Le coin du cinéphage

Blog d'humeurs et d'informations sur le cinéma et la télévision : bios, filmos, articles, commentaires, bases de liens, bref c'est du foutraque...

31 août 2006

MORT DE GLENN FORD

Annonce de la mort de Glenn Ford à l'âge de 90 ans. On l'avait un peu perdu de vue depuis son rôle de père adoptif dans le "Superman" version Richard Donner. Une forte et solide présence qui disparaît pour cet acteur sobre. Il était toujours à l'aise dans tous les registres, toujours avec une pointe d'humour. C'était la personnification idéale de l'Américain des années 40 à 60. Sa composition du joueur tricheur subjugué dans "Gilda" (1946), devant Rita Hayworth,  interprétant "Put the blame on Mame" restera dans toute les mémoires . Il avait fondé, avec Franck Capra "Franton Productions", à l'occasion du "Milliardaire pour un jour", où il campait un patron d'une boîte de nuit, au début du siècle, mais aussi protecteur de pauvres gens. Il était remarquable dans "Les quatre cavaliers de l'Apocalypse" de Vincente Minnelli en dandy qui découvre son héroïsme lors de la seconde guerre mondiale. Il était très touchant, toujours chez Minnelli, en veuf évitant soigneusement de se remarier pour se consacrer à son fils dans "Il faut marier Papa". Curiosité, son rôle de scénariste encombré par le cadavre d'un maître chanteur dans "Un mort récalcitrant" d'après Alec Coppel, sera repris par Louis de Funès dans "Jo" (Jean Girault, 1971). C'était aussi une grande figure du western, idéal pour figurer un "Cowboy" dans le film du même nom de Delmer Daves, dans "3h10 pour Yuma" ou "La vallée de la poudre". Les dernières années de sa carrière étaient moins glorieuses, à l'instar de "Happy birthday : souhaitez ne jamais être invité", sorte de "10 petits nègres" du pauvre. Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon l'avaient habilement portraitisé dans l'inspensable "30 ans du cinéma américain" (Éditions C.I.B., 1970), texte que voici : "Avant d'aller soutenir l'effort des soldats au Vietnam et de sombrer corps et biens dans un océan de comédies sinistres, sentimentalo-militaires ou vaguement westeriennes (dans la lignée de "The Sheepman" , Glenn Ford fut un acteur très intéressant : son allure des plus sympathiques en faisait un défenseur des causes perdues (parfois avec maladresse : "Blackboard Jungle), ou la proie rêvée pour toutes les tentations offertes par l'Amérique (Gilda). Il était surtout remarquable quand il passait lentement de la légalité à l'illégalité, notamment dans "The Bid Heat" où il combattait la corruption avec les mêmes armes que les gangsters. Ce fut un trait de génie que de lui confier le rôle du tentateur à la fois diabolique et charmeur, de "3 : 10 To Yuma" et du meneur d'hommes cynique de "Cow-Boy". Né le 1er mai 1916 à Quebec (Canada). Débuts professionnels à la scène dans "The Children's Hour" en tournée (1935). A Broadway dans "Broom for a bride" ; "Soliloquy". Débuts à l'écran en 1940 dans une série de films dont le premier distribué est "Heaven With a Barbed Wire Fence" (Il en est la co-vedette masculine, avec Richard Conte. 1942-1945 : service dans les U.S. Marines".

Filmographie : 1937  Night in Manhattan (Herbert Moulton, CM) - 1939  Heaven with a barbed wire fence (Ricardo Cortez) - My son is guilty (Charles Barton) – 1940  Convicted woman (Nick Grinde) - Babies for sales (Charles Barton) - Men without souls (Nick Grinde) - Blondie plays cupid (Frank R. Strayer) - The lady in question (Charles Vidor) – 1941   Variety Reel (CM) - Texas (Id) (George Marshall) - So ends our night (Ainsi finit notre nuit)  (John Cromwell) - Go West, young lady ( Frank R. Strayer) - 1942  The  adventures  of  Martin  Eden (Les aventures de Martin Eden) (Sidney Salkow) – Flight lieutenant (Le pilote de la mort) (Sidney Salkow) – 1943  Destroyer (William A. Seiter) – Desperadoes (Les desperados) (Charles Vidor) - Screen snapshots series 23, No. 1: Hollywood in uniform (Ralph Staub, CM) - Show business at war / The march of time volume IX, issue 10 (Louis de Rochemont, documentaire) – 1946  Gilda (Id) (Charles Vidor) - A stolen life (La voleuse) (Curtis Bernhardt) - Screen snapshots series 23, No. 10 : Famous fathers and sons (Ralph Staub, CM) - 1947  Gallant journey (Ses premières ailes) (William A. Wellman) – Framed (Traquée) (Richard Wallace) -  Screen snapshots : Hollywood holiday (Ralph Staub, CM) - 1948  The mating of Millie (Une femme sans amour) (Henry Levin) -  -  The loves of Carmen (Les amours de Carmen) (Charles Vidor) - The return of october (Sa dernière foulée) (Joseph H. Lewis) - The man from Colorado (La peine du talion) (Henry Levin) - 1949  The undercover man  (Le maître du Gang) (Joseph H. Lewis) - Lust for gold (Le démon de l'or) (S. Sylvain Simon) - Mr. Soft touch (Cinq millions  dans une poubelle) (Gordon Douglas & Henry Levin) - The doctor and the girl (Corps et âme) (Curtis Bernhardt) – 1950  The white tower (La tour blanche) (Ted Tetzlaff) – Screen actors (Hal Elias, documentaire) - Convicted (La loi des bagnards) (Henry Levin) - The  flying  missile (L'engin  fantastique) (Henry Levin) - -The readhead and the cowboy (Tête d'or et tête de bois) (Leslie Fenton) - 1951  Follow the sun (Amour invincible) (Sidney Landfield) – The secret of Convict Lake (L’énigme du lac noir) (Michael Gordon) - Young man with ideas (Un garçon entreprenant) (Mitchell Leisen) - Le gantelet vert / The green love (Rudolph Maté ) - 1952   Affair in Trinidad (L’affaire de Trinidad) (Vincent Sherman) - 1953  The man from the Alamo (Le déserteur de Fort Alamo) (Budd Boetticher) – Time bomb (Cinq heures de terreur) (Ted Tetzlaff) - Plunder of the sun (Les pillards de Mexico) – The big heat (Règlements de comptes) (Fritz Lang) - Appointment in Honduras (Les révoltés de la Claire-Louise) (Jacques Tourneur) - Screen snapshots: Hollywood's greatest comedians (Ralph Staub, CM) – 1954  Human desire (Désirs humains) (Fritz Lang) - The Americano (Rendez-vous sur l’Amazone) (William Castle) - City story (William Beaudine, voix du récitant) – Trial (Le procès) (Marc Robson) - 1955   The violent men (Le souffle de la violence) (Rudolph Maté ) - Unterrupted melody (Mélodie interrompue) (Curtis Bernhardt) - Blackboard jungle (Graine de violence) (Richard Brooks) – Hollywood mothers and fathers (CM) - Have faith in our children (CM) – 1956  Jubal (L’homme de nulle part) (Delmer Daves) -  The fasted gun alive (La première balle tue) (Russell Rouse) - Screen snapshots : Hollywood small fry (Ralph Staub, CM) - The teahouse of the august moon (La petite maison de thé ) (Daniel Mann) – Ransom (La rançon) (Alex Segal) - 1957  3 :10 to Yuma (Trois heures dix pour Yuma (Delmer Daves) – Don’t go near the water (Prenez garde à la flotte) (Charles Walters) - 1958  The Sheepman (La vallée de la poudre) (George Marshall) – Cowboy (Id) (Delmer Daves) - Torpedo run (La dernière torpille) (Joseph Pevney) - Imitation general (Le général casse-cou) (George Marshall) - 1959 It started with a kiss (Tout commença par un baiser) (George Marshall) – The gazebo (Un mort récalcitrant) (George Marshall) – 1960  Cimarron (La ruée vers l’Ouest) (Anthony Mann) – 1961 Cry for happy (Opération Geishas) (Georges Marshall) - Four horsemen of the Apocalypse (Les quatre cavaliers de l'apocalypse) (Vincente Minnelli) - Pocketful of miracles (Milliardaire pour un jour) (Frank Capra, + producteur) 1962  Experiment in terror (Allô brigade spéciale) (Bake Edwards) - 1963  The courtship of Eddie's father (Il faut marier papa) (Vincente Minnelli) – Love is a ball (Le grand-duc et l’héritière) (David Swift) – Advance to the rear (Le bataillon des lâches) (George Marshall) – 1964  Fate is the hunter (Le crash mystérieux) (Ralph Nelson) – Dear heart (Delbert Mann) -   1965  The money trap (Piège au grisbi) (Burt Kennedy) – The rounders (Le mors aux dents) (Burt Kennedy) - The rage (La rage de survivre) (Gilberto Gazcon) – Paris brûle-t-il ? (René Clément) – 1966  A  time  for  killing (La poursuite des tuniques bleues) (Phil Karlson) – 1967  The  pistollero  of  the  Red  River / The last challenge (Le  pistolero  de  la  rivière  rouge) (Richard Thorpe) - 1968  Day of the evil gun (Le jour des Apaches / Cavaliers de la fureur) (Jerry Thorpe) - Once upon a wheel (David Winters, CM) - 1969  Smith ! (Michael O'Herlichy) - Heaven with a gun (Au paradis à coups de révolver) (Lee h. Katzin) - MCRD, San Diego (documentaire, voix du récitant) - 1970 Nothing for granted : The story of the Navy's test and evaluation (documentaire, voix du récitant) - 1971  Santee (Gary Nelson) - 1976  Midway (La bataille de Midway) (Jack Smith) - 1978  Superman (Id) (Richard Donner) - 1979  The visitor (Giulio Paradise) - 1980  Virus (Kinji Fukasaku) - 1981  Happy birthday to me (Happy birthday : souhaitez ne pas être invité ) (Jack Lee Thompson) - Day of the assassin / El día de los asesinos (Brian Trenchard) - 1988  Casablanca Express (Sergio Martino) - 1990  Border shootout (Chris McIntyre) - 1991  Raw nerve (David A. Prior) - JFK (Id) (Oliver Stone, rôle coupé au montage final) - 1992  Our Hollywood education (Michael Beltrami, documentaire).

