15 novembre 2007
MORT DE DELBERT MANN
Annonce de la mort du cinéaste américain Delbert Mann, des suites d’une pneumonie à l’hôpital de Los Angeles. Il connaît une consécration avec "Marty", pour lequel il reçoit l’oscar du meilleur réalisateur. Le rôle titre révèle un Ernest Borgnigne, inattendu en garçon boucher au physique ingrat qui finit par trouver l’amour en rencontrant une jeune institutrice. Il avait déjà en 1953, adapté cette œuvre de Paddy Chayersky, pour la télévision, avec Rod Steiger. Suivent plusieurs adaptations d’œuvres théâtrales, "Désirs sous les ormes" (1958) , d’après d’Eugene O’Neill avec Sophia Loren et Anthony Perkins, "Tables séparées", mélodrame adapté d’après Terence Ratigan, à la distribution brillante, Rita Hayworth, Deborah Kerr, Burt Lancaster et David Niven, "Au milieu de la nuit", d’après Paddy Chayefsky, avec Kim Novak et Frederic March.. Il signe régulièrement des comédies avec notamment "Un pyjama pour deux", avec Rock Hudson et Doris Day, dans le cadre des milieux de la publicité, "Un soupçon de vison" où Cary Grant est un séducteur éconduit par Doris Day, "Un si gentil petit gang", composés de domestiques cabrioleurs aidant une vieille dame ruinée, ou "La junge aux diamants", comédie d’aventure avec James Garner. Tony Curtis devient pour lui "Le héros d’Iwo Jiwa", un indien qui s’engage dans la bataille du Pacifique, auprès des troupes américaines, lors de la seconde guerre mondiale et Rock Hudson un colonel d’aviation chargé de mettre bon ordre dans une base militaire dans « Le téléphone rouge ». En 1982, il signe pour les productions Disney, l’histoire d’un dissident de l’Allemagne de l’Est, joué par John Hurt, qui cherche à s’évader en dirigeable. Ces dernières années, il se consacrait surtout à la télévision, comme avec une nouvelle adaptation d’ "À l’ouest rien de nouveau", dénonçant les affres de la guerre de 1914-1918 dans les tranchées et qui semble jouir d’une certaine réputation, et avoir été diffusé en salles en Europe ou "Les derniers jours de Patton", où Georges C. Scott reprend le rôle titre qui lui avait valu l’oscar. Il fut le président de la prestigieuse "Directors Guild of America" de 1967 à 1971. Il épousa Ann Caroline Mann en 1941, et il lui restera fidèle jusqu'à sa mort en 2001. Même s’il fut souvent décrié par la critique, il restera comme l’un des honnêtes artisans d’Hollywood.
Delbert Mann & Doris Day
Filmographie : 1955 Marty (Id) – 1957 The bachelor party (La nuit des maris) – 1958 Separate tables (Tables séparées) – Desire under the ells (Désirs sous les ormes) - 1959 Middle of the night (Au milieu de la nuit) - 1960 The dark at the top of the stairs (Ombre sur notre amour) - 1961 The outsider (Le héros d'Iwo-Jima) - Lover come back (Un pyjama pour deux) - 1962 That touch of mink (Un soupçon de vison / La belle et le milliardaire) - 1963 A gathering of Eagles (Le téléphone rouge) - 1964 Dear heart - Quick before it mels (Vite avant que ça fonde) - 1966 Mister Buddwing (Énigme à quatre inconnues) - 1967 Fitzwilly (Un si gentil petit gang) - 1968 The pink jungle (La jungle aux diamants) - 1970 Jane Eyre (Id) - 1971 Kidnapped - 1973 Interval - 1977 Tell me my name - Home to stay - 1978 Love's dark ride - 1981 Night crossing (La nuit de l'évasion) - 1983 Brontë. Télévision : (notamment) : 1953 Paddy - 1979 All quiet on the western front (À l’ouest rien de nouveau) – 1980 To find my son - 1981 All the way home - 1982 The member of the wedding -1983 The gift of love : A Christmas story - 1984 Love leads the way : A true story - 1985 A death in California - 1986 The last days of Patton (Les derniers jours de Patton) – The Ted Kennedy Jr. Story - 1988 April morning- 1991 Ironclads - 1992 Against her will : An incident in Baltimore - 1994 Incident in a Small town - Lily in winter.
ARTICLE – AP
Mort de Delbert Mann
Los Angeles — Le réalisateur américain Delbert Mann, qui avait obtenu quatre Oscars à Hollywood et la Palme d’Or à Cannes pour son film Marty (1955), est décédé à l’âge de 87 ans, a-t-on appris hier auprès de son fils Fred Mann. Delbert Mann a succombé à une pneumonie, dimanche, au Centre médical Cedars-Sinai à Los Angeles, a précisé son fils. Marty avait remporté l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur, avait valu celui du meilleur acteur à Ernest Borgnine, qui tenait le rôle principal, et enfin celui du meilleur scénario, attribué à Paddy Chayevsky. Ce film à petit budget, qui a été tourné en 16 jours contrairement aux 45 habituels de l’époque en utilisant des techniques venues de la télévision, n’alignait que des inconnus pour la plupart. Il racontait la vie austère d’un boucher (Borgnine) dans le quartier de Brooklyn, un homme de 34 ans qui se sent trop moche pour trouver l’amour, mais dont l’existence est transformée à la rencontre de l’âme sœur.
A déplorer un mois de novembre particulièrement meurtrier pour le cinéma, avec la mort de Fernando Baldi, réalisateur très original italien – on lui doit des western à l’italienne, comme "Texas addio" (1966), avec Franco Nero et "Le justicier aveugle" (1971), avec Ringo Starr, et même un autre en relief "Western" (1982), avec Victoria Abril, de Laraine Day, héroïne du "Correspondant 17" d’Alfred Hitchcock, le romancier Norman Mailer qui s’est essayé à la réalisation avec "Les vrais durs ne dansent pas" avec Ryan O’Neal, Isabella Rosselini et le vétéran Lawrence Tierney. Les gens du cinéma annonce aussi la mort de Robert Rollis des suites d'un cancer foudroyant, ce 12 Novembre, pour lequel j’avais fait un hommage ici même dans la rubrique Fragments d’un dictionnaire amoureux.
09 novembre 2007
LA MEILLEURE RÉVÉLATION COMIQUE DE L'ANNÉE
Ne cherchez plus la révélation comique du moment, c’est Philippe Besnier P.D.G. de feu Noos-Numéricable, qui affirme sans rire "Les ennuis c’est du passé !", ce qui est tout de même une performance. La liste des griefs des abonnés depuis 2003, est interminable, mais la société a fait amende honorable, les promesses n’engageant que ceux qui les reçoivent comme nous le disait notre bon Pasqua. Bon c’est de l’humour noir, teinté d’un léger sadisme. Ne vous fiez pas à ces faux airs de Jean-Louis Debré, la drôlerie de ses interventions est digne d’un Pierre Doris, pour goûter à cet humour, il faut cependant être client de sa société. Atteint d’une maladie chronique, la cinéphilie, j’avais opté pour l’offre tout ciné chez France Télécom Câble. Manque de bol, ce sont les ineffables de Numéricable qui ont pris la relève. Quand les chaînes ciné de TPS disparaissent, ils vous envoient un courrier, quelle aubaine votre offre évolue, vous payez la même somme, mais avez en plus dans l’offre ciné … TPS Foot – si ce n’est pas de la drôlerie à l’état pur… - Leurs clients mécontents et déçus du câble ont même une association, les pratiques commerciales de ce câble-opérateur étant souvent abusives. Prenons comme exemple, mézigue, je viens de déménager, ce qui explique le relatif silence de ce blog. On le sait le stress dans ces moments là est équivalent à celui qu’on subit d’un tremblement de terre, ce qui n’est pas faux. Par contre appeler le service client surtaxé de Numéricable pour déménager leur offre tient du supplice de Tantale. L’annonce est croquignolette, il faut donner son numéro de téléphone, mais s'il n'est pas chez Numéricable, il ne vous reconnaît pas... Mais rassurez-vous, vous entrez n’importe quoi la seconde fois, ça passe… La robote annonce le programme des réjouissances, à 0.34 centimes la minutes, l’attente étant facturée, évidemment on ne va pas vous encourager si vous avez un autre opérateur. Ne vous avisez pas d’oublier d’inscrire le code postal, un opérateur vous renvoie à la case départ. Evidemment, on se perd, certaines touches vous renvoyant sur des messages, si TF1 ne fonctionne pas c’est normal, les problèmes de telle ville seront réglés à la saint-glin-glin. La plateforme d’accueil est en Tunisie – interrogez les pour voir, au bout du quatrième appel n’aboutissant à rien, ils vous répondront, nous sommes, heu à Nant…erre- . En règle générale, j’ai une empathie avec ce type d’employé, souvent exploité, surveillé – une voix annonce que l’on risque d’être enregistré pour améliorer le service – humour, toujours de l’humour -. Mais épeler un nom basque se révèle un tantinet compliqué. La première fois, on me renvoie à un numéro à contacter, je fais répéter le numéro on ne sait jamais, et je tombe sur un site… érotique. La seconde fois, je tombe sur une opératrice, assez condescendante, qui me fixe un rendez-vous, après avoir insisté lourdement pour me placer ses offres téléphone et internet. Elle m’annonce que je ne peux conserver l’ancienne offre, et d’autorité me place celle à 44 euros. Point de rendez vous fixé, c’est normal, les placements ça use, résultat, 40 minutes passées pour aucun résultat ! – le temps d’attente est évolutif, et passe allégrement de 5 à 4 minutes, puis de 6 à 4, etc… Je grogne ensuite, et insiste pour que l’on me confirme le rendez-vous, j’attends qu’elle me le confirme, il y a des applications à valider, on me laisse souvent en rade, avec une musique horripilante comme compagnie. Elle finit par me donner un numéro, que je note, je lui demande si c'est celui d'un technicien, elle me dit "Mais c'est le vôtre" - sous entendu gros malin -. Je lui confirme que non et que tout de même je connais mon numéro... Le jour fixé, évidemment personne ne vient, re-appel, là je tombe sur un opérateur plus compréhensif, qui me confirme qu’il a bien le rendez-vous dans ses tablettes. Il me transmets vers un responsable de Champs sur Marne, qui me dénigre son technicien – vous savez ils ont leurs humeurs ! -, en gros, l’oiseau n’a pas trouvé l’entrée, il se barre me laissant un message dans la boîte aux lettres, me dit-il – vide évidemment -. Comme il a de plus clôturé son dossier, impossible de le retrouver et de remettre un rendez-vous... Il me dit de repasser par le chemin de croix du numéro ruineux. Je suis assez affable, voire couillon en général, je là, je m’énerve un peu, le sarcasme ne passant visiblement pas comme message – la même stratégie pour le service après-vente de la FNAC éminemment déficient aussi s’avère payant également -. Il me fixe un autre rendez-vous, je dois reprendre des disponibilités avec mon travail, et il m’annonce qu’il me fait une fleur ! Résultat toujours pas de télévision. Alors, un Philippe Besnier, qui déclare : "je récupère le passif mais on prend les responsabilités" sur Europe 1, et d’annoncer "un plan d’action global pour mettre fin aux dysfonctionnements" mériterait une émission entière des "Rois du rire". Impossibilité de le joindre par contre pour le féliciter à son siège social, lui ou un responsable, si vous voulez faire une requête contactez le numéro audiotel !
Addenda du 12/11/2007 : Au troisième rendez-vous, Numéricable, soucieux d’appliquer l’adage jamais deux sans trois, ne vient évidemment pas. Je finis par comprendre qu’il serait plus aisé de préparer le débarquement que de déménager avec eux. Rebelote avec le service clientèle, deux grosses dizaines de minutes, il faut montrer à nouveau patte blanche avec mon nom à rallonge - Lucien, comment ?, non pas Lucien ! - Il n'y a pas d’autres points d’entrées, et il est impossible d’avoir un responsable, en gros, ils sont livrés à eux-même... Par deux fois, on me promet de me rappeler, j’attends toujours… On finit par me fixer... une quatrième date, pour mercredi, il n’y a pas d’autres rendez-vous, et il y a une impossibilité totale d’avoir une explication – les techniciens sont des sous-traitants, et vlan on se dédouane -. Je demande un responsable de la plateforme tunisienne, qui me dit "On s’excuse !", et prend la mouche quand je lui réponds goguenard – "alors vous vous excusez vous même" -. Pas moyen d’avoir un responsable du siège, ils poussent le vice jusqu'à faire figurer un faux numéro sur le site de l'AFNIC ! "Écrivez, on vous fera peut être un geste commercial". Petit conseil pour les avoir prévoyez le budget du P.I.B. du Danemark pour les contacter et prenez deux semaines complètes de vacances. Je dois confesser que je commence à rire un peu moins.
26 octobre 2007
FRAGMENTS D'UN DICTIONNAIRE AMOUREUX : CATHERINE HOSMALIN
Elle suit des cours à l'école-atelier de Charles Dullin. Elle fait beaucoup de théâtre avec François Rancillac ("La nuit au cirque", "Amphitryon", "Le fils"), Danielle Chinsky ("La femme offensée", "Le décaméron des femmes)". Elle connaît un grand succès dans son rôle de Mme Parpalaid dans "Knock ou le triomphe de la médecine", aux côtés de Fabrice Luchini de 2002 à 2004. Elle assure également la mise en scène de deux spectacles de Charlotte de Turckheim, "On m’a pas prévenue" (2004) – avec Valérie Benguigui - et "Ca va nettement mieux" (2007). Elle fait ses débuts à l’écran dans le très subtil court-métrage de Roger Guillot, "La Goula" (1986). Elle très émouvante dans le rôle d’une jeune femme de 22 ans assez forte et qui vit seule avec son père et son frère. Employée dans un supermarché, elle est la risée de ses collègues ricanant de ses rondeurs. Ils décident de parier avec la complicité d’un jeune sot, surnommé "P’tit cul", ce dernier se devant de la séduire. Eblouissante dans ce rôle effacé, elle reçoit une mention pour son interprétation dans les festivals de Clermont-Ferrand et de Genoble en 1987. On la perd un peu de vue, même si Roger Guillot lui reste fidèle. Elle retrouve ce registre sensible dans "Les demoiselles du 12", où elle joue une employée des renseignements téléphoniques à Lorient. Le cinéma se l’arrache le plus souvent pour des rôles de fortes personnalités, à l’instar de Charlotte Maury-Sentier ou Franckie Pain. Elle figure souvent des personnages très réactifs, joviaux, auquel il convient de ne pas "marcher sur les pieds", sous peine de représailles vipérines, loin de son interprétation dans "La Goula". Il faut la voir, dans le cadre d’une journée portes ouvertes, outrager la reine mère interprétée par Catherine Deneuve par son sans gêne dans "Palais royal !" (Valérie Lemercier, 2004). Elle est aussi capable de sensualité, pour peu qu’un réalisateur ne la cantonne pas au second plan. On la retrouve dans une scène d’anthologie devant une caisse de supermarché dans "Le coût de la vie" (Philippe Le Guay, 2002) . Elle garde espoir dans l’adversité, malgré son surendettement. Pour la rééducation de son fils, elle se dit même prêt à tout, comme préparer des gâteaux ou même se prostituer… On la retrouve souvent dans des comédies, en contrôleuse SNCF suspicieuse dans "Les vacances de Mr. Bean", en aristocrate dégénérée dans "Les Aristo", ou en cuisinière joviale dans "Nos jours heureux". Elle est remarquable dans "Deux vies plus une" (2006), beau film d’Idit Cébula, en femme de ménage d’une école maternelle et amatrice de potins. Elle jubile quand elle se retrouve au milieu d’une dispute homérique entre Emmanuelle Devos et Yvon Back, se dépêchant de s’isoler pour mieux dissimuler sa joie. Dans "Il y a longtemps que je t'aime" (2007), elle est une conseillère de réinsertion, soucieuse de bien faire, mais qui malgré sa bonne volonté va avoir du mail à attirer de la sympathie du personnage joué par Kristin Scott Thomas, trop longtemps muré dans la souffrance. Cette belle blonde est assurément à ranger catégorie des voleuses de scènes. Souhaitons lui de retrouver un rôle où elle puisse susciter l’émotion comme dans "La Goula", car il est évident qu’actuellement on n’exploite pas toujours toutes les facettes de son talent et son grand charme.
Avec Hélène Vincent et Anne Brochet dans "Les irréductibles"
Filmographie : 1986 La Goula (Roger Guillot, CM) - 1988 Prisonnières (Charlotte Silvera) - Je j’ai dans la peau (Jean-Pierre Thorn) -1989 La clé n’est pas dans le pot de géranium (Manuela Gourary, CM) - 1990 Un type bien (Laurent Bénégui) - 1992 La joie de vivre (Roger Guillot) - 1998 Superlove (Jean-Claude Janer) - Vénus beauté (institut) (Tonie Marshall) - 15 août (Patrick Alessandrin) – Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs (Charlotte de Turckheim) - 1999 Les petits souliers (Olivier Nakache, CM) - En vacances (Yves Hanchar) - Total western (Éric Rochant) – 2000 Les filles du 12 (Pascale Breton, CM) - Reines d’un jour (Marion Vernoux) - 2001 Ma caméra et moi (Christophe Loizillon) - 2002 La patience d’une mère (Dodine Herry-Grimaldi, CM) - Le coût de la vie (Philippe Le Guay) - Chouchou (Merzak Allouache) – Moi César, 10 ans 1/2, 1m 39 (Richard Berry) - Mauvais esprit (Patrick Alessandrin) - 2003 Ces jours heureux (Olivier Nakache, CM) - La confiance règne (Étienne Chatiliez) - Illumination (Pascale Breton) - 2004 Le petit chevalier (Sami Lorentz, CM) - Palais royal ! (Valérie Lemercier) - 2005 Je préfère qu’on reste amis… (Éric Tolédano) - Les irréductibles (Renaud Bertrand) - Dikkenek (Olivier Van Hoofstadt) - Nos jours heureux (Olivier Nakache & Éric Toledano) - Les Aristos (Charlotte de Turckheim) - 2006 Ma place au soleil (Éric de Montalier) – Mr. Bean’s hollyday (Les vacances de Mr. Bean (Steve Bendelack) - Deux vies... plus une (Idit Cébula) - 2007 Il y a longtemps que je t’aime (Philippe Claudel) - Louise Michel (Benoît Delépine & Gustave Kervern) - Télévision : 1988 Palace (Jean-Michel Ribes) – Piazza Navona : La vacanza (Roger Guillot) - 1990 Un destin cannibale (Roger Guillot) – 1993 Maigret se défend (Andrzej Kostenko) – 1994 Un été à l’envers (Roger Guillot) - 1997 La vie comme un dimanche (Roger Guillot) – 1998 L’échapée (Roger Guillot) - 2000 Un flic nommé Lecoeur : Sugar baby (Alain Tasma) - Avocats & Associés : Tractations (Denis Amar) – 2004 Knock ou le triomphe de la médecine (Laurent Preyale, captation) - 2005 Vénus & Apollon : Soin défraîchi (Olivier Guignard) - 2006 La reine Sylvie (Renaud Bertrand) - La volière aux enfants (Olivier Guignard) - Chez Maupassant : Toine (Jacques Santamaria) - 2007 Sa raison d’être (Renaud Bertrand) - Non daté : Blague à part : Bordel de merde.
Mise à jour du 2702/2008
19 octobre 2007
MORT DE DEBORAH KERR
Annonce de la mort de Deborah Kerr le 16 octobre dernier dans le Suffolk - Est de l'Angleterre -, elle souffrait de la maladie de Parkinson. Cette comédienne d’une grande distinction, est née à Helensburg, en Ecosse, le 30 septembre 1921. Elle s’inscrit en 1937 à la Sadler’s Wells Ballet, comme danseuse. Elle joue ensuite de petits rôles sur la scène. Michael Powell avait aimé cette comédienne à ses début en Angleterre, mais il s’était marié avec une autre Femme Frankie. Il évoque avec émotion sa rupture avec elle, dans son livre "Million dollar movie" : "Une moitié de moi-même, une partie de Deborah, avait été écorchée, débitée, comme une viande sanglante mise à l’étal du marché hollywoodien…". Il devait la retrouver pour le "Colonel Blimp" (1943), où elle joue trois rôles différents, elle remplaça Wendy Hiller alors enceinte, et le superbe "Narcisse noir", en 1946, où elle incarnait une religieuse vivant dans une communauté dans les contreforts de l’Himalaya. La Metro Goldwyn-Mayer l’engage en 1947, pour des rôles de Ladies, le plus souvent. Elle fit un parcours exemplaires, mais si elle fut nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice à six reprises – "Edward, mon fils", "Tant qu’il y aura des hommes", "Le roi et moi", "Dieu seul le sait", "Tables séparées", et "Horizons sans frontière", elle ne le reçu jamais. La noblesse de son port naturel la prédispose à jouer dans des films historiques de prestiges. Elle tourne avec Fred Zinneman où elle a une scène torride au bord d’une plage avec Burt Lancaster, Vincente Minnelli dans "Thé et sympathie" (1956) , dans le rôle d’une femme mariée séduite par un jeune homme, Otto Preminger dans "Bonjour tristesse" (1957), adaptation de l’œuvre de Françoise Sagan, où elle séduit David Niven, au grand désarroi de la fille de ce dernier jouée par Jean Seberg. Elle rayonne face à Cary Grant, dans "Elle et lui" (1957), mélo radieux dans le décors de l’Empire State Building, remake abouti de Leo MacCarey de son propre film joué en 1938 avec Irene Dunne et Charles Boyer de 1938. Son interprétation sensible de gouvernante dans le magnifique "Les innocents" (1961) de Jack Clayton, participe à la réussite du film adapté de l’œuvre d’Henry James. John Huston fit voler son image en éclats, avec le jubilatoire "Dieu seul le sait" (1957), où elle joue une nonne échouée dans une île du Pacifique, avec un séduisant marin cabochard – génial Robert Mitchum -, jouant à la déstabiliser en blasphémant. Elle retrouve Huston dans "La nuit de l’Iguane" 1964), en femme dans l’errance, dans l’un des meilleurs moments de l’inégal "Casino royale" (1967), en jouant aux côtés de David Niven en incarnant une espionne écossaise portée sur la boisson, entourée de superbes créatures. Dans l’un des meilleurs films d’Elia Kazan, "L’arrangement" (1969), elle est éblouissante en femme meurtrie ne comprenant pas le comportement de son mari après un accident – Kirk Douglas dans l’un de ses plus grands rôles -, et qui tente de sauver son couple, avant de le faire hospitaliser dans un hôpital psychiatrique, ne supportant plus l’idée d’un bonheur perdu. Elle s’éloigne ensuite des plateaux, pour ne revenir que dans les années 80, le plus souvent dans des téléfilms. Elle était l’épouse de l’écrivain Peter Viertel depuis 1960, et vivait surtout en Suisse. Un parcours exemplaire, pour cette comédienne charmante, jouant avec une image sophistiquée, pour mieux laisser poindre l’émotion.
Bibliographie : "Stars" N°2 (Grand Angle absl, 1988); "30 ans de cinéma britannique" de Raymond Lefevre & Roland Lacourbe (Éditions Cinéma 76).
Filmographie : 1940 Contraband / Blackout (Espionne à bord) (Michael Powell, rôle coupé au montage) – 1941 Major Barbara (Id) (Gabriel Pascal, Harold French & David Lean) - Love on the dole (Belgique : Les naufragés de la vie) (John Baxter) - Penn of Pennsylvania (Lance Comfort) - Hatter's castle (Le chapelier et son château) (Lance Comfort)- 1942 The day will dawn / USA : The avengers (La revanche ou Riposte à Narvik) (Harold French) - 1943 The live and death of colonel Blimp / The adventures of Colonel Blimp(Colonel Blimp) (Michael Powell & Emeric Pressburger) - 1945 Perfect strangers / Vacation from marriage (Entracte au mariage) (Alexander Korda) - 1946 I see a dark stranger (L’étrange aventurière / En Belgique : Le carnet secret) (Frank Launder) - The black narcissus (Le narcisse noir / Belgique : Ames en détresse) (Michael Powell & Emeric Pressburger) - 1947 The hucksters (Marchands d’illusions) (Jack Conway) - If winter comes (Quand vient l’hiver) (Victor Saville) - 1949 Edward, my son (Edward, mon fils) (George Cukor) - Please believe me (J’ai trois amours) (Norman Taurog) - 1950 King Salomon’s mines (Les mines du roi Salomon) (Andrew Marton & Compton Bennett) - 1951 Quo Vadis ? (Id) (Mervyn LeRoy) - Thunder in the East (Tonnerre sur le temple) (Charles Vidor) - 1952 Dream wife (La femme rêvée) (Sidney Sheldon) - The prisoner of Zenda (Le prisonnier de Zenda) (Richard Thorpe) - 1953 Young Bess (La reine vierge) (George Sidney) - Julius Caesar (Jules César) (Joseph L. Mankiewicz) - 1954 From here to eternity (Tant qu’il y aura des hommes) (Fred Zinnemann) - The end of the affair (Vivre un grand amour) (Edward Dmytryk) - 1955 The pround and profane (Un magnifique salaud) (George Seaton) - 1956 The King and I (Le roi et moi) (Walter Lang) - Tea and sympathy (Thé et sympathie) (Vincente Minnelli) - 1957 Kiss them for me (Une sacrée bordée / Embrasse-la pour moi) (Stanley Donen, voix seulement) - An affair to remember (Elle et lui) (Leo McCarey) - Heaven knows, Mr. Allison (Dieu seul le sait / En Belgique : Heaven kows, Mr. Allison) (John Huston) - 1958 Bonjour tristesse (Id) (Otto Preminger) - Separate tables (Tables séparées) (Daniel Mann) - The journey (Le voyage) (Anatole Litvak) - 1959 Count your blessings (J’ai épousé un français) (Jean Negulesco) - Beloved infidel (Un matin comme les autres) (Henry King) - 1960 The sundowners (Horizons sans frontières) (Fred Zinnemann) - The grass is greener (Ailleurs l’herbe est plus verte) (Stanley Donen) - 1961 The naked edge (La lame nue) (Michael Anderson) - The innocents (Les innocents) (Jack Clayton) - 1962 The chalk garden (Mystère sur la falaise) (Ronald Neame) - 1963 The night of the Iguana (La nuit de l’iguane) (John Huston) - On the trail of the iguana (Ross Lowell, CM, documentaire) - 1965 Marriage on the rocks (Les inséparables / Comment marier sa femme) (Jack Donohue) - Eye of the devil / Thirteen (Le mystère des 13 / L’œil du malin) (Jack Lee Thompson) – 1966 Casino Royale (Id) (Séquences réalisées par John Huston) - 1967 Prudence and the pill (Prudence et la pilule) (Ronald Neame & Fielder Cook) - 1969 The gypsy moths(Les parachutistes arrivent) (John Frankenheimer) - The arrangement (L’arrangement) (Elia Kazan) - 1984 The Assam garden (Mary McMurray) – 1991 Preminger: Anatomy of a filmmaker (Valerie A. Robins, documentaire). Télévision (notamment) : 1982 BB2 Playhouse : A song of Twilight (Cedric Messina) - Witness for Prosecution (Témoin à charge) (Alan Gibson) - 1984 A woman of substance (Don Sharp) - 1985 Reunion at Fairborough (Rendez-vous à Fairborough) (Herbert Wise) - 1986 Hold the dream (Accroche-toi à ton rêve) (Don Sharp).
