Le coin du cinéphage

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05 janvier 2007

NATALIE PERREY, MUSE ROLLIENNE

Armel de Lorme nous propose son troisième hommage après ceux de Nicole Régnault et  Marie-France : Nathalie Perrey, que les amateurs de Jean Rollin connaissent bien, avec son érudition habituelle. Son indispensable ouvrage "http://www.aide-memoire.org/" coucourt au prix du Syndicat du Livre de Cinéma.

NATALIE PERREY PAR ARMEL DE LORME.

Depuis bientôt quarante ans et presque autant de films, le parcours professionnel de Natalie Perrey se confond pour l’essentiel avec celui de Jean Rollin, dont elle est la complice de prédilection plus encore que l’égérie. Tantôt première assistante, tantôt script-girl, tantôt monteuse, tantôt costumière, et parfois les quatre à la fois (1), parfaite incarnation au final du concept d’éminence grise mais préférant de très loin l’expression – moins connotée – de « travailleuse de l’ombre », elle reste paradoxalement, devançant d’une courte tête Brigitte Lahaie, la comédienne que le « cinéaste bis » par excellence a le plus fréquemment utilisée face à la caméra. Les apparitions se suivent et ne se ressemblent pas, qui vont du plan quasi subliminal (Fascination, 1979) aux grands seconds (Les Deux Orphelines vampires, 1995) et troisièmes (La Nuit des Traquées, 1979) rôles, de la silhouette furtive (La Rose de fer, 1972) à la composition de tout premier plan (Lèvres de sang, dont elle est, bien plus que la « tête d’affiche » Annie Brilland, future Annie Belle, la véritable vedette, 1974). Lorsque pour les besoins du scénario, le port de la voilette ou de la cornette dissimule son visage, on peut toujours la reconnaître au seul son de sa voix, à la fois douce et légèrement voilée, évoquant par instants celle de Suzanne Flon. La pureté de ses traits, la grande sérénité qui émanent d’elle la vouent d’emblée aux personnages rassurants, tour à tour gardienne du temple (La Vampire nue, 1969) et religieuse dévouée (Les Deux Orphelines vampires). De temps à autre, en bonne actrice de composition qu’elle est, elle met les mêmes caractéristiques physiques et vocales au service de créatures nettement plus redoutables, interprétées avec la même économie de moyens. Le calme se fait alors trompeur, la voix, chant des Sirènes, le malaise peut s’installer : dès sa première apparition dans Lèvres de sang, on devine les zones d’ombre derrière l’apparente gentillesse qu’elle ne cesse pourtant de manifester tout au long du film. Enfin, jusqu’au moment où, après avoir fait interner (pour son bien) le grand fils adoré qu’elle a élevé toute seule (forcément), elle se met à exhumer les cadavres des cimetières, qu’elle fait ensuite brûler sur de grands bûchers. Sans se départir un instant de son doux sourire. De tels dons pour la composition peuvent sembler inattendus de la part d’une actrice dont l’activité s’est à ce jour quasiment limitée à la série B et qu’en définitive, la profession connaît et reconnaît davantage comme technicienne que comme comédienne. C’est oublier (mais peu le savent) qu’après s’être initialement destinée à la danse, elle a fait ses classes, il y a près d’un demi-siècle, chez Raymond Girard, et que seule la limite d’âge l’a empêchée – de même que son exact contemporain Guy Delorme – de suivre ses petits camarades de cours (Belmondo, Marielle, Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Françoise Fabian et Annie Girardot) sur les bancs du Conservatoire. Faute d’avoir pu suivre la voie royale, elle n’a cessé, depuis, de travailler au coup de cœur, une rencontre en amenant une autre et l’amitié faisant le reste. C’est R.J. Chauffard, ex-créateur de Huis clos (dans le rôle du garçon d’étage) et anar authentique, qui lui a présenté Mocky, Rollin et Lapoujade – l’auteur et metteur en scène de ce Sourire vertical aujourd’hui invisible qui reste, de son propre aveu, son plus beau titre de gloire cinématographique (« J’ai adoré, j’adore toujours tourner avec Jean, je suis ravie de récupérer au débotté le personnage de la Nuit des Horloges initialement prévu pour Bernadette Lafont (2), mais si je ne devais garder qu’un rôle parmi les quelques-uns qu’il m’ait été donné d’interpréter, ce serait celui de Mère Jeanne des Anges du Sourire… et pas un autre »). C’est par Rollin, pourtant, qu’elle fait