ARTICLE / AFP

31/08/2006 06h07

Mort de l'acteur Glenn Ford, figure de l'âge d'or de Hollywood

LOS ANGELES (AFP) - L'acteur américain d'origine canadienne Glenn Ford, qui avait joué dans des dizaines de films de l'âge d'or de Hollywood, dont "Gilda" avec Rita Hayworth, est mort mercredi à son domicile de Beverly Hills (Californie, ouest) à l'âge de 90 ans. S'exprimant sous couvert de l'anonymat, un policier de la ville des stars à l'ouest de Los Angeles, a confirmé la mort de Ford, qui était malade depuis des années, ayant souffert notamment de problèmes circulatoires et cardiaques. De son vrai nom Gwyllyn Samuel Newton, l'acteur, né en 1916 à Sainte-Christine au Québec, avait émigré avec sa famille en Californie en 1924 avant de monter sur les planches, puis de faire son trou à Hollywood à l'orée de la Seconde Guerre mondiale. Il était alors sous contrat avec le grand studio Columbia. Interrompue par la guerre durant laquelle Ford sert dans les Marines, sa carrière reprend en feu d'artifice dès 1946 avec "Gilda" de Charles Vidor, dont la scène de "strip-tease au gant" fera de Rita Hayworth une icône. Dès 1940, ce tandem était réuni dans "The lady in question" du même Vidor, et il s'était reformé en 1948 dans "Les amours de Carmen" et "L'affaire de Trinidad" en 1952. Cheveux gominés, sourire impeccable, costume immaculé, Ford est l'incarnation du jeune premier à la fin des années 1940, avant d'être celle du "Monsieur Tout-le-monde" en mûrissant, lorsqu'il enchaîne les films avec les maîtres de la capitale du cinéma dans les années 1950.Il sera l'interprète principal de Fritz Lang dans les films noirs "Règlements de comptes" (1953) et "Désirs humains" l'année suivante, où il dévoile un côté plus sombre de son talent. Au début des années 1960, Vincente Minnelli l'emploie avec le même bonheur dans "Les quatre cavaliers de l'Apocalypse", drame sur fond de nazisme, puis dans "Il faut marier papa", comédie où il incarne un jeune veuf que ses enfants veulent remarier. Il retrouve une Rita Hayworth vieillissante pour une cinquième fois dans "Piège au grisbi" de Burt Kennedy en 1965.Parallèlement, Ford est un cow-boy très convaincant dans "L'homme de nulle part" (Delmer Daves, 1956), "Trois heures dix pour Yuma" (idem, 1957) et "Cow boy" l'année suivante, toujours avec Daves. Son nom figure également au générique des films classiques "La ruée vers l'ouest" (1960) et "Paris brûle-t-il?" (1966). Travaillant plus souvent pour la télévision après 1970, il figure encore à cette époque dans des films à gros budget, où Hollywood a beaucoup recyclé ses vieilles gloires. C'est ainsi qu'on le retrouve en contre-amiral Spruance dans le film historique "Midway", aux côtés de Charlton Heston, James Coburn, Henry Fonda et Robert Mitchum. Rôle insolite dans une filmographie de plus de 100 titres, Ford est en 1978 Jonathan Kent, le père adoptif du "Superman" Christopher Reeve dans le premier opus de cette série promise à un grand succès.Glenn Ford, qui avait reçu un Golden Globe du meilleur acteur en 1962 et avait été nommé deux autres fois à ces récompenses, ne tournait plus depuis 1991, année de son dernier film, de série B, "Raw nerve". Très affaibli par une série d'attaques cérébrales, il n'avait pas pu assister à l'hommage qui lui avait été rendu le 1er mai dernier à l'occasion de son 90e anniversaire dans la célèbre salle de cinéma Grauman, à Hollywood, le quartier historique du cinéma américain dans le nord-ouest de Los Angeles.Il avait été marié et divorcé quatre fois, dont avec l'actrice des années 1930 Eleanor Powell, qui lui a donné un enfant, Peter, également devenu acteur.

