’originalité des ses camarades des Robins des Bois, Pierre-François Martin-Laval et surtout de Maurice Barthélémy, passant à la réalisation. Je croise Jean-Paul Rouve, en lui disant qu’il pourrait être un formidable Robert Le Vigan, dont il partage une certaine folie, des personnes lui en ont déjà parlé. Il trouve le personnage trop négatif – il a pourtant joué un "collabo" dans "Monsieur Batignolle" et repart en évoquant tout haut une hypothétique participation à un remake de "Goupi Mains-rouges"…

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27 février 2008

LES FILMS QUI RENDENT SCROGNEUGNEU : ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES

Ast_rix_1 Il est charitable de ne pas tirer sur l’ambulance, de ne pas rire de David Martinon, de trouver Danièle Evenou fofolle et non pas pathétique, d’affirmer sans rire qu’Estelle Lefébure est assurément faite pour le cinéma, de trouver drôle Louise Bourgoin sur Canal+, et de ne pas avoir l’impression du bruit de la craie sur le tableau dès quelle parle -  elle nous menace, elle aussi de faire actrice chez Anne Fontaine -, de rire aux sketches de Jean-Luc Lemoine dans "On n’est pas encore lessivé", de trouver normal que Renaud Le Van Kim censure le beau texte de Mathieu Amalric aux Césars, …pour une question de timing – on y croit ! -, et que oui, vraiment Josée Dayan avec son "Sous les vents de Neptune", est vraiment la référence du service public – enfin, ce qu’il en reste -. Ah ! les travers de la politesse, oui il est trop facile de ricaner caché derrière son clavier. Mais on se retrouve parfois perplexe devant une entreprise - "Astérix 3" donc, et l’on se demande, comment en est-on arrivé là ! Et pourtant, à trop tarder de voir le film, à trop vouloir compléter la fiche IMDB, en rentrant des noms inédits trouvé sur le site de Pathé suisse !,  – il me faut en ce moment quasiment visiter chaque fiche des film français, et faire du ressemelage, tant elles chantent misères, je crois que je vais abandonner… -, je finissais par trouver assez désolant que l’on jette autant d’opprobre sur ce film de divertissement... Il fallait bien que Thomas "Brutus" Langmann finisse par trouver moyen de s’affirmer face à Claude "César" Berri, tout de même... Curieuse évolution que celui de l’investigateur de ce film, qui avait débuté assez subtilement comme acteur au début des années 90 - "Nuit et jour", "Paris s’éveille" -, et qui voulait alterner, comme producteur, des films populaires – "Le boulet", plutôt plaisant – avec des films plus ambitieux – Mesrine vu par Jean-François Richet – en passant par des bizarreries totales – le (faux) culte et survendu "Steak" de Quentin Dupieux -. A force de ne rien attendre, on finit par espérer au moins un minimum syndical. Le public hélas, même les enfants, restait de marbre, ce qui est rare dans un multiplex… A la vision du film, il reste la désagréable impression d’un film écrit trop vite autour d’un casting quatre étoiles, il n’est qu’un prétexte pour enfiler un ensemble de scénettes, le duo Charlot-Magnier trouvant même l’occasion de s’auto-citer, avec le fameux "à l’insu de son plein grè", tiré des "Guignols de l’info" - période où ils étaient drôles certes -. Les effets spéciaux sont étonnamment peu convaincants, on a l’impression désagréable de voir les comédiens jouer devant un fond bleu. Alors pourquoi Albert Uderzo et la fille de René Goscinny, en bon gardiens du temple – mais que vaut Astérix sans Goscinny ? -, interdisaient à Gérard Jugnot de tourner "Astérix en Hispanie", avant de se laisser convaincre ici, quel manque de discernement. C’est aussi navrant que l’annulation de la pièce de Bernard-Marie Koltès, "Retour au désert", par ses ayants-droits. Et la seule idée du film, alors ? : Alain Delon et son "Avé moi" - idée honteusement piquée au "To be or not to be" de Lubisch - avec son célèbre "Heil Myself", proféré par un acteur grimé en Hitler -, n’arrache même pas l’esquisse esquivée d’un sourire.

Ast_rix2

"Beaucoup de bruit pour rien"