15 octobre 2007
MORT DE RAYMOND PELLEGRIN
Annonce de la mort à Garons dans le Gard de Raymond Pellegrin, le 14 octobre dernier à l'âge de 82 ans. Ce comédien à grande prestance avait une voix fortement reconnaissable, il doubla Jean Marais dans la série des "Fantômas", pour André Hunebelle, n’ayant plus grand chose à voir avec l’œuvre initiale de Souvestre et Allain. Mais son timbre de voix, et son ironie distinguée faisait de son interprétation un personnage à part entière, venant au secours d’un personnage un tantinet inexistant. Mais il serait assez réducteur de ne voir que cette facette de son talent, et ne pas oublier qu’il était l’une des plus grandes vedettes du cinéma français dans les années 50. Il rencontre Marcel Pagnol qui en fait l’un de ses interprètes fétiches, au théâtre pour une reprise de "Topaze" en 1945 et une création "Judas" en 1955. Il lui donne le rôle de l’instituteur séduisant Jacqueline Pagnol, et raisonnant avec justesse face aux problèmes des villageois dans le mésestimé "Manon des sources" (1952). Il se partageait avec Daniel Gélin, le rôle de "Napoléon" (1954) dans le fillm de Sacha Guitry. Gélin personnifiant Bonaparte qui sacrifie sa longue chevelure laisse à sa place à Pellegrin qui se retrouve avec autorité "Napoléonisé", idée déjà utilisée dans "Le fabuleux de Désirée Clary" - Guitry succédant à Jean-Louis Barrault -. Il reprendra ce rôle en exil à Saint-Hélène dans l’excellente "Caméra explore le temps" - œuvre disponible en DVD chez L.C.J. éditions -, relatant l’exil de l’Empereur à Saint-Hélène face à l’admirable Michel Bouquet figurant Hudson Lowe, son geôlier, et dans le médiocre "Vénus impériale" face à Gina Lollobrigida en 1962. ll était excellent en médecin cynique aux prises avec des gangsters dans "La bonne tisane" (Hervé Bromberger, 1958), réussissant à séduire Estella Blain jouant une jeune interne de nuit, tout en étant parfaitement odieux et appréciant les blagues de carabins. On le retrouve souvent dans rôles de commissaires ou de malfrats, il est même un bédouin dans le beau film de Nicholas Ray "Amère victoire" (1957). Il est impressionnant en truand marseillais dans le "Deuxième souffle" (Jean-Pierre Melville, 1966), qui "cafouille dans les cigarettes", selon une réplique de l'inspecteur Blot joué par Paul Meurisse. Pour la petite histoire, à la question de Rui Nogueira dans "Le cinéma selon Jean-Pierre Melville" (Édition Seghers, 1973), "Pourquoi avoir mis des gravures de Napoléon dans le bureau de Paul Ricci – son personnage - ?", Melville répond "Parce qu’il a joué Napoléon dans le film de Sacha Guitry. Dans le temps, j’avais fait toute une série de photographies de Pellegrin habillé en Napoléon, car j’envisageais de tourner avec lui dans le rôle de Bonaparte, "La mort du duc d’Enghien". Sacha est venu ; et Pellegrin a eu le rôle grâce à mes photos…". D’autres cinéastes comme Yves Boisset "Le saut de l'ange" (1971 , Pierre Grasset, "Quand la ville dort" (1975) et Daniel Duval, "Le bar du téléphone" (1980), utiliseront sa présence pour de solides polars, perpétuant cette tradition. Il a aussi beaucoup tourné en Italie, les rôles s’amenuisant de plus en plus en France, il participe à des "poliziotteschi" dans la grande traditions des polars urbains et violents dans les années 70. citons "La peur règne sur la ville" (1976) où il figure un redoutable caïd qui s’évade de prison avec sa bande et - "L’onorata famiglie", (1973). Fernando Di Leo, réalisateur de "Salut les pourris", l'évoquait dans un entretien avec Claude Ledû en 1988, dans un numéro de "Mad Movies", repris dans le hors-série "L'âge d'or du cinéma italien" : "...Entre lui et moi, il y avait évidemment l'ombre de [Jean-Pierre] Melville. Mais Pellegrin est un professionnel. Attentif à tout et surtout peu enclin à la patience. Il adore travailler en Italie parce que tout va vite et sur "Salut les pourris", ça allait très vite. C'est ma méthode. Cette vitesse me permet de gagner de l'authenticité. Avec quelqu'un comme Pellegrin, il n'y a pas 50 prises à faire : il est immédiatement bon. Dans ce plan au tout début du film, il est seul face à la caméra pendant que ses hommes liquident des complices à l'intérieur du hangar. Il fume, il n'a pratiquement rien à faire. Et pourtant, en un instant, il fait passer l'incertitude, le dégoût, la lassitude, le cynisme". Dans les années 90, il participe à une série en Italie avec Bud Spencer "Big man". En France, il avait un rôle récurrent de policier, le commissaire Rocca, mais la série n'avait pas eu le succès d'un "Navarro". On le revit une dernière fois dans "Notes sur le rire" - tourné en 1999, mais diffusé qu’en 2002 sur France 3 -, hommage à l’œuvre de Marcel Pagnol, il est un proviseur à la retraite aux côtés deThomas Jouannet en jeune instituteur anticonformiste. La boucle est bouclée, il devait rendre hommage à Pagnol il y a peu, avec chaleur dans le documentaire "Pagnol et compagnie". Sa seconde femme – la première était Dora Doll - la comédienne Giselle Pascale, est morte en février dernier et dont il fut le partenaire dans "Le feu sur la peau" (1954), "Marchande d’illusions" (1954), "Ca n’arrive qu’aux vivants" (1958), "Un cas de conscience" 1968) et "La mort des capucines" (1971) (TV). Leur fille Pascale est également comédienne. A lire le bel hommage d’Yvan Foucart pour le site des Gens du cinéma.

Raymond Pellegrin et Giselle Pascal, le 8 septembre 1955 à Paris
Filmographie : 1941 Six petites filles en blanc (Yvan Noé) - 1945 Marie la Misère (Jacques de Baroncelli) – Naïs (Raymond Leboursier et Marcel Pagnol) – Jéricho (Henri Calef) - 1946 La femme en rouge (Louis Cuny) - 1947 Le diamant de cent sous (Jacques Daniel-Norman) - Un flic (Maurice de Canonge) - 1950 Le clochard milliardaire (Léopold Gomez) - Coupable ? (Yvan Noé) - 1951 Le banquet des fraudeurs (Henri Storck) - Trois femmes, [épisode : "Mouche"] (André Michel) - Le bouquet de Saint Jean (inachevé) - 1952 Le témoin de minuit (Dimitri Kirsanoff) - Nous sommes tous des assassins (André Cayatte) - Manon des sources (Marcel Pagnol.) - Le fruit défendu (Henri Verneuil) - 1953 Les compagnes de la nuit (Ralph Habib) - Le grand jeu (Robert Siodmak) - La rage au corps (Ralph Habib) - 1954 Les intrigantes (Henri Decoin) - La Romana (La belle romaine) (Luigi Zampa) - Le feu dans la peau (Marcel Blistène) - Marchandes d'illusions (Raoul André) - Napoléon (Sacha Guitry) - Les impures (Pierre Chevalier) - 1955 Les Le crâneur (Dimitri Kirsanoff) – Chantage (Guy Lefranc) - La lumière d'en face (Georges Lacombe) - 1956 La loi des rues (Ralph Habib) - Le feu aux poudres (Henri Decoin) - Jusqu'au dernier (Pierre Billon) - Vacances explosives (Christian Stengel) - 1957 Bitter Victory (Amère victoire) - La bonne tisane (Hervé Bromberger) - Mimi Pinson (Robert Darène) - 1958 Ça n'arrive qu'aux vivants (Tony Saytor) - Secret professionnel (Raoul André) - 1959 El casco blanco (Casque blanc) (Pedro Balaña, Pedro Bonvehi & Tony Saytor) - 1960 Chien de pique (Yves Allégret) - L'Imprevisto (L'imprévu) (Alberto Lattuada) - 1961 A view from the Bridge (Vu du pont) (Sidney Lumet) - Horace 62 (André Versini) - Carillons sans joie (Charles Brabant) - 1962 Venere imperiale (Vénus impériale) (Jean Delannoy) - Les mystères de Paris (André Hunebelle) - 1963 La bonne soupe, (Robert Thomas) - Behold a pale Horse (Et vint le jour de la vengeance) (Fred Zinnemann) - 1964 Fantômas (André Hunebelle, voix de Fantômas) - 1964 Un soir à Tibériade (Hervé Bromberger) -Fantômas se déchaîne, (André Hunebelle, voix de Fantômas) - 1965 Furia à Bahia pour OSS 117 (André Hunebelle) - 1966 Maigret a Pigalle (Maigret à Pigalle) - Le deuxième souffle (Jean-Pierre Melville) - Brigade anti-gangs (Bernard Borderie) - Fantômas contre Scotland Yard (André Hunebelle, voix de Fantômas) - 1967 L'homme qui valait des milliards (Michel Boisrond) - 1968 Sous le signe de Monte-Cristo, d'André Hunebelle) - Quanto costa morire (Les colts brillent au soleil) (Sergio Merolle) - 1969 Un caso di conscienza / Un cas de conscience, de Gianni Grimaldi) - Beatrice Cenci (Liens d'amour et de sang) (Lucio Fulci) - 1971 Le saut de l'ange (Yves Boisset) - L'odeur des fauves (Richard Balducci) - La part des lions (Jean Larriaga) - Les intrus (Sergio Gobbi) - Abuso di potere (Abus de pouvoir) (Camillo Bazzoni) - 1972 Camorra (Les tueurs à gages) (Pasquale Squitieri) - Le solitaire, d'Alain Brunet) - Un officier de police sans importance (Jean Larriaga) - Crescete e multiplicatevi (Giulio Petroni) - Le complot (René Gainville) - 1973 L'onorata famiglia - Uccidere è cosa nostra (Tonino Ricci) - I guappi (Lucia et les gouapes) (Pasquale Squitieri) - L'ambizioso (Belgique : Mourir à Naples) (Pasquale Squitieri) - Il poliziotto è marcio (Salut les pourris) (Fernando Di Leo) - Piedone lo sbirro (L'inspecteur Flatfoot) (Steno) - 1974 Jackpot, (Terence Young, inachevé) - Viaggia ragazza, viaggia hai la musica (Pasquale Squitieri) - Die Antwort kennt mir der Wind (Seul le vent connaît la réponse) (Alfred Vohrer) - Change (Bernd Fischerauer) - 1975 L'uomo della strada fa giustizia (Humbert Humphrey [Umberto Lenzi]) - Scandalo (Salvatore Samperi) - Quelli della calibro 38 (Section de choc) (Massimo Dallamano) - Quand la ville s'éveille (Pierre Grasset) - Der Köder / Zerschossene traüme / L'appât (Peter Patzak) - 1976 Paura in città (La peur règne sur la ville / Tireur d'élite) (Giuseppe Rosati) - Italia a mano armata (Flics en jean / Opération jaguar) (Marino Girolami) – 1977 Puttana galera ! (Gianfranco Piccioli) - Antonio Gramsci : I giorni del carcere (Lino Del Fra) – 1978 Porci con la P. 38 (Gianfranco Pagani) - Le rose et le blanc, de Robert Pansard-Besson) - 1980 Le bar du téléphone (Claude Barrois) - Les uns et les autres (Claude Lelouch) (+ version TV) - 1982 Plus beau que moi, tu meurs (Philippe Clair) - Porca vacca ! (Marche au pas) (Pasquale Festa Campanile) - 1983 Ronde de nuit (Jean-Claude Missiaen) - Viva la vie ! (Claude Lelouch) - Louisiane (Philippe de Broca) (+ version TV) - 1985 Jubiabá (Bahia de tous les saints) (Nelson Pereira dos Santos) (+ version TV) - 1988 Don Bosco (Leandro Castellani).
Dans le "Napoléon" de Sacha Guitry (source forum d'Allociné)
Télévision : 1961 La caméra explore le temps : Le drame de Saint-Hélène (Guy Lessertisseur) - 1963 Madame Sans Gêne (Claude Barma) - 1965 Le train bleu s’arrête 13 fois : Dijon : Premier courrier (Mike Roussel) – 1970 Les salauds vont en enfer (Abder Isker) - Un jardin sur la mer (Abder Isker) - 1971 La mort des capucines (Agnès Delarive) - La promessa (Alberto Negrin) - 1978 Messieurs les ronds de cuir (Daniel Ceccaldi) - Mais ne te promène pas toute nue (Jeannette Hubert) - 1979 On purge bébé (Jeannette Hubert) - Histoires de voyous : L’élégant (Gilles Grangier) – La promessa (Alberto Negrin) – 1980 Docteur Teyran (Jean Chapot) - 1981 La malle de Hambourg (Jean-Roger Cadet) - Madame Sans-Gêne (Aber Isker, captation) – Commissaire Moulin : La bavure (Claude Grinberg) – 1982 Le truqueur (Ader Isker) - Le fou du désert (Jean-Paul Trébouel) - Western di cose nostre (Pino Passalacqua) - 1983 Venise attendra (Daniel Martineau) - 1984 I racconti del mareschiallo (Giovanni Soldati) - La bavure (Nicolas Ribowski) - Châteauvallon (Paul Planchon, Serge Friedman) - Souvenirs d'un amnésique (Philippe Laïk) - 1985 La camora (Steno) - 1986 Naso di cane ((Atillio Veraldi) - Nel gorgo del peccato (Andrea et Antonio Frazzi) - 1987 L’ombra nera del Vesuvio (Steno) - La garçonne (Étienne Périer) - 1988 Jeanne d'Arc, le pouvoir de l'innocence (Pierre Badel) - Il professore – Fanciulla che ride (Steno) - Il professore – 395000 dollar l’oncia (Steno) – Adorable Julia (Yves-André Hubert) - Der Liebwächter (Adolf Winkelmann) - Euréka (Frantz Peter Wirth) - 1989 Il professore – Polizza droga (Steno) - Il professere – Diva (Steno) –Il professore – Boomerang (Steno) - Le triplé gagnant : Le crime de Neuilly (Claude Barrois) – Le triplé gagnant : Le dernier rendez-vous du président (Claude Grinberg) – 1990 Le triplé gagnant : Le manoir des veuves (Charles Bitsch) - Le triplé gagnant : Assassin s’il vous plaît ? (Bernard Villiot) - Les enquêtes du commissaire Maigret : Maigret à New York (Stéphane Bertin) - 1991 Le triplé gagnant : Fado pour une jeune fille (Bruno Gantillon) - Le triplé gagnant : L’affaire d’Hauterive (Bernard Villiot) - 1992 Le triplé gagnant : La mort du petit chat (Boramy Tioulong) - Le triplé gagnant : Le grand chêne (Jean-Pierre Prévost) - 1993 Rocca : Retour de flammes (Paul Planchon) - 1995 Rocca : Coup de cœur (Paul Planchon) - 1999 Notes sur le rire (Daniel Losset) - 2005 Pagnol et compagnie (Alain Ferrari, documentaire).
GAMMA/KEYSTONE-FRANCE
L'acteur français Raymond Pellegrin à Nice en septembre 1971.
ARTICLES
LE MONDE du 17.10.07
Raymond Pellegrin, acteur et comédien, p’ar Jean-Luc Douin
L'acteur et comédien Raymond Pellegrin est mort dimanche 14 octobre. Il était âgé de 82 ans.
Né Pellegrini, ce Niçois destiné à être marin avait débuté sa carrière dans sa ville natale, au Palais de la Méditerranée. C'est là qu'il est repéré par Marcel Pagnol, qui, après l'avoir fait jouer au théâtre dans Topaze, lui offre un rôle de bellâtre en quête de femmes fortunées dans Naïs (1945). Marcel Pagnol le réengage sur les planches pour César en 1947, lui offre en 1952 un autre emploi, celui du jeune instituteur amoureux de Manon des sources. Une syncope empêche Raymond Pellegrin de jouer dans Judas en 1955. Marcel Pagnol le considérait comme un fils. Plus de 80 films sont à mettre à l'actif de cet homme au physique viril et à la voix de velours, en France, aux Etats-Unis, en Italie, et à la télévision. Parmi eux, Nous sommes tous des assassins, d'André Cayatte (1952), qui le voit endosser un personnage de criminel, ou Les Intrigantes, d'Henri Decoin (1954) avec une ténébreuse Jeanne Moreau. Raymond Pellegrin hante les quartiers malfamés filmés par Ralph Habib (Les Compagnes de la nuit, 1953, ou Loi des rues, 1956), se produit chez Marcel Blistène (Le Feu dans la peau, 1953) ou Raoul André (Marchandes d'illusions, 1954). Il assume un rôle sur l'impuissance masculine dans La Lumière d'en face, de Georges Lacombe (1955, avec Brigitte Bardot). A l'étranger, c'est chez Nicholas Ray qu'on le voit, dans Amère victoire (1957, avec Curd Jürgens et Richard Burton), chez Sidney Lumet dans Vu du pont, d'après Arthur Miller (1961), chez Fred Zinnemann dans Et vint le jour de la vengeance (1965, avec Gregory Peck et Omar Sharif). Ou, en Italie, chez Lattuada (L'Imprévu, 1961), Freda (Le Château des amants maudits, 1969), Squitieri (Lucia et les gouapes, 1973). Ses rôles les plus marquants sont peut-être le Napoléon de Sacha Guitry (1954), et celui du gangster dans Le Deuxième Souffle, de Jean-Pierre Melville (1966). La télévision le fit sortir de ses rôles de flics ou truands. Moins connue était sa prestation dans la série des "Fantômas" d'André Hunebelle (Fantômas, 1964 ; Fantômas se déchaîne, 1965 et Fantômas contre Scotland Yard (1967), où il prêtait sa voix à l'insaisissable criminel masqué. Il était l'époux de la comédienne Gisèle Pascal, morte au mois de mois de février.
Dates
1er janvier 1925
Naissance à Nice.
1945
Joue "Topaze" à Paris.
1954
"Napoléon", de Sacha Guitry.
1964
Prestation dans la série des "Fantômas", d'André Hunebelle.
14 octobre
Mort à Garons (Gard).
13 octobre 2007
MORT DE JACQUES MARTIN
Annonce de la mort de Jacques Martin, le 14 septembre dernier, à Biarritz. Évidemment il est important de rendre hommage à cet homme cultivé, qui pariait sur l’intelligence du spectateur, respect totalement perdu de vue – Patrick Le Lay est passé par là -. Il avait bousculé avec Jean Yanne, la télévision du début des années 60, notamment avec "Un égale 3" en 1964. Le sketch désormais célèbre de Napoléon transformé en champion cycliste, qu’ils jouaient avec Paul Mercey et Lawrence Riesner, sonna le glas de cette émission. Cette même année il escalade la façade de "Radio Luxembourg". En 1969, il co-anime avec Danièle Gilbert - qu’il surnomme la "Grande Duduche" -, "Midi-Magazine". En 1975, il connaît un énorme succès public sur TF1 avec "Le petit rapporteur", resté culte depuis. En 1977, il passe de TF1 à France 2, anime "Bon dimanche" jusqu’en 1978, présente "L’école des fans" - si souvent parodiée -, "Thé dansant", "Si j’ai bonne mémoire" (1983), "Le monde est à vous" (1987), etc… L’arrêt assez brutal de "Sous vos applaudissements" en 1998, suite à ses problèmes de santé – il fut remplacé par Jean-Claude Brialy -, semble l’avoir fortement meurtri. Ce surdoué dans la drôlerie, capable d’écrire une chanson sur un coin de table "Et vlan, passe-moi l’éponge", d'interpréter des opérettes, variait les plaisirs et était un découvreur de talents (Pierre Bonte, Piem, Virginie Lemoine, Laurent Gerra et même Julien Courbet). Louons Laurent Ruquier, de lui avoir rendu hommage, à l’instar de l’annonce de la mort d’Anne-Marie Carrière, dans une télévision rapidement et ingrate. Le cinéma emploie parfois son tempérament comme acteur. Il figure l’animateur de radio trottoir dans "L’amour avec des si" (Claude Lelouch, 1963) – il le retrouvera l’année suivante avec "La femme spectacle" -, le compagnon de beuverie bavard de Jean-Claude Brialy dans "Comment épouser un premier ministre" (Michel Boisrond, 1964), un chanteur lyrique dans "Qui êtes-vous Polly Maggoo ?" (William Klein, 1965), un garde mobile constamment assommé dans "Monsieur le Président-directeur-général" (Jean Girault, 1966), un vendeur dans "Érotissimo" (Gérard Pirès, 1968), l’ami de Claude Berri qui le convainc de transformer sa libraire en sex-shop dans "Sex-shop" (Claude Berri, 1972), et un patron de boîte de nuit qui emploie Romy Schneider dans "La passante du sans-souci" (Jacques Rouffio, 1981). Il trouve même un rôle de premier plan dans le téléfilm "Le rescapé de Tikeroa" (Jean L’Hôte, 1981), où il est un gendarme français qui veut faire preuve d’autorité dans un archipel de Tahiti en 1939, au début de la seconde guerre mondiale. Il joue même son propre rôle dans "Les cinq dernières minutes", épisode « Les feux de la rampe" (Daniel Losset, 1995), dans un épisode ou le commissaire Massard – Pierre Santini – enquête sur l’assassinat d’une danseuse lors d’un enregistrement de l’émission du dimanche au Théâtre de l’Empire. Mais la vraie curiosité de son parcours cinématographique, reste son seul film comme réalisateur "Na !" qu’il écrit, interprète et met en musique. Je reviendrai demain sur ce film qui mérite selon moi que l’on s’y arrête.
ARTICLES
LE MONDEdu 14/09/2007
Jacques Martin est mort, par Serge Bolloch
Son nom est synonyme, pour des millions de Français, de dimanches après-midi devant la télévision. Il est l'homme qui faisait chanter les petits et les seniors à l'heure où les familles quittent la table. Figure incontournable du petit écran depuis près de trente ans, Jacques Martin est mort, vendredi 14 septembre à Biarritz, à l'âge de 74 ans.
L'animateur de "L'Ecole des fans" et d'autres émissions très populaires aimait à répéter : "Je suis un comédien qui a rencontré la télévision." Comédien, il l'a été, jouant Les Femmes savantes ou Le Barbier de Séville, mais il était aussi chanteur et écrivain. "Mon vrai métier, c'est l'écriture", aimait-il à dire. Bref, un homme qui eut un parcours sinueux de "promeneur curieux et gourmand".
Fils d'un industriel lyonnais, Jacques Martin abandonne le bord du Rhône et les études pour courir à Paris et devenir l'élève de Charles Dullin en 1949. Quelques mois plus tard, il fonce au Conservatoire, dont il part très vite pour aller jouer Ruy Blas devant des scolaires. Livreur en lingerie féminine le matin, gardien-assistant au Théâtre des Mathurins l'après-midi, figurant au Français le soir, il découvre la vie, croise Marcel Jouhandeau et Albert Camus. Un passage sur les planches du théâtre aux armées durant vingt-trois mois complète sa formation.
Comédien ou chanteur sur les scènes d'opéra-comique, Jacques Martin hésite encore. Puis c'est la rencontre avec Jean Yanne derrière les micros d'Europe 1. Le "littéraire" et le "grossier" s'associent pour le plaisir des auditeurs. Le duo a trouvé le ton et les mots qui font mouche.
Adieu les planches et direction les studios. Jacques Martin fréquente France-Inter, RTL, puis se produit à Bobino, où il chante et parodie. L'époque est à la création, il improvise et compose même une comédie musicale intitulée Petipatapon.
Puis il rejoint la télévision en 1973 pour présenter l'émission "Midi-Magazine", avant de lancer "Le Petit Rapporteur", journal non conformiste sur TF1. Et les dimanches midi en compagnie de Jacques Martin, Pierre Desproges ou Stéphane Collaro deviennent un plaisir avec cette émission satirique hautement corrosive qui transforme les téléspectateurs en chanteurs de La Pêche aux moules et Mademoiselle Angèle.
"LE JOURNAL LE PLUS AMUSANT DE FRANCE"
En 1974, Valery Giscard d'Estaing déclare : "C'est le journal le plus amusant de France, mais je déconseille à mes ministres d'y participer." Résultat : 28 millions de téléspectateurs en 1976.
Devenu producteur, l'amuseur se fait plus sage avec des émissions comme "Bon dimanche" puis "Dimanche Martin". Il officie au Théâtre de l'Empire, faisant défiler indifféremment groupes de rock et orchestres de chambre, pour plaire au public, son credo depuis son plus jeune âge. "C'est d'abord le public de cette salle que je veux satisfaire, explique-t-il. C'est un vrai public qui limite mon droit à l'erreur, me donne rythme et souffle." Pour ce public, pour tous ses fans, il multiplie les interventions, s'offre le luxe d'une tirade sur Jonathan Swift, se moque, pousse la chansonnette ou entame La Belle Hélène. Victime en 1998 d'une attaque qui le laisse partiellement paralysée, il prend sa retraite de la télévision. Il n'y est revenu qu'en 2003, invité par Laurent Ruquier pour un hommage à son ami Jean Yanne, mort une semaine auparavant.
Jacques Martin avait épousé en 1984 Cécilia Ciganer-Albeniz, future épouse de Nicolas Sarkozy, avec laquelle il a eu deux filles, Judith et Jeanne-Marie. Il s'était remarié en 1992 avec Céline Boisson, dont il s'est séparé au printemps 2007. La ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, lui a rendu hommage, en saluant un "esprit libre, impertinent, très drôle et bourré de talents".
Jacques Martin est mort
L.S. (lefigaro.fr) avec AFP.
Publié le 14 septembre 2007
Actualisé le 14 septembre 2007 : 15h44
L’animateur du "Petit rapporteur" et de "l’Ecole des Fans", est décédé à l’âge de 74 ans. Il sera inhumé à Lyon le 20 septembre.
France 2 a annoncé vendredi matin le décès Jacques Martin, qui fut la figure de proue de ses dimanches après-midi, à l’époque où la chaîne s’appelait Antenne 2. L'animateur est décédé vendredi à Biarritz à l'âge de 74 ans. Il y vivait retiré depuis 1998, quand une attaque cérébrale l’avait frappé et laissé partiellement paralysé. L’emblématique saltimbanque du paysage audiovisuel français n’était sorti de sa retraite qu’en 2003, pour participer à un hommage à son ami Jean Yanne, à l’invitation de Laurent Ruquier, un de ses héritiers actuels, qu’il avait grandement contribué à lancer. L'animateur sera inhumé le 20 septembre à Lyon, sa ville d'origine. Né le 22 juin 1933, Jacques Martin a fait ses débuts sur les planches, abonné aux rôles de jeune premier. A 29 ans, il entre à l'ORTF où il produit des émissions de variétés. Il anime aussi des émissions de radio, à RTL et Europe 1, avec Jean Yanne notamment. Il est également le rédacteur en chef du programme satirique culte « Le Petit Rapporteur », avec Pierre Desproges. C'est donc sous la houlette de Jacques Martin que Daniel Prevost crée, pour le Petit Rapporteur, un improbable et désormais célèbre reportage dans le village de Montcuq. Touche-à-tout : Viennent ensuite ses grandes émissions de variété familiales, notamment « Dimanche Martin » et « L’école des fans » où l’on verra pour la première fois la jeune Vanessa Paradis. Véritable touche-à-tout, Jacques Martin a également été vedette du music-hall, comique, chanteur d’opérette, acteur et réalisateur de cinéma… Jacques Martin était père de huit enfants, de quatre unions différentes. Avec sa première femme, il a eu deux enfants, David et Elise. Il a ensuite vécu avec la comédienne Danièle Evenou, avec laquelle il a eu deux garçons, Frédéric et Jean-Baptiste. Il avait ensuite épousé Cécilia Ciganer-Albeniz, aujourd'hui Cécilia Sarkozy, avec qui il a eu deux filles, Jeanne-Marie et Judith. Céline, sa dernière femme, qu'il avait épousée en 1992, lui avait donné deux enfants, Juliette et Clovis.
LIBÉRATION du 15/09/2007
Jacques Martin, l’école défunte, par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Télé. L’animateur, qui a longtemps squatté les dimanches, est mort à 74 ans, un vendredi.
Jacques Martin est mort vendredi, dans la nuit, à 74 ans… Même pas un dimanche. Pas très professionnel, pour celui qui fit du septième jour une institution télévisuelle hautement létale. Disparu des écrans en 1998, suite à un accident vasculaire qui l’avait laissé à demi-paralysé, son décès a déclenché vendredi un tsunami lacrymal. Un JT de 13 heures de TF1 consacré à l’animateur, des déprogrammations à la pelle ce week-end, des tombereaux de déclarations : le dessinateur Piem, Pierre Bonte, Stéphane Collaro, compagnons du Petit Rapporteur , Jean-Pierre Foucault, Danielle Gilbert, Patrick de Carolis, Marc-Olivier Fogiel et même Bernard Montiel. Un absent de marque cependant : Nicolas Sarkozy. Peut-être parce que les deux hommes ont en commun d’avoir épousé la même femme, Cécilia, avec laquelle l’humoriste eut deux filles, Judith et Jeanne-Marie. La légende présidentielle veut que c’est en mariant Cécilia à Jacques Martin, en 1984, que l’ancien maire de Neuilly eut le coup de foudre.
Jacques Martin, c’est d’abord une dégoulinade de vingt-deux ans de dimanches après-midis «sous vos applaudissements» : Ainsi signait-il ses émissions. Les dimanches, concession (semblait-il) à vie de Martin, c’était la déprime absolue, la journée chez Mémé qui n’en finit pas, au son du piano de Pino Lattuca. Les petits enfants tellement mignons quand ils chantent du Frédéric François, tellement rigolos quand ils expliquent que «le monsieur à côté de de maman, c’est pas papa, mais le monsieur qui vient voir maman quand papa est pas là». Combien de mômes ont dû filer droit, menacés par des parents à bout : «Si t’es pas sage, je t’envoie à l’Ecole des fans!»