la connaissance, plus tard, de Michel Patient (« il a fait débuter ma fille à l’écran ») (3) et de Pierre Unia… L’amitié toujours, qu’elle pratique avec autant d’intensité que d’autres font l’amour. Des moments privilégiés sans cesse renouvelés (« après le Lapoujade, il y a eu ce film avec Jean-Louis Jorge, Mélodrame, une parodie seventies de l’âge d’or hollywoodien, Maud Molyneux qui ne voulait que moi pour lui épiler les sourcils, la fête de fin de tournage dans l’atelier de mon compagnon d’alors, Jean-Noël Delamarre, et les « filles » du film, transgenre dans la plupart des cas et ravies d’être traitées en femmes à part entière… pour une fois – je te parle de ce qui était encore la France de Giscard… »). Prise en flagrant délit de passéisme, Natalie Perrey ? Voire… Dès que l’on creuse un peu, le film le plus important est toujours celui en cours (« Nous reprenons le Rollin fin novembre, le plan de travail est réduit de moitié, mais au moins, ça va se faire »), le projet le plus excitant encore à venir (« l’Afrique du Nord en décembre/janvier, une coproduction franco-marocaine sur la mort de Pasolini vécue du point de vue d’un de ses amants maghrébins qui a passé des années à attendre son retour, l’histoire est superbe »).  Si l’on se prend à regretter in fine que Doillon ne l’ait employée que le temps d’un court métrage (On ne se dit pas tout entre époux, 1970), que Mocky ne l’ait jamais utilisée autrement que comme script, que Lapoujade, après lui avoir confié son rôle de cinéma le plus important à ce jour, ait disparu avant d’avoir pu la refaire travailler, si on se plaît volontiers à imaginer le parti qu’auraient pu tirer de sa sensibilité, de son sens aigu de la nuance, de sa voix de fumeuse –plus troublante encore que celle de Jeanne Moreau – et de l’imperceptible poésie émanant de toute sa personne un Biette, un Guy Gilles, un Demy, il y a toujours un moment où l’on réalise qu’il n’est rien de plus vain que les regrets de cinéphiles. De regrets, Natalie Perrey n’en a pas : comme les sages du temps jadis, il a bien longtemps qu’elle a compris que seuls comptent l’instant présent et le futur proche. La fille de militaire de carrière qui transportait, à treize ans, des messages de la Résistance dans les anglaises de sa poupée… et dans les siennes (« c’était formidable, j’en paraissais dix, je pouvais faire passer tout et n’importe quoi au nez à la barbe des Allemands »), l’adolescente de province qui faisait la « quatrième au bridge » lors des visites hebdomadaires du général de Gaulle à ses parents, la passionaria des mythiques (et antigaullistes s’il en fût) États Généraux du Cinéma de 1968, la monteuse fidèle et acharnée qui travaillait de nuit à la mise en forme des premiers essais cinématographiques de F.J. Ossang (« Mon seul vrai bon élève durant l’année où j’ai enseigné le montage à l’IDHEC. Il faut absolument que quelqu’un se décide à ressortir des placards l’Affaire des Divisions Morituri et le Trésor des îles Chiennes, tu sais, c’est tellement rare, la véritable subversion au cinéma… ») ont fait place à une jeune vieille dame de 77 ans, aussi à l’aise dans ses cheveux gris que dans ses rides (« On s’en fout des marques de l’âge, moi, ma crème, ce sont mes familles de cœur et de travail, mes cinq enfants et mes neuf petits-enfants, les virées nocturnes dans Paris, à pied de préférence, les coups de rouge entre copains et les brunes sans filtre »). N’en déplaise aux bien-pensants de tout poil, c’est peut-être derrière ce credo a priori très politiquement incorrect (« aimer, boire, fumer… et, surtout, bosser tant qu’on est en état de pouvoir le faire ») que réside, in fine, le secret de son éternelle jeunesse… ADL

1.        Elle est alors souvent créditée sous le nom de Nathalie Perrey.

2.        Commencé en août/septembre 2004, La Nuit des Horloges se veut le testament cinématographique (rien n’empêchant de fait l’ajout de codicilles tardifs) de Jean Rollin , l’affiche mêlant habilement comédiens fétiches du cinéaste (Natalie Perrey, Jean-Loup Philippe), « revenants » (le cinéaste expérimental Maurice Lemaître, absent des écrans depuis La Vampire nue en 1969) et nouvelles venues (Ovidie, marilynmansonienne)… ou presque (Sabine Lenoël, beauté diaphane déjà repérée dans La Fiancée de Dracula et actrice impérativement à suivre).