Il tente l’autodérision, trop tardivement il est vrai si l’on songe aux acteurs américains. Quant à son dialogue reprenant quelques titres de ses films de "La race des seigneurs" au "Guépard", il est très creux. De plus Patrice Leconte utilisait cette même idée, il y a dix ans pour "Une chance sur deux", où il déclarait à Jean-Paul Belmondo être plutôt "Piscine". Curieuse fin de carrière pour cette star se complaisant dans un certain passéisme, qui n'aura eu comme titre de gloire ces derniers temps que dévoyer complètement le Fabio Montale de Jean-Claude Izzo. Gérard Depardieu, n’est que l’ombre de lui-même, mais espérons pour lui que ce soit voulu comme les ¾ de sa filmo ces derniers temps, - je vais finir par lui faire un hommage rubrique R.I.P. de son vivant, si il persiste -. Surprise son personnage tente assez vainement de devenir plus subtil, et nous avons droit à une parodie pataude de l’un de ses rôles phare "Cyrano de Bergerac", ce qui n’arrange rien, on décroche bien évidemment pour songer au film de Jean-Paul Rappeneau. Clovis Cornillac essaie pourtant de trouver des équivalences au style BD, en montrant un Astérix convaincant ce qui n’est pas une mince performance vu l’ensemble. Benoît Poelvoorde nous arrache quelques sourires comme souvent, on a l’impression de le voir faire du sur place cependant, Stéphane Rousseau semble exsangue, José Garcia et Elie Semoun semblent prendre de la distance avec ce barnum... Les seconds rôles sont sacrifiés – Jean-Pierre Cassel, Vernon Dobtcheff, Sim, Arsène Mosca, Bouli Lanners, etc…-. Franck Dubosc et Alexandre Astier ne se renouvellent guère, Les caméos se multiplient Castaldi senior, Dany Brillant, Francis Lalanne, quelques stars du sport oeuvrant pour des associations. Enfin, au final, le génial Jamel Debouze qui nous tire de notre somnolence, hélas trop tardivement. Cerise sur le gâteau, on retrouve Vanessa Hessler, qui par habitude de sa prestation dans la pub "Alice" continue à rendre transparent tout ce qu’elle approche… Le film se partage entre l’esbroufe – la course de chars - et le décousu. Il y a curieusement un côté potache, à survoler ainsi un énorme budget pour en faire une parabole de la grenouille voulant être aussi grosse que le bœuf – la version signée Chabat -. Petite performance, on arrive à visualiser la pire des trois adaptations cinématographique sur Astérix – Claude Zidi avait eu au moins le mérite d’essuyer les plâtres et de poser les personnages -. Le spectateur moyen veut bien suivre, mais il y a des limites tout de même à ce naveton dispendieux. Les gros budgets deviennent de plus en plus énormes, le matraquage médiatique sert à palier les manques, le cinéma exigeant a de plus en plus de mal à exister. Je pensais à la phrase d’Olivier Assayas, dans le documentaire "Les mémoires du cinéma français" d’Hubert Niogret diffusé en DVD. Il y réclamait un devoir d’inventaire sur les actuelles comédies françaises, et pourquoi pas finalement…. Alafolix… pas du tout !

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27 novembre 2007

LE COIN DU NANAR : LA VIE INTÉRIEURE DE MARTIN FROST

La_vie_int_rieure Pauvre, pôôvre David Thewlis. Il était pourtant formidable dans "Naked" de Mike Leigh, mais il a curieusement négocié son parcours depuis. Tétanisé devant le concours de cabotinage de Marlon Brando et Val Kilmer – ce dernier étant grand gagnant – dans le tordant "L’île du docteur Moreau", il a aussi fait quelques frimes pour quelques grands metteurs en scène et a participé même à une comédie sur… l’IRA avec le cultissime "Divorcing Jack". Las, Paul Auster vient ici de lui donner le coup de grâce... Le très talentueux producteur Paolo Branco finance chichement ce film américano-espagnol-paraguayen,-portugais ( Uirk !!! ), mais ne rend pas service à l’écrivain en le laissant filmer le canevas d’une historiette assez flagada. Paul Auster s’a(muse) comme il peut avec son nombril, en recyclant l’un de ses ouvrages "Le livre des illusions" (2002). Il se paie même le luxe de prêter sa voix au récitant, assez hésitante pour narrer les affres de la création. L’inspiration de la mise en scène est inexistante, à noter une scène d’anthologie de crevaison d’une voiture à deux à l’heure. J’ai eu ma période Paul Auster comme lecteur, et j’ai gardé un plutôt bon souvenir de son premier film "Lulu on the bridge", sur un thème similaire avec Mia Sorvino et Harvey Keitel, diffusé en 1998, je cours donc à la dernière séance 22 heures de mon multiplex local histoire de ne pas rater ce dernier avatar auster. Martin Frost est un Paul Auster aux petits pieds. Il part se mettre au vert dans la maison de campagne d’un couple d’ami parti faire les malins à Calcutta. L’ami est figuré par Auster lui-même qui prêtre sa noble tête aux photos du lieu, clin d’œil mégalomaniaque lourdingue. L’auteur lessivé, décide d'y mener la vie d’une pierre ! Le plan suivant nous le montre roulé en boule par terre sous les arbres, ce n’était donc pas une image… Mais non, on souffle, il observe juste des fourmis… Le lieu l’inspire, il commence l’écriture d’une nouvelle. Au petit matin, il saute comme un cabri, en découvrant Irène Jacob dans son lit, une inconnue qui se dit étudiante en philosophie. Il veut être seul, il vitupère odieusement, jette son courroux sur la malheureuse Claire qui s’annonce comme la nièce du couple. Mais il tombe sur le charme de la belle. Seule explication viable, c’est sans doute en raison  de son tee-shirt Berkeley – jeu de mots, comme disait Maître Cappelo, avec l’université et le philosophe du même non, l’ineffable duo se lançant dans des explications oiseuses -.

Tournevissette

Michael Imperioli et David Thewlis, jouons à la tournevissette en attendant la mort...

Hélas, plus l’écrivain est inspiré à l'écriture de son oeuvre, plus la belle se trouve mal en point… Mais qui donc est cette mystérieuse créature ? Jetons de gros doutes sur le jeu d’Irène Jacob, qui se livre à un festival de minauderies proprement hallucinant. Dirigée par un metteur en scène comme Kieslowski, elle a beaucoup de talent, mais ici que dire. Aucune dignité à attendre, elle tombe dans le jardin, avec force de précaution pour ne pas se faire mal, dernier réflexe évident quand on perd connaissance. Il faut la voir – attention SPOILERS - sub-claquer dans son lit après une forte fièvre, comme si elle avait ingurgité un bataillon de limaces vivantes. Le réalisateur un tantinet sadique, nous livre même une sorte de best (worst ?) of, de ses pauses affectées en noir et blanc et au ralenti, tandis qu’une machine à écrire tombe interminablement dans le vide. Arrive Michael Imperioli en chauffagiste amateur de lecture. On le comprend, ce pilier des "Soprano" doit être jaloux de Lorraine Bracco qui a débuté dans quelques nanars franchouilles navrants en France au début des années 80, il veut lui aussi faire œuvre dans la désolation. Son arrivée devrait amuser, mais il est mauvais comme un cochon avec ce personnage hautement improbable, écrivant lui aussi des contes sur des pays fictifs dans les Carpates. Il invente même la "tournevissette", déguisé en garçon vacher, un jeu de fléchettes remplacées par des tournevis ( !), ce qui parachève totalement le salmigondis ambiant de ce film. L’individu lui est flanqué d'une muse plutôt mal en point joué par la propre fille de Paul Auster, Sophie, qui trouve moyen de rabaisser encore le niveau, ce qui n’est pas une mince performance. Elle joue une "non-comprenante" comme disait Pierre Desproges, et nous régale de plus de son petit filet de voix. Auster malmène le mythe d’Orphée - ah, le coup du rétroviseur... -, on arrive petitement à la fin avec un sentiment de délivrance. Reste à savoir l’emploi du temps de cette feignasse de muse de Paul Auster, partie sans doute suggérer au jury des Emmy Awards d’attribuer l’award du meilleur directeur à Patrick Le Lay - ce monde est fou… -.