LE FIGARO : Publié le 31 août 2006

L’acteur hollywoodien Glenn Ford s’est éteint. L'Américain d'origine canadienne, qui avait joué dans «Gilda» avec Rita Hayworth, est mort mercredi à l'âge de 90 ans, à son domicile de Beverly Hills. Il était l’une des figures de l’âge d’or du cinéma américain du milieu du XXe siècle. C’est un policier de Beverly Hills qui a confirmé la mort de Glenn Ford, dans la nuit de mercredi à jeudi. Malade depuis des années, il a fréquemment été hospitalisé à cause de problèmes circulatoires et cardiaques, il emporte avec lui un peu de la magie du cinéma des années 1940 et 1950, celui des grands studios d’Hollywood. De son vrai nom Gwyllyn Samuel Newton, l'acteur, né en 1916 à Sainte-Christine au Québec, avait émigré avec sa famille en Californie en 1924 avant de monter sur les planches, puis de faire son trou à Hollywood à l'orée de la Seconde Guerre mondiale. Il était alors sous contrat avec le grand studio Columbia. En tandem avec Rita Hayworth : Interompue par la guerre durant laquelle Ford sert dans les Marines, sa carrière reprend en feu d'artifice dès 1946 avec «Gilda» de Charles Vidor, dont la scène de «strip-tease au gant» fera de Rita Hayworth une icône. Dès 1940, ce tandem était réuni dans «The lady in question» du même Vidor, et il s'était reformé en 1948 dans «Les amours de Carmen» et «L'affaire de Trinidad» en 1952. Cheveux gominés, sourire impeccable, costume immaculé, Ford est l'incarnation du jeune premier à la fin des années 1940, avant d'être celle du «Monsieur Tout-le-monde» en mûrissant, lorsqu'il enchaîne les films avec les maîtres du cinéma dans les années 1950. Il sera l'interprète principal de Fritz Lang dans les films noirs «Règlements de comptes» et «Désirs humains» l'année suivante, où il dévoile un côté plus sombre de son talent. Au début des années 1960, Vincente Minnelli l'emploie avec le même bonheur dans «Les quatre cavaliers de l'Apocalypse», drame sur fond de nazisme, puis dans «Il faut marier papa», comédie où il incarne un jeune veuf que ses enfants veulent remarier. Il retrouve une Rita Hayworth vieillissante pour une cinquième fois dans «Piège au grisbi» de Burt Kennedy en 1965. Le père de Superman : Parallèlement, Ford est un cow-boy très convaincant dans «L'homme de nulle part» (1956), «Trois heures dix pour Yuma» (1957) et «Cow boy» l'année suivante, trois films de Delmer Daves. Son nom figure également au générique de grands classiques, comme «La ruée vers l'ouest» (1960) et «Paris brûle-t-il?» (1966). Travaillant plus souvent pour la télévision après 1970, il figure encore à cette époque dans des films à gros budget, où Hollywood a beaucoup recyclé ses vieilles gloires. C'est ainsi qu'on le retrouve en contre-amiral Spruance dans le film historique «Midway», aux côtés de Charlton Heston, James Coburn, Henry Fonda et Robert Mitchum. Rôle insolite dans une filmographie de plus de 100 titres, Ford est en 1978 Jonathan Kent, le père adoptif du «Superman» Christopher Reeve. Glenn Ford, qui avait reçu un Golden Globe du meilleur acteur en 1962 et avait été nommé deux autres fois à ces récompenses, ne tournait plus depuis 1991, année de son dernier film, de série B, «Raw nerve». Très affaibli par une série d'attaques cérébrales, il n'avait pas pu assister à l'hommage qui lui avait été rendu le 1er mai dernier à l'occasion de son 90e anniversaire dans la célèbre salle de cinéma Grauman, à Hollywood, le quartier historique du cinéma américain dans le nord-ouest de Los Angeles. Il avait été marié et divorcé quatre fois, dont avec l'actrice des années 1930 Eleanor Powell, qui lui a donné un enfant, Peter, également devenu acteur.

LIBÉRATION :

Glenn Ford l'arme à gauche, par Philippe Garnier

Parangon de la virilité américaine et acteur incontournable des années 50, Glenn Ford est mort à 90 ans.

Vendredi 1er septembre 2006 - 06:00

Los Angeles correspondance

«Comment tu me qualifierais?», demandait Johnny Farrell au vieux philosophe préposé aux chiottes dans le casino argentin de Gilda. «Paysan», répondait le vieux sans hésiter. Glenn Ford est ce genre de vedette problématique. On ne l'aime pas beaucoup, mais il figure dans trop de films qu'on aime pour que ce soit si simple. Véritable Mont Rushmore de la masculinité américaine, en 1958 il a été élu l'acteur le plus populaire de l'année par les exploitants de salles en Amérique, venant de faire Cowboy, La dernière torpille, La Vallée de la poudre, et, l'année précédente, «3 h 10 pour Yuma». L’acteur est mort jeudi dans sa maison de Beverly Hills, à 90 ans. Il n’était déjà “plus là” depuis quinze ans. Son fils Peter avait investi la prorpriété depuis des années déjà, et opérait un petit commerce de photos “dédicacées” en ligne. Il faisait pétition pour qu’on rende hommage à son père aux Oscar, et a récemment écrit sa biographie.

L'image de Glenn Ford avait quelque chose de synthétique et d'élémentaire à la fois, à l'instar de son nom de métier: une compression de son état civil impossible (Gwyllyn Samuel Newton Ford!). Glenn. Ford. Vallon. Gué. Difficile de faire plus simple ni plus Américain (même s'il est né à Québec, Ford est Californien jusqu'à la moëlle). Un nom parfait pour une bête à westerns, en tous cas: il en fera une bonne vingtaine. Son physique aussi était composite, mélange incommode entre animal et minéral, bestial et joli-coeur: nez porcin, tronche en tirelire, pourtant un tout qui faisait de lui un «beau gars», du moins après la guerre.

Pour le meilleur et le pire
A ce propos, il est  frappant de comparer Glenn Ford en face de Rita Hayworth dans un film de leurs débuts en 1940, The Lady in question (bénigne adaptation de Gribouille par Charles Vidor), et six ans plus tard dans l'archimythique Gilda, du même Vidor. Avec ses bouclettes et sa face de croupion qui le distinguent difficilement d'un jeune Dick Powell, on se demande par quelle chance il a bien pu conquérir le coeur du public. Ce n'est  qu'avec les années cinquante que Glenn Ford deviendra véritablement Glenn Ford, pour le meilleur et pour le pire.

Dans les premières années Columbia, rien ne le distingue des autres coqs du poulailler. Son collègue et futur rival maison William Holden ferait même plutôt des étincelles en comparaison, malgré ses insécurités quasi maladives. Texas, le petit western de George Marshall qu'ils font ensemble en 1941, est d'ailleurs le seul film sauvable de cette époque pour Ford (sinon c'est plutôt le genre Blondie Plays Cupid). Il connaît la même éclipse que William Holden durant son service dans les Marines, et doit son vrai départ à Bette Davis quand elle le réclame chez Warner pour La voleuse (Curtis Bernhardt), mais surtout bien sûr à ce drôle de film-phare, «Gilda».

Reggiani mal dégrossi
A cause d'une certaine chevelure rousse, d'une certaine robe noire et d'une paire de gants, on oublie souvent à quel point Glenn Ford a l’air tarte dans ce film. La mèche dans l'œil, penché sur les dés, il a le physique poupon d'un Reggiani mal dégrossi -- jamais sûr de ce qui va lui arriver dans la minute qui suit. C'est d'ailleurs le seul charme de cette confection sublime/ridicule qui continue d'abuser encore aujourd'hui plus d'un jugement : De sentir l'affolement ou l'amusement des acteurs qui disent leurs répliques sans jamais bien savoir ce qu'ils font, et surtout ce qu'ils feront dans la scène suivante -- puisque justement le script s'écrivait au fur et à mesure, concocté à la va-vite par la productrice- scénariste Virginia Van Upp. Si cette situation fait penser à celle de  Casablanca, c'était un peu l'idée: Gilda n'étant qu'une sorte de Casablanca d'après-guerre, avec un Hongrois de rechange aux manettes. Charles Vidor était si possible encore plus tordu que Curtiz, et il en rajoute une louche sur le sado-masochisme de ses personnages. Sinon, on a le même casino-cabaret, la vague intrigue avec les boches patibulaires, et bien sûr la femme fatale ("si j'étais un ranch, je m'appellerais le Bar-Nothing" -- le Tout Est Permis--", sussure Rita). Il y a souvent comme des trous d'air dans le dialogue, et on peut savourer le silence hésitant qui suit la réplique que Ford adresse à Ballin Mundson (Macready): "You live a gay life." Comme s'il réalise seulement ce qu'il vient de dire, ou se demande où ça mène.

Constipé et ridicule
Ford a raconté comment Vidor disait "des horreurs impubliables" à ses deux vedettes pour motiver leurs comportements amoureux et justifier les éclaboussures de cette relation volatile entre Farrell et Gilda. Mais on a beau avoir fait grand cas de la vraie liaison qui existait entre Ford et Rita Hayworth durant le tournage (et de Harry Cohn faisant poser des micros dans leurs loges), celle-ci n'apporte rien au film, pas la moindre étincelle, sinon un certain enjouement des participants, et la radiance particulière de Rita. Ford, lui, est proche du ridicule de bout en bout (spécialement avec un loup sur la figure). Constipé, les cheveux dépeignés, virant carrément Dirk Bogarde, il semble mal accepter le côté outrageusement "camp" de ce film, contrairement aux deux autres acteurs. Seule sa frustration et son affolement passager rendent le film intéressant. Farrell est pourtant déjà l'archétype qu'il incarnera le mieux: celui de l'Américain à l'étranger. Terrassant de confiance en soi, arrogant, déplaisant. The «Ugly American». Que ce soit à Trinidad, pour une "Affaire" bien dispensable (on prend les mêmes, Glenn et Rita, et on recommence),  ou dans ce bon petit film de William Castle que devait faire Boetticher à l'origine, The Americano.