Desproges, Prévost… Il se raconte qu’avant sa carrière de croquemitaine, Jacques Martin fut impertinent. Venu du théâtre, passionné d’art et d’opérette, il s’est vite orienté vers le rire. Un duo régulier avec Jean Yanne (dont un Dadooronron sauce Bach), une émission avec le même Yanne sur l’ORTF en 1964, et enfin, en 1975, son plus haut fait d’armes, le Petit Rapporteur. Chaque dimanche à 13 h 20, sur TF1 encore publique, Martin invente la parodie de journal télévisé. C’est la découverte de Pierre Desproges, intervieweur déprimé de Françoise Sagan ( «Comment ça va la petite santé ?») ; la célèbre virée de Daniel Prévost à Montcuq, sa mairie bien chauffée grâce au poêle (de Montcuq). Surtout, le Petit rapporteur, c’est la Pêche aux moules et Mam’zelle Angèle, que chantait à tue-tête toute la bande. A revoir les images (1), les Bonte, Piem, Desproges, Collaro et consorts se marrent comme des baleines, mais trente ans après, on a un peu de mal à saisir la portée comique de la Pêche aux moules. Drôle la Pêche aux moules? Montcuq ! Mais les téléspectateurs, qui n’ont alors que trois chaînes se bidonnent par vingtaine de millions chaque dimanche.
Le Petit Rapporteur, régulièrement ressassé par les Enfants de la télé, n’a en réalité duré qu’un an et demi, tirant le rideau en juin 1976. Lui succède la Lorgnette, véritable réplique du Petit Rapporteur. L’esprit est le même, on organise un festival international du cinéma de Cannes-Ecluse, en région parisienne où l’actrice de porno Claudine Beccarie se voit attribuer le prix de «l’orifice cathodique», en référence à l’encore influent Office catholique.
En 1977, ça se gâte. Martin lance sa terrible Ecole des fans (première invitée : Chantal Goya) et prend peu à peu en otage le dimanche d’Antenne 2, renommé Dimanche Martin. Chaque samedi, au théâtre de l’Empire, il enregistre la session diffusée le lendemain, saucissonnée en plusieurs parties : de la musique pour cacochymes ( Thé dansant), des numéros de chansonniers ( Ainsi font, font, font, où naquirent des talents de l’acabit d’un Laurent Gerra, Laurent Ruquier ou Julien Courbet) et des divertissements divers et avariés ( Incroyable mais vrai).
Au fil des ans, son audience s’érode petit à petit. En 1995, il est effleuré par le scandale des animateurs-producteurs du service public. En mars 1998, un accident vasculaire le terrasse et c’est son ami Jean-Claude Brialy qui termine la saison à sa place. Dès la rentrée, très chic, France 2 en profite pour l’écarter de l’antenne, lui préférant un perdreau de l’année, Michel Drucker.
«Saloperie». Depuis, Jacques Martin était invisible ou presque. Fin août, depuis l’hôtel du Palais à Biarritz où il s’était retiré il y a cinq ans, sa tribu de huit enfants déclarait au Parisien qu’il allait bien, qu’à la télé, il regardait les films, les infos et Laurent Ruquier. Cette même télé sur laquelle, en 1992, dans l’Autre journal , Martin daubait : «Je suis un homme de télévision, je la fais, et je sais que le meilleur moyen d’éteindre la lecture, de tuer toute curiosité, d’abandonner ses projets de voyage ou de refuser de sortir le soir, c’est d’allumer cette saloperie.» Voilà le paradoxe : d’un côté, Martin qui fait l’âne avec Desproges et Prévost dans le Petit rapporteur ; de l’autre Martin qui, dans l’Ecole des fans, fait le Jacques devant un gamin de 4 ans, ânonnant du Nana Mouskouri sous l’œil ému du caméscope de ses parents.
(1) L’INA met en ligne d’ici à lundi les 58 numéros du Petit Rapporteur (www.ina.fr).
12 octobre 2007
LE COIN DU STRIP TEASE
En lisant l’un de mes blogs préférés, celui du docteur Orloff, je tombe sur ce questionnaire foncièrement original, je m’empresse d’y répondre en prenant pour bases les addendas formidables de 365 jours ouvrables, dans son excellent blog que je découvre. Histoire de briser le silence de ce fichu blog ces derniers temps... Promis, je ferai une note sur "Na !" de Jacques Martin...
Plaisirs inavouables : Évidemment les nanars, la découverte de certains DVD de René Château, comme "C’est arrivé à 36 chandelles" ou "Les Duraton", et quelques parangons de la comédie franchouillarde genre Philippe Clair, les films de la Hammer heureusement reconsidérés désormais...
« EST CLASSIQUE CE QUI FAIT AUTORITE » (Paul Valéry)
Classiques ennuyeux : "Mort à Venise" – je sais, j’ai honte, mais il faudrait le revoir, et en salles plutôt qu’à la télévision –,
Classiques de l’ennui, mais films adorés car dégageant une émotion tout à fait inattendue : "L'éternité et un jour" (Theodoros Angelopoulos), ce titre est d'ailleurs parfaitement adapté à ma vision du film en passant...
Classiques vus il y a tellement longtemps qu’on s’en souvient vraiment très mal : "La chevauchée fantastique" (John Ford).
PASSER A COTE
Vus trop jeune pour comprendre : "Le désert rouge" (Michelangelo Antonioni).
Vus en morceaux, et donc jamais d’une traite : "L’amour fou" de Jacques Rivette, c’est mieux que rien ...
Vu à moitié : "Dans ma peau" (Marina de Van), tellement déstabilisé que je ne l’ai pas terminé, vu sur le câble.
« QUOI ! TU L’AS PAS VU ! »
Classiques jamais vus : "La maison du bonheur" (Robert Wise),
Film arty jamais vu : "Traité de bave et d’éternité" (Isidore Isou) -
Pas vu alors que le DVD est sur nos étagères depuis trois ans : "A l’ouest des rails", les films de Chantal Akerman des années 70, "La condition de l'homme" (Masaki Kobayashi).
Pas vu alors que tout le monde l’a vu : "Mission impossible" (version De Palma) -
Films Moby Dick (on rêve de le voir depuis des années et impossible à attraper avec les yeux : Les films de Pierre Etaix...
Pas vu un seul de leurs films : Jacques Baratier, Elem Klimow.
Vu qu’un seul de leurs films : Emile Couzinet ("Le don d'Adèle").
Vu tous leurs films sauf un : Jean-Pierre Mocky ("Le deal" "Le bénévole"), Philippe Clair ("Rodriguez au pays des Merguez")...
Vu tous leurs films : Alain Resnais, Maurice Pialat, François Truffaut, David Lynch...
BIENVENUE DANS L’AGE INGRAT
Tout le monde les as vus entre 11 et 16 ans, sauf moi et toujours pas rattrapé depuis : "THX1138" (Georges Lucas), "Jonathan Livingstone, le goéland" (Hall Bartlett).
Film que j’aurais adoré à l’adolescence mais vu (et apprécié) beaucoup plus tard : "Persona" (Ingmar Bergman)
Films qui m’ont fait entrer en cinéphilie : "Le charme discret de la bourgeoisie" - méchante baffe vue à la télé en 1981, et le souvenir amusé d’en avoir parlé avec des camarades à l’école. On ose imaginer ce type de film diffusé à 20h50 en dehors d’Arte, et encore…, "La nuit du chasseur". J’en profite pour rendre hommage aux Patrick Brion, Frédéric Mitterrand, Michel Boujut, Claude Ventura, Anne Andreu, Claude-Jean Philippe, sans qui je ne serais pas cinéphile, passeurs télévisuels émérites dans une autre vie, quand la télé était un peu plus inventive.
Adorés à l'adolescence puis abandonnés : Les films de Brian de Palma ("Pulsions", "Blow out").
Adorés à l’adolescence et auxquels on reste tout de même fidèles, malgré leurs coups de vieux manifeste et leurs poses évidentes : Mauvais sang (Léos Carax) -
Trop fashion à l’adolescence, et qui malgré mes craintes lors de leur revoyure récente, tiennent encore sacrément le coup : "Breakfast club" (John Hugues).
DES GOUTS ET DES COULEURS
Chefs d'oeuvres méconnus : "Mollenard" de Robert Siodmak, "Toni" de Jean Renoir, "Wanda" de Barbara Loden, "L'année des 13 lunes" (Rainer Werner Fassbinder).
Navets géniaux : : "Les gorilles " de Jean Girault – phléthore d’acteurs formidables -, "Oh, que mambo" de John Berry – film hallucinant, il faut voir Dario Moreno, transformé en "fée du logis" et marié à la sublime Magali Noël, "Le défroqué" ahurissant film de Léo Joannon avec un Pierre Fresnay au sommet de son cabotinage.
Films détestables : "Apocalypto" (Mel Gibson), "L'expérience interdite" (Joel Schumacher) - "private joke" -, "Le vieux fusil "(Robert Enrico), comme Pierrot/Orloff – j’ai toujours eu du mal avec les films prônant l’autodéfense -.
FAD (film anti-détestable) loin d'être fade : "A ma soeur" (Catherine Breillat) - "Sombre" (Philippe Grandrieux)
SEUL CONTRE TOUS
Tout le monde l’adore sauf moi : "Le projet Blair Witch", pour moi plus un canular qu’un film, je ne comprends pas comment on puisse avoir une montée d’adrénaline avec cette vaste fumisterie .
Doit être le seul à l’adorer : "I want to go home" (Alain Resnais- "Fédora" (Billy Wilder).
Tout le monde y pleure sauf moi, cœur de pierre : La fille de Ryan (David Lean), Sur la roude de Madison (Clint Eastwood) – honte sur moi -
HUMEURS ET EMOTIONS
Pleurer à chaque fois : L’incompris (Luigi Comencini) – Mar adentro (Alejandro Amenabar), mais je dois confesser un petit handicap, impossible de pleurer devant un écran en général.
Mourir de rire à chaque fois : "The party" de Blake Edwards », comme tout le monde, les films des frères Marx, "Les Monty Pythons", les "screwball comedy" en général, des années 40-50, "No sex last night", sommet du ridicule signée de la très surestimée Sophie Calle, Arielle Dombasle comparant les vaches à des animaux préhistoriques dans "L'arbre, le maire et la médiathéque" (Éric Rohmer).
Etre émoustillé à chaque fois : Les films où l’on retrouve Claudia Cardinale, de "Sandra" aux… "Pétroleuses". Pour le reste voir ici.
ON NE S’EN LASSE PAS
Débuts dont je ne me lasse pas : "Buffet froid" (Bertrand Blier), "Le bal des vampires" (Roman Polanski).
Fins dont je ne me lasse pas : "Johnny s'en va t'en guerre" (Dalton Trumbo).
Vu, vu et revu, toujours avec le même plaisir : "La nuit du chasseur", "La maman et la putain", "Le charme discret de la bourgeoisie", "Shock corridor", "Les compagnons de la marguerite", "Frontière chinoise" (John Ford) - ce dernier pour en avoir parlé il y a peu avec le cinéaste Thomas Bardinet -.
Vu, vu et revu, mais jamais en salle (en amphi de fac, en ciné-club, sur les moniteurs du Forum des Images, sur You Tube) : "Les contrebandiers de Moonfleet" (Fritz Lang), "Le salon de musique" (Satyajit Ray).
Vu qu’une seule fois, mais sûr et certain que je pourrais le voir et le revoir (d’ailleurs, j’ai déjà hâte) : "La tour des ambitieux" (Robert Wise) -
CRITIQUE DE LA CRITIQUE
Cahiers du Cinéma, Positif ou ni l'un ni l'autre : J’ai plutôt biberonné avec "Les cahiers du cinéma" - ah le petit journal central des "Cahiers" -, et je trouve un plaisir toujours renouvelé à lire la réédition des fameux cahiers jaunes, je dois cependant déplorer me détacher un peu de la dernière version "frodonisée". J’ai découvert au début des années 90, "Positif", que j’apprécie toujours autant. Je trouve ces deux revues complémentaires, reste que j’ai un drôle de rapports avec ces revues, ayant un problème de boîtes aux lettres, c’est un membre de ma famille qui les reçoit, je les lis parfois plusieurs mois après ! Je garde une énorme nostalgie de la "Revue du cinéma", - la version disparue des années 90, à ne pas confondre avec le titre homonyme que l'on trouve actuellement -. avec sa célèbre couverture noire -par son éclectisme et sa pertinence. Je serais plutôt "Revue du cinéma", quand même la seule revue à évoquer les comiques ringards et Émile Couzinet.
Cinéastes trop vantés : Paul Greengrass, Joel Schumacher, Michael Bay, Paul Schrader, Luc Besson.
Cinéastes trop peu vantés : Raoul Ruiz, Jacques Rozier, Jean Grémillon, Joe Dante.
Cinéaste en courant alternatif (tour à tour détesté et apprécié) : Lars Von Trier de par son côté manipulateur dans ses mélos tire-larmes...
PANTHEON
Sainte trinité : Alain Resnais / Luis Buñuel / Jean Eustache
Bulle Ogier dans "L'amour fou"
11 octobre 2007
MORT DE LOIS MAXWELL
Annonce de la mort le 29 septembre dernier de Loïs Maxwell, à Fremantle en Australie, où elle vivait avec sa fille, des suites d’un cancer, à l’âge de 88 ans. Cette comédienne née au Canada, a connu un renom international en campant le personnage de l’œuvre de Ian Fleming en jouant la secrétaire de "M" – souvent incarné par Bernard Lee -. Elle avait postulé dans ce rôle suite à des problèmes de santé de son mari. Elle écornait un peu l’archétype de la secrétaire austère, elle se livrait à un petit jeu de séduction verbal avec les James Bond successifs, Sean Connery, George Lazenby et Roger Moore. La popularité de ce rôle, à l’instar de Desmond Llewelyn, l’enferme dans ce rôle. Inévitablement, elle se retrouve à reprendre cet emploi dans des parodies. Dans l’ineffable "Opération frère cadet", elle est face à l’ectoplasmique Neil Connery, propre frère de Sean Connery. C’est un film à voir absolument, même en VF, et où l’on retrouve ses partenaires "jamesbondiens" d’infortunes, Daniela Bianchi, Bernard Lee et Adolfo Celi. Elle se retrouve même face aux Charlots dans "Bons baisers de Hong Kong", film plus divertissant cependant, traînant dans le sillage de Bernard Lee. Le rôle de la célèbre miss, fut repris dernièrement par Samantha… Bond !, succédant à Pamela Salem ("Jamais plus jamais") et Caroline Bliss ("Tuer n’est pas jouer", "Permis de tuer"), sans oublier Barbara Bouchet, le temps d’une parodie dans "Casino Royale" (1967). En dehors de ce rôle, elle a reçu le golden-globe de la meilleure révélation pour "That Hagen girl" en 1947. Elle avait débuté très tôt, enfant, elle avait même participé à un émission radiophonique enfantine au Canada, sous le pseudonyme de Robin Wells, en cachette de ses parents. Elle s’engage en 1942 avec les comédiens de l’armée canadienne. Partant au Royaume-Uni, elle entre dans la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art, aidée par Lady Mountbatten . Pour la petite histoire elle y croise Roger Moore, qu’elle retrouvera dans "Vivre et laisser mourir", elle deviendra d’ailleurs une amie fidèle. Elle a également tourné dans un rôle d’infirmière dans le "Lolita" de Kubrick. Elle avait tenté aussi sa chance en Italie pour quelques films à la fin des années 40. On la retrouve une dernière fois, aux côtés de Jeremy Irons dans un film d’autodéfense, le médiocre "Vengeance secrète". Un parcours de vie assez étonnant finalement, caché derrière un rôle emblématique.

Filmographie : 1946 A Matter of Life and Death (Une question de vie et de mort) (Michael Powell & Emeric Pressburger) - Spring song (En Belgique : "La chanson du printemps") (Montgomery Tully) – 1947 That Hagen Girl (Peter Godfrey) - 1948 The Decision of Christopher Blake (La décision de Christopher Blake) (Peter Godfrey) - The Dark Past (La fin d'un tueur) (Rudolph Mate) - Corridor of Mirrors (L’étrange corridor) (Terence Young) - The Big Punch (En Belgique : "La main de fer") (Sherry Shourds) - 1949 Kazan (Will Jason) - The Crime Doctor's Diary (Seymour Friedman) - Amori e veleni (Les mousquetaires de la reine) (Giorgio Simonelli) – 1950 Domani è troppo tardi / Demain, il sera trop tard (Léonide Moguy) - 1951 Lebbra bianca (La cité des stupéfiants) (Enzo Trappani) - 1952 Il filo d'erba (Vittorio Vassatti) - The Woman's Angle (En Belgique : "L'amant inconnu") (Leslie Arliss) - Women of Twilight (Les filles de la pénombre) (Gordon Parry) – Scotland Yard Inspector / Lady in the fog (Sam Newfield) – 1953 Aida (Clemente Fracasi) - Man in Hiding / Mantrap (Terence Fisher) - 1954 La grande speranza / The Great Hope (Tonnerre sous l’Atlantique) (Duilio Coletti) – 1955 Passport to Treason (L'ennemi invisible) (Robert S. Baker) - 1956 Time Without Pity (Temps sans pitié) (Joseph Losey) - Satellite in the Sky (Les premiers passagers du satellite / En Belgique "Satellites dans le ciel") (Paul Dickson) - The High Terrace (Henry Cass) - 1957 Kill Me Tomorrow (Meurtre sur un air de rock) (Terence Fisher & Francis Searle) - 1959 Face of Fire (John Brahm) – 1960 The Unstoppable Man (Terry Bishop) – 1962 Lolita (Id) (Stanley Kubrick) - Dr.No (James Bond contre Dr. No) (Terence Young) - 1963 The Haunting (La maison du diable) (Robert Wise) - From Russia with Love (Bons baisers de Russie) (Terence Young) - Come Fly With Me (Les filles de l'air) (Henry Levin) - 1964 Goldfinger (Id) (Guy Hamilton) - 1965 Thunderball (Opération Tonnerre) (Terence Young) - 1967 You only live twice (On ne vit que deux fois) (Lewis Gilbert) – OK Connery ! / Operation Kid Brother (Opération frére cadet) (Alberto de Martino) - 1969 On Her Majesty's Secret Service (Au service secret de sa majesté) (Peter Hunt) - 1970 The Adventurers (Les mâles / Les derniers aventuriers) (Lewis Gilbert) - 1971 Endless Night (La nuit qui ne finit pas) (Sidney Gilliat) - Diamonds Are Forever (Les diamants sont éternels) (Guy Hamilton) - 1973 Live and Let Die (Vivre et laisser mourir) (Guy Hamilton) – 1974 The Man with the Golden Gun (L'homme au pistolet d'or) (Guy Hamilton) - 1975 Bons baisers de Hong Kong (Yvan Chiffre) - 1976 Ragtime Summer / Age of Innocence (Allan Bridges ) - 1977 The Spy Who Loved Me (L'espion qui m'aimait) (Lewis Gilbert) - 1979 Moonraker (id) (Lewis Gilbert) - Lost and Found (L’amour sur béquilles) (Melvin Frank) - 1980 Mr. Patman (Id) (John Guillermin) – 1981 For Your Eyes Only (Rien que pour vos yeux) (John Glen) - 1983 Octopussy (Id) (John Glen) - 1984 A View to Kill (Dangereusement vôtre) (John Glen) - 1985 The blue man / Eternal evil (George Mihalka) - 1988 Martha, Ruth & Edie (Norman Bailey & Deepa Mehta) - 2001 The Fourth Angel (Vengeance secrète) (John Irvine).
ARTICLE – LIBÉRATION du 1 octobre 2007
Miss Moneypenny n’émoustillera plus les espions britanniques, par Thomas Giovannetti
Lois Maxwell, qui incarna la célèbre secrétaire de M dans quatorze James Bond, est décédée en Australie à l’âge de 80 ans. Les secrétaires du monde entier sont en deuil comme nous. Elles viennent de perdre leur plus chic consœur, celle qui représentait le mythe de l’employée qui en sait plus que son patron. Désormais, il faudra compter sur le Destin de Lisa diffusé par TF1 pour avoir une idée de la Catherine postmoderne parfaite… Lois Maxwell, alias miss Moneypenny, la légendaire secrétaire volante de M, objet des badinages d’antichambre du beau tueur 007, vient de mourir à l’âge de 80 ans en Australie, où elle vivait en famille, d’un cancer ancien. Cette Bond girl absolue (bien qu’immaculée) a joué dans quatorze des vingt et un épisodes de la saga, de l’inaugural "Dr No" en 1962 à Dangereusement vôtre en 1985, intégrant, conformément au type de l’écrivain Ian Fleming, une bonne dose de complexité libertine dans sa relation avec l’agent 007. Sensible au charme de l’intrépide héros, Miss Moneypenny n’avait pour autant, que l’on sache, jamais sauté le pas. Actrice et comédienne confirmée bien avant de donner dans le Bond, Lois Maxwell avait décroché le golden globe de l’espoir féminin en 1948, pour son rôle dans "Mary Hagen", au côté de Shirley Temple. Mais c’est bien sûr l’agent secret qui la rendit célèbre. Elle avait postulé auprès du cinéaste Terence Young alors qu’elle élevait difficilement ses enfants en s’occupant de son mari malade. De deux propositions, elle retint Miss Mooneypenny, demandant à «ne pas être coiffée en chignon et à ne pas devoir porter de lunettes d’écaille». Seule faiblesse de cette secrétaire modèle : au cours des tournages, elle devint l’amie de Roger Moore, qui avait succédé à Sean Connery en 1973.
07 septembre 2007
MORT D'INGMAR BERGMAN
On reprend… désolé mais je vais continuer à vous embêter un peu plus souvent...
Annonce de la mort d'Ingmar Bergman en juillet dernier. Le cinéaste a marqué durablement l’histoire du cinéma, influençant par son souffle de liberté la "Nouvelle vague", à l’instar de l’image du jeune Antoine Doinel volant les photos sensuelles d’Harriet Andersson tirées du photogramme de "Monika". Il a influencé un grand nombre des ses confrères... Citons l’exemple de Woody Allen qui avait parodié "Persona" dans "Guerre et amour", cité par la présence d’une affiche de "Face à face" dans le hall d’un cinéma dans "Annie Hall", avant de faire un film "à la manière de..." bergmanienne avec "Intérieurs" en 1978. La représentation de "L’angst" de Bergman, les tourments existentiels de l’homme de la difficulté de vivre en couple toucheront aux grandes interrogations de chacun d’entre nous et fera de son œuvre l’une des plus prodigieuse du 7ème art. il est finalement assez vain de vouloir d’évoquer ici la richesse de ses films. De la difficulté de parler de films quand ils vous touchent vraiment... Il naît le 14 juillet 1918 à Uppsala, une ville universitaire. Il racontera dans son superbe livre "Lanterna magica", sa jeunesse rigoriste, quand il accompagnait son père un pasteur luthérien dans ses tournées sacerdotales. Il s’éloigne de sa famille pour suivre des cours à l’université et se consacre à des mises en scènes de théâtre amateur. Il crée en 1942 sa première pièce comme auteur pour "Le théâtre des étudiants", « La mort de Gaspard ». La neutralité de la Suède durant la seconde guerre mondiale, face aux atrocités de la guerre, oblige les intellectuels de Stockolm à se réunir dans un des quartiers de Stockolm, Gamla Stan, créant un courant de pensée qui influencera Bergman. En 1944, il devient metteur en scène de théâtre professionnel. Carl-Anders Dymling administrateur de la "Svenk Filmindustri", lui fait écrire son premier scénario « Tourments » que réalisera Alf Sjoberg. Il débute comme réalisateur à 27 ans, en 1945 avec 'Crise'. Il trouve très vite un rythme de créateur soutenu en faisant des mises en scène de théâtre l’hiver, et en réalisant des films l’été. Influencé par les films muets et le cinéma français de Julien Duvivier et Marcel Carné – 'Il pleut sur notre amour' -, il trouve cependant très vite son style, malgré quelques critiques assez négatives à ses débuts. Il connaît une vie privée assez compliquée, il fut l’époux de la danseuse Elsie Fisher en 1940, de l’animatrice de théâtre Ellen Bergman, de la journaliste Gun Grut, de la pianiste Kabi Lareteï, l’une de ses muses l’actrice norvégienne Liv Ullmann, interprétant souvent des personnages tourmentés et la pianiste Ingrid von Rosen en 1971. Nombre de ses comédiennes connurent grâce à lui une réputation internationale, certaines comme Gunnel Lindblom et Liv Ullman se lanceront dans la réalisation. D’Harriet Anderson, éblouissante de sensualité, d’Ingrid Thulin sa "porte-parole", de Bibi Andersson personnifiant souvent la révolte. L’amour des femmes, pour compenser dit-on un peu vite le souvenir d’une mère trop aimante. Le sublime "Persona" fut même inspiré au réalisateur alors hospitalisé par deux photos de Bibi Andersson et Liv Ullmann. Ses acteurs connaissent également la célébrité, du réalisateur du muet Victor Sjöström, Max Von Sydow, Gunnar Bjrörnstrand ou Erland Josephson. Son cinéma s’attarde à discerner ce qui se cache derrière le masque protecteur de l’être humain, tout en mettant en valeur la sensualité de ses actrices. De manière clinique, il nous aide à vivre en analysants nos états d’âmes. Son œuvre est d’une richesse inouïe passant des comédies comme "Sourires d’une nuit d’été" - à redécouvrir l’amusant "L’œil du diable" avec un étonnant Jarl Kulle en Don Juan -, lui apportant une consécration internationale, à "Monika" distribué en catimini dès 1954 dans un circuit de production érotiques ! La nouvelle vague dont Jean-Luc Godard, le salue dès 1958. Ses œuvres connaissent une mode en France, sortant dans le désordre de "La nuit des forains", au "Septième sceau" qui connaît très vite un statut de chef-d’œuvre. La cinémathèque française lui consacre une rétrospective en 1958 également. Il rencontre le chef opérateur Sven Nykvist avec "La nuit des forains", qui contribué à la richesse de son cinéma. Les interrogations métaphysiques sont le dénominateur de bien de ses films avec "Les fraises sauvages", avant de passer à "un cinéma de chambre", avec les deux trilogies "A travers le miroir" / "Les communiants" / "Le silence" et "Persona" / "L’heure du loup" / "La honte". Des œuvres grandioses, qui ne l’empêchent pas d’exceller dans l’illustration de "La flûte enchantée", opéra de Mozart.
En 1976, en raison de problèmes avec le fisc suédois, il s’exile à Munich, malgré son refus de faire des films hors de la Suède. Le projets abondent, il envisage un temps l’adaptation du roman de Louis Pauwels "L’amour monstre", histoire de travailler avec Jeanne Moreau qui lui avait écrit une lettre manifestant son enthousiasme pour son œuvre. Il signe des mises en scènes de théâtre à Munich, et tourne même "L’œuf du serpent" une commande de Dino de Laurentis, influencée par l’expressionnisme allemand, avec David Carradine. Il annonce faire ses adieux au cinéma avec sa saga familliale "Fanny et Alexandre". Il reste cependant très actif, comme écrivain ("Lanterna magica", "Images"), scénariste ("Les meilleures intentions", "Infidèle" inspiré de sa vie privée et signé par Liv Ullmann. Et à l’instar d’un Roberto Rosselini, il tourne pour la télévision, histoire d’expérimenter un nouveau média comme il avait fait avec "Le rite", notamment avec la grande réussite "Sarabande", (2003), suite des "Scènes de la vie conjugale" à apprécier en DVD dans sa version intégrale TV chez MK2. Ironie du sort pour celui qui ne reçu jamais une palme d’or au festival de Cannes, pour l’un des ses films. Il avait cependant le prix du 50ème anniversaire en 1997 – on crée pour lui en 1956 le prix de l’humour poétique pour "Sourires d’une nuit d’été". C’est à Fårö, petite île de la Baltique qu’il rendit célèbre avec son œuvre et qui fut son refuge qu’il décède le 29 juillet 2007 à 89 ans.Un distributeur a édité 3 coffrets de son œuvre en DVD, le premier comprend "Le septième sceau" - "Sourires d'une nuit d'été" - "Les communiants" - "L'oeil du diable" - "Ville portuaire" - "Le silence" - "Tourments" – "Sensualité" –écrit par Bergman, mais réalisé par Gustav Molander - "Vers la joie" - "La source" , le second "Cris et chuchotements" - "L'attente des femmes" - "Une leçon d'amour" - "Les fraises sauvages" - "La fontaine d'Arethuse" - "L'heure du loup" - "Le visage" - La honte", et le troisième "Scènes de la vie conjugale" - "La nuit des forains" - "Rêves de femme" - "Après la répétition" - "Le rite" - "Monica" - "Jeux d'été" - "Persona ". On peut donc profiter de la majorité de ses œuvres opportunément remises sur le marché, et vérifier que la réputation d’hermétisme du cinéaste est loin d’être fondée. Pour appréhender son œuvre, on pourra conseiller deux livres hélas épuisés, "Ingmar Berman par Jorn Donner" (Cinéma d’aujourd’hui, Seghers, 1970), "Ingmar Bergman, filmo 5" (Édilig, 1983), L’excellent double numéro de la revue Positif N°497/498 de juillet 2002 , ou encore "Ingmar Bergman, mes films sont l’explication de mes images" par Jacques Aumont (Cahiers du cinéma, auteurs, 2003). A consulter l'excellente analyse de son oeuvre sur le site du ciné-club de Caen et un site suédois très riche "Ingmar Bergman face to face" qui propose des textes en anglais.