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17 juillet 2007

À L'INTÉRIEUR

AL En cette période de disette cinématographique, on ne peut que se jeter sur ce film comme la misère sur le bas clergé de notre cinéma hexagonal. Le 8 juin dernier, il y avait eu une avant-première du film en présence des deux réalisateurs Alexandre Bustillo et Julien Maury. Ils aiment le cinéma de genre et ne jouent pas à rigoler avec les codes, ce qui est hautement honorable ces derniers temps. Il y a cependant une volonté évidente de désarçonner le spectateur, à l’instar d’un Gaspar Noé et d’une Marina de Van. Le résultat est divers pour les spectateurs, les rigolards sont parfois de sortie histoire de conjurer la peur – ce qu’ils assument -, les autres suivent le spectacle de manière plus calme, se laissant prendre par une mise en scène énergique. Pour Alexandre Bustillo, ancien journaliste à Mad Movies, la seule violence intolérable du film provient de scènes d’archives, lors de mouvements sociaux dans les banlieues. Le procédé est loin d’être gratuit, une menace sourde pèse sur la ville, laissant une mère de famille enceinte, qui a perdue son mari dans un accident dans une inquiétude sourde la veille de son entrée à l’hôpital pour son accouchement. Elle se réfugie chez elle un soir de Noël. Et bien évidemment une inconnue rode devant la porte. La bonne idée ici c’est d’avoir féminisé le slasher, ce qui installe un curieux malaise face à nos propres tabous sur la maternité. L’intruse c’est Béatrice Dalle dans un registre proche du "Trouble every day" de Claire Denis, dans une composition forte et névrotique. Ils ne tarissent d’ailleurs pas d’éloge sur cette comédienne et souhaitent continuer à travailler avec elle. Le film a de grandes qualités, les deux cinéastes sont cinéphiles, il y a donc un petit jeu des références qu’ils assument, de l’appareil photo de "Fenêtre sur cours" d’Hitchcock aux murmures du prénom de l’héroïne échappés à l’œuvre de Dario Argento. Ils citent aussi bien "Les innocents" (1961) de Jack Clayton, que la série des "Halloween", l’étonnant "Giallo", publié il y a peu en DVD chez "Neopublishing", "Folie meurtrière" (Tonino Valerii, 1972), surprenante réussite du genre, ou au mésestimé "Mort un dimanche de pluie" (Joël Santoni, 1986). L’utilisation d’une villa existante est habile – pour la petite histoire, elle est souvent louée pour des tournages, c’était là par exemple qu’habitaient André Dussollier et Martine Chevallier dans "Ne le dis à personne" -. Les scènes d’agressions sont d’ailleurs réellement angoissantes. Seule la salle de bain est un décor de studio.

A_l_int_rieur

Julien Maury & Alexandre Bustillo

Les cinéastes ne rechignent donc pas sur les effets gore, arrive à faire naître une angoisse par le jeu des apparitions-disparitions, les maquillages probants, de l’utilisation du cadre et des lumières. Alysson Paradis en héroïne quelque peu malmenéE et blessée par la vie est particulièrement convaincante, il y a de plus un effort sur la distribution pour incarner des archétypes, limites caricaturaux, de Nathalie Roussel, méconnaissable en mère de famille, Nicolas Duvauchelle terminant en pantin désarticulé, François-Régis Marchasson en patron secourable, ou Aymen Saïdi, seul personnage sympathique du film finalement dont le destin bascule par la seule raison d’un "délit de faciès". Autre présence très forte, c’est celle de Dominique Frot – sœur de Catherine -, dont le rôle a pourtant été un peu coupé au montage, installant un certain malaise en infirmière givrée au début du film, c’est une comédienne toujours surprenante, elle réussit ici une prestation particulièrement glaçante. Ce film est donc une sorte d’expérimentation, sur le thème archi-battu du "survival", le générique a d’ailleurs été fait de manière artisanale avec une plaque en verre et quelques viscères. On ne peut que louer l’ensemble, malgré quelques flottements ici ou là, mais il est clair que ces deux jeunes metteurs en scène ont un sacré talent avec un budget très modeste et un manque d’expérience au préalable. Le film n’a été interdit qu’au moins de 16 ans, ce qui est important pour la rentabilité du film, on connaît celle de moins de 18 ans pour "Saw III", que l’on dit pourtant moins dérangeant. Il convient donc de les encourager ce tandem de cinéastes, que l’on risque évidement  de retrouver à l’instar d’un Alexandre Aja, aux États-Unis. 