Ford fut bientôt pris entre deux feux dans la guerre d'attrition opposant Harry Cohn et Charles Vidor qui, voulant rompre son contrat avec Columbia, s'arrangeait pour saboter les films qu'on lui imposait (Henry Levin les finissait tous). Pour Ford, en tous cas, le tournage de The Man from Colorado aura été un calvaire dont le titre français du film (La peine du talion!) ne donne qu'une pâle idée. Le film était pourtant un western plus ambitieux que beaucoup: pour une fois, Holden joue le bon officier, et Ford son supérieur qui sombre dans la folie criminelle. Congestionné, avec au moins autant de rouflaquettes que dans The Loves of Carmen (son troisième film avec Hayworth, celui qui l'a persuadé, avec raison, de ne plus jamais faire de films en costumes), Ford est apoplectique d'un bout à l'autre de ce curieux échec.

Carence
C'est son premier rôle "sombre", mais le dilemme de Ford est qu’il jouait mal la noirceur affichée. Par contre, il est bien en déserteur de l’Alamo dans le western éponyme de Boetticher (53), parce qu’il joue un juste sous déguisement d’infâmie. Ce sont les mêmes limitations qui empêchent un film aussi unanimement coté que 3 h 10 pour Yuma de fonctionner complètement: on a du mal à accepter Ford en chef de bande et criminel. Même s'il s'aquitte sobrement de sa tâche, il est peut-être déjà trop Glenn Ford pour faire un Ben Wade crédible. Il y a pourtant une carence chez lui dont certains cinéastes ont su jouer: Quelque chose de creux dans son héroisme tranquille, une certaine anxiété au fond des yeux qui grève cette virilité affichée. Agitation qui ne font que mieux ressortir la force et placidité sans problème de Van Heflin à côté de lui, dont la présence est extraordinaire dans le film de Delmer Daves (par ailleurs complètement sauvé par la sincérité du cinéaste et la magnifique photographie de Charles Lawton Jr.). Daves sera plus heureux avec Ford dans Jubal (parfait), et dans «Cowboy», où la dureté de l'acteur et son manque de générosité foncier font merveille en face du pied-tendre Jack Lemmon.

Versatilité et prolixité
Dans tous ces films, Glenn Ford porte sa panoplie de cowboy définitive: Chapeau blanc à couronne très basse, bords roulés sur les yeux, comme un tricorne. Sans parler du fameux blouson court qu'il semblait  particulièrement affectionner et qu'il portera jusque très tard dans sa carrière («Day of the Evil Gun», par exemple, au demeurant un assez bon western).

Dans les années cinquante, la versatilité de Glenn Ford n'a d'égal que sa prolixité. Il est compétent dans le film d'action, le mélodrame, et, de façon plus surprenante, la comédie. Il troque bientôt le bryll-cream pour la gomina et la brosse à houpette qui ne le quitteront plus guère dès «Experiment in terror» («Allo, brigade spéciale», de Blake Edwards), où il fait un captaine du FBI crédible mais affreusement terne en face d'une Lee Remick rayonnante. Pour la comédie, disons qu'il est efficace dans les pantalonades de George Marshall («Un mort recalcitrant», «Opération Geisha», etc...). Mais c'est finalement en veuf qu'il est le mieux, dans ses deux meilleurs films: «Règlement de comptes», de Fritz Lang, et «The Courtship of Eddie's Father» («Il faut marier Papa», de Minelli). L'un violent, l'autre pas; tous les deux graves. Glenn Ford est parfait au chevet de quelqu'un, ou dans les scènes domestiques, avec sa tendresse un peu forcée, sa gène presque tangible. Dans le film de Minelli, il est délicieusement lamentable avec ses martini-gins et ses cardigans bleu-ciel, objet de tous les désirs de ces dames. Parfait, justement, parce qu'il ne génère aucune chaleur, et certainement aucun sex-appeal. Son meilleur moment est quand il entend son fils (Ron Howard) parler calmement de la mort de sa mère; et aussi quand il se prend une baffe par sa voisine de palier, Shirley Jones.

Anonyme
Dans «Règlement de comptes» (le film favori de tout le monde), sa figure est plus asymétrique que jamais, ses cheveux brillantinés sont plus longs, comme négligés. Le héros est fatigué. Lourds paletots, chapeau repoussé haut sur le crâne, cravate en bataille. Quatre ans auparavant, bien sûr, Ford avait joué un précurseur de Bannion, avec le même chapeau, le même costume anonyme, la même lassitude, la même épouse fidèle que son travail finit par mettre en danger. C'était dans un petit film de Joe H. Lewis, modeste mais non déplaisant: «Undercover Man». Ford y jouait un agent du Treasury Department déterminé à faire mettre en taule le "Big Fellow" pour fraude fiscale. C'était Al Capone avant la lettre, et aussi, bien sûr Les Incorruptibles. Mais si Glenn Ford avait une jolie scène à la campagne avec Nina Foch, une scène d'abandon d'une qualité plutôt troublante dans un film de ce genre, son policier reste une silouette de série B.
Ce n'est qu'avec «Règlement de comptes» qu'il accède à la même qualité que, celle de, disons, Dana Andrews. L'épaisseur, et côté élimé du limier. Ford est fascinant à regarder en présence des deux femmes du film, sa femme Katie, et Debbie Marsh, la poule de luxe ("nous sommes soeurs, sous le vison" ). L'une est insupportable de dévouement et d'amour pot- au-feu, l'autre a toutes les bonnes répliques. L'une est jouée par Jocelyn Brando, l'autre par Gloria Grahame.

Autant dire que le choix est fait dès le départ pour nous, mais l'aveuglement de Ford a beau être risible,  sa personnalité d'acteur le rend complètement crédible: quelque chose de rigide et moral chez lui; de très con aussi. Cette qualité nous retombera sur le pied de façon plus pénible deux ans plus tard avec «Graine de violence», film très surfait de Richard Brooks qui nous vaut aussi la scène la plus ridicule de toute la carrière de Glenn Ford - défendant les valeurs démocratiques contre le surin de Vic Morrow à l'aide du drapeau américain, en pleine salle de classe.

Réussi à son insu
Au contraire de Brooks, Fritz Lang et son scénariste, l'excellent Sydney Boehm, ont su écrire le personnage de Bannion avec beaucoup de complexité, et on ne peut imaginer quelqu'un d'autre que Ford dans ce rôle réussi presqu'à son insu. Il est parfait de révolte mal contenue au début, et encore mieux quand il se laisse aller à la haine. Lang lui donne des poings catapultes -- il faut voir Lee Marvin et les autres affreux littéralement gicler hors-champ, valdinguer dans les cloisons. Pourtant, le succès du film se construit autour de Ford et pas sur lui; les moments mémorables ne sont pas les siens, mais ceux de Marvin, Dan Seymour ("but it's my big fat neck" ), et bien sûr Gloria Grahame. Debbie n'arrête ni de parler ni de picoler, mais elle se montre bon juge de caractère quand elle dit à Glenn Ford qu'il est «à peu près aussi romantique qu'une paire de menottes». Autre réplique mémorable dans le canon pourtant très chargé de la grande Gloria: «Je me sauve, me faire raser les jambes ou quelque chose...».

On soupçonne d'ailleurs Lang de ne souscrire qu'à moitié à la virilité béton de Glenn Ford. Il n'a pu s'empêcher de placer un narquois «Put the Blame on Mame» en sourdine dans le night-club du film, comme pour se moquer de ce que Ford représente pour le public américain depuis «Gilda». Il est plus explicite, mais peut-être pas aussi perspicace, quand il explique à Bogdanovitch ce qui clochait dans «Désirs humains», l'adaptation de «La bête humaine» que lui demande de réaliser Jerry Wald l'année suivante: «Dans le film de Renoir, Gabin jouait un maniaque qui tue parce que c'est ce qui l'excite sexuellement. Moi j’avais Glenn Ford, le mâle american pur-jus, avec des penchants sexuels tout ce qu'il y a de normaux — si tant est que pareille chose existe...»