Ingmar Bergman dans les années 60.
Filmographie : Réalisateur-scénariste : 1945 Kris (Crise) – 1946 Det regnar på vår kärlek (Il pleut sur notre amour) - Skepp till India land (L’éternel mirage / Le port des filles, + cameo) – 1947 Musik i Mörker (Musique dans la nuit) – 1948 Hamnstad (Ville portuaire) - Ffängelse (La prison) – 1949 Törst (La fontaine d’Arethuse / La soif) - Till glädge (Vers la joie) (+ cameo) – 1950 Sånt händer inte här (Une telle chose ne se produirait pas ici) – Sommarlek (Jeux d’été) – 1951 Kvinnors väntan (L’attente des femmes, + cameo) - 1952 Sommaren med Monika (Monika / Un été avec Monika) - 1953 Gycklarnas afton (La nuit des forains) – 1954 En lektion i kärlek (Une leçon d’amour) – 1955 Kvinnodröm (Rêves de femmes) - Sommarnattens leende (Sourires d’une nuit d’été) (+ lyriques) – 1956 Det sjunde inseglet (Le septième sceau) (+ lyriques) – 1957 Herr Sleeman kommer – Smultronstället (Les fraises sauvages) - Nnära livet (Au seuil de la vie) (+ conseiller technique) – 1958 Ansikte (Le visage) – Venetianskan (TV) – Rabies (TV) – 1959 Jungfrukällan (La source) (+ production) – Oväde (TV) – 1960 Djävulens öga (L’oeil du diable) – 1961 Såsom i en spegel (À travers le miroir) – 1962 Nattvardsgästerna (Les communiants) - Ett drömspel (TV) - 1963 Tystnaden (Le silence) - För att inte tala om alla dessa kvinnor (Toutes les femmes) - 1965 Stimulantia [[épisode « Daniel »]] (+ directeur de la photographie]] – Persona (Id) (+ production) – Don Juan (TV) – 1966 Vargtimmen (L’heure du loup) - 1968 Skammen (La honte) – Rriten (Le rite) (TV) (+ cameo) – 1969 En passion (Une passion) (+ voix du récitant) - Fårödokument 1969 (documentaire) - 1971 The touch / Beröringen (Le lien) (+ production) - 1972 Viskningar och rop (Cris et chuchotements) – 1973 Scener ur ett äktenskap (Scènes de la vie conjugale) – Misantropen (Le misanthrope) (TV) – Trollflöjten (La flûte enchantée) (TV, diffusé en salles) – Il ballo (CM) - 1976 Ansikte mot ansikte (Face à face) - The serpent’s egg / Das schlangenei (L’œuf du serpent) – 1978 Höstsonaten / Autumn sonata (Sonate d’automne) – 1979 Fårö-dokument 1979 – 1980 Aus dem leben der marionetten (De la vie des marionnettes) (+ production) - 1982 Fanny och Alexander (Fanny et Alexandre) (+ version TV) – 1983 Eifter repetitionen (Après la répétition) - Hustruskolan (TV) - 1984 Karin ansikte (Le visage de Karin) (CM) - 1985 Fanny och Alexander (documentaire) - 1986 De två saliga (TV) - 1991 Markisinnan de Sade (TV) - 1993 Backanterna (TV) - 1995 Sista skriket (TV) - 1997 Larmar och gör sig till (En présence d'un clown) (+ cameo) - 2000 Bildmakarna (TV) - 2002 Saraband (Sarabande) (TV).
ARTICLES
LE MONDE du 31.072007
Ingmar Bergman, par Jacques Mandelbaum
Ce n'est un mystère pour personne : avec la mort d'Ingmar Bergman, un monument du cinéma disparaît. Monumentale, son œuvre tire sa légitimité de son dialogue ininterrompu avec la culture européenne et de la haute idée que se faisait le cinéaste de son art. Son nom, par excellence, aura fini par incarner le passage du cinéma comme divertissement de masse à l'un des arts les plus raffinés du XXe siècle. Derrière cette statue de Commandeur du cinéma d'art à quoi il ne faudrait surtout pas le réduire, Dieu sait pourtant, et l'œuvre le prouve, que Bergman fut un homme de chair et de sang autant que d'esprit, cousant avec sa création la doublure fantasmée, chatoyante et tourmentée d'une vie pleine d'inquiétude, de drame et de fureur introspectives. De la même façon, la noirceur métaphysique de l'oeuvre, l'amertume des interrogations existentielles qui s'y expriment, ne devraient pas faire oublier le féroce appétit de vivre et de jouir qui s'y fait jour. Tout Bergman est, au demeurant, dans cette tension, et toute son oeuvre, si empreinte de lui-même, trahit cette inexorable dualité.
Comme le soulignent Olivier Assayas et Stig Björkman dans la préface à leur livre d'entretien consacré au cinéaste (Conversations avec Bergman, éd. des Cahiers du cinéma, 1990) : "Bergman a tout mis dans ses films. Il y est tout entier. Il y est nu. A la fois illusionniste et premier dénonciateur de cette illusion. A la fois vulnérable et accessible, humain et insaisissable."
Cette vie telle que les films la prolongent et la transfigurent commence le 14 juillet 1918 à Uppsala, en Suède, où Bergman voit le jour au sein d'un foyer rigoriste, d'un père pasteur de l'Eglise luthérienne et d'une mère d'origine wallonne. Le cinéaste donne, dans son autobiographie (Laterna Magica, Ed. Gallimard, 1987), une image de son éducation qui, si elle se révèle plus ambiguë qu'on ne s'ingénie ordinairement à la résumer, n'impressionne pas moins par sa cruauté.
Ne s'identifie-t-il pas, adolescent, en regardant une gravure de Gustave Doré, à l'Isaac biblique sur le point d'être sacrifié par son père ? Ne va-t-il pas jusqu'à expliquer l'inertie de son pays face au nazisme par l'intériorisation mentale des règles d'une société corsetée par la crainte du péché et l'aveu de la faute ? Lui-même, comme il le reconnaîtra beaucoup plus tard, fut sensible, à 20 ans, aux funestes sirènes de cette sombre période.
L'effet de distanciation qui signe sa modernité : Quoi qu'il en soit, le refuge dans l'imaginaire et le recours aux délices de l'illusion s'imposent très tôt dans sa vie, au point de brouiller, selon son propre aveu, la frontière entre le rêve et la réalité. Cette propension conduira le jeune Ingmar Bergman des divertissements imagés de l'enfance (montage d'extraits de film, pratique de la photographie, construction d'un théâtre de marionnettes) à l'écriture et à la mise en scène de théâtre à Stockholm, ville dans laquelle il s'installe très jeune, hors de portée de la cellule familiale.
Les pièces qu'il monte dans ce cadre, avec une prédilection pour Strindberg et Shakespeare, le font très tôt remarquer par certains professionnels du cinéma, qui l'intègrent, en 1942, à l'équipe de scénaristes de la puissante société de production Svensk Filmindustri. Dès lors, il ne cessera, sur un rythme frénétique, de mener de front les deux activités, selon un partage saisonnier qui le retient l'hiver au théâtre tandis qu'il consacre l'été au tournage de ses films.
Le premier d'entre eux, réalisé en 1945, s'intitule Crise, mélodrame où se profilent déjà quelques-unes des principales obsessions bergmaniennes (la filiation, l'illusion et la nécessité des apparences, la violence et la répression du désir, le déchirement du couple). Le film est un échec. Ce ne sera ni le premier ni le dernier. La revanche en sera d'autant plus éclatante.
Quelques-uns de ses premiers films, réalisés sous l'influence du néoréalisme, sont ainsi remarqués en France, où les jeunes critiques de la future Nouvelle Vague font notamment un sort très favorable à Monika (1953). Interprété par la sensuelle Harriet Andersson qui fait resplendir ses dix-neuf printemps dans le rôle-titre, ce drame, qui passe à l'époque pour un film érotique, vaut pour sa description incroyablement charnelle d'une jeunesse avide de jouissance, avant de payer le prix de trahison et de solitude imposé par la société.
Le fameux regard-caméra de son héroïne à la fin du film - ce moment pétrifiant où la jeune femme s'apprête à abandonner son enfant et l'homme qu'elle a aimé en prenant le spectateur à témoin de cette nécessaire cruauté - trouve notamment en Jean-Luc Godard un exégète bouleversé, qui y voit, avec l'effet de distanciation qui signe sa modernité, "le plan le plus triste de l'histoire du cinéma".
Le dépouillement, le huis clos : Mais Bergman est destiné à une gloire plus haute encore. Sourires d'une nuit d'été (1955), marivaudage pétillant où plane l'ombre menaçante de l'humiliation et de la honte, est primé au Festival de Cannes et le fait enfin remarquer par la critique internationale, avant que Le Septième Sceau (1956), de nouveau primé à Cannes, ne le consacre comme un auteur de tout premier plan.
Ce poème allégorique, nourri de l'Apocalypse de saint Jean et plongé dans un Moyen Age de pure convention, évoque la confrontation métaphysique de l'homme à sa propre mort. La récompense suprême lui est néanmoins accordée au Festival de Berlin en 1957, où l'Ours d'or couronne Les Fraises sauvages, retour, à l'heure de sa mort, d'un vieil homme sur le chemin de sa vie.
Avec la trilogie qui regroupe A travers le miroir (1961), Les Communiants (1963) et Le Silence (1963), Bergman - qui est entre-temps nommé en 1963 à la tête du Théâtre national de Stockholm (l'équivalent de notre Comédie-Française) - inaugure la veine des films de chambre, explicitement empruntée à son auteur de prédilection, Strindberg, en même temps qu'il franchit une nouvelle étape dans la recherche d'une expression qui a partie liée avec la modernité cinématographique.
Le dépouillement, le huis clos, l'exploration du visage comme scène sont ici mis au service des troubles intimement mêlés de l'imaginaire et de la réalité, de la chair et de l'esprit, du plaisir et du devoir, de l'amour et de la haine. Ils annoncent à ce titre un sommet de son oeuvre, Persona (1966), variation d'une audace inouïe sur le thème du double et les abîmes insondables de la psyché à laquelle la confrontation de Liv Ullmann et Bibi Anderson confère une intensité aiguë, mais aussi bien une réflexion sur le cinéma comme double fantasmé de la réalité. Le film, glacial et brûlant à la fois, est d'autant plus vertigineux qu'à la ville le cinéaste sera passé de l'une à l'autre de ces deux femmes (mais c'est l'ordinaire chez Bergman, qui remet en jeu sur l'écran les déchirements de sa vie sentimentale orageuse).
Désormais installé sur l'île solitaire de Faro, dans la mer Baltique, Bergman va pousser plus loin cette veine, dans une série de films insulaires balayés par les vents mauvais de la mort et de la quête expiatoire, avec l'acteur Max von Sydow adoubé comme double de l'auteur. L'Heure du loup (1967), La Honte (1968), Une passion (1969), centrés autour d'un couple, témoignent de cette noirceur métaphysique.
Tentation nihiliste, onirisme hanté par les forces déchaînées de l'inconscient, défiguration et avilissement de l'humain, sont ici mis au service d'une mise en cause implacable de la création et de l'imaginaire comme sources de mensonge, de terreur et de négation. Loin de s'absoudre de la vilenie du monde, l'artiste Bergman fait le ménage devant sa porte, en stigmatisant la perversité tourmentée de sa propre inspiration et l'inanité d'un art qui échoue à l'en délivrer.
Dépasser la macération de son tourment : C'est pourtant en se confrontant explicitement à une agonie, en donnant une image (celle de la Pieta sublime de Cris et chuchotements) à cette mort qui ronge les êtres comme les images, que Bergman va à la fois dépasser la macération de son tourment et livrer ses chefs-d'oeuvre de la maturité, empreints d'une beauté et d'une commisération d'où rayonne sinon la rédemption, du moins l'avènement de sa probabilité.
Cris et chuchotements (1973), Scènes de la vie conjugale (1974), Sonate d'automne (1978) préparent ainsi la floraison de ce film-somme qu'est Fanny et Alexandre (1982), fresque somptueuse où la marche et les masques de la mort sont bel et bien mis au service d'une des plus magnifiques célébrations de la vie jamais mises en scène au cinéma. Après sa décision d'en finir avec le cinéma, Ingmar Bergman poursuit sporadiquement à la télévision, avec laquelle il collabore de longue date,
une oeuvre qui évoque, avec une justesse et une puissance d'émotion intactes, la chronique intime du vieillissement de l'artiste et du regard qu'il porte sur son art. Après la répétition (1984, En présence d'un clown (1998), ainsi que son film ultime, Sarabande (2003), suite tardive des Scènes de la vie conjugale, mettent en scène avec un dépouillement et une intelligence exceptionnels la constante recherche par Bergman de la mise à nu, par l'art, des hommes et du monde, du désir et de la mort.
Dans Sarabande, c'est le vieil Erland Josephson qui s'y "colle" littéralement, se dévoilant en chair et en os dans une scène d'alcôve douce-amère, d'une audace bouleversante. C'est avec le même acteur qu'en 2000 le maître avait exceptionnellement accepté de rompre sa retraite et son silence en enregistrant, sous forme d'entretien avec cet ami de jeunesse et alter ego à l'écran, une émission pour la télévision suédoise.
Il y disait notamment la douleur qu'avait suscité la mort de sa femme en 1995, la cruauté dévolue au sort du rescapé, et ce lent et pénible naufrage qu'est pour tout homme la vieillesse. "Désormais, continuer à vivre m'est complètement indifférent" y déclarait-il, non sans ajouter qu'il avait décidé avec son vieil ami de "contrôler l'un l'autre notre potentiel de gâtisme". Entre les deux eaux de l'ironie mordante et du désarroi tragique, Ingmar Bergman aura donc jusqu'au bout de ses forces continué d'entretenir la connaissance par les gouffres et la foi en la vie jusqu'au-dessus de l'abîme.
Evoquant le célèbre "Ô mon Dieu, que ma joie demeure" noté dans son journal par Jean-Sébastien Bach au retour du voyage où il apprit la mort de sa femme et de ses enfants, le cinéaste écrit ceci dans son autobiographie : "Pendant toute ma vie consciente, j'ai vécu avec ce que Bach appelait sa joie. Elle m'a sauvé dans toutes mes crises, dans toutes mes misères, elle m'a été aussi fidèle que mon coeur." A reconsidérer son oeuvre, aujourd'hui qu'il a définitivement rejoint le royaume des ombres, même ceux qui affublaient Bergman d'une sinistre réputation devraient finir par ouvrir les yeux et constater, tant le flux de la vie y défie les puissances de la mort, à quel point sa joie demeure !
Parcours
1918 : Naissance le 14 juillet, à Uppsala, Suède
1945 : Premier film : "Crise"
1953 : "Monika" est remarqué par la Nouvelle Vague
1955-1957 : "Sourires d'une nuit d'été", puis "Le Septième Sceau",primés au Festival de Cannes
1963 : Nommé à la tête du Théâtre national de Stockholm
1973 : "Cris et chuchotements"
1982 : "Fanny et Alexandre"
2003 : Diffusion de son dernier film : "Sarabande"
2007 : Mort le 30 juillet
"La mauvaise conscience est une coquetterie"
"La plus grande part de notre éducation a été fondée sur des concepts comme le péché, l'aveu de nos fautes, la punition, le pardon et la grâce, qui furent des agents réels dans la relation parents-enfants et dans notre relation à Dieu. Il existait dans tout ça une logique interne que nous acceptions et que nous nous imaginions comprendre. C'est cela, aussi, qui a peut-être contribué à nous faire accepter le nazisme, sans réagir. Nous n'avions jamais entendu parler de liberté et nous en connaissions encore moins la saveur. Dans un système hiérarchique, toutes les portes sont fermées."
"J'ai beau être quelqu'un de névrosé, mes relations à mon travail professionnel n'ont jamais été, aussi étonnant que cela puisse paraître, névrotiques. J'ai acquis le pouvoir d'atteler mes démons à mon char. Et ils ont été bien obligés de se rendre utiles. Tout en continuant à me torturer et à me gêner dans ma vie privée. Il est bien connu que le directeur d'un cirque de puces laisse les artistes se nourrir de son sang."
"Regarder ma production me fut un déchirement inattendu, et parfois même insupportable. Je me retrouvais brutalement, physiquement, confronté au fait que mes films ont été souvent conçus dans les entrailles de mon âme, dans mon coeur, mon cerveau, mes nerfs, mon sexe, mes tripes. Un désir qui ne porte pas de nom leur a donné naissance."
"Le pire moment pour moi, c'est le matin, je me réveille à quatre heures et demie, au plus tard, et ça commence : mes boyaux se tordent. Et l'angoisse se déclenche aussitôt, comme un chalumeau qui s'allume. J'ai décidé que la mauvaise conscience est une coquetterie puisque ma souffrance ne peut racheter les dommages que j'ai causés. Sans doute quelque processus hors de ma portée se déroute-t-il par en dessous. Je souffre d'inflammations chroniques de l'estomac et de l'intestin, j'ai un ulcère, des vomissements fréquents, de crampes d'estomac suivies de diarrhées qui me dérangent beaucoup."
"Quand j'étais jeune, des rêves hideux venaient me torturer : meurtres, tortures, étouffements, inceste, anéantissement, colère folle. En vieillissant, mes rêves deviennent évasifs, mais aimables et souvent consolants."
Extraits de Laterna Magica, et Images, Gallimard.
AFP/LENNART NILSSON
Ingmar Bergman et son fils Daniel dans les années 60. A l'arrière-plan, sa femme Kibi Laretai.
Les quatre actrices fétiches du magicien, par Jean-Luc Douin
LE MONDE | 31.07.07 | 18h02
S'il fallait exprimer l'instinct vital, le désespoir d'exister, Ingmar Bergman choisissait des femmes. S'il fallait dénuder l'âme de ses contemporains, ce sont souvent des actrices qu'il prenait pour modèles et dont il arrachait le masque. "Toutes les femmes m'impressionnent, disait-il. Le monde des femmes est mon univers. Je crois que la femme a été créée en premier. Ses attitudes, ses réactions, son comportement, sa psychologie me fascine, m'émeut, me stimule."
Il s'en est expliqué, par son éducation : une enfance marquée par une grand-mère autoritaire et par l'absence d'une mère insaisissable dont il chercha longtemps à gagner l'affection. Il a montré comment le drame de ses héroïnes avait un rapport avec leur condition de femme : viol, avortement, relations sexuelles perturbées, relation orageuse à la mère. Et comment elles s'accomplissaient dans la maternité. Chez lui, la femme est mère et infirmière (La Honte). L'oeuvre est hantée par l'image de la Pieta, servante-nourricière (Cris et chuchotements), du clown rêvant de se retrouver foetus dans le sein maternel (La Nuit des forains).
Ce magicien fut aussi un découvreur d'actrices. Quatre d'entre elles ont compté plus que les autres. D'abord Harriet Andersson, qui troubla les cinéphiles des années 1950. Yeux fermés, épaules offertes au soleil par un pull déboutonné jusqu'à mi-torse, dans Monika, à la fin duquel elle jetait au spectateur le fameux regard-caméra qui a marqué l'histoire du cinéma. Elle fut l'héroïne des films d'été, des hymnes aux amours brisés de la jeunesse, l'image de la sensualité insouciante.
Bibi Andersson apparut dans Le Septième Sceau : image d'une jeune mère saltimbanque rêvant d'un bonheur innocent. Elle incarne la pureté d'une adolescence pleine de promesses dans Les Fraises sauvages. Et devient la petite blonde indomptable qui joue les infirmières-réconforts dans Persona, avant de se débattre pour échapper aux affres du faux bonheur bourgeois dans Le Lien, où elle vit un adultère culpabilisant.
Ingrid Thulin est la femme de tête. Masque sévère, cheveux tirés, elle est "raisonneuse" dans Les Fraises sauvages. Institutrice aux lunettes de myope, amoureuse d'un pasteur dans Les Communiants. Inhibée dans Le Silence, minée par la tuberculose, paralysée par la haine, l'envie. Artiste névrotique dans Le Rite. Femme frigide se mutilant par dégoût du contact physique conjugal dans Cris et chuchotements.
Liv Ullman est la seule non suédoise. Cette norvégienne personnifie "le visage", le rayonnement. Mais aussi la femme brisée : obsédée par son enfance, souillée par ses angoisses, murée dans l'insécurité et la solitude. Persona : une actrice qu'un choc affectif a rendue muette. Scènes de la vie conjugale : une femme mariée confrontée à une crise. Psychiatre en dépression dans Face à face, fille reniant sa mère dans Sonate d'automne.
Chaque fois, l'équilibre vacille, l'apparente sérénité se lézarde, dévoile la folie de la persécution, le vague à l'âme.
ÉDITORIAL
Le legs de Bergman
LE MONDE | 31.07.07 | 18h02 • Mis à jour le 31.07.07 | 18h02
Avec la disparition d'Ingmar Bergman, le monde du cinéma n'est pas le seul à perdre l'un de ses plus grands serviteurs. La cascade de réactions venue d'Europe comme des Etats-Unis témoigne de l'empreinte laissée par le réalisateur de Cris et chuchotements.
Boulimique de travail, il a marqué la scène théâtrale : metteur en scène, directeur de troupe, puis patron du Théâtre royal, il a pendant trente ans servi, notamment, son auteur favori, August Strindberg. Avide de modernité, il s'est aussi jeté dans l'aventure télévisuelle. Difficile aujourd'hui d'imaginer une chaîne européenne passant en prime time et sur six semaines la chronique sombre et violente d'un couple en lent délabrement. Mais c'est bien la télévision suédoise, un an avant la sortie en salles d'une version remaniée, qui diffusa la première, en 1973, les Scènes de la vie conjugale ; elle encore qui accueillit le vieux lion lorsqu'il mit un terme à sa carrière cinématographique. Il faudrait aussi saluer Bergman l'auteur, Bergman le penseur, Bergman l'explorateur infatigable de l'âme humaine.
Contemporain de Luis Bunuel, de François Truffaut et de Woody Allen, il a marqué plusieurs générations de cinéastes. La Nouvelle Vague l'a porté aux nues. Le réalisateur d'Annie Hall, qui lui voue un véritable culte, a rappelé, lundi, un peu gauchement, qu'il était "le meilleur réalisateur qu'(il ait) jamais vu".
Son génie de la mise en scène, de la direction d'acteurs, de l'écriture, il l'a mis pendant soixante ans, de Crise (1945) à l'ultime Saraband (2004), au service d'une exploration de l'intime, assurément le coeur de la révolution bergmanienne. En puisant largement dans sa propre vie, dans ses obsessions, il est parvenu à faire vivre des thèmes jusqu'alors absents des écrans : la crise du couple, les liens entre femmes, le silence de Dieu, la solitude humaine, les fantasmes comme les névroses, le sexe comme le renoncement. L'enfance, aussi (Fanny et Alexandre), terrain des premiers traumatismes et terreau de toutes les révoltes. Ou encore ce temps qui passe et, tel la rouille, corrode tout : les sentiments, les relations, les êtres.
Bergman, l'intime et le tragique, par Florence Colombani
LE MONDE | 30.07.07 | 11h24
Sur Ingmar Bergman, ce génie absolu, sans doute le plus grand cinéaste vivant, on en sait beaucoup. L'enfance à Uppsala (Suède) où il naît en 1918, le père pasteur, "un monstre froid", la mère insatisfaite et autodestructrice. Et puis l'irruption inespérée du merveilleux grâce à une laterna magica reçue en cadeau d'anniversaire, le goût du théâtre et du cinéma, les premiers films brillants influencés par Sjöstrom et Dreyer. La ronde de femmes — actrices magnifiées par une caméra qui aime à s'approcher au plus près des visages. Le caractère ombrageux, l'exil dans les années 1970 après des ennuis fiscaux, puis la retraite d'ermite — qui dure encore aujourd'hui — sur une île au large de la Suède, Farö.
Tout cela, Bergman lui-même l'a raconté dans une admirable autobiographie (Laterna magica, Gallimard, 1987, réédité en "Folio") et dans cette série d'explorations intimes que sont ses films.
Mais aucune information biographique ne prépare au choc de l'oeuvre, magistrale, écrasée de culpabilité, d'angoisse de mort, d'"épouvante cosmique". Une oeuvre lourde de toutes les terreurs de l'humanité et pourtant aérienne, habitée par la grâce et le sublime. Une oeuvre qui invente constamment des formes neuves, et régénère ce rituel du théâtre antique, mélange de cérémonie religieuse et de fascination morbide, que Bergman raconte ainsi dans Images (Gallimard, 1992) : "Dans la Grèce antique, le théâtre était indissolublement lié aux rites religieux. Les spectateurs se réunissaient longtemps avant le lever du soleil. A l'aube, les prêtres qui portaient un masque s'avançaient. Quand le soleil s'élevait au-dessus des montagnes, il éclairait le centre de la scène, où avait été dressé un petit autel. Le sang des victimes était recueilli dans un grand plat. Un des prêtres, portant un masque doré de dieu, se cachait derrière les autres. Lorsque le soleil s'était encore un peu plus élevé, deux prêtres, juste au bon moment, levaient le plat afin que les spectateurs puissent voir le masque divin du prêtre caché se refléter dans le sang. Quelques minutes s'écoulaient, puis l'officiant baissait le plat et il buvait le sang."
Mine de réflexion pour ses multiples exégètes, qui lui ont consacré un nombre considérable d'ouvrages, Ingmar Bergman restera, aux yeux du grand public, comme le cinéaste du dépouillement. Jacques Villeret s'en était brillamment amusé dans un sketch resté célèbre, où la principale action des films du réalisateur suédois restait le bruit du vent. Et pourtant... Cinq femmes, neuf enfants : dans sa propre existence comme dans son oeuvre, la noirceur, le doute, l'amertume s'accompagnaient toujours d'un féroce appétit de vivre. Là réside sans doute l'une des clés, mais aussi l'une des principales recommandations d'Ingmar Bergman.
LE FIGARO
Bergman, le cinéma des ombres silencieuses, par Marie-Noëlle Tranchant
Publié le 31 juillet 2007
Le réalisateur suédois s'est éteint hier à l'âge de 89 ans. Une fin paisible dans sa maison de l'île Farö, en mer Baltique.
Quel homme ! Intraitable et vulnérable, plein de démons et de génie, c'est un des plus fabuleux montreurs d'images du XXe siècle. Il les puise au plus vif et au plus secret de l'humanité, dans les torrents des passions, dans les grottes de l'inconscient, dans les lacs de l'enfance. Il en a fait une prodigieuse saga de l'homme et de la femme, perdus dans un monde de blessure et de faute, dans les rages du désir et les souffrances de l'incompréhension.
En 2003, de son île Farö, ermitage de ses dernières années, Ingmar Bergman a fait parvenir au monde un dernier chef-d'oeuvre, Saraband, qui est un autoportrait spirituel. En reprenant, trente ans après leur divorce, les personnages de Scènes de la vie conjugale, Marianne (Liv Ullmann) et Johann (Erland Josephson), le vieux maître se retourne à la fois sur son oeuvre et sur sa vie, en les éclairant d'une lumière d'au-delà. La violence, la cruauté, l'orgueil, l'angoisse, qu'il a si magistralement orchestrés à l'écran, sont toujours là. Mais Anna, l'épouse morte de Johann (Ingrid, la dernière femme de Bergman), guide secrètement ces coeurs arides vers la source de l'amour. Ce film testament, âpre et fort, s'achève sur une note de grâce ineffable. Comme si le génie tourmenté de Bergman s'abandonnait enfin à la paix et à la confiance, comme s'il atteignait l'harmonie surnaturelle qu'il n'a cessé d'admirer chez Jean-Sébastien Bach : « La musique de Bach nous console de notre manque de foi », a-t-il écrit dans son magnifique ouvrage, Laterna Magica.