Pour info, sur "13ème rue" chaîne, que je n'ai pas hélas, il y a ce mardi à 22h50 "Mister Mocky présente... d'après les nouvelles d'Alfred Hitchcock" dans le cadre des "Mardis Mocky". C'est une série de trois courts-métrages inédits de 1991, pour une question de droits je crois", avec ce soir "La méthode Barnol" avec Jean Poiret, Roland Blanche, Dominique Zardi. L'histoire : "Un homme d'une quarantaine d'années ne supporte plus la présence du père de son épouse chez lui. Pour hériter de la maison, il décide de monter un stratagème...". Souhaitons que ce courts et les deux suivants "La vérité qui tue" et "Dis-moi qui tu hais", sortent dans la collection Mocky en DVD.

Le cinéaste australien Richard Franklin est mort le 11 juillet dernier à Melbourne (Australie) d'un cancer de la prostate. On lui doit quelques films fantastiques dont "Patrick" (1978) sur la télékinésie étonnant film, grand prix au festival d'Avoriaz ou "Link" (1985), avec Elisabeth Shue et Terence Stamp, histoire d'un chimpanzé cobaye trop évolué, sans oublier une suite en 1983, dispensable sans être indigne au célèbre "Psychose" d'Hitchcock avec le retour de Vera Miles, confère les informations sur Senseofcinema.

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04 juillet 2007

ROMAN DE GARE

Romandegare Bon j’ai plutôt un rapport "Je t’aime, moi non plus" avec les films de Lelouch. Je suis plutôt en période de réconciliation avec lui grâce à la vision de certains de ses films sur feu TPS "Smic, Smac, Smoc" ou "Mariage", et la lecture de l’excellent ouvrage à son sujet "Claude Lelouch, mode d’emploi" par Jean Ollé-Laprune – à quand un retour sur notre petit écran, qu’est-ce qu’il peut nous manquer… - et Yves Alion – que les lecteurs de feu « La revue du cinéma » connaissent bien -. Il est vrai que je préfère ce cinéaste sur ses films modestes plutôt que ses fresques alambiquées versions poupées russes – "Toute une vie" par exemple malgré le culte que je voue à Charles Denner, est quand même hautement improbable -. L’avant-première du film à l’UGC-Cité Bordeaux, en présence d’Audrey Dana et de son fils Simon Lelouch, le 21 juin dernier, se déroulait dans une salle pleine, malgré la fête de la musique qui battait son plein. C’était donc l’occasion de vérifier si Lelouch innovait après l’insuccès de sa trilogie inachevée "Le genre humain" - vaste programme -, en dépit d’une bande-annonce stroboscopique - une véritable épreuve pour nos pauvres yeux -. Le tout est habillé par une sorte de gimmick, tourner le film dans un secret absolu en prenant le pseudonyme de son ami professeur de tennis Hervé Picard. Selon son fils il a décidé de le sortir sous nom à l’annonce de sa présentation à Cannes, par honnêteté pour son public. Le secret a été longtemps gardé, histoire de préserver le film. Audrey Dana a passé des doubles essais, l’un pour un film de Lelouch, l’autre pour "Roman de gare" en présence de Picard jouant consciencieusement son rôle de cinéaste et se faisant même séduire par de jeunes comédiennes. Audrey Dana semble avoir un grand avenir devant elle, elle faisait preuve d’un grand humour quand elle recevait des compliments… de sa sœur ! A noter qu’elle a confirmé avoir une homonyme, ex-femme du réalisateur Paul Boujenah, qui jouait dans "Le faucon" (1983) notamment, j’ai signalé ce fait au site IMDB. Pour revenir au film, on imagine bien que ce secret ne devait tout de même pas perdurer dans un travail collectif, il ne semble pas que Lelouch réitère pour autant la célèbre imposture Romain Gary-Émile Ajard pour le beau livre "Gros câlin". De toute manière, le style Lelouch est reconnaissable entre mille, on retrouve même deux de ses filles et Arlette Gordon son attachée de presse, dans son propre rôle lors d’une émission TV imaginaire présentée par Serge Moati – on y retrouve l’ineffable Bernard Werber -. Il nous ressert en fait l’histoire d’un de ses premiers films "L’amour avec des si…" (1962), mâtinée d’un peu de "Drôle d’endroit pour une rencontre", film de François Dupeyron.

RomandeGare2

Dominique Pinon & Audrey Dana

C’est le même départ, quelle est l’identité de l’automobiliste, prenant une jeune femme en auto-stop. Il y a même l’importance de la radio, avec la voix de William Leymergie, crédité dans les remerciements en fin de générique. L’inconnu est donc joué par un formidable Dominique Pinon, à l’aise dans un premier rôle teinté d’ambiguïté et Huguette, la passagère est jouée par Audrey Dana, une révélation et une nature, défendant avec conviction son réalisateur. Il la ramène chez ses parents, alors qu’elle vient d’être larguée sur une autoroute par son compagnon – Cyrille Eldin, amusant -. Les infos radios annoncent qu’un dangereux tueur pédophile vient de s’évader… C’est un retour au source, il y a peut être moins d’autos citations qu’habituellement même si certains aphorismes lelouchiens valent leurs pesants de cacahuètes… Il faut dire que l’intrigue policière n’est pas une réussite, et les "zazards" et les coïncidences chères a son réalisateurs desservent plutôt l’histoire. Malgré quelques bémols, et quelques personnages caricaturaux – Fanny Ardant dans le rôle de Judith Ralitzer – un hommage à Paul-Loup ? - ne semble pas très à l’aise dans le stéréotype d’une femme auteur de roman noir -, le film arrive à trouver son rythme entre humour décalé et une tension naissante. Comme souvent chez Lelouch – pour mézigue du moins -, c’est dans des scènes entre deux personnages que la magie du réalisateur passe, des échanges d’Audrey Dana qui joue Huguette, parlant de son âme de midinette, ou de la rencontre du toujours formidable Zinedine Soualem en commissaire avec Michèle Bernier dont le mari vient de quitter le domicile conjugal. La première partie est réussie, avec de bons moments passés dans la ferme familiale des parents d’Huguette, on retrouve le talent de Myriam Boyer, formidable dans un rôle assez improbable de paysanne misérable. L’utilisation inventive des chansons de Gilbert Bécaud est à saluer. Ce film est l’occasion de constater la capacité toujours remarquable qu’a Claude Lelouch de rebondir après un échec, il avait déjà signé un singulier – mais un peu raté "Viva la vie" après sa relative déception de l'accueil d’ "Édith et Marcel". Gageons que malgré quelques petits côtés irritants, Lelouch n’a pas fini de nous surprendre. Il faut signaler que beaucoup de spectateurs étaient enthousiastes ce soir là.