Productions de guerre et westerns crépusculaires
Il y aura d'autres films, beaucoup d'autres (il en a fait 84 en un demi-siècle) mais aucun aussi marquants. Capra, sans doute de mauvaise foi, le crédite de l'avoir incité à la retraite, après le tournage éprouvant de «Pocketful of Miracles» («Milliardaire pour un jour» ) en 1962. Il semble abonné aux remakes aussi inutiles que boursoufflés (l'horrible «Quatre Cavaliers de l'Apocalypse» de Minelli), aux grosses productions de guerre («Paris brûle-t-il?», Midway), et, bien meilleur terrain, aux westerns crépusculaires. Il ne peut rien pour sauver «Le pistolero de la rivière rouge»  de la routine d'un Richard Thorpe en fin de course, mais «Day of the Evil Gun» («Le jour des Apaches», Jerry Thorpe) et surtout «A Time For Killing» («La poursuite des tuniques bleues» ), sont plus qu'intéressants. Les dialogues incessants et la violence du film de Phil Karlson restent toujours à la limite du déplaisant, voire de l'insupportable, mais la haine entre George Hamilton et Ford est à couper au couteau, certaines scènes à couper le souffle.

Sinon, le déclin de la carrière est patent: télé («Cade's County» ), co-prodes italiennes («Goodbye and Amen» ), ou, pas de quoi pavoiser, «Happy Birthday to Me» (Lee Thompson).

Comme acteur, Glenn Ford pouvait aller. Comme vedette, il était toujours décevant. On ne le trouve jamais dans les livres sur les stars. Son seul livre de mémoires est un bouquin sur le jardinage («R.F.D., Beverly Hills» ), ses interviews sont toujours accablants de platitude. On l'a vu en 1985 devant la caméra de «Cinéma, Cinémas», suintant la fausse simplicité: «Je ne sais jouer que moi-même; c'est pour ça que j'aime tant faire des westerns, parce qu'on me paie pour jouer ce que je suis tous les jours.» La vaste maison respirait le vide et l'inaction, mailgré la présence du valet philippin. Tatillon pour les choses sans importances et catastrophique pour celles qui en avaient, l'acteur avait interrompu une prise pour allumer des jets d'eau sur le patio (comme les bourgeois dans «Mon oncle» ).

Dans sa salle de billard, faraud devant ses murs couverts de photos dédicacées de présidents et généraux américains, il expliquait l'absence totale de cinéastes parmi les portraits: «pas assez importants». Pour le plus gros de l'interview, Claude Ventura l'avait fait asseoir trop haut sur les marches, dans une position que l'acteur trouvait inconfortable, à cause de sa hanche en métal (chute de cheval). Une fois refermée, la grande porte blanche coulissante du 911 Oxford Way à Beverly Hills, on ne pouvait s'empêcher de penser qu'on connaissait enfin la raison pour laquelle ce parangon de la virilité américaine nous avait toujours semblé sonner un peu creux.

AP/CYTHIA HAYWARD

LE MONDE

Glenn Ford, acteur américain d'origine canadienne, par

Jean-François Rauger

| 31.08.06 | 15h40 


L'acteur américain d'origine canadienne est mort, à Beverly Hills (Californie), mercredi 30 août. Il était âgé de 90 ans.

Le nom de Glenn Ford est attaché à un cinéma hollywoodien qui, après la guerre, commence à exprimer toute une série d'inquiétudes. L'optimisme et le sens de l'épopée, qui s'exprimaient durant l'âge d'or des années 1930 sont révolus lorsque le film noir s'impose et que le western s'interroge sur ses origines et soumet ses héros au doute. Glenn Ford, avec plus de cent films à son actif, aura représenté un type de héros, plus réaliste, en phase avec ce basculement du cinéma américain.

Gwyllin Samuel Newton Ford est né le 1er mai 1916 à Sainte Christine, au Canada, dans la province du Québec. Sa famille émigre en Californie, à Santa Monica, en 1924. Après quelques années de théâtre sur la Côte ouest, il est embauché par le studio de cinéma Columbia en 1939. Durant la Guerre, il interrompt sa carrière pour servir dans les Marines, effectue même une partie de son service en France. Il épouse l'actrice Eleanor Powell en 1943. Il divorcera de celle-ci en 1959.

C'est donc après-guerre qu'il parvient au vedettariat. D'abord un film avec Bette Davis (A stolen Life de Curtis Bernhardt en 1946) et puis, surtout, Gilda avec Rita Hayworth réalisé la même année par Charles Vidor. Le film deviendra mythique pour une célèbre séquence où Rita Hayworth retire lascivement son gant pour devenir un emblème de l'érotisme hollywoodien et la marque d'un relatif amoralisme sceptique face au monde corrompu et désenchanté qui sera celui du film noir.

Glenn Ford y incarne un joueur professionnel qui retrouve et séduit à nouveau une femme qu'il a aimée et qui est mariée au cynique propriétaire d'une maison de jeu. Gilda contribuera beaucoup à la fascination de la cinéphilie d'après-guerre, notamment en France, pour le cinéma américain. Glenn Ford avait rencontré Rita Hayworth sur la plateau de The Lady in question en 1940, et tournera à plusieurs reprises avec elle, notamment dans Les Amours de Carmen de Charles Vidor (1948) et dans L'Affaire de Trinidad de Vincent Sherman (1952).

Ford est, désormais, une des stars de la Columbia. La rencontre avec Fritz Lang sera décisive. La sobriété de jeu de l'acteur le désigne comme le parfait héros langien, individu gris, quelconque et ambigu en même temps, aux motivations plus complexes. Dans Règlements de comptes (The Big Heat, 1953), il incarne un policier décidé à venger la mort de sa femme tuée par un truand. Dépassé par sa propre fureur, le personnage est au bord du déséquilibre. Il retrouve un rôle aussi complexe dans Désirs humains (1954), adaptation par Lang de La Bête humaine. Dans Graine de violence, de Richard Brooks, en 1955, il incarne un enseignant confronté à la violence d'une partie de ses élèves qu'il va tenter de remettre dans le droit chemin. C'est l'Américain moyen-type qui doit faire face à une situation exceptionnelle, une figure qu'il incarnera souvent.

RÉALISME PSYCHOLOGIQUE Glenn Ford tiendra le rôle principal dans plusieurs westerns dont certains comptent parmi les plus réussis de cette période : L'Homme de nulle part (1956), Trois heures dix pour Yuma (1957) et Cow Boy (1958), signés Delmer Daves. Une volonté de réalisme psychologique s'incarne parfaitement dans des personnages à l'humanité affirmée. La première balle tue (1956) de Russel Rouse sera une autre réussite du western.

Vincente Minnelli lui confiera deux rôles importants : celui d'un homme contraint, contre sa nature, à l'engagement durant la seconde Guerre mondiale dans Les quatre cavaliers de l'apocalypse (1962) et celui d'un veuf père d'un enfant dans Il faut marier Papa (1963). Il sera, en 1961, la vedette du film de Frank Capra, Milliardaire d'un jour, dont il est aussi producteur-associé.

Mais avec les années 1960, c'est toute une période qui prend fin à Hollywood pour laisser place à l'incertitude, à la parodie, à la perte de confiance. Il y aura encore quelques bonnes surprises comme Piège au grisbi de Burt Kennedy (1965) où il incarne un policier tenté par la corruption.

Glenn Ford devient alors, comme de nombreux acteurs de sa génération, une vedette de la télévision. Il incarne le shériff Sam Cade dans la série du même nom à partir du début des années 1970 et tient un des rôles principaux du feuilleton The Family Holvak à partir de 1975. Désormais, il apparaît dans un film un peu comme une vieille gloire hollywoodienne invitée (Superman, de Richard Donner en 1978 où il est le père adoptif du super-héros). Celui qui déclarait n'avoir finalement incarné que lui-même à l'écran ne tournera plus après 1991.