Son enfance, racine de la création : Dans ses dernières années cinématographiques, Ingmar Bergman, qui s'est éteint hier à l'âge de 89 ans, s'était retourné sur le monde de son enfance. Il y voyait « la racine fondamentale de la création ». Cela donna un étonnant mélange nordique de maison chaleureuse et de froide sévérité, de fêtes et de contraintes, de jeux et de peur. Remontant plus loin que lui-même, le cinéaste a raconté dans le scénario des Meilleures Intentions (réalisé par Bille August, palme d'or à Cannes en 1992) l'histoire de ses parents : un jeune pasteur pauvre et austère, une jeune fille mondaine de la haute bourgeoisie. Un mariage d'amour, contre le gré de la famille de la fiancée. Et une union vite malheureuse, en dépit ou à cause de l'idéalisme du jeune ménage, de sa bonne volonté exaltée et maladroite. « Ce que je vois avec certitude, avouait Bergman, c'est que ma famille était composée d'êtres de bonne volonté qui ployaient sous un héritage catastrophique d'exigences trop hautes, de mauvaise conscience et de culpabilité. »
Quand Ingmar Bergman, deuxième enfant du couple, vient au monde, le 4 juillet 1918, sa mère est très malade, et le bébé si mal en point qu'il restera plusieurs mois entre la vie et la mort. « Je n'arrivais vraiment pas à décider si je voulais vivre ou non », note Bergman au début de Laterna Magica. Tout petit, son extrême sensibilité se heurte à l'autoritarisme rigide de l'éducation paternelle. Tout est faute et punition, distance et incommunicabilité. Pourtant, c'est aussi une enfance douce que l'artiste a merveilleusement évoquée dans Fanny et Alexandre. « L'atmosphère dans la maison de mon enfance était en général joyeuse... Nous jouions la comédie, nous faisions de la musique. »
L'enfant a une dizaine d'années quand il échange ses soldats de plomb contre le petit cinématographe reçu par son frère à Noël. Il a vu quelque temps auparavant son premier film, et en a contracté une fièvre qui ne le quittera plus. Désormais, il habite le royaume des images. Il organise des séances de cinéma familial dans le grenier, bricole projecteur et pellicule avec son oncle Carl, pour animer indéfiniment ces « ombres silencieuses » qui parlent aux « sentiments les plus secrets ». Un peu plus tard, il découvrira la magie du théâtre en assistant des coulisses à la représentation du Songe d'August Strindberg, son prestigieux et admiré compatriote mort six ans avant sa naissance.
Théâtre l'hiver, cinéma l'été : À 19 ans, à la suite d'une scène avec son père qui lui reproche une liaison, Ingmar rompt violemment avec sa famille. Il ne la reverra pas avant plusieurs années. Tout en poursuivant des études de lettres, il commence à travailler pour le théâtre. Il écrit coup sur coup douze pièces et un opéra, très sombres, inspirés (parfois presque jusqu'au plagiat) de Strindberg (plus tard, il y ajoutera Molière). Le jeune auteur trouve une spectatrice attentive : Stina Bergman, directrice du service des scénarios à la Svenskfilmindustri. Elle engage Bergman pour un an, en 1942. Son premier scénario, Tourments, où un adolescent subit les brimades d'un professeur psychopathe, sera réalisé par le grand cinéaste Alf Sjöberg.
En 1943, Bergman se voit proposer la direction du théâtre d'Helsingborg, puis, en 1946, du théâtre de Göteborg, où il commence par monter le Caligula d'Albert Camus. C'est aussi l'année de ses débuts à l'écran avec Crise. Désormais, il se partagera entre la mise en scène théâtrale, l'hiver, et ses tournages, l'été. À cette époque, Bergman en est à son deuxième mariage, et à son deuxième échec conjugal. Il part pour Paris vivre une brève liaison, vite condamnée, dont il fait un récit assez sinistre dans Laterna Magica. « Homme couvert de femmes », récidiviste du mariage (il aura six épouses légales), et cinéaste de la femme, qu'il sait souvent mieux peindre que les personnages masculins, Bergman a le don d'envenimer ou de laisser s'envenimer les relations d'un couple. Et il trouvera dans son expérience un des thèmes majeurs de son oeuvre : l'incommunicabilité, l'impuissance à regarder le visage de l'autre.
Son refuge, presque sa patrie : La dureté et l'agressivité sont incontestablement des traits de la personnalité de Bergman jeune. On le sent plein de trouble et de colère, orgueilleux et vite impatienté par la vie quotidienne. Il le note sans indulgence dans ses écrits. Car personne n'est moins complaisant envers soi-même. Conscient de son génie, et peut-être justement à cause de cette conscience, Bergman s'est toujours considéré avec beaucoup de lucidité critique, et une rare honnêteté.
Il est déjà un cinéaste reconnu (Jeux d'été, en 1951, L'Attente des femmes et Monika, l'année suivante, ont été des succès), lorsque le Festival de Cannes le couronne pour la première fois, en 1956, pour Sourires d'une nuit d'été. Il enchaîne aussitôt avec deux de ses chefs-d'oeuvre, Le Septième Sceau et Les Fraises sauvages (ours d'or au Festival de Berlin, 1958). Au théâtre, il donne deux mises en scène de Molière, Dom Juan (1955) et Le Misanthrope (1957).
En 1960, lors de repérages pour À travers le miroir, il découvre l'île de Farö qui deviendra son refuge et presque sa patrie : « Si l'on me demandait quelle est ma nationalité, disait-il en 1977 (après s'être exilé de Suède), j'aurais envie de répondre : citoyen de l'île de Farö. C'est là que je vois amis et enfants, là aussi que j'ai ma cinémathèque de 350 films, dont je suis très fier... Les 400 habitants m'ont accepté comme un des leurs, et j'ai retrouvé ma vie d'enfant, la lecture, le jeu, les promenades et les rêveries. J'ai découvert, je ne dirai pas la sagesse, mais une sorte de sérénité. »
1963 est une année bergmanienne typique, de travail et de création intenses, dans tous les domaines. Bergman devient directeur du Théâtre royal dramatique de Stockholm, où il monte Qui a peur de Virginia Woolf ? et reprend Une saga d'Henrik Bergman, qu'il avait présenté au Théâtre des Nations en 1959. En même temps, sortent deux films, Les Communiants en février, et en septembre, Le Silence, qui suscitera des réactions très vives. Il est aussi sur le petit écran avec deux mises en scène de son cher Strindberg, Le Songe et La Sonate des spectres.
Interrompu en 1965 par une grave pneumonie, Bergman démissionne du Théâtre de Stockholm, qu'il retrouvera en 1969. Cet été-là, il tourne Persona, qui fait entrer Liv Ullmann dans sa vie pour six ans, jusqu'à ce qu'il épouse, en 1971, Ingrid Karlebo.
1972 et 1973 voient le triomphe de Scènes de la vie conjugale et de Cris et Chuchotements, qui obtiendra l'oscar du film étranger en 1974, année où les téléspectateurs suédois découvriront La Flûte enchantée, avant sa présentation au Festival de Cannes en 1975.
La chambre crépusculaire de notre âme
1976 est pour Bergman une année terrible : le 30 janvier, alors qu'il est en train de diriger une répétition théâtrale, on l'emmène pour contrôle fiscal. Cette mise en cause violente et publique, qui sera par la suite reconnue sans objet, atteint profondément le cinéaste. Hospitalisé pour dépression, il s'exile ensuite à Munich, où il tourne L'Œuf du serpent, et monte Le Songe au théâtre. Même après son retour en Suède, l'année suivante, Bergman continuera à travailler à Munich, où il présentera notamment, en 1981, une version théâtrale de Scènes de la vie conjugale.
À Noël 1982 sort Fanny et Alexandre, qu'il annonce comme son dernier film pour le cinéma. Après la répétition, réalisé pour la télévision, présenté à Cannes en 1984, sort cependant sur grand écran. Mais depuis, Bergman s'est consacré au théâtre, à la télévision, et surtout à l'écriture : scénario des Meilleures Intentions, et rédaction de ses mémoires.
L'homme y apparaît dans toute sa complexité, imagination puissante, corps tourmenté par la maladie, qui se manifeste sans cesse dans cette constitution nerveuse, sensualité obsédante, intelligence orgueilleuse et rusée qui sait se servir de l'illusion, du mensonge, pour triompher de l'écrasante réalité. Mais qui cherche aussi, sans relâche, la plus haute vérité de l'artiste : le rêve, c'est-à-dire la révélation, à travers l'illusion, de la vie réelle de l'âme.
« Le film, quand ce n'est pas un documentaire, est un rêve. C'est pourquoi Tarkovski est le plus grand de tous. Il se déplace dans l'espace des rêves avec évidence, il n'explique rien, d'ailleurs, que pourrait-il expliquer ?... J'ai frappé toute ma vie à la porte de ces lieux où il se déplace avec tant d'évidence. Quelques rares fois seulement je suis arrivé à m'y glisser... Aucun art ne traverse comme le cinéma directement notre conscience diurne pour toucher à nos sentiments, au fond de la chambre crépusculaire de notre âme. »
LIBÉRATION
Ingmar Bergman à travers le miroir, par Édouard Waintrop
Le cinéaste suédois s’est éteint hier, à 89 ans, dans son île de Fårö, après une carrière ponctuée de films magistraux.
QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007
Le cinéaste suédois Ingmar Bergman est mort hier dans l’île de Fårö, où il vivait en solitaire depuis la mort de sa femme. Le 14 juillet 1918, quand il naît, la grande épidémie de grippe espagnole n’est pas éradiquée. Sa mère est atteinte. Le nouveau-né aussi. Il se rétablit mais reste fragile et, plus tard, multipliera les maladies. Dans Laterna Magica (1), il raconte combien son enfance fut problématique et pas seulement pour des raisons de santé. Le père est un pasteur luthérien ambitieux, qui estime que sa famille doit être un modèle. Il la soumet donc à une discipline rigoureuse. Les enfants grandissent dans l’obsession du péché. Punitions corporelles à la clé. Cette ambiance marquera l’œuvre du cinéaste.
«Le paradis». Dans cet orage qui dure, les visites à sa grand-mère sont autant d’éclaircies. C’est elle qui l’emmène les premières fois au cinéma. Alors qu’il a 12 ans, son père lui permet de visiter les studios cinématographiques suédois de Rasunda, en banlieue de Stockholm, pour lui «le paradis». Très jeune, Bergman fréquente aussi le théâtre. Et un jour, grâce à un musicien, qui joue derrière le plateau pour une mise en scène du Songe d’August Strindberg, il pénètre dans les coulisses. et en garde un émerveillement que l’on retrouve cinquante ans plus tard dans certaines scènes de Fanny et Alexandre.
Il lit Strindberg, qu’il adore, et Dostoïevski, Balzac, Nietzsche. Aussi passionné par les femmes, il a une première liaison orageuse avec une de ses camarades de classe. En 1934, il part en séjour linguistique en Allemagne. Sa famille d’accueil est nazie. Il assiste avec elle à un meeting d’Hitler dans le grand stade de Weimar. Est conquis. Son milieu en Suède est tout aussi favorable aux thèses nazies - un de ses frères est même un des fondateurs du parti national-socialiste suédois. Ingmar, lui, ne changera d’avis qu’après la guerre, en découvrant des films sur la libération des camps.
Liaison. En attendant, en 1937, il s’est inscrit en Histoire et Littérature à l’université de Stockholm. Aux cours, il préfère l’activité théâtrale, met en scène des pièces de Strindberg et de Shakespeare, fait des tentatives comme acteur puis se tourne vers la mise en scène. C’est à cette époque qu’il rompt avec sa famille, qui n’approuve ni sa vie ni sa liaison avec une jeune actrice. Lorsque la Seconde Guerre mondiale commence, Bergman est exempté de service militaire grâce à un ulcère à l’estomac. En repos chez sa grand-mère, il écrit une douzaine de pièces, monte l’une d’elles. Carl Anders Dymling, directeur de la Svensk Filmindustri, et Stina Bergman, directrice du service des scénarios, lui proposent alors d’écrire et de revoir les scénarios produits par la société, selon des méthodes inspirées par Hollywood. A cette époque, Bergman est plutôt entiché des films français de Jean Renoir, Marcel Carné, Julien Duvivier, dont la trace sera visible dans ses œuvres des années 50. Il participe à l’écriture de Tourments d’Alf Sjöberg, (Hets, 1944) et assiste au tournage.
Désormais, Ingmar Bergman veut réaliser lui-même les histoires qu’il écrit. Ce qui ne tarde pas. En 1946, c’est sa première mise en scène, avec un titre qui pourrait servir d’étendard à toute son œuvre: Crise. Il y raconte comment une jeune fille est écartelée entre ses mères biologique et adoptive, deux égoïstes. Ce sera ensuite Il pleut sur notre amour puis Ville portuaire.
En 1958, Truffaut écrit que les premiers Bergman ont choqué les Suédois par leur pessimisme. «On le traitait de collégien subversif, on le soupçonnait de blasphème, il irritait profondément.» Son premier succès, il l’obtient avec Musique dans les ténèbres, l’histoire d’un pianiste qui devient aveugle et ne retrouve une certaine joie de vivre que quand un rival amoureux le frappe, le traitant enfin comme un homme normal.
Conte amer. En 1949, il tourne la Prison. D’après Roger Tailleur, le critique de Positif, c’est «le premier des films cérébraux de Bergman». Viennent ensuite la Soif, (1949) et Jeux d’été (1951), deux premiers chefs-d’œuvre. Le premier est un film incisif sur les problèmes du couple; le second, un conte amer sur les amours d’une jeune ballerine. «Si dieu existait, il faudrait lui cracher au visage», déclare Marie, la protagoniste de Jeux d’été, jouée par Maj-Britt Nilsson. L’Attente des femmes, qui suit, est inspirée par A Letter to Three Wives de Joseph Mankiewicz.
Dans un texte de 1958, François Truffaut devine une profonde connaissance du cinéma derrière ces premiers Bergman. Amour de Renoir et de Lubitsch dans deux merveilles, Une Leçon d’amour (1954) et Sourires d’une nuit d’été (1955) — peut-être le sommet du cinéma du jeune réalisateur —, et influence d’Hitchcock dans la Soif. Et Truffaut de diagnostiquer: «Comme l’œuvre d’Ophüls et de Renoir, celle de Bergman est dédiée à la femme. Et si elle évoque plutôt Ophüls que Renoir, c’est que, comme le premier, il adopte plus volontiers le point de vue des personnages féminins que celui des personnages masculins.» Sur un thème voisin, à peu près à la même époque, Tailleur note que «Bergman ignore l’amitié, ne connaît que l’autre sexe, ne conçoit de communication qu’amoureuse.»
Monika sera un film de référence pour ses admirateurs français. Négligé à sa sortie en 1953, il est loué lors de sa reprise, en 1958. Godard écrit que c’est «le film le plus original du plus original des cinéastes. Le cinéaste de l’instant. Sa caméra cherche une seule chose: saisir la seconde présente dans ce qu’elle a de plus fugitif et l’approfondir pour lui donner valeur d’éternité.» Ces années sont fertiles.
En 1957, le Septième Sceau, film surestimé, reçoit le prix spécial du jury au festival de Cannes. En 1959, les Fraises sauvages est couronné à Berlin par un ours d’or. Une véritable merveille: si sa thématique est bien connue (encore la mort et aussi l’enfer conjugal), elle est traitée avec une légèreté qui se révélera rare à l’avenir, sur une mise en scène virtuose. Notons aussi, avec Jacques Lourcelles (2), qu’au cœur de ce premier film testamentaire, il y a cette fois un personnage masculin. Isaac Borg, vieil homme traité avec subtilité par Bergman et par son interprète, le vieux maître du cinéma suédois Victor Sjöström (le réalisateur du Vent). Borg, couvert de gloire et réduit à l’état de solitaire orgueilleux, revoit son passé. Il est «sauvé» in extremis par le souvenir d’un amour vrai. Tailleur remarquait que «seul l’amour pouvait ainsi, tout comme chez Mizoguchi, enfreindre la règle de l’éphémère existentiel». Devant ce film superbe, le critique conclut en s’exclamant que «le chemin de la vie reste large ouvert devant Ingmar Bergman».
Pathos et pâté. Pourtant, la suite de sa carrière est certes brillante, son «génie» est universellement reconnu, mais que dire de la qualité réelle des films? Ni A travers le miroir (1961), ni le Silence (1963), l’Heure du loup (1968), Passion (1969) ou Cris et chuchotements (1972), pourtant célébrés par la critique, n’échappent au pathos, à une obscurité «signifiante» et prétentieuse. Ne parlons pas d’un pâté comme l’Œuf du serpent (1977), où l’auteur règle avec enflure et confusion un compte avec son passé nazi. Ils sont peu nombreux les titres qui échappent à ce naufrage: l’intimiste, désenchanté et souvent réjouissant Scènes de la vie conjugale (1973) avec un Erland Josephson fantastique. Et trois réalisations pour la télévision qui finirent sur le grand écran: la Flûte enchantée (1975), adaptation joyeuse de Mozart, Fanny et Alexandre (1982), au départ une série télé de 312 minutes, qui recycle les souvenirs d’enfance de l’auteur et distille une admiration pour la culture juive. Et enfin Saraband, sorte de Scènes de la vie conjugale, trente ans après, qui compte deux scènes très belles. Un adieu signé en 2003 par un cinéaste qui retrouvait ainsi son sacré talent.
(1) Gallimard. (2) Dictionnaire du cinéma, les films, Bouquins, Robert Laffont.
Woody Allen dans "Guerre et amour"
«Les génies se toisaient»
L’actrice Liv Ullmann racontait, en 2005, l’étonnante rencontre d’Ingmar Bergman et Woody Allen.
QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007
Lors de sa visite au festival de cinéma de La Rochelle, en 2005, Liv Ullmann a raconté la rencontre entre Bergman et Woody Allen. Voici ses propos.
«C’était il y a vingt ou peut-être vingt-cinq ans, je jouais au théâtre la Maison de poupée, à New York et Woody Allen m’invitait sans cesse à dîner, pas pour me voir moi mais pour simplement rester là et m’entendre parler d’Ingmar Bergman!
«Un jour Ingmar Bergman était venu en visite pendant deux jours à New York avec sa femme Ingrid parce qu’il voulait voir la pièce que je jouais à Broadway, ils sont descendus dans un hôtel merveilleux et quand Woody Allen a appris cela il m’a dit : Est-ce que tu penses que je vais pouvoir le rencontrer? Et donc j’ai pris le téléphone, j’ai appelé Ingmar et je lui ai dit : Tu sais Woody Allen aimerait beaucoup te rencontrer, est-ce que ça te dirait? E t il m’a répondu : J’aimerais beaucoup ça.
«Et Ingmar a vu la pièce la Maison de poupée et après il est retourné dans son hôtel très élégant avec son épouse, Woody Allen est venu me chercher dans sa limousine, nous sommes allés dans cet hôtel, nous avons pris l’ascenseur et nous avons frappé à la porte, là où le dîner devait avoir lieu.
«Et ce que je raconte là c’est la vérité, ça s’est passé comme ça: la porte s’est ouverte, Ingmar Bergman se tenait là, calme, Woody Allen en face, très calme, ils se sont serré la main et nous sommes entrés tous les quatre et nous nous sommes assis à table. Et donc le dîner était servi et les deux génies se toisaient et se regardaient en face sans dire un mot, et Ingrid et moi-même, qui n’avions jamais eu de rapports très chaleureux, nous étions obligées de faire la conversation, de parler de choses dont parlent les femmes pour animer le dîner.
Et Ingmar et Woody se sont regardés et se sont fait un petit sourire disant : Vous voyez la conversation de ces petites femmes mignonnes. Pendant le dîner ils ne se sont pas du tout parlé, à la fin, ils se sont serré la main, nous sommes descendus avec Woody dans la limousine et il m’a dit : Merci Liv, c’était génial! Quand je suis revenue à la maison, le téléphone a sonné et c’était Ingmar qui me remerciait !»
Entretien Liv Ullmann - Michel Ciment et Prune Engler, 2005, sur le site du Festival de La Rochelle.
«Bergman était au fait de l’évolution du monde», par Gilles Renault
Entretien avec le réalisateur Olivier Assayas.
QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007
Réalisateur et scénariste français, Olivier Assayas a tourné son premier film, Désordre, en 1986. Présenté à Cannes, Boarding Gate, le dernier en date (avec Asia Argento et Michael Madsen), sortira en salles le 22 août. Entre-temps, il a signé Irma Vep, Fin août début septembre, les Destinées sentimentales.
Critique de cinéma durant la première moitié des années 80, il avait rencontré en 1990 Ingmar Bergman — à qui il a toujours voué une «admiration sans bornes» -, à la demande des Cahiers du cinéma (1). Trois jours durant, lui et Stig Björkman s’étaient rendus dans les bureaux du Théâtre national de Stockholm, où le metteur en scène les recevait «de façon très organisée, méthodique, quelques heures durant, en début d’après midi».
Olivier Assayas, depuis l’Italie, revenait hier soir sur ces échanges et sur la carrière de Bergman, telle que lui-même la percevait.
Dans quel état d’esprit était Bergman au début des années 90?
Il parlait de ses films d’une manière rétrospective, considérant que son travail de cinéaste était d’une certaine façon achevé — ce qui, par la suite allait s’avérer inexact. En fait, je pense qu’il envisageait Fanny et Alexandre, dans sa version intégrale de cinq heures, comme une forme d’aboutissement, la convergence de la totalité de ce qu’il avait voulu mettre dans le cinéma. Par la suite, il avait été traumatisé qu’un film comme Après la répétition, tourné pour la télévision et qu’il considérait comme mineur, soit sorti au cinéma sans son accord. Il s’était senti trahi. Mais à l’époque, je n’avais pas face à moi un vieux monsieur retraité; il était au contraire très actif au théâtre. C’était quelqu’un qui, après plus de quarante films et une reconnaissance mondiale, avait un peu envie de se raconter que c’était fini tout en sachant au fond de lui que ça n’était pas vrai. D’ailleurs la preuve est là, jusqu’à Saraband, son dernier film, un immense chef-d’œuvre presque venu d’outre-tombe.
Avait-il beaucoup de recul sur son œuvre ?
Oui. Je pense que dans son for intérieur, il avait la conviction d’être un très grand cinéaste. Mais il pouvait parler de certains de ses films avec beaucoup de dédain, qualifier des premières œuvres d’enfantillage marqué par une vision du monde déformée par la jeunesse. En revanche, Persona ou le Silence trouvaient toujours grâce à ses yeux. Un peu comme Pialat, il triait son œuvre avec beaucoup de discernement.
A l’inverse, était-il très sensible à la révération cinéphile dont il faisait l’objet?
C’était compliqué. Il avait souffert pendant les grandes années politiques de la gauche suédoise d’être en butte à une certaine agressivité. Il avait surtout le sentiment d’avoir été mal compris pendant une longue période, du moins pas comme il fallait, où il fallait, quand il fallait. Il considérait aussi la noirceur métaphysique de certains de ses films de l’après-guerre comme une gangue, dont il s’était échappé. D’une façon générale, Bergman estimait que la véritable réflexion ne pouvait être que celle de l’artiste et il se protégeait de la glose, de l’analyse. Surtout, il ne voulait pas altérer cette capacité à se remettre en cause et à se réinventer qui caractérise son cinéma.
Suivait-il de près l’évolution du cinéma?
Oui, il voyait tout, y compris les films les plus ésotériques, se faisait envoyer des copies. Il avait une vraie curiosité pour le renouvellement du cinéma, jusqu’à Saraband , qui reste un des plus beaux films tournés en haute définition. Bergman était au fait de l’évolution du monde, du cinéma, de la technologie, contrairement à ce que sa vie quotidienne aurait pu laisser penser.
Un bilan?
Il me semble que les grands cinéastes sont des personnes qu’il faut envisager dans leur globalité, le mouvement interne de leurs œuvres, la façon dont elles dialoguent. Bergman est un des plus grands inventeurs de formes du cinéma moderne, presque comme un auteur au sens littéraire du terme, chez qui chaque pièce, y compris celles qu’on imaginerait mineures, apporte une touche.
(1) Conversations avec Bergman, éditions des Cahiers du cinéma.
Fårö, l’île désenchantée
A la fois refuge et reflet de ses angoisses, l’îlot battu par les vents n’a pas cessé d’exercer son attraction sur le cinéaste.
QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007
Ingmar Bergman s’est donc éteint dans l’isolement farouche de l’île de Fårö, où il résidait depuis de nombreuses années. Cette petite île suédoise au milieu de la mer Baltique, en face de l’île plus grande et moderne de Gotland, vivait en autarcie de pêche, d’agriculture et de l’élevage de moutons jusqu’à ce que Bergman débarque en avril 1960, alors en plein repérages pour le film A travers le miroir qu’il voulait d’abord tourner en Ecosse. Les questions de coût jugé trop élevé par la production obligent le cinéaste à chercher un endroit en Suède qui convienne à son désir d’un film nu, axé sur les visages des personnages avec seuls quelques plans d’un paysage âpre, évocateur du vent désertique de l’âme qu’il entend souffler sur notre monde désenchanté.
C’est un assistant qui recommande la visite de Fårö. Dès qu’il pose le pied sur l’île, c’est le coup de foudre. Pourtant, le touriste qui s’aventure dans ces parages, même au mois de juillet, pourra s’interroger sur l’attrait immédiat exercé par ces lieux sur l’esprit tourmenté du cinéaste.
Sapins. Outre une météo frisquette en été et carrément glaciale en hiver, les côtes étant battues par des tempêtes homériques, l’île se présente comme un espace plat bordé de plages de galets, plantées d’arbres nains sur des terres rocailleuses, hérissées de sapins dénudés et courbés vers le sol. Des moutons noirs trottinent librement dans des champs délimités par des murets de pierres empilées.
Ce pourrait être l’Ecosse en effet, la Bretagne à la rigueur, mais avec une pointe d’aridité magnétique que créeent la lumière suédoise, l’eau plombée de la Baltique.
Bergman a tourné à Fårö cinq fictions et consacré deux documentaires aux habitants de l’île dont il est devenu le défenseur du mode de vie rustique. Un projet de pont entre Fårö et Gotland fut jugé inapproprié par les locaux qui menèrent campagne avec le soutien du cinéaste pour qu’un tel lien avec le «continent» ne soit jamais mis en chantier. Un ferry fait la navette - Bergman le prenait tous les jours pour aller acheter le journal.
C’est au cours du tournage de Persona, en 1965, que, fou amoureux de Liv Ulmann, il décide de faire construire une maison à Fårö et de s’y installer avec elle. Dans ses mémoires, Laterna Magica, il racontera qu’il était aveuglé par la passion et n’avait même pas pris la peine de demander son avis à l’actrice.
Liv Ulmann, en 1977, dans sa propre autobiographie, Changing, raconte l’enfer qu’elle a vécu au cours des longs hivers passés dans ce bastion de l’angoisse. Bergman traverse des périodes de mutisme absolu et elle est réduite à tenter de se promener en affrontant une météo détestable.
Elle se souvient des cadavres de moutons que les chiens ramassent le matin après les nuits de tempête de neige. Pendant les beaux jours, la situation n’est guère plus propice aux roucoulements. Les paparazzis suédois traquent le couple en permanence et les cars de touristes débarquent. Les Bergman ont des importuns en face de chez eux à peu près tout le temps et le cinéaste finira pas donner des consignes strictes aux insulaires pour qu’ils ne donnent plus son adresse.
Exode. Dans un entretien en 1972, il raconte: «D’un coup, tous les habitants de Fårö se transforment en idiots et marmonnent des mots incompréhensibles pour protéger ma vie des gêneurs et des touristes. » Cette protection était une manière non seulement de respecter le génie dans son altière solitude, mais aussi de marquer sa reconnaissance à l’égard d’un homme qui a permis à l’île de survivre à un inexorable déclin économique et à l’exode des plus jeunes vers les villes. En embauchant les marins et les paysans comme techniciens sur ses tournages, en faisant régulièrement mention de l’île dans ses interviews, il est devenu le protecteur d’une sorte de parc naturel d’un genre nouveau dont Bergman constituait à lui seul l’invisible attraction.