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27 juin 2007

NUMÉRO ZÉRO

numerozero1 Poursuite du cycle Jean Eustache à l'Utopia de Bordeaux. "Numéro zéro" ne fut connu longtemps que sous une version courte, avant sa redécouverte lors de sa sortie en 2003, grâce au soutien du réalisateur Pedro Costa. Mireille Amiel évoquait déjà ce film, à l’occasion du suicide de Jean Eustache en 1981 dans "Cinéma 81" N° 276 : "…Mes préférences vont vers "Mes petites amoureuses" et "Numéro zéro", un document parfaitement inédit réalisé en 1971 et donc une partie est parue à la TV (3ème chaîne) sous le titre "Odette Robert", dans la série "Les grands-mères", en juillet 180. Le document initial durait 2 heures et demi, la TV sut le ramener à cinquante minutes et seule l’extrême pauvreté d’Eustache à ce moment-là lui fit accepter cette mutilation. Peut-être est-ce parce que ces deux films sont, plus que les autres, des clefs pour comprendre Eustache. Peut-être à cause du mélange ahurissant de douceur et de cruauté qui était l’une des constituantes de l’auteur, ou encore parce que son côté "féminin" s’y révèle dans des portraits de femmes qui ne doivent rien aux modes, mais disent tout sur la condition féminine. Peut-être encore parce qu’avec une assurance tranquille, qui confine à l’héroïsme quand on sait à quel point le public risque de ne pas suivre, le ton, l’écriture de ces films étaient personnels, plus que non conformistes, "non conformes" (…) "Numéro zéro" a été tourné avec une équipe de trois personnes, une seule caméra, les seuls arrêts (la longueur du film est exactement celle du tournage) étant les temps nécessaires pour recharger la pellicule. J’ai eu le privilège de le voir en son entier. Je faisais alors partie de la commission d’aide aux courts métrages et un fonctionnaire plus qu’intelligent du CNC avait trouvé cette façon illégale mais très morale d’aider Jean Eustache : tronçonner (théoriquement) ce film en plusieurs métrages. Odette Robert, la grand-mère d’Eustache était au moment du tournage, vieille, aveugle, impotente. Elle possédait cette bonté qui confine au génie qui fait qu’une vieille paysanne de Pessac presque illettrée pouvait comprendre parfaitement ce petit-fils plus que parisien (encore que nous nous souvenions tous de la vois d’Eustache et de ce reste d’accent), plus que cinéaste, beaucoup plus que "marginal". Eustache avait posé sa caméra devant elle, après une introduction où on la voyait dans la rue avec son arrière-petit-fils, et lui avait tout simplement demandé de raconter sa vie, comme tous les petits enfants l’on fait. Dans l’extrême attention donnée à cette femme, dans d’imperceptibles mouvement s de caméra, dans cet aveu complet d’amour, dans cette volonté de nous forcer à voir et à et à entendre (volonté aux trois quarts déjouée par les jeux économiques), Eustache était là. Il ne filmait, m’a-t-il dit un jour dans un entretien, "que par nécessité". C’est vrai pour lui, à l’évidence. Vrai et, si l’on peut bien réfléchir, très simple". Cette critique avait parlait avec brio, d’un film qui n’émergea que quelques années plus tard, on devine qu’une diffusion tardive au mois de juillet, n’avait peut-être pas eu un écho très favorable. C’est donc des années plus tard que l’on peut redécouvrir ce film et la lecture de l’analyse de Mireille Amiel nous éclaire parfaitement sur l’importance de ce film dans l’œuvre de Jean Eustache.