3.        Natalie Perrey est la mère de la comédienne de théâtre (et de caractère) Cyrille Gaudin, révélée à la toute fin des années 80 lors de reprises sur les planches de deux pièces de Jean Cocteau respectivement mises en scène par Jean Marais (Bacchus, Théâtre des Bouffes-Parisiens) et Nicolas Briançon (Les Chevaliers de la Table Ronde, en tournée). Ayant depuis poursuivi ses activités scéniques sous la direction de Claude Régy (Le Criminel, Chutes) et Jean-Paul Lucet (Le Pain dur, Le Roi Pêcheur), elle s’est est en outre illustrée dans une poignée de longs métrages (Jeans Tonic, Michel Patient, 1983 ; La Fracture du myocarde, Jacques Fansten, 1990), avant d’interpréter, sous le nom de Cyrille Isté, le rôle-titre de La Fiancée de Dracula (Jean Rollin, 1999).

Photo © Jean-François Caudière

FILMOGRAPHIE (COMÉDIENNE SEULEMENT) :

1969 : La Débauche ou les Amours buissonnières (Jean-François Davy). La Vampire nue (Jean Rollin). 1970 : On ne se dit pas tout entre époux (Jacques Doillon, CM). 1971 : Le Seuil du vide (Jean-François Davy). Le Sourire vertical (Robert Lapoujade). 1972 : La Rose de fer (Jean Rollin). 1974 : Lèvres de sang (Jean Rollin). 1976 : Le Fou de mai (Philippe Defrance). 1979 : Fascination (Jean Rollin). La Nuit des Traquées (Jean Rollin). Le Piège à cons (Jean-Pierre Mocky). 1980 : Les Échappées/Fugues mineures/Les Paumées du petit matin (Jean Rollin). 1981 : Agathe et Martha (Reine Pirau/Pierre Unia). 1983 : Baby Cat (Pierre Unia). Jeans Tonic (Michel Patient). 1989 : Perdues dans New York/Lost in New York (Jean Rollin). 1995 : Les Deux Orphelines vampires (Jean Rollin). 1999 : La Fiancée de Dracula (Jean Rollin). 2004 : Quelque Chose de mal (Namir Abdel Messeeh, CM). 2006 : La Nuit des Horloges (Jean Rollin).

DIVERS :

1970: Le Frisson du vampire (Jean Rollin, assistante de production). 1971: Requiem pour un vampire/Vierges et Vampires (Jean Rollin, scripte). Le Seuil du vide (Jean-François Davy, script et costumes). 1973: Q (Le Gros Lot) (Jean-François Davy, supervision du script). 1974 : Bacchanales sexuelles/Tout le monde il en a deux (Michael Gentle/Jean Rollin, scénariste). 1975: Candice Candy (Renaud Pieri/pierre Unia, script). 1976: Jouissances (Frédérid Lansac/Claude Mulot, supervision du script). Le Roi des bricoleurs (Jean-Pierre Mocky, assistante réal., script, montage). 1979: Le Piège à cons (Jean-Pierre Mocky, script). 1980: Les Echappées/Fugues mineures/Les Paumées du petit matin (Jean Rollin, script). 1981 : Agathe et Martha (Reine Pirau/ Pierre Unia, supervision du script). 1983: Baby Cat (Pierre Unia, script). 1985 : L’Affaire des Divisions Morituri (François- Jacques Ossang, supervision du montage). 1989 : Le Trésor des îles Chiennes (François-Jacques Ossang, montage). 1991: Hammam (Florence Miailhe, montage). La Plage des enfants perdus (Jillali Ferhati, montage). 1992: Coyote (Richard Ciupka, montage). Jonathan (François-Xavier Lecauchois, montage). 1995: Schéhérazade (Florence Miailhe, CM d'animation, montage). 1998: Adieu forain/Bye-bye Souirty (Daoud Aoulad-Syad, montage). 1999: Banco (Patrick Bossard, CM). La Fiancée de Dracula (Jean Rollin, script et costumes). 2000: Au premier dimanche d'août (Florence Miailhe, CM d'animation, montage). Ma sexualité de A à X (Brigitte Lahaie, supervision du script). 2001: Le Miroir du fou (Narjiss Najjar, montage et supervision du script). Le Septième Ciel (Narjiss Najjar, CM, montage et supervision du script). 2003: Julie Meyer (Anne Huet, CM, supervision du script). 2006: La Nuit des Horloges (Jean Rollin, script, costumes + supervision du tournage).