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29 août 2006

THE OFFICE VS LE BUREAU

Ricky Gervais

Sortie DVD de la série culte de la BBC "The office", soit 12 épisodes de 29 minutes de 2001 à 2002, + 2 épisodes plus long dans un spécial Noël de 2003, formant un épilogue. C’est l’occasion de découvrir l’univers de Ricky Gervais, humoriste anglais particulièrement mordant. On avait vu en début d’année sur TPS, "Extras", hilarante série sur deux figurants aigris, hantant les tournages, et bénéficiant de guest stars, succès précédent oblige, comme Samuel L. Jackson et Ben Stiller particulièrement désopilants et se parodiant eux-mêmes. Co-écrite avec Stephen Merchant, "The office" se présente sous la forme d’un reportage pris sous le vif, façon "Strip-tease" - émission belge culte passant régulièrement sur France 3 -, sur une plateforme de travail, dans les bureaux d’une importante société de ramettes de papier. Les caméras filment les employés, les suivant dans toutes les occasions, en boîte de nuit, lors du concours annuel de trivial poursuite ou dans une réunion catastophique animée par un intervenant extérieur. David Brent – Ricky Gervais dans un formidable numéro d’acteur -, un quadragénaire vulgaire, agité permanent, plaisante allégrement avec une lourdeur considérable, histoire dit-il de remonter le moral de ses subordonnés. Mais rien n'y fait,  une menace de licenciements planant sur eux, suite à une restructuration avec une autre branche de l’entreprise. Cabotin en diable, il ne supporte cependant pas toute dérision à son sujet. Il bénéficie d’une bêtise assez prononcée, lui évitant de voir le ridicule dont il fait preuve à chaque instant. Orgueilleux, machiste, un tantinet raciste, fêtard, il se voit comme quelqu'un de très sympathique. Il est flanqué d’un adjoint, réserviste à l’armée, psychorigide, conformiste et suffisant, nommé Gareth Keenan. Il est campé par le désopilant Mackenzie Cook, déjà excellent en Ragetti dans le pataud "Pirates des Caraïbes 2", son côté grand blond efflanqué et suffisant est très efficace. Gareth a un rapport assez énervé avec son collègue Tim – brillant Martin Freeman – qui trompe son ennui en compagnie de la standardiste dont il tombe amoureux alors qu’elle est déjà en couple. Le petit monde du bureau, perplexe devant le numéro permanent de David Brent, ronge son frein, avec parfois une distante ironique, comme le désopilant et permanent numéro de pince-sans-rire du personnage de Keith – singulier Ewan MacIntosh -. Les situations sont très cocasses, nous vengeant allégrement de nos propres tracas de bureaux –fortement appréciable si vous oeuvrez comme moi dans ambiance panier de crabes  -. C’est ici une excellente radiographie du monde du travail, montrant le nivellement par le bas d’un travail de groupe. Il y a pourtant une émotion assez flagrante dans ce lieu clos, qui a pour épée de Damoclès le chômage, loin d'être consolé par la stupidité d’un petit chef.

François Berléand

Canal + a adapté à la lettre la série avec pour titre "Le bureau ", montant le peu de créativité de cette chaîne, loin d’être une HBO a la Française, malgré des séries comme "Engrenages" ou des téléfilms traitant de problèmes contemporains ou du XXème siècle - "Nuit noire", etc… -. C’est le tandem Nicolas et Bruno qui s’y colle, j’avoue n’avoir pas perçu l’humour de leurs "messages à caractère informatif". La sortie DVD suivant de près celle de "The office", donne l’occasion de retrouver ce remake, après un passage réservé pour les abonnées – en pleine coupe du monde -, puis en clair les dimanches de cet été. Le duo me semble ici plus inspiré, même s’ils doivent énormément à l’œuvre de Ricky Gervais, qui est suffisamment forte, pour une transposition en France. A noter qu’il y avait déjà eu une adaptation américaine avec 2005, avec Steve Carell. Aucune référence n’apparaît sur la jaquette du DVD sur l’œuvre originelle, présentée comme une création originale, ce qui est assez désobligeant pour les vrais créateurs. Le duo reprennent strictement les mêmes histoires et les dialogues des 6 premiers épisodes et en adaptant les situations à la mentalité française. Mais il y a ici la formidable idée de prendre François Berléand dans le rôle du petit chef faussement sympathique. Ils n’hésitent pas à charger encore plus son personnage de Gilles Triquet, le rendant encore plus veule que celui de Ricky Gervais, ce qui nous vaut une réjouissante performance de Berléand. Il faut le voir faire preuve de veulerie, et son interprétation est suffisamment subtile, pour éviter le travers pour un acteur de se montrer plus malin que son personnage. Il faut voir ses regards caméras, tel un gamin pris au piège quand il a fait une bêtise, jouer façon Indochine des morceaux de sa composition dans un morceau d'anthologie ou sa manière de se complaire dans sa propre suffisance. A noter pour la petite histoire, qu’il avait une épaule cassée durant le tournage de la série, et qu'il avait eu du mal à mémoriser son dialogue, une suite continue d'enfilage d'idées reçues. Le reste de la troupe est excellent, comme Anne-Laure Balbir en standardiste hésitante, Benoît Carré reprenant avec bonheur le rôle de Gareth Keenan et Jérémie Elkaïm, apportant un décalage bienvenu, pour ne citer que les principaux. Connaissant un peu François Berléand, il m’a parlé d’un projet de suite pour cette série, avec cette fois ci, une histoire se démarquant de la version originale, avec un séminaire à l’étranger pour tout les employés de la COGIREP. Vivement la saison 2... On peut donc recommander vivement les 2 DVD pour ces 2 variations, riches en bonus, scènes coupées. On retrouve des similitudes entre Ricky Gervais et François Berléand, qui sont des trublions lors des tournages, plaisantant sans discontinuer, qui apportent leurs génies comiques à ce rôle riche en nuances.

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21 août 2006

FRAGMENTS D'UN DICTIONNAIRE AMOUREUX : LILIANE ROVÈRE

Cette grande égérie du Jazz a imprégné cet art de sa présence, Chet Baker avait décidé de se rendre en Europe en 1955, par amour pour elle. " Elle fut également la compagne de Dexter Gordon, ce qui lui vaut une participation au trop sous-estimé "Autour de minuit" (1985) de Bertrand Tavernier à ses côtés. Elle était également amie de Charlie Parker et Dizzie Gillespie notamment. "Des nuits entières, à l’hôtel, à Saint-Germain-des-Prés, à apprendre à écouter cette musique avec ceux qui la faisaient. Ou au Birdland, à New York, où elle débarque en 1954, dans sa petite robe noire, avec les cheveux courts et les yeux charbonneux qui ont séduit Chet Baker. Dans son jeu, on pourrait percevoir la trace de cette imprégnation. Quelque chose dans sa voix grave, colorée d’un chuintement, dans la nonchalance ou dans l’élan. Un swing. Au fil de la conversation, on devine ce mouvement irrésistible qui peut nous conduire à habiter un autre monde. Ou à élire le monde de l'art, de la musique, de la littérature, comme sa propre maison." Texte de présentation par Séverine Nikel, de l’émission sur France Culture en 2002 d’Anna Szmuc "Liliane Rovère, portrait d’une jazz lady". Même si elle confiait dans cette émission, de sa voix chaude, vivre au rythme du jazz, rôle après rôle, on la remarque durablement dans ses prestations. Elle personnifie souvent des femmes que la vie n’épargne pas, mais qui garde une bonne humeur communicatrice. Après des cours chez René Simon, elle se lance dans la comédie. Elle participe activement au théâtre comme dans "L’avare", "la sonate des spectres", "La passion de Jeanne d’Arc selon Gilles de Rais", etc… Elle écrit et joue également comme dans "Lili", en 1992, dans une mise en scène de Jean Gilibert. Selon le journal "L’humanité du 6 octobre 1992" : "c’est un spectacle qui «  bénéficie, pour le mini-programme de son spectacle, d’un dessin de Siné qui la montre se marionnettisant elle-même, tout en se fendant la tronche ou grimaçant au vinaigre. Sa « Lili » n’en finit plus de ne pas accepter de vieillir face au monde ravageur que les adultes font aux enfants. Le long d’un remblai de chemin de fer, la vie qui passe la porte à jacasser des naïvetés hargneuses : « Bonjour monsieur, comment ça va, vous vous portez bien pour un vieux. - Merci madame, vous aussi ? » Tout est dans ce « aussi »". Son grand tempérament, révélé par Bertrand Blier, qui l’utilise superbement dans trois films. Dans "Calmos",  provocation misogyne réalisé en 1975… l’année de la femme !, elle figure sous les ordres de Dora Doll irrésistible en général Bigeard au féminin, en militaire castratrice, dans un petit groupe de femme voulant violer le tandem désabusé Jean-Pierre Marielle-Jean Rochefort, paniqués par cette image de femme, elle fait partie des plus virulentes, transcendent l’évidente vulgarité de la situation. On la retrouve en serveuse d’un café dans "Préparez vos mouchoirs" (1977), consolant Gérard Depardieu, qui a laissé l’amour de sa vie qui sombre dans la neurasthénie – Carole Laure – trouver réconfort dans les bras de Patrick Dewaere. Depardieu la raille, en lui disant qu’elle a une gueule de "Bernadette", et avait beaucoup d’émotion, elle lui confit avec une belle sensibilité, comment avec cette gueule là, elle pouvait lui apporter en tendresses dans une autre occasion. Elle retrouve Depardieu, dans le chef d’œuvre de son auteur "Buffet froid" (1979), partageant la morosité de son chômeur de mari, essayant de subsister et de ne pas se résigner avec de croiser malencontreusement la route d’un assassin poète, superbement joué par Jean Carmet. Surprise, elle a même un premier rôle, dans ce que l’on présume être un nanar de premier classe – et que l’on aimerait voir – "Comment passer son permis de conduire", sorti en 1980, aux côtés du sympathique Claude Legros qui joue son mari malmené.