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numerozero Odette Robert

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Difficile de prendre la parole après elle, mais ce témoignage a une grâce unique, et est indispensable à l’approche de l’œuvre de ce grand cinéaste. Le film en noir et blanc, commence donc par un plan muet d’Odette Robert faisant ses courses avec son arrière petit-fils Boris, futur cinéaste des "Arpenteurs de Montmartre", sorti en 1992. Le film commence ensuite presque en temps réel, avec les contraintes des fins de bobines, entrecoupées par les claps, contraignant le réalisateur et son chef opérateur Philippe Théaudière, qui intervient parfois, à interrompre le flux verbal du témoignage de la touchante grand-mère d’Eustache. L’idée est simple, faire parler l’aïeule de sa vie, de ses souvenirs, de ses grands drames. Elle a alors 71 ans, elle est usée par la vie et n’attend plus rien de la vie. Mais elle garde une chaleur dans une voix monocorde, et nous montre une véritable générosité. Elle fut recueillie par son petit fils, qu’il avait invité à la rejoindre à Paris, dans son appartement de la rue Mollet, après une vie de labeur, pensant qu’elle avait bien mérité d’avoir un peu de quiétude et qu’elle pourrait s’occuper du jeune Boris. Eustache profite de la complicité qu’il a avec elle, en reprenant le fil des habituelles conversations, pour ainsi fixer cette mémoire dans la pellicule. Il souhaite ainsi revenir à une innocence, un numéro zéro donc, après "Les mauvaises fréquentations", "Le père Noël a les yeux bleus" et la première version de "La rosière de Pessac", un retour salutaire à ses origines. Eustache laisse sa grand-mère libre de toute expression, même si la vie parfois reprend le dessus comme avec un coup de fil d’un producteur hollandais, qui souhaite acheter pour le diffuser "Le père Noël...". Le réalisateur, un peu sur la défensive au départ, sentait qu’il y a aurait cette bonne nouvelle. On le découvre en creux, écoutant religieusement Odette, tout en sirotant un whisky ou mouillant nerveusement son cigare. On découvre son accent girondin qu’il semble retrouver tout naturellement, dont parlait Mireille Amiel. Jamais on ne verra son visage, mais on s’approchera tout de même de cet artiste unique, tout en voyant les prémices de son œuvre future... La vieille dame, presque aveugle, son visage mangé par des lunettes noires, cachant ses problèmes de vue, ne dédaigne pas les petits plaisirs de la vie, coupant le whisky de son petit fils avec des glaçons ou fumant force cigarettes. Volontiers "mordante", elle a une ironie douce amère sur toutes les épreuves vécues, la perte de trois fils – sa fille étant la mère de Jean -, la dureté d’une vie paysanne au début du siècle, des problèmes de santé, les avanies causés par sa belle-mère, une marâtre cruelle l’obligeait à garder toujours les mêmes couverts par peur de la tuberculose sans oublier un mari volage – ahurissante évocation du récit de la syphilis qu’il avait contracté. Elle avance pourtant dans sa vie, subit souvent, se bat parfois, elle mord enfant son institutrice, l’une des rares personnes qui fut généreuse avec elle, et se bat comme une charretière avec l’une des maîtresse de son époux.  On traverse ce siècle avec elle, elle ne se plaint pas malgré une vie rude, elle souligne toujours les côtés positifs de sa grand-mère paternelle basque qui lui racontait des histoires – elle aimait lire, ce qui était rare alors dans ce milieu -. Si l’attention peut baisser parfois, on oubli le noir et blanc granuleux et une pénombre protectrice, pour découvrir l’intimité entre ces deux êtres, qui s’aiment et s’épaulent malgré la différence de génération. C’est aussi un portrait de la condition féminine du siècle dernier, baigné dans une belle tendresse. La grand-mère demande au chef opérateur si elle a été bien, ce dernier lui répond "Juste géniale". Ce film indispensable, nous montre encore une fois la richesse de l’œuvre ce grand cinéaste, hélas pour nous trop tôt disparu.

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17 juin 2007

FRAGILE(S)

img138/568/fragilesam5.jpg Avant-première le 7 juin dernier à l’UGC-Cité Ciné, du second film de Martin Valente en présence de son réalisateur, Sara Martins, Jean-Pierre Darroussin et François Berléand. Beaucoup de raisons de se réjouir, retrouver François Berléand venu finalement malgré un planning chargé, Jean-Pierre Darroussin qui garde toujours une attention particulière à son public avec une sympathie inégalée, Sara Martins rencontrée à l’avant-première du premier film de Martin Valente, le très réjouissant "Les amateurs" et son réalisateur qui avait eu une excellente initiative, proposer un carnet de route sur son film. Avec son blog, élaboré avec la complicité du musicien du film, Denis Mériaux. On ne peut que les féliciter car c’est un projet unique dans notre cinéma hexagonal, Suivre toutes les étapes de son film du tournage à la post-production. Le réalisateur ayant un goût pour l’écriture, il a tenu à bout ce projet, nous faisant suivre son parcours créatif avec beaucoup de sensibilité et d’enthousiasme. Un projet singulier mené à bien, nous donnant envie bien évidemment de découvrir son film. Le plaisir de découvrir ce film plaisant est donc augmenté par ce travail préalable, on ne peut qu’encourager d’autres artistes à agir de la sorte. On découvre 6 personnages non pas en quête d’auteur, car Le film évite les pièges du film choral, par sa qualité d’écriture, d’émotions et d’humour. Ils sont à un tournant de leur existence, menaçant de laisser envahir par une grande mélancolie. Paul – François Berléand toujours aussi excellent dans un personnage blessé - est un cinéaste réputé dont le film connaît un insuccès complet, et qui s’interroge sur sa capacité à rebondir en acceptant avec peu d’enthousiasme de le défendre dans un festival à Lisbonne. Sa femme Hélène – la trop rare et sous-utilisée Caroline Cellier – à la garde de son petit fils répondant au doux prénom de Ross, dépassée par cette charge, elle reconnaît ne pas avoir un instinct maternel très prononcé et se retrouve malaise avec cet enfant. Vince – Jacques Gamblin, probant en inspecteur de police vivant d’espoir – enquête sur un trafic de drogues, tout en visitant régulièrement sa femme à l’hôpital. Elle est dans le coma, mais il persiste à rester avec elle, malgré l’absence d’amélioration, suscitant l’admiration du personnel soignant. Nina, une jeune femme un peu paumée – éblouissante Sara Martins - , part avec son amie Isa, une marginale délurée – excellente Élodie Yung -, en week-end à Lisbonne. Enfin Yves - Jean-Pierre Darroussin toujours aussi juste - est un pharmacien de province, esseulé qui a des problèmes avec un chien encombrant venu prendre la place de son chat, il accepte de donner des médicaments de substitution à Nina - Marie Gillain probante - une jeune musicienne et droguée.