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07 juin 2006

L'@IDE-MÉMOIRE : MARIE-FRANCE

Second portrait après Nicole Régnaut, d'Armel de Lorme, Marie-France, une artiste hors norme, qu'il serait vain de réduire au rang de phénomène à l'instar d'un Marc-Olivier Fogiel la recevant dans son talk-show. Une version précédente figure dans l'indispensable "@ide-mémoire".

Photo copyright Pierre & Gilles

MARIE FRANCE (de Paris)

Par Armel de Lorme

Le mot « égérie » semble avoir été inventé pour elle, qui a su inspirer pêle-mêle, en quelques 35 ans de carrière, Marguerite Duras - « impossible de ne pas être troublé(e) par elle, les hommes comme les femmes » - et André Téchiné, Fernando Arrabal et A(do)lfo Arrieta, Jacques Robiolles et Jean-Marie Rivière, Alain Pacadis et Marc’O, Charles Matton et Frédéric Botton, Jacques Duvall et Jay Alanski, Pierre & Gilles et les membres du groupe rock Bijou… (liste non exhaustive !). Mi-pétroleuse, mi-femme-enfant, tour à tour meneuse de revue, chanteuse, performeuse, et même modèle à ses moments perdus, Marie France (Garcia) n’en est pas moins une comédienne assez unique en son genre, capable de glisser sans transition – juchée sur ses escarpins Christian Louboutin – de l’univers intello-chic d’une Sophie Perez (Détail sur la marche arrière, Théâtre National de Chaillot, janvier 2001) aux comédies hip-hop d’une Blanca Li passée de l’autre côté de la caméra (Le Défi, 2000). Rappel : Marie France a vu le jour à Oran, sous le signe du Verseau, en l’an de grâce 1946 (plus exactement le 9 février). Quelques années après avoir quitté, comme beaucoup d’autres, son Algérie natale, elle découvre le Paris interlope des Sixties naissantes, et là où ses contemporaines transitent par les bancs du Cours Simon ou du Conservatoire, fait ses classes à l’École des Femmes, véritable vivier transgenre dont sortiront notamment Cobra (futur modèle et amour impossible du romancier Severo Sarduy), la sculpturale Gaëtane Gaël et la future reine de la nuit (et chroniqueuse télé ) Galia Salimo. Présente sur scène, entre deux passages à l’Alcazar de Jean-Marie Rivière, dans des créations underground (Maggy Moon, Jean-Louis Jorge, l’Olympic, 1972 ; La Barre, Geneviève Hervé, le Nashville, 1975) ou résolument durassiennes (Le Navire Night, Théâtre Édouard-VII, 1979) tout au long des années 70, c’est grâce au subversif Arrieta qu’elle effectue, après une ou deux semi-figurations (Les Chemins de Katmandou, André Cayatte, 1969), ses véritables débuts à l’écran. Protagoniste des cultissimes Intrigues de Sylvia Couski (1972-1974) aux côtés d’Howard Vernon, de Michèle Moretti et de quelques non-professionnels (parmi lesquels ses amis, Gaëtane Gaël, Hélène Hazera et Michel Cressole), celle qu’on surnomme à l’époque « l’Impératrice des Gazolines » se voit très vite confier d’autres rôles plus ou moins importants par des cinéastes « à la marge », tels qu’Arrabal (J’irai comme un cheval fou, 1973), Jacques Robiolles (Le Jardin des Hespérides, 1974), Joaquin Noessi-Lledo (Le Sujet ou le Secrétaire aux mille et un tiroirs, id.) et surtout le peintre Charles Matton, qui lui fait reprendre à l’écran, dans Spermula (1975), le rôle de clone de Marilyn Monroe qu’elle promène, de théâtres en cabarets, depuis le