Dans "Voyages"

On ne la retrouve malheureusement ensuite que dans de courts rôles dans les années 80, mais qu’elle marque durablement comme dans "Prisonnières" (1988) où désespérée, elle montre à ses codétenues, la photo de ses enfants qu’ils l’ignorent superbement. Sa connaissance de l’Anglais, lui vaut de participer à plusieurs tournages de films américaines en France. Mais ses rôles deviennent de plus en plus important. En alternant des rôles de victimes ballottés par la vie, et des personnages à "grande gueule" Elle est toute désignée donc pour figurer la mère de Béatrice Dalle dans "La fille de l’air" (1992). Les rôles s’étoffent, elle joue une "maîtresse femme" initiant Vincent Cassel dans un rituel exhibitionniste avec Amy Romand dans "Adultère mode d’emploi" (1995) de Christine Pascal, où elle est particulièrement impressionnante. Hélas, France 2, dans un accès rigoriste particulièrement frileux, supprime carrément cette scène lors d’une diffusion TV, ce qui fit l’objet de quelques polémiques. On la retrouve ensuite, dans quelques rôles de belle-mère quelque peu encombrantes, comme dans "Le bleu de villes" (1998), où elle prépare le sévices redoutable de l’effroyable de gâteaux aux cerises non-dénoyautées, avec une perversité régulière, ou dans "Harry, un ami qui vous veut du bien", où ses manières déclenchent vitesse grand V la névrose du personnage de Sergi Lopez. Cédric Klapisch la choisit pour figurer l’épouse de Jean-Paul Belmondo, dans "Peut être", elle l’interprète idéale pour être à la hauteur de l’abattage du comédien. Elle est une figure assez autoritaire, à la tête d’une petite tribut perdue dans futur proche, d’un Paris recouvert de sable. Toujours avec humour, car elle fait preuve toujours d’une auto-dérision, comme en cliente à l’épilation, au verbe facile dans "Vénus, beauté (institut)" (1998). Elle personnifie souvent des personnages libres et culottés comme celui frondeur dans "Je vous trouve très beau" (2005) où elle poursuit de ses assiduités Michel Blanc, paysan esseulé, quelque peu paniqué par la dame. Et elle fait toujours preuve d’une belle humanité, comme son rôle dans "Passionnément" (1998) , sorte de variation du personnage de Véronique Silver, dans "La femme d’à côté", où elle personnifie la raison face aux tourments de la paisson du couple Gérard Lanvin-Charlotte de Gainsbourg, la secrétaire résignée de François Berléand dans "La fille de son père" (2000), ou la mère (trop) aimante de Jacques Gamblin dans "À la petite semaine" (2002). Elle peut aussi faire preuve de réserve, comme dans le personnage de la domestique dans "La captive" (1999).

LilianeRov_re Dans "Le fils de l'épicier"

Elle participe volontiers à de nombreux courts-métrages, n’hésitant pas à participer parfois au scénario. Elle trouve peut-être son meilleur rôle, dans "Voyages" (1998), magnifique film d’Emmanuel Finkiel. Il raconte dans le dossier de presse : "C'est Maurice Chevit qui nous a raconté en Pologne, alors que nous cherchions encore Régine, que Liliane Rovère parlait yiddish ; même son agent l'ignorait ! Elle était très émue de jouer ce rôle et de retrouver cette langue qu'elle ne parle plus depuis longtemps. Elle n'a jamais joué en Yiddish !". Elle est particulièrement touchante dans ce rôle de Régine, qui accepte un imposteur comme père, ne supportant pas la déception de retrouver un père perdu. Dernièrement, elle irrésistible dans "J’invente rien" (2005), en  inventrice iconoclaste. Il faut la voir nous faire adhérer à l’improbable présentation d’inventions insolites, comme la pizza par fax !, elle nous amène même dans une certaine dimension fantastique. Mais toujours dans la générosité et le désintéressement comme dans ce patin d’anthologie accepté par Kad Mérad, sous le regard bienveillant d’Elsa Zylberstein. Avec le "Fils de l'épicier", sorti en 2007, elle trouve le rôle jubilatoire de Lucienne, habitante d’une zone rurale désertique. Elle régale Nicolas Cazalé de son animosité, ce dernier remplaçant son père dans une épicerie ambulante. Elle lui a gardé une grande rancune, car enfant, il aimait avec ses petits camarades à la surprendre dans ses "galipettes". A la moindre contrariété, elle refuse toute commande, se cabre, résiste, peste, lui renvoie ses quatre vérités à la figure, et finit par être carrément sur la défensive, un casque sur la tête après un malheureux accident de devanture. Mais derrière cette façade de femme revêche, se cache une grande, une gourmandise – il faut la voir découvrir des loukoums -, une générosité et un grand cœur inexploité. C’est une superbe performance pour cette comédienne qui alterne dans ce film, drôlerie et émotion. Suivent les retrouvailles avec son amour du jazz et Sam Karmann avec "La vérité ou presque". Elle joue avec beaucoup de dignité et de pudeur, la fille d'une grande chanteuse de jazz disparue face à Karin Viard et André Dussollier. Gardienne du temple de la mémoire de sa mère, elle construit un personnage touchant, émaillé de souvenirs personnels, les photos de son personnage étant les siennes propres,  selon Sam Karmann. Souhaitons qu’on lui propose toujours des rôles à sa mesure, elle saura de toute manière amener un note attachante, une gouaille, une drôlerie ou un appétit de vivre. Elle figure dans les indispensables du cinéma français, et personnellement je la mets volontiers dans mon petit panthéon des comédiens français les plus remarquables, catégorie des formidables.