Ces dernières années, un «Bergman safari» était organisé par Arne Carlson, assistant du cinéaste depuis son embauche comme chauffeur en 1967. Bien que Bergman fût réfractaire à un tel circuit sur les lieux de tournage de ses films, avec projections le soir, il a fini par y consentir et même par assister, l’an dernier, à un débat.
Angoisses existentielles, culpabilité névrotique, recherche et terreur de l’isolement, au cinéma Fårö fut le théâtre privilégié de quelques-uns des moments les plus noirs du «vide» bergmanien. Pourtant l’île demeurait un endroit rassurant comme il l’expliquait en 1970: «La réalité de Fårö a eu sur moi et sur mon travail un impact stabilisateur. En vivant dans un environnement que je pouvais comprendre et appréhender, j’ai pu mieux saisir en contrepartie ce qui se passait en dehors de cette réalité.»
Le théâtre, port d’attache, par René Solis
Bergman n’a jamais abandonné l’écriture et la mise en scène, où il se révélait assez classique.
QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007
Il l’aura dit et répété toute sa vie: «Je peux exister sans faire de films mais je ne peux pas exister sans faire de théâtre.» De fait, depuis les spectacles de marionnettes qu’enfant il inventait pour sa petite sœur jusqu’aux toutes dernières mises en scène (les Revenants d’Ibsen, en 2002), il n’a jamais quitté les planches. Si le cinéaste pouvait accepter l’idée de la retraite, l’homme de théâtre la rejetait tout à fait. C’était pour lui plus qu’une passion: une raison d’être, source d’inspiration et pôle de stabilité dans une vie mouvementée. Il y a puisé la matière de bon nombre de ses films, soit qu’il les ait directement adaptés d’une pièce qu’il avait écrite (le Septième Sceau est la transposition d’un drame en un acte), soit qu’ils se déroulent dans le monde du spectacle (la liste est longue, qui se clôt en 1984 par Après la répétition).
Même au temps le plus productif de sa carrière cinématographique, il n’a jamais cessé d’écrire, de mettre en scène ou de diriger un lieu, depuis ses premiers pas au théâtre municipal d’Helsingborg en 1943 jusqu’au Théâtre royal dramatique de Stockholm, qu’il rejoint en 1963 et ne quittera plus, après un temps au théâtre municipal de Malmö. Un engagement théâtral exercé comme un sacerdoce: «La première chose que doivent apprendre les jeunes élèves d’art dramatique, disait-il, ce n’est pas l’ivresse du théâtre mais bien ses exigences.»
Si le cinéaste était rigoureux, l’homme de théâtre pouvait être impitoyable. L’un de ses éclats les plus fameux restes le refus, en 1996, de présenter à la Brooklyn Academy of Music de New York le Misanthrope qu’il avait créé quelques mois plus tôt à Stockholm. Après avoir revu la pièce au milieu des spectateurs, il déclarait avoir eu «honte» du jeu des acteurs, tout en précisant : «C’est ma faute, j’aurais dû mieux les contrôler». Particulièrement visé, Torsten Flinck, le comédien qui jouait Alceste, expliquait pour sa part: «Ma relation avec Bergman est de celles entre un vieux maître et un jeune collègue. Je suis heureux pour tout ce qu’il m’a appris.»
Le vieux maître n’était pas un révolutionnaire de la scène: les spectateurs français qui ont vu ses spectacles, présentés notamment par le Festival d’automne, ont été frappés par le classicisme de son esthétique. Mais il est vrai aussi que le barrage de la langue, à une époque où le surtitrage n’était pas encore opérationnel, ne permettait guère d’en suivre les subtilités. Plusieurs de ses pièces ont par ailleurs été interprétées en français. Tout en désinvolture subtile par un André Dussolier jouant en 1996 à la Madeleine Scènes de la vie conjugale. Moins convaincante, l’adaptation d’ Après la répétition en 1997, avec notamment Bruno Kremer et Anna Karina, ramenait la pièce vers une succession de clichés autour d’une trame usée.
Plus récemment, en 2003, c’est avec une pièce de Bergman que Roger Planchon a inauguré le studio 24 de Villeurbanne. Le titre S’agite et se pavane est emprunté au Macbeth de Shakespeare («La vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui s’agite et se pavane.») On y retrouve un personnage essentiel de Fanny et Alexandre: l’oncle Carle, l’inventeur ami des enfants, qui montre en Suède dans les années 20 un film qu’il a réalisé sur Schubert. Un incident technique le contraint à remplacer la projection par un récit théâtral. La pièce se peuple de fantômes et raconte, entre autres, l’incessant aller-retour entre théâtre et cinéma. Bergman disait que le premier était son «épouse» et le second sa «maîtresse». Il est probable que la maîtresse fut plus propice à son génie.
«Il s’est toujours autorisé des audaces dingues», par Didier Péron
André Téchiné,cinéaste, a suivi la carrière de Bergman avec passion :
QUOTIDIEN : mardi 31 juillet 2007
André Téchiné a suivi la carrière de Bergman avec une passion qui ne s’est jamais démentie. Quand nous l’avons appelé chez lui hier après-midi, il a accepté à brûle-pourpoint d’évoquer quelques aspects de l’œuvre d’un «artiste fondamental».
«C’est un cinéaste qui a inventé son propre genre, genre d’ailleurs très difficile à définir, une sorte de drame, de chaos intérieur, d’exploration aventureuse aussi bien par les thèmes que par la mise en scène. Après toute une période où il s’intéresse vraiment de près à investir un genre existant, la comédie un peu loufoque, voire la comédie de remariage, telle qu’elle existe aux Etats-Unis, il se lance dans une élaboration personnelle majeure. Mais ce qui est frappant, c’est à quel point, dès 1949 avec la Prison, tous les termes de sa thématique sont là. Les Communiants, le Silence, la Honte, une Passion, Persona, ce film avant-gardiste insurpassable, comment les qualifier ? On a parlé hâtivement de cinéma de chambre, de drame intimiste, mais ces films ne sont pas réductibles à ces étiquettes, ils ont une ampleur qui me fascine depuis toujours.
Quand on fait un film, il faut arriver à accrocher ses démons à son char et être capable de foncer pour se défaire de tous les masques qui peuvent se succéder et entraver votre recherche de la vérité. Bergman, je crois, était quelqu’un de constamment assailli de tout un tas d’images et il disait dans une formule que je trouve marquante: «Mes films sont les explications de mes images.» Le cinéma a vraiment une capacité d’investigation et en retour c’est un cinéaste qui a une valeur d’usage intime, chacun le reçoit très personnellement en fonction de sa sensibilité.
Il n’y a pas de plus grands directeurs d’acteurs. Cela se vérifie bien sûr à travers les grands noms des acteurs de sa troupe (Sydow, Ulmann..), mais aussi dans la façon dont il a su faire jouer des enfants. L’opacité et la lumière clignotante de l’enfance n’avaient jamais été portés à l’écran avant lui. Il est le premier à avoir su donner à des enfants des personnages qui trimbalent avec eux, intact, le poids de charme et de mystère qu’il est si difficile de retrouver devant une caméra. Je crois avoir à peu près vu tous ses films, il ne faut surtout pas le réduire à cette dimension métaphysique dont il se moquait lui-même. Ce n’est pas quelqu’un qui se laisse réduire à une dimension, il est à la fois classique, baroque, moderne, psychologique et fantastique, mystique et matérialiste, tiraillé entre la sévérité de la raison et les puissances du délire.
Il y a une folie singulière qui vous saisit face à ses films. Dans le Silence par exemple, on peut avoir le sentiment d’assister à une suite de temps morts, d’être dans le registre du déficit, du vide et en même temps, chaque séquence est d’une densité époustouflante qui obéit à quelque chose qui n’est pas seulement scénaristique. Même si c’est une scénariste et un écrivain de tout premier ordre. Il s’est toujours autorisé des audaces dingues. Je me souviens par exemple des flash-back dans Sonates d’automne où Ingrid Bergman est censée être une jeune femme sans qu’il prenne la peine de faire jouer le rôle par une autre. Ou dans le Visage, drame shakespearien incroyable, la manière dont il n’hésite pas à recycler l’héritage de l’expressionisme, du fantastique à la Murnau. Il ne se laisse pas intimider. A titre personnel, il reste le cinéaste qui a eu le plus d’importance pour moi et je continue de regarder ses films avec le même effarement admiratif qu’autrefois.»
Avec Liv Ullmann et Julia Dufvenius sur le tournage de "Sarabande'
L'HUMANITÉ du 31/07/2007
La mort d’Ingmar Bergman, par Jean Roy
Décès . L’immense réalisateur de cinéma et metteur en scène de théâtre suédois s’est éteint paisiblement hier matin dans sa maison de l’île de Farö, dans le Gotland.
Ils ne sont plus très nombreux, ces géants qui vinrent au cinéma pendant et au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, apportant au cinéma un sang neuf après la génération des Renoir et des Ford. Visconti, Kurosawa, Welles nous ont quittés depuis longtemps. Et voici que Bergman…
Né le 14 juillet 1918 à Uppsala, au nord de Stockholm, fils d’un pasteur luthérien et d’une mère qui ne plaisante pas sur les principes, le jeune Ingmar est élevé dans un rigorisme qui laissera des traces dans toute son oeuvre, marquée par la religion. On trouve chez lui une constante transparence, trait essentiel du protestantisme, qui l’oppose au mystère et au secret omniprésent chez les cinéastes marqués par le catholicisme (Hitchcock par exemple). Mais cette espèce d’immanence des choses se heurte aussitôt à la pulsion et à l’instinct, qu’il s’agit de refréner au nom de la vertu. Ce combat intime entre le désir et le devoir ne sera pas toujours gagné par ce dernier. Bergman eut neuf enfants de cinq épouses, après tout.
Très vite, l’échappatoire est le rêve. Avec sa soeur Margareta, il construit un théâtre de marionnettes et achète de petits films pour alimenter le projecteur familial. Il n’a pas vingt ans quand il quitte l’étouffant carcan parental pour aller pratiquer le théâtre universitaire dans la capitale. C’est là qu’il rencontre certains de ceux qui vont faire désormais partie de sa famille artistique. La Suède est un petit pays et, comme dans les petits pays, tout le monde se connaît et doit pratiquer à la fois le théâtre et le cinéma, plus tard la télévision, pour vivre. Il y a à Stockholm une institution, le Théâtre dramatique royal, dont Bergman deviendra le directeur en 1963. Et une autre institution, la vénérable Svensk, studio d’État fondé en 1919 d’où sont sortis tous les classiques du cinéma muet suédois. C’est tout naturellement qu’il rejoint cette prestigieuse compagnie comme scénariste, malgré de beaux succès pour la scène salués par la critique. L’hiver, saison des théâtres, il monte Ibsen et Strindberg, mais aussi Molière, Shakespeare et Tennessee Williams. À la belle saison, celle des longues journées lumineuses, la caméra prend ses droits.
C’est en 1945 qu’il réalise son premier film, Crise, qui, sous les dehors de l’adaptation d’une pièce danoise, est déjà hautement personnel. Tel un Woody Allen qui ne serait ni juif ni drôle ni comédien, l’auteur s’y exprime sur la vie, ses obsessions, ses anxiétés et ses angoisses. Dieu pourrait être un recours, mais comment être sûr qu’il existe ? Les titres suivants sont de la même eau, un autre grand thème bergmanien, celui du couple déchiré, s’immisçant progressivement. Comme Stiller et encore plus Sjöström dans le muet (mais n’est-ce pas vrai de tous les Scandinaves ?), Bergman est inspiré par la nature qui l’entoure, son île de Farö allant devenir un refuge d’autant plus protecteur que, étant située en zone militaire, il était encore impossible de s’y rendre il y a quelques années avec un passeport étranger. Les splendeurs d’étés d’autant plus précieux qu’ils sont brefs ont ainsi fourni l’écrin aux passions que le cadre favorisait dans des films aussi sensuels que Jeux d’été et Monica. Avec ces films, la France en particulier retrouvait ce qui avait frappé dans ce cinéma au cours des années dix et vingt et qui a à voir avec le protestantisme, une approche franche et directe du corps (Monica et le désir fut le titre français de l’époque). N’a à cacher que celui qui a à dissimuler. De là à se rincer l’oeil, il y a qu’un pas, que franchirent certains dans une totale méconnaissance du propos.
Bergman, auteur mineur ? On a pu le croire, d’autant plus que la Nuit des forains ne fut pas épargné par la critique. Il faut attendre dix ans et Sourires d’une nuit d’été, prix de l’humour poétique (sic) à Cannes en 1956, pour que le réalisateur se voie reconnaître la place qu’il n’allait plus quitter. Cette comédie grinçante, qui est peut-être son film le plus léger avec Toutes ses femmes, nous montre un Bergman apaisé et charmeur. Le succès international est à la porte. Celle-ci s’ouvre définitivement avec le Septième Sceau, prix spécial du jury à Cannes en 1957. Nous sommes là dans le grand sujet, une réflexion faustienne sur la vie et la mort, les cases blanches et noires d’un échiquier encore dans toutes les mémoires venant, comme en réminiscence de l’expressionnisme, symboliser la lutte éternelle du bien et du mal. La « famille » Bergman y est réunie comme jamais avec, devant la caméra, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow, Bibi Andersson, Gunnel Lindblom et, par ailleurs, Gunnar Fischer à l’image (Sven Nykvist n’arrivera qu’en 1961), P.A. Lundgren aux décors, Erik Nordgren à la musique.
Autre chef-d’oeuvre dans la foulée, les Fraises sauvages fait remonter les souvenirs d’enfance tels qu’on peut les retrouver dans la vieillesse. Victor Sjöström, le génie du muet né en 1879, tient là son dernier emploi, le plus beau peut-être tant sa présence dans le film n’a d’égale dans l’histoire du cinéma que celles de Gloria Swanson, Erich von Stroheim, Buster Keaton et Cecil B. DeMille dans Sunset Boulevard. Encore s’agit-il là du rôle principal. Éclipsés par l’aura de ces deux films, ceux qui suivent, Au seuil de la vie, le Visage, la Source sont également des oeuvres majeures.
De titre en titre, le style s’épure, certaines flamboyances des débuts n’étant plus de mise. À l’inverse de Dreyer, dont l’écriture partie du gros plan s’est ouverte à des plans plus larges, Bergman resserre sur les visages. La lumière est sculptée avec une implacable précision. Les retours dans le passé sont fréquents, volontiers traités en fondu-enchaîné. L’intérêt pour l’individu prime sur les considérations générales, sur la condition humaine. Le désenchantement est de mise. À la symphonie succède la partition intime. Liv Ullmann, à partir de Persona en 1966, apporte un nouveau visage féminin au blason bergmanien, rejoignant avant de le supplanter celui de Bibi Andersson. Le conflit entre le masque et l’âme s’exacerbe, atteignant une intensité dont se souviendront aussi bien Woody Allen avec Intérieurs que Robert Altman avec Trois Femmes.
On pourrait ainsi continuer, tant un film de Bergman n’existe que par rapport à ceux qui l’ont précédé, reprenant ici, contredisant là, amendant ailleurs. Pourtant, l’oeuvre est loin d’être uniforme. Comme d’autres avant lui, et sans remonter à Stiller et Sjöström qui furent l’un et l’autre brisés par Hollywood, Bergman cédera à la tentation du film en langue anglaise en 1970 : le Lien, avec Eliott Gould. Il triturera la couleur dans Cris et Chuchotements en 1973 comme peu avaient osé le faire avant. Il cédera au grand spectacle en 1976, allant tourner à Munich pour Dino de Laurentiis l’OEuf du serpent, suite à une cabale fiscale montée de toutes pièces le présentant comme trichant sur ses impôts. Mais, l’année précédente, il aura été l’humble serviteur de Mozart, montant avec humilité la Flûte enchantée avec une troupe d’enfants sur la scène de son théâtre et filmant le spectacle dans la simplicité la plus totale.
Enfin, tout autant que Godard et Rossellini, il aura su devancer tout ce qu’offrent la télévision et les nouvelles technologies. La télévision permet de s’affranchir de l’obligation de durée maximale du spectacle cinématographique. Ce sera les six fois cinquante minutes de Scènes de la vie conjugale, qui existe aussi en version cinéma de trois heures. La télévision permet de tourner avec trois sous des sujets qui n’ont donc plus besoin d’un vaste public pour être amortis financièrement. Ce seront les bonus, dirait-on aujourd’hui, comme le Document de Fanny et Alexandre et les documentaires comme Farö, mon île. Les nouvelles technologies permettent de tourner par heures entières jusqu’à atteindre la perfection. Cela donnera son dernier film, Sarabande, dont il interdira qu’il soit projeté sur transfert film bien que ce soit un chef-d’oeuvre absolu. Avec Sarabande pour l’écran, avec sa mise en scène des Revenants d’Ibsen pour la scène, s’achève donc la carrière d’un des rares créateurs pour lesquels l’image, le son et la direction d’acteurs auront permis d’aboutir à une oeuvre aussi complexe et subtile que peuvent l’être les classiques de la littérature. Les mots qui précédent n’en rendent qu’une pâle idée.
14 août 2007
MORT DE MICHEL SERRAULT
Dans "On ne meurt que deux fois"
Annonce de la mort de Michel Serrault, le 29 juillet dernier. L’équipe des "Gens du cinéma" nous précise qu’il est mort à Vasouy, dans le "Calvados", d’une polychondrite atrophiante, une maladie rare, qui expliquait le nez cassé du comédien ces dernières années. Ce grand comédien, avait une gamme de jeu particulièrement impressionnante. Aussi bien à l’aise dans la comédie – il adulait les clowns de Grock aux Fratellini - que dans l’ambivalence, Michel Audiard aimait à dire de lui : "Serrault, quand il vous regarde, on ne sait jamais s’il fixe un bouton sur le nez ou s’il va froidement vous tirer une balle dans la tête". (1) C’était un comédien soucieux de son travail, avec une forte personnalité à l’instar de l’anecdote de sa manière de faire craquer les coutures, d’un costume trop serré sur les essayages de film de Claude Sautet, "Nelly et Monsieur Arnaud". Il témoignait sur son travail ainsi : "…Quand un metteur en scène veut me rencontrer, je lui demande d’abord pourquoi venez-vous me chercher ? N’y a-t-il pas quelqu’un à Paris de plus qualifié que moi pour jouer ce rôle ? Il a quelqu’un qui est bien, l’avez-vous vu dans… ? En général cela agace. Si on me dit "Ne vous inquiétez pas, je m’occupe de tout", je réponds : "Alors vous n’avez pas besoin de moi". Je ne veux pas être coauteur, mais je veux avoir le droit en tant qu’acteur de mettre simplement une petite couche de couleur…" (2). Son caractère était réputé difficile de par sa grande exigence : "…Mais j’ai des problèmes quand je rencontre des metteurs en scènes qui n’ont aucun univers. Parce que je ne sais pas où je mets le pied. Et le spectateur non plus ne saura pas où il les met". (2) Il rentre à 16 ans au centre du spectacle, rue blanche à Paris. Il est refusé au conservatoire. Il reste trois ans à la rue blanche au "Théâtre de la comédie française". Il fait une rencontre prépondérante avec le comédien Jean Le Goff – il saluait avec ferveur sa mémoire dans le documentaire "Michel Serrault, le portrait", diffusé cette année -, qui détecte ses qualités de comédiens et lui fait profiter de sa culture. En 1946, il fait connaissance de son presque homonyme Jean-Marie Serreau, comédien et directeur de troupe avec lequel il fait sa première tournée en Allemagne. Il continue à participer à des spectacles dans le cadre de son service militaire à Dijon dans l’aviation. A son retour il participe au second spectacle de Robert Dhéry, il fera d’ailleurs avec la troupe des Branquignols, son premier film en 1954 "Ah ! les belles bacchantes", dans un petit rôle de trompettiste – l’une de ses grandes passions - ,… film interdit au moins de 16 ans en raison de la présence de quelques danseuses légères. Il retrouvera Dhéry en 1961, en clochard loufoque dans "La belle américaine". Il commence des numéros dans des cafés-théâtres comme "La tomate" dont les directeurs étaient Robert Rocca et Jacques Grello, lieu où Henri-Georges Clouzot le remarque et lui confie le rôle d’un pion pas très sympathique dans "Les diaboliques". C’est en 1952, qu’il fait une rencontre décisive avec Jean Poiret, le 11 janvier 1953, ce duo comique débute dans le cabaret "Chez Gilles" avec le sketche culte "Le retour de Jerry Scott". Cet humour nonsensique fait très vite merveille, le cinéma se les arrache, il faut les voir en duo de policiers plus prompt à s’échanger des adresses de restaurant que de résoudre une enquête sur un trafiquant de drogue dans "Cette sacrée gamine" (1956), par exemple. Consécration Sacha Guitry les remarque à la télévision dans "36 chandelles" et décide de confier à ces débutants des rôles prévus pour Guitry lui même et Michel Simon, avec le très acerbe "Assassins et voleurs" (1956). Ils sont formidables dans ces personnages amoraux.
Avec Jean-Poiret dans "Assassins et voleurs"
|
|
En 1958 il épouse Junita Saint-Peyron, dite Nita, qui fut parfois sa partenaire. Le couple aura deux filles, Caroline, qui mourra tragiquement en 1977, à l’âge de 19 ans dans un accident de voiture et Nathalie, comédienne et réalisatrice de courts-métrages - "Faciles" (1998), "Saturday night frayeur" (2002) -. Il transcende très vite au cinéma son emploi de français moyen. Il participe à une belle série de "nanars", il disait en parlant de ces films, qu’il faisait alors ces gammes : "…Certains de mes films n’ont jamais vu le jour. "Le petit monstre" de Jean-Paul Sassy par exemple, produit par un marchand de bretelles, est sans doute resté dans les tiroirs de sa boutique…" (1) Mais ces comédies restent absolument réjouissantes, voire jubilatoires, de par la complicité visible des comédiens formés à la dure école du cabaret, avec des complices, comme Darry Cowl, Francis Blanche ou Louis de Funès – il faut le voir franchouilliser à outrance avec ce dernier dans "Nous irons à Deauville" - . En 1963, il trouve l’un de ses meilleurs rôles d’alors avec "Carambolages" où il composait un jubilatoire policier borné nostalgique de la gestapo. Le dialogue est signé Michel Audiard, et il reste l’un de ses interprètes les plus admirables, cette rencontre augurera quelques un de ses beaux rôles dans les années 80, "…il m’avait aimé dès le début pour ce que j’allais devenir" (3). En 1966, il excelle en policier malgré lui dans l’un des plus grands films de Jean-Pierre Mocky, "Les compagnons de la marguerite" (4). Mocky trouve en lui un de ses plus grands interprètes lui confiant des rôles inquiétants, le député "respectable" dont l'image est ternie par les frasques de son frère dans "Un linceul n'a pas de poche" (1974), l’assassin tourmenté dans "L’ibis rouge" (1975), un entrepreneur véreux dans "Le roi des bricoleurs" (1976), l'insupportable supporter vindicatif dans "A mort l’arbitre" (1983), l’enquêteur muet des assurances dans "Le miraculé" (1986), où il retrouve son compère Jean Poire. Serrault suit Mocky dans sa folie, ne résistant pas à se transformer, à aller très loin dans l’absurde. Il lui restera fidèle du maire manipulateur au physique de gargouille dans "Ville à vendre" (1991), du pique-assiette déguisé en écossais dans "Bonsoir" (1992), le mafioso toqué dans "Le furet" (2002), au commissaire ambigu dans "Grabuge !", jusqu'à "Le bénévole" en 2005. Les premiers rôles dramatiques arrivent dans les années 70, comme celui du maître chanteur pince sans rire dans "La main à couper" où il terrorise avec cynisme Léa Massari, il montre à nouveau la subtilité de son jeu. Pierre Tchernia son ami de toujours lui offre l’occasion d’exprimer son génie avec son increvable "Viager" en 1971, où il excelle dans la composition, d’un homme trouvant le goût à la vie en passant de 60 ans à 100 ans. Il faut aussi citer l’excellent "La gueule de l’autre" (1979) - adaptation de la pièce "Opération Lagrelèche", l’une des création du comédien, où il retrouve Jean Poiret, et où il est formidable dans un double rôle. On le retrouve en employé timoré d’une entreprise de sécurité dans "Bonjour l’angoisse" (1987). Pour la télévision Tchernia, lui propose quelques excellentes adaptations de l’œuvre de Marcel Aymé. En 1972, il intègre le bestiaire de Jean Yanne cinéaste, pour une joyeuse galerie de français moyens, qui vont parfois jusqu'à la traitrise comme dans "Tout le monde il est beau...". En 1973 il crée avec Jean Poiret, la célèbre pièce "La cage aux folles", qui malgré quelques polémiques au départ, connaît un énorme succès. Curieusement, il n’existe que quelques extraits filmés, on peut déplorer qu’il n’existe pas une captation de cette pièce. Il rencontre enfin un metteur en scène conforme à la singularité de ses interprétations avec Bertrand Blier, avec l’archétypal voisin encombrant dans "Préparez vos mouchoirs" (1977). Il est remarquable dans la scène d’introduction de "Buffet froid" (1979) en quidam assassiné – il faut l’entendre comparer mourir… à un robinet qui se vide. Sa courte prestation non créditée instille un climat unique au reste du film, montrant tout le désarroi du monde en très peu de scènes. Il ne retrouvera Blier qu’en 1999 , avec "Les acteurs", à noter que le cinéaste le "soigne" particulièrement en soulignant sa mauvaise humeur permanente qu’il oppose avec le bon caractère de Jean-Paul Belmondo, ou ses habitudes à vouloir toujours rester au devant de la scène (5). Le comédien se prête allégrement à ce réjouissant jeu de massacre.
|
|
Avec Michel Galabru dans "La cage aux folles"
|
|
Ce n'est qu'en 1978, qu’un film est adapté de "La cage aux folles", réalisé avec brio par Édouard Molinaro, Ugo Tognazzi – qui refusa de jouer en français -, remplaçant Jean Poiret en raison d’une co-production avec l’Italie. Le film connaît deux suites, Serrault montrera derrière la loufoquerie de son personnage, une grande humanité et une grande sensibilité, il recevra d’ailleurs le César du meilleur acteur, ce qui est assez rare pour un rôle dit comique. Il gagne en Italie le David Donatello 1979, du meilleur acteur. Fort du succès de "La cage aux folles", il y tourne "Le coucou", avec Tomas Milian, où il joue le rôle d'un coiffeur hétérosexuel obligé de jouer les "Zaza Napoli" pour fidéliser la clientèle. Au début des années 80, Federico Fellini l'envisage pour tourner dans "E la nave va", rôle tenu finalement par Freddie Jones. Toujours en Italie, il tournera un Risi mineur "Dagobert" (1984) - à noter que ce grand croyant s'amuse, à l'instar du film "Le libertin" (1999), avec les travers de la religion -., et avec Luigi Comencini avec "Joyeux Noël, bonne année" (1989), qui le couple avec Virna Lisi. En 1978 il fait une rencontre déterminante avec Christian de Chalonge qui lui donnera un étonnant contre-emploi en austère directeur d’une banque dans "L’argent des autres" (1978). Pour ce réalisateur, il sera le commanditaire trouble de Jacques Perrin dans "Les quarantièmes rugissants" (1981) , il composera un inquiétant docteur Petiot, tout en rajoutant une dose assez inédite de farce et de fantastique dans l’un de ses meilleurs rôles dans le film éponyme (1990), en 1996, il reprendra le rôle de Sacha Guitry pour "Le comédien" (1996), film osant aller jusqu’à un côté expérimental, et en début d’année il fut un admirable Harpagon dans "L’avare" pour France 3, téléfilm qui ne fut pourtant que quatrième des audiences – allez vous plaindre que la qualité déserte le service public après ça… Avec "L’associé" (1979) , il trouve l’un de ses meilleurs rôles, malgré la fade réalisation de René Gainville, avec le rôle d’un homme s’inventant un associé, seul moyen pour lui de faire valoir son sens des affaires. Claude Chabrol l’emploie en chapelier fou dans "Les fantômes du chapelier" (1982), le laissant aller dans l’outrance pour l’une des meilleurs adaptations de l’œuvre de Simenon. Il y est extraordinaire face à Charles Aznavour composant un tailleur le suivant comme son ombre. Il ne retrouvera Chabrol que pour "Rien ne va plus" (1997) où il compose avec Isabelle Huppert un croquignolet couple d’escrocs prêts à toutes les extravagances. Claude Miller, le pousse à aller dans l’opacité de l’âme humaine avec "Garde à vue" (1981) en le faisant incarner un notaire se qualifiant de médiocre soupçonné de meurtre et de pédophilie et en détective poursuivant le fantôme de sa fille dans "Mortelle randonnée" (1982). Ces films bénéficient du brio de des dialogues "dernière manière" de Michel Audiard, qui retrouve en Serrault un formidable interprète avec "On ne meurt que deux fois" de Jacques Deray, une des meilleures composition de l'acteur en policier désabusé. Le comédien continue à varier les univers en passant de l’austère M. Arnaud dans "Nelly et Monsieur Arnaud" – le mimétisme avec son réalisateur Claude Sautet est absolument remarquable -, ex homme de loi et affairiste louche, au picaresque film "Le bonheur est dans le pré" en père de famille ballotté par les événements et phagocyté par un copain encombrant joué par Eddy Mitchell. On pouvait espérer avec sa composition de peintre dans "Artemésia" pour Agnès Merlet, qu’il participe à des œuvres de jeunes metteurs en scènes. Il le fit finalement assez peu, même si sa prestation de tueur froid dans le très bon "Assassin(s)" de Mathieu Kassovitz, le fait participer à un de ses meilleurs films. Il le défendit d’ailleurs avec énergie contre quelques polémiques à Cannes, comme une proposition. Si on le cantonne assez souvent dans des rôles de grands-pères grognons ces dernières années, lui qui fut un formidable Paul Léautaud dans "Comédie d'amour" (1989). Il excelle toujours pourtant, en paysan désabusé face à Mathilde Seigner, dans "Une hirondelle fait le printemps", en paisible retraité paisible dont la morne vie bascule avec l’arrivée d’une petite fille dans "Le papillon", le villageois ardennais qui refuse de fuir l'invasion allemande dans "Les enfants du pays", et qui ne sait que faire de l'arrivée de tirailleurs africains, ou le docteur résistant "père tranquille" dans "Monsieur Léon" téléfilm diffusé sur TF1. Il est particulièrement remarquable dans le mésestimé "Mode de Marty" (1999), en grand malade claquemuré dans le silence, il arrive avec ce rôle muet – il ne s’exprime qu’en voix off – et quasi paralysé à incarner la détresse d’un homme en fin de vie. Dans un "coeur oublié", il incarne à la télévision un brillant Fontenelle (1965-1757), écrivain doté d'un brillant esprit découvrant l'amour sur le tard. En définitive il faudrait commenter toute sa filmographie, car il ajoute toujours à la moindre de ses compositions, un talent jamais dementi.
|
|
Pour finir par une touche plus personnelle, je garderai un excellent souvenir de sa venue à Bordeaux lors de l’avant-première du film de Christian Carion, "Le bonheur est dans le pré". Il avait fait un numéro remarquable sur la scène – quelques esprits chagrins trouvaient qu’il en faisait trop -. J’ai eu la chance d’avoir un début très plaisant de conversation avec lui, il était très accessible, avant de me faire neutraliser avec la dernière énergie avec une virago bordelaise qui souhaitait l’entretenir également en s’improvisant véhicule d’auto-tamponneuse. Le comédien m’avait fait l’impression de tenir à son public.