début des Seventies. Vers la même époque, dans un registre moins révolutionnaire (donc moins confidentiel), André Téchiné fait appel à elle pour interpréter, à l’écran, la chanson par lui écrite du film Barocco (1976), qu’elle reprend quasi systématiquement, depuis, à la fin de ses récitals. Scène culte et queer, s’il en est, dans la filmographie du cinéaste, que celle montrant Marie France, dietrichienne en diable, susurrer On se voit se voir... devant une Hélène Surgère séduite et attendrie, un Gérard Depardieu conquis sans effort apparent et une Isabelle Adjani déversant à gros bouillon larmes et rimmel dans sa flûte à champagne (parce que, oui, l’eau, bon, ça va cinq minutes). D’autres prennent la relève dès le milieu de la décennie suivante : Gérard Mordillat, d’abord, sous la direction duquel elle roule de formidables patins à un Francis Perrin tout émoustillé, ce qui se comprend (Billy-Ze-Kick, 1985), Josiane Balasko, ensuite, rencontrée par l’intermédiaire de Coluche, qui fait d’elle la plus savoureuse des pensionnaires du bistrot à putes tenu par Dora Doll dans Les Keufs (1987). Toi, ma chérie, tu t’es pris une porte assenne-t’elle, mutine et enjôleuse, après avoir examiné sous toutes les coutures le cocard de circonstance arboré par sa partenaire (et réalisatrice) au bar de Madame Lou : grand moment de glamour à la sauce bitchy ! La même année, Téchiné lui redemande de chanter, cette fois entourée d’une demi-douzaine de boys, dans une séquence mi-glamour, mi-torride, des Innocents (1987) visiblement conçue spécialement pour elle. Plus discrète – cinématographiquement parlant – à partir des années 90, qu’elle consacre essentiellement aux planches, aux récitals chantés et à l’enregistrement d’albums (l’un avec le chanteur britannique Marc Almond, l’autre avec le guitariste Yan Péchin), elle n’en reprend pas moins le chemin des studios à l’aube du nouveau millénaire, tour à tour tapineuse adorablement vulgaire chez Gabriel Aghion (Belle Maman, 1998) et grande bourgeoise – une première (!) – courant les boutiques de prêt-à-porter de luxe chez Blanca Li (Le Défi, 2000). Le temps a beau passer, Marie France, qui a, entre temps repris son véritable patronyme en hommage à une autre Oranaise célèbre, Nicole Garcia, et publié une autobiographie aussi pertinente que réjouissante (Elle était une fois, X-Trême/Denoël, 2003), n’a rien perdu de sa blondeur, de sa verve, de son sex-appeal et, surtout, de la sensibilité extrême qui la caractérise depuis ses débuts. Tous les espoirs restent donc permis à celle qui, confiant à la fin des années 90 rêver de travailler sous la direction de Chéreau, Almódovar et Bob Wilson, vient d’être mise en scène par Philippe Decouflé (Paris secret, Printemps de Bourges, 2005) et de publier un premier best of agrémenté de chansons inédites portant la griffe de Frédéric Botton – autant dire du cousu main. En attendant le prochain film, la prochaine  pièce ou le prochain happening (voire les trois... ), Marie France s’apprête à investir, du 15 au 17 juin, la scène du Théâtre de l’Archipel (larchipel.net) pour une série de concerts mêlant chic, classe et rock and roll – prolongement logique d’un Trianon à guichets fermés en février dernier. Bel été en perspective ! Armel de Lorme