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Sara Martins & Jean-Pierre Darroussin

Ces vies en parallèle qui vont se croiser parfois, sont décrites avec beaucoup de subtilité. Martin Valente réussit comme dans son premier film, à alterner les scènes d’émotions parfois poignantes avec un humour ravageur et une cocasserie bienvenue. Les personnages sont parfois englués dans leurs problèmes. Ils sont dans une période où il ne voient aucunement le moyen de trouver une issue, comme parfois dans la vie. Contrairement à d’autres films ayant la même construction, où quelques interprètes parviennent à tirer leur épingle du jeu, tous les protagonistes du film sont ici formidable. François Berléand se régale avec les situations avec son humour habituel – il vaut le voir avec un sac poubelle ou déambuler dans un hôtel vêtu par une serviette de bain -, tout en faisant preuve d’une belle humanité. Jean-Pierre Darroussin est touchant avec son personnage d’homme bon, qui semble être passé à côté de sa vie. Caroline Cellier donne une grande présence à son personnage dans son rôle de femme mûre désabusée. Marie Gillain déjoue les clichés d’une "junkie", en défendant un personnage blessé mais qui reste clairvoyant. Jacques Gamblin, avec retenue nous fait partager la grande détresse de son rôle, qu’il cache derrière une grande dignité. Le talent de Sara Martins éclate ici, en jeune femme cherchant un sens à sa vie. Ses rencontres avec son partenaire François Berléand sont irrésistible. Le film bénéficie d’une construction soignée, tous les personnages ont une part égale, et on les retrouve finalement au moment où l’on a envie de les revoir, tout en essayant de découvrir leurs dénominateurs communs. Derrière le calme apparent de villes touristique ou de provinces, Martin Valente réussit avec beaucoup de minute, à décrire les moments où dans sa vie l’on peut se sentir démuni face à l’absurdité des choses. Mais il y a aucune complaisance ici avec le malheur, les personnages cherchent à s’en sortir, parfois avec une drôlerie salvatrice. Il faut aussi saluer la musique de Denis Mériaux, et la bande-son en général, donnant une unité au film.

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François Berléand et Sara Martins

Grâce à la fidélité de François Berléand, j’ai donc eu le grand plaisir de retrouver l'équipe du film, à l'issue de la projection, jusqu’à une heure joyeusement indue de la nuit. J’avais raconté ici même avoir rencontré François sur l’avant-première du film de Thomas Bardinet "Les âmes câlines", et l’homme est resté depuis ce temps accessible, disponible et d’une grande gentillesse qu’il cache parfois sous des dehors faussement cynique et d’une drôlerie inouïe. Il parle toujours avec liberté, du trop grand nombre de ces dernières prestations télévisuelles ou de son métier. J’avais eu la chance il y a peu de l’applaudir dans "L’arbre de joie" au théâtre, grand souvenir également sur cette pièce gardienne de beaucoup d’émotions et l’occasion de voir la grande force chez la comédienne Maruschka Detmers et de découvrir l’étendue du grand talent de Marie Parouty, comédienne cultivée et d’une grande intelligence. Le plaisir ici était comme à chacune de nos rencontres toujours aussi probant, avec le bonheur de le voir avec Jean-Pierre Darroussin, énorme capital de sympathie. Ce comédien est d’une grande finesse, a un grand sens de l’observation et a une acuité sur le monde remarquable. Étrangement François Berléand et Jean-Pierre Darroussin, bien que d’une même génération, n’a jamais vraiment joué ensemble. Ils se sont croisés qu’à deux reprises, car il n’ont aucune scène ensemble sur "Fragile(s)", dans un téléfilm de Robert Mazoyer "Un homme" diffusé en 1997, et dans un film resté inédit – mais acheté par Arte disaient-ils – "Le souffleur" de Franck Le Witta, en 1985 produit par Robert Guédiguian. François récitait à la Guitry les intervenants et l’équipe du film, tout en campant un chauffeur de taxi. Découvrirons-nous ce film un jour ? A les voir parler spectacle, football ou politique, je me suis régalé à les écouter, en imaginant pouvoir retrouver ce duo inédit et aimable sur un grand écran. Une idée peut-être à soumettre à Martin Valente pour un prochain film. Ce dernier a une personnalité attachante, un vrai plaisir de l'écriture et un grand amour des comédiens. Nous avons donc beaucoup à attendre de cet homme passionné. Et puis il y avait la grande joie de retrouver Sara Martins, dont il est impossible de ne pas tomber sous le charme, "comme sous la mitraille" comment disait la chanson. Le charme de cette jeune comédienne n'a de rival que son intelligence. Elle est d'une lucidité remarquable sur le métier d'acteur. De son parcours brillant au théâtre, avec Michel Bouquet, Sotigui Kouyaté et Peter Brook, elle garde une grande admiration. De celui de la télévision, plus contraignant, elle y voit un moyen de progresser, face au jeu des contraintes, à l'instar de la curieuse aventure dans la série "Les secrets du volcan", en pleine épidémie du chikungunya à la Réunion. Elle doute parfois, analyse avec justesse les travers du manque d'imagination de certains créateurs, dans le pays des étiquettes. Avec ce film, elle trouve un rôle à la mesure de son talent, souhaitons que le cinéma la gâte, sinon c'est à désespérer. Une si agréable compagnie m'a fait gardé intacte l'irrésistible séduction de ce film à découvrir mercredi prochain.