(1) "Michel Serrault par Jean-Jacques Jelot-Blanc", collection "Têtes d’affiches" (Éditions Pac, 1985).
(2) "Sautet par Sautet", de N.T. Bihn & Dominique Rabourdin (Éditions La Martinière, 2005)
(3) "Positif N°358", décembre 1990
(4) La première rencontre avec Jean-Pierre Mocky, semble bien dater de 1966, et non de 1962 avec "Les vierges" - j’avais retiré ce titre en complétant sa filmographie sur sa fiche "Wikipédia", un internaute l'a rajouté en évoquant la page 178 de son livre "Vous avez dit Serrault ?", où le comédien raconte qu'il avait accepté de faire de la figuration en accompagnant Jean Poiret. Si Jean-Jacques Jelot-Blanc parle bien, dans son livre de 1985, de la participation de Michel Serrault en tant que figurant dans ce film, il précise pourtant que l’intéressé n’en gardait aucun souvenir. On ne le retrouve d'ailleurs ni dans la version câblée et ni dans celle du DVD désormais disponible chez "Pathé".
(5) Le comédien aimait à occuper l'écran, à l'instar de l'anecdote racontée par Féodor Atkine dans le bonus du DVD de "Ville à vendre" de Mocky. En dehors de toutes les règles que peuvent imposer une script, Serrault réussissait à tourner autour de l'axe de la caméra. Il arrivait de la sorte, à se retrouver à la fois dans le champ et dans le contrechamp !
Dans "Les fantômes du chapelier"
Filmographie : 1954 Ah ! les belles bacchantes (Jean Loubignac) - Les diaboliques (Henri-Georges Clouzot) – 1955 Cette sacrée gamine (Michel Boisrond) – 1956 La vie est belle (Roger Pierre & Jean-Marc Thibault) – La terreur des dames (Jean Boyer) – Assassins et voleurs (Sacha Guitry) – Adorables démons (Maurice Cloche) – 1957 Le naïf aux quarantes enfants (Philippe Agostini) – 1957 Le naïf aux quarante enfants (Philippe Agostini) - Ça aussi c’est Paris (Maurice Cloche, CM) – Clara et les méchants (Raoul André) – 1958 Porte océane (Ado Kyrou, CM) - Nina (Jean Boyer) – Oh ! Qué mambo (John Berry) – Musée Grévin (Jacques Demy, CM) – Messieurs les ronds de cuir (Henri Diamant-Berger) – 1959 Vous n’avez rien à déclarer ? (Clément Duhour) – 1960 La Française et l’amour [épisode : « Le divorce »] (Christian-Jaque) – Candide ou l’optimisme du XXème siècle (Norbert Carbonnaux) – Ma femme est une panthère (Raymond Bailly) – 1961 La belle américaine (Robert Dhéry & Pierre Tchernia) – La gamberge (Norbert Carbonnaux) – 1962 Le repos du guerrier (Roger Vadim) – Nous irons à Deauville (Francis Rigaud) – Les quatre vérités [épisode "Le corbeau et le renard"] (Hervé Bromberger) – Un clair de lune à Maubeauge (Jean Chérasse) – Clémentine chérie (Pierre Chevalier) – Comment réussir en amour (Michel Boisrond) – 1963 L’inconnue dans la cité (Claude Guillemot, CM) - Carambolages (Marcel Bluwal) – Comment trouvez-vous ma sœur ? (Michel Bosirond) – Bébert et l’omnibus (Yves Robert) – Des pissenlits par la racine (Georges Lautner) – Les durs à cuire ou comment supprimer son prochain sans perdre l’appétit (Jack Pinoteau) – 1964 La chasse à l'homme (Édouard Molinaro) - Jaloux comme un tigre (Darry Cowl & Maurice Delbez) - Le petit monstre (Jean-Paul Sassy & Georges Mathiot, inédit) - La bonne occase (Michel Drach) - Moi et les hommes de quarante ans (Jacques Poitrenaud) – Les combinards (Jean-Claude Roy) – Cent briques et des tuiles (Pierre Grimblat) – 1965 La tête du client (Jack Poitreaud) – Le lit à deux places [épisode "Le monsieur de passage"] (François Dupont-Midy) – Le caïd de Champignol (Jean Bastia) – Quand passent les faisans (Édouard Molinaro) – Bon week-end / Les enquiquineurs (Roland Quignon) – Les baratineurs (Francis Rigaud) - 1966 Le roi de cœur (Philippe de Broca) – Du mou dans la gâchette (Louis Grospierre) - Les compagnons de la marguerite (Jean-Pierre Mocky) - 1967 Le grand bidule (Raoul André) - Le fou du Labo 4 (Jacques Besnard) - A tout casser (John Berry) - Ces messieurs de la famille (Raoul André) - 1969 Un merveilleux parfum d'oseille (Renaldo Bassi) - Appelez-moi Mathilde (Pierre Mondy) - Qu'est-ce qui fait courir les crocodiles ? (Jacques Poitrenaud) - Ces messieurs de la gâchette (Raoul André) - 1970 La liberté en croupe (Édouard Molinaro) - Le cri du cormoran, le soir au dessus des jonques (Michel Audiard) - 1971 Le viager (Pierre Tchernia) - 1972 Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (Jean Yanne) - Un meutre est un meutre (Étienne Périer) - La belle affaire (Jacques Besnard) - Moi, y'en a vouloir des sous (Jean Yanne) - 1973 Le grand bazar (Claude Zidi) - Les gaspards (Pierre Tchernia) - Les Chinois à Paris (Jean Yanne) - La gueule de l'emploi (Jacques Rouland) - La main à couper (Étienne Périer) - 1974 Un linceul n'a pas de poches (Jean-Pierre Mocky) - C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule (Jacques Besnard) - 1975 L'ibis rouge (Jean-Pierre Mocky) - Opération Lady Marlène (Robert Lamoureux) - La situation est grave mais pas désespérée (Jacques Besnard) - 1976 Le roi des bricoleurs (Jean-Pierre Mocky) - 1977 Préparez vos mouchoirs (Bertrand Blier) - 1978 L'agent des autres (Christian de Chalonge) - La cage aux folles (Édouard Molinaro) - L'esprit de famille (Jean-Pierre Blanc) - 1979 L'associé (René Gainville) - La gueule de l'autre (Pierre Tchernia) - Buffet froid (Bertrand Blier) - Il lupo e l'agnello (Le coucou) (Francesco Massaro) - 1980 Pile ou face (Robert Enrico) - La cage aux folles 2 (Édouard Molinaro) - Malevil (Christian de Chalonge) - 1981 Garde à vue (Claude Miller) - Les 40e rugissants (Christian de Chalonge) - Nestor Burma, détective de choc (Jean-Luc Miesch) - 1982 Les fantômes du chapelier (Claude Chabrol) - Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (Jean Yanne) - Mortelle randonnée (Claude Miller) - 1983 Le bon plaisir (Francis Girod) - À mort l'arbitre (Jean-Pierre Mocky) - 1984 Dagobert (Le bon roi Dagobert) (Dino Risi) - Liberté, égalité, choucroute (Jean Yanne) - Les rois du gag (Claude Zidi) - 1985 On ne meurt que deux fois (Jacques Deray) - La cage aux folles 3, "elles" se marient (Georges Lautner) - Mon beau-frère a tué ma soeur (Jacques Rouffio) - 1986 Le miraculé (Jean-Pierre Mocky) - 1987 Ennemis intimes (Denis Amar) - En toute innocence (Alain Jessua) - Bonjour l'angoisse (Pierre Tchernia) - 1988 Ne réveillez pas un flic qui dort (José Pinheiro) - 1989 Comédie d'amour (Jean-Pierre Rawson) - Buon natale... buon anno (Joyeux Noël, bonne année) (Luigi Comencini) - Docteur Petiot (Christian de Chalonge, + producteur délégué) - 1990 La vieille qui marchait dans la mer (Laurent Heynemann) - 1991 Ville à vendre (Jean-Pierre Mocky) - Room service (Georges Lautner) - 1992 Vieille canaille (Gérard Jourd'hui) - Bonsoir (Jean-Pierre Mocky) - 1995 Nelly et Monsieur Arnaud (Claude Sautet) - Le bonheur est dans le pré (Étienne Chatiliez) - Beaumarchais, l'insolent (Édouard Molinaro) - 1996 Assassin(s) (Mathieu Kassovitz) - Artemisia (Agnès Merlet) - Rien ne va plus (Claude Chabrol) - Le comédien (Christian de Chalonge) - 1998 Article premier (Mathieu Kassovitz, CM) - Le monde de Marty (Denis Bardiau) - Les enfants du marais (Jean Becker) - 1999 Le libertin (Gabriel Aghion) - Les acteurs (Bertrand Blier) - 2000 Belphégor, le fantôme du Louvre (Jean-Paul Salomé) - Une hirondelle a fait le printemps (Christian Carion) - Vajont (La folie des hommes) ((Renzo Martinelli) - 2002 Le furet (Jean-Pierre Mocky) - Le papillon (Philippe Muyl) - Vingt-quatre heures d'une vie d'une femme (Laurent Bouhnick) - 2003 Albert est méchant (Hervé Palud) - Ne quittez pas ! (Arthur Joffé, voix seulement) - Épreuves d'artistes (Gilles Jacob & Samuel Faure) - 2004 Grabuge! (Jean-Pierre Mocky) - 2005 Joyeux Noël (Christian Carion) - Les enfants du pays (Pierre Javaux) - Le bénévole (Jean-Pierre Mocky) - Antonio Vivaldi, un prince à Venise (Jean-Louis Guillermou) - 2006 Pars vite et reviens tard (Régis Wargnier).
Divers : Participation aux "nouveaux refus" proposées en bonus du DVD du film de Laurent Baffie : "Les clefs de bagnole".
|
|
Télévision : 1954 Ce qu'a vu le vent d'est (Marcel L’ Herbier) - 1955 Knock ou le triomphe de la médecine (Marcel Cravenne) - 1956 Mon bébé (Marcel Cravenne) - 1957 L'habit vert (Marcel Cravenne) - 1959 L'Anglais tel qu'on le parle (Marcelle Cravenne) - La malle volante (Marcel Cravenne) - 1961 On purge bébé (Marcel Bluwal) - 1964 Les fables de la fontaine : Le loup et les chiens - 1966 Quand épousez-vous ma femme (Jean Dauriac, sous réserves) - 1967 Monsieur Badin (François Chatel, CM) - Au théâtre ce soir : Pour avoir Adrienne (Pierre Sabbagh) - Cette nuit-là à Bethléem (André Fey, sous réserves) - 1968 Le bourgeois gentilhomme (Pierre Badel) - 1972 Aujourd'hui à Paris (Pierre Tchernia) - 1977 Les folies d'Offenbach (Michel Boisrond) - Le passe-muraille (Pierre Tchernia) - 1978 La grâce (Pierre Tchernia) - 1982 Le voyageur imprudent (Pierre Tchernia, cameo) - 1991 L'huissier (Pierre Tchernia) - Héloïse (Pierre Tchernia) - 1992 Le secret du petit milliard (Pierre Tchernia) - 1995 Tel est Serrault (Jean-Luc Prévost, documentaire) - 2000 Un coeur oublié (Philippe Monnier) - 2003 L'affaire Dominici (Pierre Boutron) - 2004 Michel Serrault, le portrait (Gérard Jourd'hui, documentaire) - 2006 Mocky circus (Emmanuel Barnault, documentaire) - Monsieur Léon (Pierre Boutron) - L'avare (Christian de Chalonge).
ARTICLES
Dans "Le bon plaisir"
ARTICLES
LE MONDE du 30 juillet 2007
Michel Serrault est mort, par Jean-Luc Douin
Une dame vient le voir un soir, dans la loge du théâtre où il jouait Knock de Jules Romains. "Excusez-moi de vous dire ça, mais vous m'avez tellement fait rire !" Le comédien répond par une génuflexion : "Ne vous excusez pas, madame, je l'ai fait exprès. C'est là toute ma philosophie. Et la manière dont j'ai conçu mon métier." Tous les clowns sont menacés, un jour ou l'autre, de ne plus faire rire. Michel Serrault, un des comédiens les plus populaires de l'Hexagone, est mort dimanche 29 juillet. Ses obsèques auront lieu, jeudi à 11 heures, en l'église Sainte-Catherine de Honfleur, dans le Calvados, où l'acteur possédait une propriété.
Né le 24 janvier 1928 à Brunoy (Essonne), élevé dans une famille modeste mais joyeuse, cet incontrôlable excentrique se découvrira de concert deux vocations : celle du cirque, cultivée à Medrano et dans l'adulation des Fratellini, et celle de prêtre, épanouie depuis qu'il était enfant de chœur, au fil de sa fréquentation du patronage et de l'enseignement d'un jeune diacre qui devient son mentor spirituel.
Entré au petit séminaire, il se rend compte qu'il est "peu doué pour la chasteté" quand il est bouleversé par le sourire d'une jeune fille croisée dans le métro. Encouragé par le clergé à s'engager sur une voie où les messes ne sont pas incompatibles avec les pitreries, il va apaiser ses pulsions de voyou de quartier au Centre d'art dramatique de la rue Blanche, à Paris, à l'école de mime d'Etienne Ducroux, au Conservatoire Maubel, tout en faisant de la figuration à la Comédie-Française.
Plus à l'aise dans les Fables de La Fontaine ou Les Fourberies de Scapin, de Molière, que chez Paul Claudel, il déploie son goût des singeries, se fait recaler au Conservatoire, joue chez Charles Dullin, chez Jean-Marie Serreau. Le farceur fait ses classes.
Mais toute sa vie restera marquée par la religion. La foi lui sera d'un réconfort profond quand il perdra une fille dans un accident automobile, au début des années 1970. Tous ceux qui l'ont bien connu témoignent de la coexistence pacifique, chez lui, entre la drôlerie et l'inquiétude. "On ne saurait sous-estimer l'importance de Dieu dans l'extravagance de ce comédien délirant, dit Pierre Tchernia. Il possède en lui-même la possibilité de jouer à la fois Jésus et le pécheur." Serrault confirme : "Je suis préoccupé par le don de soi aux autres. Le reste est bagatelle."
Il n'aura de cesse de troubler les donneurs de leçons : "J'aime laisser supposer par mon jeu que nous sommes tous de pauvres êtres capables de choses pas très belles. Devenir héros ou salaud, c'est parfois juste une affaire de courant d'air. Je suis une espèce de terrain vague d'où jaillit je ne sais quel mystère. Dans les pires personnages, je cherche à montrer ce moment de détresse absolue qui efface l'horreur, et où, l'espace d'une seconde, peut naître la grâce qui change tout. J'ai besoin de semer le doute et de racheter même les âmes perdues." Au cinéma, il est apparu dans pas moins de 150 films.
Mais il lui faudra attendre cinquante ans pour jouer les têtes d'affiche. Il joue un banquier troublant (L'Argent des autres, de Christian de Chalonge, 1978), un notable de province en smoking, accusé de pédophilie (Garde à vue, de Claude Miller, 1981), un détective obsessionnel (Mortelle Randonnée, de Claude Miller, 1983), un ministre de l'intérieur (Le Bon Plaisir, de Francis Girod, 1984), un rentier ayant raté sa vie (Nelly et Monsieur Arnaud, de Claude Sautet, 1995).
Au début des années 1950, il fait le pion dans Les Diaboliques, d'Henri-Georges Clouzot (1955). Mais surtout, Michel Serrault est intronisé dans les branquignolades de Robert Dhéry (qui lui fait jouer un trompettiste catastrophe dans Ah ! les belles bacchantes), et rencontre celui qui sera son complice : Jean Poiret. Ce dernier, élégant fantaisiste, a fait sienne une devise de La Bruyère : "Il faut rire avant d'être heureux de peur de mourir sans avoir ri." Ensemble, ils vont créer au cabaret un duo comique en tournant les interviews télévisées en dérision, Poiret dans le rôle du clown blanc emphatique et Serrault dans celui de l'auguste ahuri, avec sa bouille ronde et ses yeux en billes de loto, incarnant tour à tour Jerry Scott, Clément Laprade explorateur, Stéphane Brinville écrivain, Albert Petit-Lagrelèche chef d'orchestre.
"UN ŒIL ASSASSIN ET UN CÔTÉ TIMBRÉ"
Au cinéma, son sort est également lié à celui de Poiret. Ils sont deux inspecteurs de police dans Cette sacrée gamine, de Michel Boisrond, deux détectives dans Adorables Démons, de Maurice Cloche, un aristo assassin et un cambrioleur trucidé dans Assassins et Voleurs de Sacha Guitry, puis deux avocats dans un sketch de La Française et l'Amour de Christian-Jaque, encore deux flics dans Candide de Norbert Carbonnaux.
En solo, Michel Serrault est remarqué au théâtre, dans Pour avoir Adrienne avec Micheline Presle, Gugusse de Marcel Achard, ou L'Ami de la famille, qui lui vaut l'hommage de Robert Kemp pour ses "gloussements de désespoir, ses colères brusques mais sans spasmes".
Mais c'est La Cage aux folles, de et avec Jean Poiret, joué sept ans à Paris, qui lui apporte la consécration en 1973. L'adaptation au cinéma de ce triomphe par Edouard Molinaro lui vaut un César, trois nominations aux Oscars et par deux fois le titre du meilleur film étranger.
Il aura deux autres Césars, pour Garde à vue et pour Nelly et Monsieur Arnaud. Justes récompenses après tant de gaudrioles assumées : "J'ai toujours préféré cinq minutes sublimes dans un prétendu navet à quatre-vingt-dix minutes banales dans un film bien." Rayon navet et autres légumes bouillis, il y en eut certes, ô combien, du Grand Bidule à Du mou dans la gâchette, mais Serrault fut aussi époustouflant cinq minutes dans un film bien, comme dans Préparez vos mouchoirs (le voisin qui déteste la musique) ou Buffet froid (le quidam avec un couteau dans le bide) de Bertrand Blier.
Il y eut les rencontres avec Michel Audiard, qui le comparait à l'acteur Robert Le Vigan, le compagnon de Céline ("il a un œil assassin et en même temps un côté timbré : j'aime les acteurs drôles et méchants"), et avec Jean-Pierre Mocky, qui attisa sa démesure en troquant sa tête d'anonyme contre celle d'un politicien corrompu, d'un convoyeur à bec-de-lièvre, d'un SDF pique-assiette ou d'un supporter de foot fanatique… Coiffeur efféminé dans Le Roi de cœur de Philippe de Broca (1966), vieillard inoxydablement pimpant dans Le Viager, de Pierre Tchernia (1971), histrion chez Jean Yanne et tueur à gages chez Mathieu Kassovitz (Assassin(s), 1997), Serrault donne le meilleur de lui-même dans un film méconnu de Claude Chabrol où il fait couple d'escrocs avec Isabelle Huppert (Rien ne va plus, 1997).
Inspecteur psychopathe se mettant dans la peau de la victime dans On ne meurt que deux fois, de Jacques Deray (1985), suspecté d'avoir tué sa femme par le flic Noiret dans Pile ou face de Robert Enrico (1980), touchant paysan dans Une hirondelle a fait le printemps de Christian Carion (2000), il reste inoubliable dans Les Fantômes du chapelier de Claude Chabrol (1982), monstre qu'il gratifie de sautes de voix et sautillements de jambes pour souligner son dérangement mental, et dans Docteur Petiot de Christian de Chalonge (1990), tueur en série qu'il interprète à la Mabuse, vampire au regard halluciné, maquillage expressionniste, mouvements saccadés de la tête et du buste.
Tordus, détraqués, déments : le caméléon Serrault adorait ces prototypes du mal, comme il adorait se déguiser pour exister, "sinon on ne me voit pas". Imprévisible, coléreux (il s'empoigna avec Roger Planchon quand il joua L'Avare au TNP de Lyon, en inventant des répliques), adepte des exclamations tonitruantes, de la feinte et du double jeu, prêt à se renverser un plat de spaghettis sur la tête à une cérémonie des Césars ou à terminer une interview à la télé en caleçon, Serrault trouvait la discrétion suspecte et plaidait la sublimation par l'excès. Revenant toujours à ce credo : "S'amuser et amuser les autres, sans jamais se prendre la tête entre les mains." Sauf pour prier.
CHRONOLOGIE
1928. Naissance le 24 janvier à Brunoy (Essonne)
1973. César et trois nominations aux Oscars pour La Cage aux folles, d'Edouard Molinaro
1981. Garde à vue, de Claude Miller
2007. Mort le 29 juillet.
Il est difficile d'imaginer le triomphe que fut La Cage aux folles, à partir de 1973. La pièce sera donnée pendant cinq ans au Théâtre du Palais-Royal, à Paris, puis deux ans au Théâtre des Variétés, attirant près de 2 millions de spectateurs. Trois films suivront, en 1978, 1980 et 1985, toujours avec Serrault, et avec Ugo Tognazzi et Michel Galabru. La Cage aux folles repose en grande partie sur le jeu fou de Michel Serrault, alias Zaza Napoli, travesti vieillissant, capricieux et jaloux, qui peaufine ses fameuses brusques envolées dans l'aigu, improvise à qui mieux mieux. Certains soirs, la durée de la pièce débordait de quarante minutes et plus, à force d'improvisations, le tandem Serrault-Poiret se lançant dans des dialogues qui ont fait la légende de la pièce. La scène, ressassée, où Poiret apprend à Serrault à tenir une cuillère à café de façon virile fait toujours le bonheur des animateurs de télévision en mal d'audience.
Jean Poiret avait trouvé en Michel Serrault et dans ses outrances, dans sa capacité à transformer son visage et son allure, le comédien parfait pour le rôle. Dans un entretien au Journal du dimanche de février 1973, quelques jours seulement après le lancement de la pièce, Jean Poiret donnait sa lecture de La Cage aux folles et toute l'importance de Serrault dans le rôle principal : "Seuls les pédérastes coincés, c'est-à-dire les refoulés, sont choqués par notre spectacle. Le grand public, lui, rit de bon cœur, parce que dans le fond, les personnages que j'ai mis en scène n'ont, malgré les apparences, rien à voir avec un sexe déterminé. Par exemple, Michel, qui joue les hommes-enfants de 55 ans, est la réplique exacte des femmes-enfants du même âge qui minaudent ridiculement."
Avec Charles Berling dans "Le grabuge" D.R. - MDP PRODUCTIONS
LIBÉRATION du 31 juillet 2007
Michel Serrault, fondu au noir, par Édouard Waintrop
L’acteur est décédé dimanche soir à l’âge de 79 ans. En un demi-siècle de carrière théâtrale et cinématographique, il était passé de la comédie à un registre bien plus ambigu.
Michel Serrault, c’était, et cela restera, la bagatelle de 135 films de cinéma et une trentaine de pièces captées pour le petit écran. Et aussi des pitreries étonnantes, comme ce journal télévisé de France 2 (à l’époque Antenne 2) qu’il termina en caleçon, presque à poil, en lançant de grandes proclamations. Serrault n’était pas un comique économe, mais le contraire, un clown majuscule. Comme tous les vrais acteurs de comédie, il savait chercher plus loin en lui-même des ressorts insoupçonnés, jouer des rôles dramatiques et s’y révéler aussi formidable.
Délire. Certains se souviennent peut-être de ses apparitions à la télévision, en noir et blanc, très petit écran et chaîne unique, dans les années 60. Il était alors acoquiné à Jean Poiret, l’élégant, le monsieur Loyal, le clown blanc, du duo. Le point de départ était souvent absurde : par exemple, Poiret interrogeait le chef d’orchestre Albert Petit-Lagrelêche (alias Serrault, bien sûr) sur une nouveauté, le permis de conduire les orchestres, et c’était le délire. Poiret allumait la mèche, Serrault était le TNT.
Il est né en 1928, à Brunoy, dans la région parisienne, dans une famille modeste. Son père est représentant de commerce le jour et contrôleur le soir au Théâtre de l’Ambigu. Il est aussi catholique. Lui-même se sent assez la vocation pour entrer au petit séminaire à Charenton. Il aimait à raconter l’émoi provoqué en lui par une jeune femme croisée par hasard dans Paris qui lui fit prendre conscience qu’il n’était point doué pour le célibat. Il ne devint donc jamais prêtre, mais garda toujours cette foi qui, disait-il, l’aida à affronter des épreuves, comme la mort de sa fille aînée dans un accident d’automobile en 1977. Sans doute lui donna-t-elle aussi cette capacité de don qui éclabousse tous ses rôles.
Mimes. Après avoir renoncé à la carrière ecclésiastique, Michel Serrault se rabat sur sa seconde passion : le spectacle. Fou de cirque (et admirateur des Fratellini, des clowns géniaux), de burlesque et de toutes les farces en général, il suit des cours dramatiques à l’école de la rue Blanche, et aussi à celle de mimes d’Etienne Decroux, partout où il imagine qu’il peut apprendre quelque chose, même en faisant le hallebardier à la Comédie-Française. Déjà peu académique, il est boulé au concours d’entrée au conservatoire. Qu’à cela ne tienne, le Paris théâtral des années 40 et 50 est vaste, Serrault va jouer dans les meilleures troupes (Dullin, Jean-Marie Serreau).
Le cinéma aussi lui permet de se faire la main. A 27 ans, il interprète monsieur Raymond, un surveillant de l’inquiétante pension de Paul Meurisse dans les Diaboliques, le thriller d’Henri-Georges Clouzot. Ce sont pourtant des films, parfois agréables mais toujours sans grande envergure, qu’il multiplie à l’époque. Même quand il joue Assassins et Voleurs (1957), ce n’est plus le grand Sacha Guitry (celui du Roman d’un tricheur), mais un homme malade qui le dirige au côté de Jean Poiret. Il a connu ce dernier quand il a fréquenté Robert Dhéry et les Branquignols au temps de Ah ! les belles bacchantes ! en 1954.