1969 : Les Chemins de Katmandou (André Cayatte). 1972 : Les Intrigues de Sylvia Couski (Adolfo Arrieta). 1973 : J’irai comme un cheval fou (Fernando Arrabal). 1974 : Le Jardin des Hespérides (Jacques Robiolles). Le Sujet ou le Secrétaire aux mille et un tiroirs (Joaquin Noessi/Joaquin Lledo). 1975 : Spermula (Charles Matton). 1976 : Barocco (André Téchiné ). 1985 : Billy-Ze-Kick (Gérard Mordillat). 1987 : Cinématon #949 (Gérard Courant, CM). Les Innocents (André Téchiné ). Les Keufs (Josiane Balasko). 1991 : La Gamine (Hervé Palud). 1993 : Une expérience d’hypnose télévisuelle (Gaspar Noé, CM). 1998 : Belle Maman (Gabriel Aghion). 2000 : Le Défi (Blanca Li).

Marie France (ou toute autre comédienne homonyme) serait en outre apparue dans le long métrage d’Éric Barbier, Toreros (1998), cette information n’ayant pu être vérifiée sur copie à l’heure où cet article est mis en ligne.

Addenda du 01/09/2006 :

Notre ami et collaborateur zélé Armel de Lorme est heureux de nous annoncer le lancement du site www.aide-memoire.org et de son "frère jumeau musical", au titre encore classé confidentiel, pour début octobre. Au sommaire des premiers numéros sont d'ores et prévues, comme autant de mises en bouche, la mise en ligne de galeries photos, les échos de tournages en cours et quelques exclus relatives à l'@ide-Mémoire : Encyclopédie des Comédiens Volume 2, toujours en phase rédactionnelle et dont la sortie est reportée au début 2007. Armel en profite pour rappeler que la sublime Marie France donne rendez-vous à son public du Trianon et de l'Archipel sur la scène du théâtre Le Méry, le 15 septembre à 20 heures. Tous les compléments d'infos requis sont accessibles via les liens suivants :

www.lalalala.org (la formidable et classieuse revue virtuelle pop, music-hall et chanson française de Didier Dahon et Jérôme Reybaud), lire l'article suivant : Marie-France au théâtre Le Méry.

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22 mai 2006

L'@IDE-MÉMOIRE : NICOLE RÉGNAULT

Création d’une nouvelle rubrique, l’@ide-mémoire, avec un hôte de marque Armel de Lorme, dont la passion communicative n’égale que son érudition. C’est avec grand plaisir que l’on retrouve ci-joint le texte réactualisé de son portrait de Nicole Régnault paru dans son livre homonyme à son site, un parcours étonnant, il y a donc au moins un point commun entre le "Mon oncle" de Jacques Tati et "Brice de Nice" !

NICOLE REGNAULT : ENTRE CHARME ET ACIDITE

Par Armel de Lorme


S’efforcer de coller au plus près à l’actu télé, entre câble, satellite et chaînes hertziennes, offre parfois le prétexte idéal à un retour sur le parcours de comédiens sous-représentés dans la plupart des dictionnaires usuels. Comment voir ou revoir un Guy Lefranc (même mauvais) sans avoir envie de tirer illico le portrait à Florence Blot ou Dominique Marcas, un Lautner (même daté ) sans se repencher sur la filmo de Jean Luisi, un Mocky, toutes époques confondues, sans vouloir pondre aussitôt quelques lignes sur Henri Attal, Antoine Mayor ou Jean-Claude Rémoleux ? Ainsi en est-il des diffusions multiples de l’inutile Brice de Nice sur Canal. Que retenir d’un tel mastodonte ? La finesse du scénario, le soin extrême apporté à la réalisation, la qualité non moins exceptionnelle du montage, la pertinence souveraine des dialogues ou l’incommensurable sentiment de légèreté procuré par la somme d’autant de talents conjugués ? Ben… euh… si, quand même… au moins quelques acteurs : Clovis Cornillac, fidèle à lui-même (donc bien), Alexandra Lamy, trop peu présente au final mais n’en faisant pas moins un sort à chacune de ses (maigres) répliques, et puis, bizarrement omise au générique (il y a des chargés de postproduction qu’on a fusillés pour moins que ça), la délicieuse Nicole Régnault, 80 printemps au moment du tournage et déjà une sacrée brochette de films au compteur. La rencontre improbable-mais-jubilatoire de Nicole Régnault et de Brice de Nice, c’est l’histoire d’une comédienne ayant jadis tourné sous la direction de Bresson, Ophuls, Carné, Tati et Minnelli, mais que les hasards de l’existence ont prématurément conduite à quitter la région parisienne pour la Côte-d’Azur. Un jour, elle répondit à l’annonce d’une société de production à la recherche de figurants. Un rôle restait à pourvoir, celui de la vieille domestique attachée au service d’un escroc richissime et de son grand benêt de fils. La comédienne plut aux casting directors, passa des essais, enleva le morceau et, à la veille du premier tour de manivelle, se vit parer des fonctions de gouvernante auprès de Jean Dujardin et de François Chattot. D’un rôle assez long au départ restent trois scènes, montrant une Nicole tour à tour revêche, attendrissante et malicieuse, ainsi qu’une quatrième séquence particulièrement émouvante, présente sur les seuls boni DVD. James Huth – qui eût été encore plus inspiré encore en supervisant aussi le générique de fin, mais bon… – en a du reste profité pour rendre un hommage discret mais sincère à son interprète… ce qui constitue peut-être au final la seule véritable bonne idée de tout Brice de Nice. Rappel des faits :