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16 juin 2007

LA MAMAN ET LA PUTAIN

Un des plus beaux films du monde. Ce film - de chevet - reste un choc indélébile... avec l'incongruité de ne l'avoir jamais vu en salles avant une rétrospective "Jean Eustache" à l'Utopia de Bordeaux. C'est en 1988,  que j'avais découvert ce film, dans le ciné-club de Claude-Jean Philippe sur Antenne 2, dans un temps révolu où l'on pouvait se forger une cinéphilie dans les chaînes du service public. La VHS aidant, j'ai eu très vite une intimité avec ce film depuis presque 20 berges déjà. C'est le genre d’œuvre que vous glissez dans votre magnétoscope, pensant en regarder les premiers plans les soirs de grand spleen, avant de vous faire happer, malgré une durée inusitée de 3h40. De voir le film en salle avec une amie qui le découvrait, malgré une copie fatiguée, me prouvait le charme inégalé de ce chef d’œuvre. Mais quand un film vous touche véritablement, c'est là qu'il est difficile de faire partager ses émotions, handicapé de plus par la banalité habituelle des ses appréciations. Mais le film a une aura unique, a marqué beaucoup de cinéastes de Marion Vernoux à Christophe Honoré, Catherine Breillat faisant répéter le monologue de Françoise Lebrun à ses actrices, ou Lucas Belvaux rendant hommage au film avec le clin d’œil amusant des retrouvailles Léaud-Lebrun dans "Pour rire". C'est le portrait de trois personnages à la dérive. Jean-Pierre Léaud démontre ici combien c'est un immense comédien, sans évoquer le mimétisme qu'il pouvait avoir avec ses metteurs en scène, on finit par voir l'incarnation supposée de Jean Eustache, cinéaste hors norme et de l'intime. Léaud campe un dandy beau parleur, grandiloquent et nostalgique, narcissique mais touchant. Il règne en maître dans l'univers très délimité de "Saint-Germain", essayant de parfaire son discours désinvolte sur le monde, tout en agaçant, histoire d'oublier et de ne pas se complaire avec sa souffrance profonde. Il finit dans ce rôle d'Alexandre par se révéler en définitive vulnérable derrières ses aphorismes du quotidien, comme né à la mauvaise époque. Il vient de se faire larguer une jeune femme sage - Isabelle Weingarten, échappée de "Quatre nuits d'un rêveur", à la fausseté toute bressonienne -. Il rejoint sa "vieille maîtresse" - La "Maman" -, Marie, une femme de trente ans qui a une boutique de vêtements -  Bernadette Lafont rayonnante de sensualité et de gravité dans son plus grand rôle. A la terrasse d'un café il rencontre Véronika - "La putain", une infirmière volage - Françoise Lebrun joue une éblouissante femme libre et perdue, dans l'un des personnages les plus beaux du cinéma -. "Elle émeut dans ses contradictions,  son fameux monologue reste dans toutes les mémoires.

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Françoise Lebrun, Jean-Pierre Léaud & Bernadette Lafont

L'histoire est difficilement racontable, mais il est passionnant de suivre l'évolution de ces personnages, Eustache décrivant leurs douleurs masquées par une fuite en avant, grâce aux vertus de la conversation et de l'alcool, avec la précision d'un entomologiste. Jean Eustache est un metteur en scène singulier et au-delà de l'ambiance "du café de flore" et des "deux magots", des brasseries où l'on peut occuper son temps sans grand frais. C'est le portrait d'une certaine époque, de la liberté des années 70, c'est un des documents les plus précieux sur cette époque. Il y a ici un hommage aux déclassés, marginaux, aux paumés du petits matins comme le chantait Jacques Brel, à l'instar des deux amis d'Alexandre, joué par Jacques Renard - futur cinéaste -, qui nous donne une prestation étonnante en copain dandy et sarcastique et Jean-Noël Pick, irrésistible en homme maladroit tendance pré-Houellebecquien,  Mais il touche à l'universalité des rapports amoureux. Le texte est magnifique – il est disponible aux éditions du Cahier du cinéma -, très écrit, se servant du langage du quotidien - "Un maximum de conneries en un minimum de temps" déclare Véronika en utilisant pléthore de "Merdique", tout le scénario à lui seul est une oeuvre d'art. Il fut mis en scène au théâtre par Jean-Louis Martinelli avec Charles Berling et Anouk Grinberg. Le cinéaste digère tout, de la chanson populaire - Damia, Edith Piaf -, d'un certain snobisme, de ses références - Léaud faisant son lit comme Jean-Claude Brialy dans "Une femme est une femme" ou l’œuvre de Robert Bresson -, à l'air du temps, de Jean-Paul Sartre et sa demi-bouteille, Pierre Bellemarre et Guy Lux portant "Leurs conneries sur leurs visages" au prédicateur du petit matin à la radio. Eustache met ici sa "peau sur la table", en nous livrant son intimité - les personnages du film ont existés dans la vie, la femme ayant inspiré celui de Marie c'est d'ailleurs suicidé durant le tournage, sans fausses pudeurs, puisant dans sa vie avec grandeur. La photographie sèche de Pierre Lomme est absolument splendide, captant l'ambiance libre des années 70. Une génération y est peinte avec lucidité. Un éloge de la fausseté – "le faux c’est l’au-delà" pour mieux rejoindre la vérité. Trop peut-être, voir la manière dont Eustache parle des cinéastes comme des oisifs se gargarisant de leurs oeuvres. Eustache ne s'épargne aucunement avec son portrait d'Antoine - évocation du graffiti par Véronika dans les toilettes : "Saute narcisse ! ". Un film somme au-delà de tout éloges. Verra t-on un jour ce film en DVD, histoire de faire perdurer sa magie tel un phare dans la nuit ? Il est l'un de ces films, illustrant une des répliques d'Alexandre : "Les films apprennent à vivre". Eustache disait à Marcel Martin dans "Écran 73" N°17 : "...Le film juge les spectateurs autant qu'il peut être jugé par eux".

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