Binôme. Les deux acteurs se sont trouvés des atomes crochus, une complémentarité épatante qu’ils vont conjuguer sur scène. Ils imposent d’abord au cabaret leur couple hilarant. Au cinéma, ils seront une sorte de Dupont-Dupond dans une kyrielle de films (de Jean Boyer, Jacques Poitrenaud, Raoul André.) qui n’acquièrent d’intérêt que grâce à leur présence foldingue. Le sommet de leur binôme, Poiret et Serrault l’atteignent en 1973, sur scène, avec la Cage aux folles, une pièce du premier où le second triomphe dans le rôle de Zaza Napoli.
Cette pièce «tout public», dont les héros sont un couple d’homosexuels, marque une date dans le théâtre de boulevard. D’abord par son succès pendant sept ans, ensuite parce que Serrault y dérive tous les soirs, ajoute des répliques, prend la tangente, joue avec le public, improvise, fait durer le spectacle quarante minutes de plus (toutes péripéties fantastiques que la version filmée par Edouard Molinaro en 1978 ne peut évidemment rendre). Enfin parce que la pièce intronise Serrault star. Quand ce triomphe advient, cela fait déjà quelque temps que le duo Poiret-Serrault a donné des signes de lassitude. Et que Serrault a commencé à rencontrer le succès en solo au cinéma. En 1971, il joue un papy qui ne veut pas mourir dans le Viager de Pierre Tchernia. Un ami avec lequel, il travaillera encore quelques années plus tard dans les Gaspards. Il retrouve son complice Jean-Pierre Mocky, qu’il avait connu jeune sur le plateau des Diaboliques, d’abord dans les Compagnons de la Marguerite (1967), puis dans Un linceul n’a pas de poche (1974), adaptation du chef-d’œuvre d’Horace McCoy, et surtout dans l’Ibis rouge (1975), où il a pour partenaire le fantastique Michel Simon. Pour Mocky, il incarnera encore un supporter fanatique et effrayant dans A mort l’arbitre (1984) puis un escroc minable dans le Miraculé (1987).
C’est sous la direction d’un autre copain, Jean Yanne, qu’il enchaîne des comédies, qui sont plus des extensions grand spectacle du cabaret que de vrais films : Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972), Moi y’en a vouloir des sous (1973), les Chinois à Paris (1974), Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982).
Christian de Chalonge, un bon réalisateur mésestimé, lui permet d’élargir sa palette, de loucher vers le drame. Ce sont l’Argent des autres (1978) et Malevil (1981). Il croise aussi le chemin de Bertrand Blier, pour qui il esquisse des rôles courts, mais ô combien frappants, un voisin irascible dans Préparez vos mouchoirs (1977), un type avec un couteau dans le ventre dans Buffet froid (1979).
Tournant. Claude Chabrol l’engage dans les Fantômes du chapelier (1982). Dans cette adaptation d’un Simenon bien sombre, il interprète, face à Charles Aznavour, un personnage extrêmement inquiétant. Ce tournant dans sa filmographie, Serrault, qui aimait tant faire rire - il estimait même que c’était une mission -, l’a pleinement assuré en 1981, dans Garde à vue de Claude Miller, où il campe un notaire que tout, surtout l’antipathie qu’il dégage, désigne comme le coupable d’un crime sexuel. Face à un très bon Lino Ventura, et une fragile Romy Schneider, il est extraordinaire.
Michel Serrault connaîtra encore de très bons rôles : un retraité pathétique et émouvant dans Nelly et Monsieur Arnaud, l’ultime réalisation de Claude Sautet (1995) ; et surtout un très réjouissant Victor, escroc anar, complice d’Isabelle Huppert dans Rien ne va plus (1997), un des tout meilleurs Chabrol de la dernière époque (où se distingue aussi un Jean-François Balmer déjanté), injustement déprécié par la critique. Il faut le voir lâcher ses paradoxes, ses aphorismes cruels, avec une mine désolée. Enfin, Serrault a participé comme acteur fétiche à un courant du cinéma français des années 90 que l’on peut qualifier de comédie nostalgique. Un regard plein de sympathie pour la vie à la campagne, de défiance pour la vie moderne, illustré par des films comme Le bonheur est dans le pré d’Etienne Chatiliez (1995), les Enfants du marais (1999) de Jean Becker, Une hirondelle a fait le printemps (2001) de Christian Carion.
Chimique. Dans ces films comme dans les autres, dans les pièces comme dans les sketchs qu’il a interprétés, il a su jouer de ce qu’il avait à sa disposition, ce qu’il appelait lui-même «une âme de Chaplin dans un corps d’apothicaire». Une composition chimique qui séduit de nombreux cinéastes : «C’était un acteur formidable. J’ai remplacé Bourvil par Michel Serrault, a dit de lui, hier, Jean-Pierre Mocky. Maintenant, je ne vois pas à qui proposer ses rôles. Je n’arrive pas à trouver un nom. Je devais tourner avec lui pour une reprise des histoires courtes de Hitchcock [.] Il avait repoussé le tournage en m’expliquant qu’il avait un problème de vertèbres. En fait, c’était un cancer.» Michel Serrault est mort dimanche soir à 79 ans, dans sa résidence, à Honfleur, en Normandie.
Avec Jean Poiret et Francis Blanche dans "La tête du client"
LE FIGARO du 31 juillet 2007
Michel Serrault, le plus mélancol ique des comiques quitte la scène, par Marion Thébaud
Le comédien s'est éteint avant-hier à Honfleur à l'âge de 79 ans. Après ses débuts au théâtre et au cabaret avec Jean Poiret, il a tourné 150 films sans renoncer aux planches.
QU'IL rêve ou grommelle, Michel Serrault, a toujours hésité entre le ciel et la terre. Ses paroles pouvaient être tout onctueuses, mais son regard, pour peu qu'un rien le dérangeât, vous clouait sur place. Ce paradoxe a façonné l'un des comédiens les plus étranges de sa génération. Michel Serrault, né le 24 janvier 1928 à Brunoy, élevé dans une famille de tradition chrétienne, fait ses classes au petit séminaire avant d'être dirigé vers le centre du spectacle de la rue Blanche qui vient d'ouvrir pendant la guerre, sur les conseils d'un prêtre.
« La piste, les clowns, le chapiteau m'attiraient et j'en parlais souvent au père Van Hamme. » Il suit le conseil, passe l'examen, récite une fable de La Fontaine et est admis. Il a 16 ans. Il adore les Fratellini, Pipo et Rome, Grock et Zavatta. « Ils jouaient simplement, et le plaisir que j'ai à faire mon métier vient de ces gens-là, des leçons de naïveté dans le jeu qu'ils m'ont finalement données. » Sans emploi particulier - « j'étais étiqueté indéfini... » -, il comprend qu'il n'a qu'une seule issue : travailler. Figuration à la Comédie-Française, petits rôles à droite et à gauche, un passage dans la compagnie de Jean-Marie Serreau, un autre chez Robert Dhéry, il fait ses gammes. Jusqu'au jour où il rencontre Jean Poiret. Serrault a un côté surréaliste qui tape dans l'oeil de Poiret quand ils se croisent pour la première fois, en 1953, sur la scène du Théâtre Sarah-Bernhardt où se joue en matinée classique Les Vivacités du capitaine Tick, de Labiche.
Tous les deux recalés au concours d'entrée du Conservatoire d'art dramatique, ils tirent le diable par la queue. « Nous nous sommes pris en main. » Commence la vie de cabaret. C'est l'après-guerre. Les Français veulent oublier la mort, les privations. Les cabarets fleurissent : La Rose Rouge, L'Amiral, Chez Gilles, La Tomate, La Tête de l'Art... Poiret et Serrault vont courir d'un lieu à l'autre, se faire un nom, rivaliser avec Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, couple vedette de l'époque. Pendant quinze ans, ils vivent séparés de tout, obsédés par leur raison d'être, fabriquer du comique : « Nous avons vécu comme sur une île. » Rien d'un paradis. « Dans une même journée, on tournait un film, on jouait une pièce au théâtre et on terminait par les cabarets »... À l'époque, ils jouaient Sacré Léonard, Le Vison voyageur, des pièces qui devaient beaucoup à leur interprétation. Le cinéma s'intéresse à eux. Michel Serrault tourne dans Les Diaboliques, de Clouzot. On le voit dans Assassins et voleurs, de Guitry, La Belle Américaine, de Robert Dhéry... Au générique, il est un comédien parmi les autres.
Des milliers de représentations
En 1973, tout change. Il a 45 ans et va devenir une star. Un rôle le propulse au sommet, Zaza Napoli de La Cage aux folles, de Jean Poiret. « Poiret et moi avons été inspirés par un couple de messieurs qui tenaient une boutique d'antiquités. On en a fait un sketch, Les Antiquaires. Puis nous avons vu L'Escalier, pièce américaine qui traite le sujet de l'homosexualité, version tragique. Poiret a eu l'idée d'en proposer une farce. » Un cabaret, un couple, un fils à marier. C'était parti pour des milliers de représentations : 1 600 rien que pour le couple Poiret et Serrault, mais la pièce est reprise par d'autres comédiens. C'est un triomphe. Poiret devient un auteur dont on s'arrache les textes, et Serrault une tête d'affiche colossale. Il reçoit d'ailleurs son premier césar du meilleur comédien pour l'adaptation cinématographique de La Cage tournée par Édouard Molinaro en coproduction avec l'Italie.
En pleine gloire, une tragédie frappe le comédien. Sa fille Caroline meurt, victime d'un accident de voiture. Très pudique, il s'exprime dans Le Cri de la carotte, livre de conversations avec Jean-Louis Remilleux. « Michel Audiard fut pour moi un compagnon de larmes. Il a vécu ce que j'ai vécu, la même tragédie. J'ai eu des jours affreux ; j'ai même parfois joué en pleurant. Mais c'était la seule et la meilleure solution. Rejouer... Ou alors abandonner. »
La tête de M. Tout-le-Monde
Michel Serrault, acteur au plus profond de son être, a le théâtre dans la peau. Il a tout joué, du clochard à l'aristo, du bouffon au criminel. D'une originalité sans faille, avec la tête de M. Tout-le-Monde. C'est bien le moindre des paradoxes de ce génial comédien d'incarner l'étrangeté, la bizarrerie avec un physique d'employé aux écritures. Roger Planchon, grand artificier de la scène française, ne s'y trompe pas. En 1986, il lui propose de jouer L'Avare au TNP de Villeurbanne. L'heure n'est pas à l'harmonie. L'acteur veut jouer la pièce devant des rideaux, en complet-veston.
« Nous sommes loin de cet esprit, déclare-t-il au Figaro. Rien que le décor, il est beau, c'est entendu, mais nous n'allons pas le faire visiter ! » Qu'importe ! L'accueil est chaleureux. Le public adore ce spectacle, repris triomphalement à Mogador. Si, à l'époque, le critique Pierre Marcabru souligne « la restauration téméraire » de l'oeuvre par Roger Planchon, on le sent touché par l'intelligence - « nulle esbroufe, tout offre des perspectives imprévues, des chemins inattendus » -, il reconnaît la stupéfiante interprétation de l'acteur. « Après le passage de Serrault, le rôle d'Harpagon est à jamais marqué, il prend une teinte tragique et farce, je ne sais quelle coloration blafarde et fantomatique. »
En 1992, Serrault reprend une autre pièce mythique, Knock, que Jouvet a jouée des centaines de fois. On en connaît le fameux « Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? », mais derrière cette réplique clé, on sait moins que la pièce est une farce philosophique que Jouvet jouait avec des accents à la Buster Keaton. Serrault, sentant le danger, se dégage de cette interprétation, donnant à voir un homme qui, sournoisement, porte au malaise. Et Michel Cournot souligne dans Le Monde : « Son docteur Knock est fou, mais c'est un cas fascinant de folie douce*. Il fait bien plus peur que celui de Jouvet. »
La peur, c'est bien là la marque de fabrique de ce comédien qui installe l'inquiétude. Un excentrique brillant qu'une âme d'enfant a heureusement propulsé au firmament des grands délirants.
Un acteur entre délire et ambiguïté, par Marie-Noëlle Tranchant
À l'écran, il a cultivé aussi bien le comique le plus délirant que les sombres contradictions humaines. Pour lui, le comédien était un représentant du mystère.
DE PETITS rôles en premiers plans, Michel Serrault est devenu sans le chercher une star de l'écran, mais malgré son talent de virtuose, il n'avait pas le goût de briller seul de ses propres feux. « Rien n'existe en dehors de l'échange. Avec des solistes, il ne se passe rien », disait-il. Deux choses qu'il n'aimait pas : avoir des partenaires qui parlent à la cantonade, sans s'adresser à personne ; avoir des partenaires qui ne cherchent pas à inventer, à s'améliorer, à reprendre une scène pour le plaisir de l'imprévu qui peut naître. Son admiration allait à Michel Simon, qui venait le voir avec Jean Poiret au théâtre de Dix-Heures, à Raimu, à Harry Baur, qui savaient se plier à un texte en le débordant de toute part. « Je travaille dans l'obéissance et la liberté », résumait-il.
Sa carrière cinématographique a commencé à 26 ans avec un rôle de pion dans Les Diaboliques de Clouzot (1954). Une apparition avec Poiret dans Cette sacrée gamine, avec Brigitte Bardot, une autre dans La Terreur des dames, et deux ans après, un coup de fil incroyable : Sacha Guitry aimerait avoir les duettistes dans son film Assassins et voleurs. Quarante ans plus tard, Serrault allait retrouver Guitry avec le film de Christian de Chalonge, Le Comédien, superbe réflexion sur le travail de l'acteur : « Ce que dit Guitry, je le signe. Qu'il ne faut pas se moquer du public, qu'on est dépassé par ce qu'on fait, qu'on devient meilleur avec le théâtre. La beauté, le dérisoire, la grandeur, le mystère, tout y est.»
À partir de la fin des années 1950, Serrault, le plus souvent avec Poiret, enchaîne avec désinvolture des films de série B, vite oubliés, mais dont l'acteur ne dédaignait pas la gaieté sans prétention, ce qu'il appelait «un charme de guinguette». Surtout qu'il y retrouvait une formidable bande de copains, Jean Carmet, Darry Cowl, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Jean Yanne, Francis Blanche, Claude Piéplu, Jacqueline Maillan, Robert Dhéry, Louis de Funès...
En 1963, deux films Carambolages, polar de Bluwal, et Des pissenlits par la racine, comédie de Lautner, lui font rencontrer Michel Audiard, qui deviendra pour Serrault un ami et presque un alter ego. « Des affinités humaines faisaient que je voulais être son porte-parole. Dans la drôlerie comme dans la gravité », écrit-il dans son autobiographie. Ils participeront ensemble à une douzaine de films. Et une expérience tragique les rapprochera encore : tous deux ont connu la douleur irrémédiable de perdre un enfant.
La décennie 70 commence avec Audiard, qui réalise Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques, parodie de film de gangsters, et avec Pierre Tchernia, qui offre à Serrault un succulent personnage de vieillard malicieusement increvable dans Le Viager, et le retrouvera dans Les Gaspards. Jean Yanne le convoque pour Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et Moi y en a vouloir des sous, (et il sera de tous ses films suivants), tandis qu'Etienne Périer lui donne, en 1972, dans Un meurtre est un meurtre, un rôle de commissaire « qui ne devait rien au comique ou à la fantaisie », raconte Serrault. Une occasion pour lui de cultiver cette ambiguïté qui lui est chère, qui déjoue les idées toutes faites et les lectures trop faciles pour faire ressortir le mystère des êtres. « Il était intéressant, je crois, que le type représentant la loi soit tout aussi inquiétant que les autres. »
Mais c'est Christian de Chalonge, cinéaste au talent trop méconnu, qui a permis à Michel Serrault de changer vraiment de registre en lui proposant d'être un financier froid et manipulateur dans L'Argent des autres, alors qu'il triomphait dans La Cage aux folles. « Peu de gens m'imaginaient dans un rôle sérieux », dit-il. Chalonge ira plus loin encore en confiant à Serrault le très noir personnage du Dr Petiot, dont l'acteur fait une interprétation pleine de nuances et de contradictions, au point d'être accusé de rendre ce monstre sympathique.
Point de vue moralisateur qui agaçait beaucoup Serrault, pour qui jouer la comédie et comprendre les gens était une seule et même chose. « Il fallait bien que Petiot ait des côtés sympathiques, sinon il n'aurait jamais eu de clientes ! Et alors, plus de lessiveuse, plus de cheminée, plus de crimes ! On ne sait rien des êtres, au fond : cette pensée devrait suffire à rendre tolérant. »
Cette vision à la fois lucide, humble et miséricordieuse est au coeur du génie de Michel Serrault. Au sommet du versant comique, cela donne La Cage aux folles de Molinaro, prolongement du succès de théâtre, où l'outrance clownesque de Serrault sert un portrait très humain qui va au-delà du grotesque. Sur le versant noir, après Petiot, Pile ou face de Robert Enrico et Garde à vue de Claude Miller, deux captivants face-à-face policiers concoctés par Audiard, qui signera encore pour Miller, Adjani et Serrault Mortelle Randonnée. Noir aussi le chapelier pervers des Fantômes du chapelier de Chabrol, « monstre ordinaire qui va et vient entre respectabilité et folie meurtrière ».
Rien ne plaisait davantage à Michel Serrault que de partir d'une réalité ordinaire pour la mettre en pièces : « Une situation compréhensible au départ qui se détraque jusqu'au délire, j'adore ! » disait-il avec gourmandise.
Il retrouvera Chabrol quinze ans plus tard dans un registre beaucoup plus ludique avec Rien ne va plus, où il forme avec Isabelle Huppert un couple d'escrocs imprécis et fantasque. Vers la même époque, il fut pour Claude Sautet, face à Emmanuelle Béart, le très secret M. Arnaud, subtilement mélancolique de Nelly et M. Arnaud.
Il est un autre cinéaste avec qui Michel Serrault avait d'évidentes affinités : l'atypique Jean-Pierre Mocky, aussi extravagant dans sa manière de tourner que ravageur dans son ironie anarchiste. Serrault appréciait qu'il « tape dans le gras », certes avec excès, « mais avec une férocité libératrice ». Ensemble, ils ont vécu de puissants délires : Un linceul n'a pas de poches, L'Ibis rouge, le roi des bricoleurs, À mort l'arbitre, Le Miraculé...
À travers d'innombrables rôles (il faut y ajouter ses compositions pour la télévision, Le Bourgeois gentilhomme, Offenbach, Fontenelle, Nestor Burma...), l'art du grand comédien que fut Michel Serrault repose toujours sur « cette trilogie magique », qu'il admirait chez Michel Simon : la présence, la vérité, l'invention.
«Un effet spécial à lui tout seul»
Politiques et gens du métier ont salué «l’acteur populaire», par Service Culture avec AFP
Dans l’exercice de l’hommage posthume, les politiques sont souvent les plus prompts. Nicolas Sarkozy a réagi dans la nuit : «Cet artiste populaire à la filmographie impressionnante a su marquer chaque Français par ses immenses talents d’acteur, aussi bien comique que dramatique.» Christine Albanel, ministre de la Culture, a suivi : «Il avait, au-delà du personnage bougon et bourru, tout en exclamations, qu’il s’était forgé sur les planches des cabarets, le don d’apporter une évidente authenticité aux caractères qu’il savait dépeindre, quel qu’en soit le registre.» De même que Marie-George Buffet : «Du rire aux larmes, de la comédie au drame, de la mesquinerie à la tendresse, le talent de cet immense acteur populaire a illuminé le cinéma français pendant plus d’une cinquantaine d’années.» C’est bien sûr du monde du cinéma que sont venus la plupart des éloges. Bertrand Blier : «C’était un immense bonhomme. Michel Serrault est l’un des rares acteurs capables de passer dans le fantastique réaliste . Michel était un effet spécial à lui seul, comme Michel Simon et Louis de Funès. Il était un fou furieux de génie, tour à tour dans la poésie, l’irréel mais aussi dans la gravité la plus absolue. Avec lui, on était pris dans un tourbillon. Il était un homme extraordinairement drôle, et intenable sur un plateau.» Pierre Tchernia, qui l’avait mis en scène dans le Viager : «C’était une joie de travailler avec lui. Pour lui, le métier d’acteur était idéal : à chaque fois, il fallait inventer un personnage.» Jean-Louis Guillermou, réalisateur d’un de ses derniers films, Antonio Vivaldi, un prince à Venise : «Vous ne dirigez pas Serrault, c’est lui qui faisait tout lui-même.» Claude Lelouch : «Cela faisait des années qu’on rêvait de tourner un film ensemble. Ce rêve n’aura pas lieu. Je me régalais d’avance. Michel Serrault était un merveilleux acteur. J’étais toujours sidéré de ce qu’il apportait à ses partenaires et metteurs en scène. Il était époustouflant. Il avait une façon extraordinaire de dédramatiser tout.» Pierre Arditi : «Tout acteur rêverait d’être aussi brillant. Michel Serrault était un acteur très atypique, avec un style extrêmement personnel. Il était absolument inclassable.»
© Marc ENGUERAND
TÉLÉRAMA N°3005
Disparition de Michel Serrault, par Pierre Murat
Jamais réaliste et pourtant si vrai, extravagant et pourtant si banal. Eructant ou chuchotant, agité ou soudain immobile, le visage fixe, avec toujours ce regard aux aguets… Michel Serrault était un acteur virtuose...
Au cinéma, il adore les monstres : le Docteur Petiot que lui fait tourner Christian de Chalonge ou Léon Labbé, le héros des Fantômes du chapelier de Simenon, que met en scène Claude Chabrol. Rôles qui lui permettent de fouailler l’âme humaine, de prouver aux imbéciles, bardés de certitudes sur le Bien et le Mal, que la seule vérité est l’ambiguïté. Et que le devoir d’un comédien, c’est de l’éclairer, précisément. Refléter successivement - et si possible, simultanément- la lumière de l’ombre et l’ombre au coeur de la lumière. « Vous ne connaissez rien des gens que vous fréquentez , avait-il coutume de dire. Taisez vous, regardez et acceptez de comprendre l’autre »... Louis de Funès rendait les spectateurs complices rigolards des salauds et des racistes qu’il incarnait. Serrault fait mieux - ou pire: il les rend vraisemblables, crédibles. Ni trop proches, ni trop lointains: à la distance juste. En gros, les monstres, il les montre. A nous de faire avec ...
Le cabaret, dit-on, est une rude école: quand on en sort, on n’a plus peur de rien. C’est là que le jeune Michel Serrault fait ses premières armes. Après avoir songé à entrer dans les ordres (« Au lieu de prêtre, je suis devenu pitre ») , il forme un duo d’enfer avec celui qui deviendra un complice irremplaçable: Jean Poiret. Tous deux interprètent des sketches déments (« Les idées venaient de Michel, moi, je les écrivais » , a dit Poiret) sur des scènes minuscules - plusieurs par soir: faut bien gagner sa vie ! - à quelques centimètres du bruit des fourchettes de clients souvent plus intéressés par la bouffe et la drague que par les artistes.
Dans ces petites merveilles - les fausses interviews d’un écrivain ou d’un explorateur en manque de conférences - Poiret joue les hâbleurs, les cyniques. Serrault, lui, se réserve le rôle du philosophe ironique, plus ou moins découragé par les coups du sort. Dans ces comédies humaines, il perfectionne une diction particulière: traînante, nasale, avec, en fin de phrase, des soupirs ou des rires en voix de tête. Il a un physique de Français moyen: cheveux ras, tenues gris invisible, petite moustache noire. « J’ai l’âme d’un Chaplin avec une tête d’apothicaire », dira-t-il un jour. On lui fait, donc, jouer les petits profs (Les Diaboliques de Clouzot - 1955) et les cocus (Cette sacrée gamine - 1956 -, mais avec Bardot, tout de même !).
Que ce soit avec les meilleurs - Sacha Guitry dans Assassins et voleurs en 1956 - ou les pires - Jean Boyer dans Nina 1959 , il retrouve l’indispensable Poiret. Ainsi tournent-ils, en 1957, Clara et les méchants avec, pour partenaire, la petite idole des années 50, notre Shirley Temple à nous, la « poétesse » Minou Drouet. «Elle nous pinçait entre les prises , disait Poiret. Serrault et moi on lui filait des coups de pied en lui disant: « Arrête, sinon tu vas te prendre une tarte en pleine gueule ».. .
Il y a toujours des moments clés dans une carrière d’acteur. La deuxième vie de Michel Serrault commence avec Le Viager de Pierre Tchernia, en 1972. Une comédie de plus, en apparence - et Dieu sait qu’il en tourne -, mais formidablement écrite. Avec ce personnage qui défie le temps ( Louis Martinet, plus que centenaire, enterre tous ceux qui, après lui avoir acheté sa maison, ont espéré sa mort) , il prouve à ceux qui en doutaient encore son talent à rendre subtils les personnages les plus vaudevillesques. Jean-Pierre Mocky s’empare de lui pour en faire son deuxième double, après Bourvil (ils tourneront près de dix films ensemble, dont Un linceul n’a pas de poches , A mort l’arbitre et Le Miraculé ).
Christian de Chalonge achève la métamorphose: il lui confie, dans L’Argent des autres (1978), le rôle d’un financier cynique. Serrault y est d’une précision extraordinaire: son jeu presque blanc annonce déjà l’extraordinaire Premier Ministre qu’il interprétera quelques années plus tard, dans Le Bon Plaisir (1984) que Francis Girod adapte du roman de Françoise Giroud: là, il est carrément sublime, à la fois impérial et inquiétant, sorte de Talleyrand prêt à toutes les compromissions - non par bassesse, mais au nom de cette bonne vieille raison d’Etat, chère à Richelieu et à Alexandre Dumas.
Désormais, il aligne les films. Il accepte les bons (Préparez vos mouchoirs et Buffet froid de Bertrand Blier) comme les mauvais (C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule et Le Fou du labo 4 4 de Jacques Besnard). Même franchement nuls, ces nanars lui permettent de créer des caractères qui révèlent ce qu’il pense de l’humanité souffrante: une drôle d’engeance qu’il s’agit, néanmoins, d’aimer par dessus tout.
Sur scène ou sur un plateau, il lui arrive, souvent, d’être insupportable. Il insulte la grande Edwige Feuillère, lors d’une représentation des Bonshommes de Françoise Dorin, non pas parce qu’elle a osé changer une réplique (ça, il sait faire !), mais parce qu’en changeant le texte, elle a plombé la réaction des spectateurs qui, d’un coup d’un seul, ont cessé de rire ... Seul le public compte à ses yeux et il a des idées très précises sur ce qu’il entend lui offrir: « Je ne supporte pas les metteurs en scène qui veulent « faire vrai » sur scène. Ce qui me plaît au théâtre, c’est de montrer ouvertement que tout est faux et de faire naître l’émotion justement grâce au mensonge ».
Au cinéma non plus, il n’est pas facile. C’est qu’il est présent partout. Tout le temps. « Ce qui m’agace le plus, ce sont les acteurs qui vont dans leur loge et qui disent: « Vous me direz quand ce sera à moi ! ». C’est toujours à eux ! » Alors, il discute, il discutaille, il ergote, il ruse. Si le metteur en scène lui demande de refaire une prise, O.K, il accepte, seulement, il la joue chaque fois différemment. Et si le metteur en scène proteste -« Mais ce n’est pas pareil! » -, il réplique, cinglant: « Ben non, ce n’est pas pareil, et c’est d’ailleurs pour ça qu’on l’a recommencée, la prise»...
En fin de carrière, il aura - parfois - cédé à la facilité : ah, ces insupportables papys ronchons qu’il aura incarnés, notamment dans Une hirondelle a fait le printemps et Le Papillon ... Mais on s’en fiche. Puisqu’on ne se souviendra, en définitive, que de ses moments de pur génie, lorsque le dirigeaient les metteurs en scène qu’il aimait et respectait. Claude Sautet, dans Nelly et Mr Arnaud (son dernier grand rôle, en 1995). Claude Miller, dans Mortelle randonnée (1983) et Garde à vue (1981), dans lequel il incarne un notable soupçonné de trop aimer et d’assassiner des petites filles. Un rôle ambigu de plus, où il demeure, après bien des passages télé, opaque, impénétrable, terrifiant...
Il était chrétien, sans ostentation, avec obstination: « Mais il ne suffit pas de le dire, il faut que ça se voie ! , avait-il coutume de dire. Peut-être ses convictions lui ont-elles permis d’accueillir la mort avec sagesse. A Michel Audiard, son vieux pote, il avait dit, un jour: « On va essayer de faire ça proprement ».




















"Monsieur Léon"