Née dans le 20ème arrondissement de Paris le 19 mai 1924, c’est à l’âge de huit ans que la petite Nicole Emma Sasserath effectue ses premiers pas sur les planches en interprétant… une sorcière lors d’un spectacle scolaire : pour décrocher le rôle (elle n’en convoitait pas d’autre), elle va jusqu’à supplier son institutrice. Sa famille comprenant rapidement qu’il serait inutile de chercher à contrôler sa vocation, elle s’inscrit à la fin de l’Occupation aux cours alors très prisés de la célèbre (en ce temps) Andrée Bauer-Thérond et de Maurice Escande, y côtoie quelques débutants en devenir, dont Michel Piccoli, adopte rapidement le pseudonyme de Régnault (parce que Sasserath, ça sonne « Ça se rate »… pas terrible pour une comédienne » et aussi en hommage à la grande tragédienne Julia Bartet, dont Régnault était le véritable patronyme), effectuant dans la foulée ses premiers pas à l’écran via une apparition furtive dans l’une des séquences finales des Dames du bois de Boulogne (Robert Bresson, 1944). Oscillant dès lors entre silhouettes et petits rôles de composition, par ailleurs comédienne mascotte du cinéaste Jean Loubignac, sous la direction duquel elle tourne six films entre 1950 et 1955 (dont quatre, tous de la série des Piédalu, aux côtés du comique vite démodé Ded Rysel), elle est notamment la cliente « coiffée à la cracra » par Fernandel dans Coiffeur pour dames (Jean Boyer, 1952), la mère de famille nombreuse plaquée par son mari dans Crainquebille (Ralph Habib, 1953), la sèche geôlière des Compagnes de la Nuit (Ralph Habib, id.), la Parisienne-au-long-nez provoquant les commentaires ironiques de Maurice Chevalier – retour au bois de Boulogne de ses débuts cinématographiques – dans la séquence d’ouverture de Gigi (Vincente Minnelli, 1957) et, surtout, l’automobiliste binoclarde et revêche croisée au début de Mon Oncle (Jacques Tati, 1956). Des raisons familiales l’obligeant à prendre un emploi plus stable, elle quitte la profession, à la fin des années 50, s’installe dans la région cannoise, et, la proximité de la Victorine aidant, effectue un premier come-back cinématographique en 1979, via l’ineffable Drôles de gendarmes, comédie mi-merguez, mi-aïoli, réjouissante et bâclée, portant l’estampille de Bernard Launois et dont le générique, tous en stars deuxièmes, rassemble quelques glorieux transfuges des Jeux de Vingt Heures, d’Alors, raconte ! et du Petit Rapporteur. Qu’on en juge : le brigadier, c’est Sim, les trois dégourdis de la Maréchaussée, Daniel Prévost, Jacques Balutin et Robert Castel, le curé, Henri Génès, l’épicière, Jeannette Batti (logique !), la postière, Florence Blot… tandis que Nicole Régnault y silhouette une fureteuse Tatie Danielle d’avant la lettre, collectionnant avec malice les cochonnets de pétanquistes comme d’autres les bouchons de champagne, les timbres-poste ou les amants. Puis, c’est silence radio durant plus de vingt ans : la Victorine met de moins en moins de films en chantier, et oublie peu à peu Nicole. Début 2001, elle se voit cependant proposer la tête d’affiche d’un court métrage de fin d’études, Chambres d’hôte, qui, en dépit d’une diffusion confidentielle, lui offre ce qui  probablement à ce jour le rôle de sa vie. Dans cette variation sur le thème bien connu de L’Auberge rouge, elle campe avec brio une hôtelière sanglante dégommant un à un ses pensionnaires, ce évidemment dans l’impunité la plus totale (ce serait sinon beaucoup moins drôle). Trois ans plus tard, à peine sortie du tournage de Brice de Nice, les Films de Mon Oncle lui proposent, en même temps qu’à Nicolas Bataille et Betty Schneider-Raffaelli (seuls survivants avec Nicole – si l’on excepte Pierre Étaix – de l’équipe artistique de Mon Oncle) d’évoquer face à la caméra de Thomas Rio ses souvenirs liés au chef-d’œuvre tatiesque. Des trois comédiens ainsi interviewés, elle est peut-être la plus touchante, dont le réalisateur parvient à saisir l’émotion alors même qu’elle se découvre à l’écran, pour la première fois, dans la version anglaise de Mon Oncle, alors invisible et qu’elle ne connaissait pas. Quelques mois plus tard, Pierre Étaix lui rend à son tour hommage lors d’une interview partiellement publiée dans le premier volume de l’@ide-Mémoire, encyclopédie des comédiens (reprise in www.aide-memoire.org): Elle a parfaitement compris dès le départ ce que Tati attendait d’elle, et lui a donné avec intelligence et précision exactement ce qu’il voulait. Par conséquent, il y a eu très peu de prises du plan dans lequel elle figurait, ce qui s’est avéré assez exceptionnel tout au long cours du tournage de Mon Oncle. J’ai également été frappé par la poésie qui émanait de sa personne, et par l’humour avec lequel elle a abordé son rôle, humour qui lui a permis de transcender sans difficulté ni effort apparents un personnage à la fois ingrat et caricatural sur le papier. C’est probablement l’une des comédiennes les plus étonnamment justes qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer. Ces qualités mises en avant par l’unique représentant (avec feu Darry Cowl) du burlesque à la française se retrouvent intactes dans le dernier rôle en date que Nicole Régnault ait interprété à ce jour, religieuse cocasse et malicieuse d’un spot publicitaire pour la marque Citroën tourné au printemps 2005 et multidiffusé sur les chaînes hertziennes en septembre de la même année : cornette nonnale au vent, regard perçant et lèvres pincées, sa vis comica y fonctionne, une fois de plus, à merveille. Depuis, toujours aussi classe et rigolote à un peu plus de 82 ans, Nicole Régnault appelle de tous ses vœux le prochain rôle qui, de toute évidence, .ne saurait tarder. Cet article pour rappeler que la région PACA a trouvé sa Renée Le Calm depuis belle lurette, qu’elle se prénomme Nicole, qu’elle n’est absolument pas rivée, loin s’en faut, aux studios de la Victorine et que quelques journées de tournage à Paris ou ailleurs ne seraient pas forcément pour lui déplaire. À bon entendeur…

Armel de Lorme

FILMOGRAPHIE :

1944 : Les Dames du bois de Boulogne (Robert Bresson). 1945 : Le Père Serge (Lucien Gasnier-Raymond). 1948 : Bonheur en location (Jean Wall). 1949 : L’Homme aux mains d’argile (Léon Mathot). Le Gang des Tractions Arrière (Jean Loubignac). 1950 : Piédalu voyage (Jean Loubignac, CM). Le Roi des camelots (André Berthomieu). La Ronde (Max Ophuls). La Vie chantée – sk. Les Départs (Noël-Noël). 1951 : Le Crime du Bouif (André Cerf). La Maison dans la dune (Georges Lampin). Les Neiges du Kilimandjaro/The Snows of Kilimanjaro (Henry King). Piédalu à Paris (Jean Loubignac). Le Plaisir (Max Ophuls). Les Sept Péchés capitaux (Georges Lacombe). 1952 : L’amour n’est pas un péché (Claude Cariven). Coiffeur pour dames (Jean Boyer). Les Détectives du dimanche (Claude Orval). Elle & Moi (Guy Lefranc). L’Île aux Femmes nues (Henry Lepage). Nous sommes tous des assassins (André Cayatte). Piédalu fait des miracles (Jean Loubignac). Week-end à Paris/ Innocents in Paris (Gordon Parry). 1953 : Les Compagnes de la Nuit (Ralph Habib). Crainquebille (Ralph Habib). Piédalu député (Jean Loubignac). La rafle est pour ce soir (Maurice Dekobra). 1954 : L’Air de paris (Marcel Carné ). Fantaisie d’un jour (Pierre Cardinal). 1955 : Coup dur chez les mous (Jean Loubignac). Les Hommes en blanc (Ralph Habib). 1956 : Mon Oncle (Jacques Tati). My Uncle (Jacques Tati). 1957 : Gigi/idem (Vincente Minnelli). Mission diabolique/Der Fuchs von Paris (Paul May). Vive les vacances ! (Jean-Marc Thibault et Jean Laviron). 1958 : Les Motards (Jean Laviron). 1979 : Drôles de gendarmes/Sacrés Gendarmes (Bernard Launois). 2001 : Chambres d’hôte (Marc Garetto, CM). Trio (CM). 2004 : Brice de Nice (James Huth).

Posté par Coinducinephage à 18:24 - L'@IDE-MÉMOIRE (Par Armel De Lorme) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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