Filmographie : 1969  Le portrait de Marianne (Daniel Goldenberg) - 1971  Une larme dans l'océan (Henri Glaser) - 1972  The day of the Jackal (Chacal) (Fred Zinnemann) - 1975  Calmos (Bertrand Blier) - Je t'aime, moi non plus (Serge Gainsbourg) - Monsieur Albert (Jacques Renard) - Andréa (Henri Glaeser) - Mon coeur est rouge (Michèle Rosier) - 1976  March or die (Il était une fois la légion) (Dick Richards) - 1977  Préparez vos mouchoirs (Bertrand Blier) - La jument vapeur (Joyce Buñuel) - 1979  Buffet froid (Bertrand Blier) - Le voyage en douce (Michel Deville, voix seulement) - Comment passer son permis de conduire (Roger Derouillat) - La bande du rex (Jean-Henri Meunier) - 1981  Enigma (Id) (Jeannot Szwarc) -  1985  Pour quelques je t'aime de plus (Marc Adjadj, CM) - Autour de minuit / Round Midnight (Bertrand Tavernier) – 1986  Waiting for the moon (Jil Goldmilow) - 1987  De guerre lasse (Robert Enrico) - La troisième solution (Henri-Paul Korchia, CM) - 1988  Prisonnières (Charlotte Silvera) - Black mic-mac 2 (Marco Pauly) - 1989  La Révolution française : les années Lumière (Robert Enrico) - 1990  Does this mean we're married ? (En france présenté comme téléfilm sous les titres : Les époux ripoux / Un drôle de contrat) (Carol Wiseman) - 1992  La fille de l'air (Maroun Bagdadi) - 1995  Adultère, mode d'emploi (Christine Pascal) - Un samedi sur la terre (Diane Bertrand) - 1996  Artemisia (Agnès Merlet) - Sept étages sans ascenceur (Bruno Joly, CM) - Le sujet (Christian Rouaud, CM) - 1997  Lila Lili (Marie Vermillard) - 1998  De l'art ou du cochon (Yves Beaujour, CM) - Le bleu des villes (Stéphane Brizé ) - Vénus beauté (institut) (Tonie Marshall) - Voyages (Emmanuel Finkiel) - Le plus beau pays du monde (Marcel Bluwal) - Passionnément (Bruno Nuytten) - Peut être (Cédric Klapisch) - 1999  La captive (Chantal Akerman) - Les fantômes de Louba  (Martine Dugowson) - Harry, un ami qui vous veut du bien (Dominik Moll) - 2000  La fille de son père (Jacques Deschamps) - Laissez-passer (Bertrand Tavernier) - Recouvrance (Frank Saint-Cast & Anaïs Monnet, CM) - Ici (Jérôme Bouyer, CM) – 2001  Veloma (Marie de Laubier) - Bord de mer (Julie Lopes-Curval) - L'écharpe (Éric Le Roux, CM, + co-scénario) - 2002  L'idole (Samantha Lang) - Variété française (Frédéric Videau) - À la petite semaine (Sam Karmann) - La prophétie des grenouilles (Jacques-Rémy Girerd, animation, voix) -  Méprise (Éric Le Roux, scénario seulement) - 2003  Le souffle (Mathieu Vadepied, CM) – 2004  Alex (José Alcala) - L’origine du monde (Erick Malabry, CM) – 2005  Prozac tango (Michael Souhaité, CM) - Je vous trouve très beau (Isabelle Mergault) - J’invente rien (Michel Leclerc) - 2006  Le fils de l'épicier (Éric Guirado) - La vérité ou presque (Sam Karmann).

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Télévision : (notamment) : 1969  Les cinq dernières minutes : Le commissaire est sur la piste / Sur la piste (Claude Loursais) - 1971  Le tambour du Bief (Jean Prat) - 1972  Raboliot (Jean-Marie Coldefy) - Les cinq dernières minutes : Chassé-croisé (Claude Loursais) - 1973  Hôtel Baltimore (Arcady) - 1976  Esprit de suite (Jean Hennin) - 1978  Les grands procès témoins de leur temps : Le pain et le vin (Philippe Lefebvre) - Messieurs les jurés : L'affaire Moret (André Michel) - Médecin de nuit : Michel (Philippe Lefebvre) - 1979  Une femme dans la ville (Joannick Desclercs) - Julien Fontanes, magistrat : Une femme résolue (Bernard Toublanc-Michel) - 1980  Les dossiers éclatés : Le querellé ou la la nécessité d'être comme tout le monde(Alain Boudet) -  Une faiblesse passagère (Colette Djidou) - 1981  Sans famille (Jacques Ertaud) - Joëlle Mazart (Serge Leroy) - 1982  L'ours en peluche (Edouard Logereau) - 1983  Quidam (Gérard Marx) - 1984  Mistral's daughter (L'amour en héritage)  (Douglas Hickox et Kevin Connor) - Les enquêtes du commissaire Maigret : Maigret se défend (Georges Ferraro) - 1985  Nazi hunter : The Beate Klarsfeld story (Beate Klarsfeld) (Michael Lindsay-Hogg) -  1986  Série noire : Mort aux ténors (Serge Moati) - 1989  Les sirènes de minuit (Philippe Lefebvre) - Le hérisson (Robert Enrico) - Renseignements généraux : Jeux dangereux (Philippe Lefebvre) - 1992  Les danseurs du Mozambique (Philippe Lefebvre) - 1993  C'est mon histoire : Soif de s'en sortir (Dominique Tabuteau) - 1994  Les grandes personnes (Daniel Moosmann) - Navarro : Le choix de Navarro (Nicolas Ribowski) - 1995  Chercheurs d'héritiers : Les gens de Faillac (Laurent Heynemann, pilote inédit de la série, mais diffusion tardive sur le câble) - L'avocate : Linge sale en famille (Philippe Lefebvre) - 1999  Mary Lester : Maéna (Christine Leherissey) - 2001  Demain et tous les jours après (Bernard Stora) - La crim' : Le dernier convoi (Denis Amar) - 2002  Froid comme l'été (Jacques Maillol) - 2003  La nourrice (Renaud Bertrand) - La bastide bleue (Benoît d'Aubert) -  2004  La crim' : Skin (Vincent Monnet) -Nature contre nature (Lucas Belvaux) - Les Montana : Dérapage (Benoît d'Aubert) - 2005  Retrouver Sara (Claude d'Anna) -

Mise à jour du14/09/2007

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18 août 2006

MORT DE BERNARD RAPP

Annonce de la mort prématurée hier de Bernard Rapp à l’âge de 61 ans. Triste nouvelle, j’ai gardé un bon souvenir de lui, l’ayant rencontré à deux reprises dont une pour l’avant-première d’une "Affaire de goût" avec le scénariste Gilles Taurand. J’ai gardé l’impression d’une grande affabilité, un flegme tout britannique cachant quelqu’un de passionné, et ayant une forte volonté de transmettre ses passions. Il fait partie de ses figures de la télévision, en proposant des missions dignes d’une certaine notion du service public, et c’est regrettable à la vision du PAF actuel, où même Arte a tendance à devenir une sous-France 3. On se souvient de lui journaliste, présentateur du journal télévisé – de 1983 à 1987 – et grand reporter. On lui doit d’excellentes émissions dont "l’assiette anglaise", entourés de chroniqueurs brillants. Il produit et présente  "Un siècle d'écrivains" de 1995 à 2000, en laissant une liberté à ses auteurs et donnant de véritables réussites comme "Le cas Howard Philipps Lovecraft". On lui doit sur le câble "Les feux de la rampe" de 2001 à 2003 habile adaptation française "Inside the actors studio" émission cultissime de l’excellent James Lipton, sur un ton intimiste. Il avait animé avec beaucoup d’intelligence une émission littéraire "Caractères" qu’il n’avait pût mener à terme faute d'audiences, mais aussi un Ciné-Club intelligent les mercredis soirs sur France 3, où il proposait des versions originales et invitait les auteurs pour discuter du film proposé – Jan Kounen pour parler de la polémique sur la sortie de "Dobermann" par exemple -. Comme Bernard Pivot, il était l’un des rares à arrêter une émission, même en plein succès pour pouvoir se renouveler.

Le cinéphile landa lui sera toujours reconnaissant de son "Dictionnaire Larousse des films", très utile ouvrage fait en collaboration avec Jean-Claude Lamy. Grand cinéphile, il avait signé son premier scénario en 1985 pour un film destiné au circuit "Omnimax" : "L’eau et les hommes". Il se lance en 1995 dans la réalisation avec "Tiré à part", film à réévaluer – pour l’avoir vu dans sa version anglaise à privilégier -, habile polar se passant dans les milieux de l’édition et porté par un Terence Stamp magistral se vengeant d’un Daniel Mesguich, plus sobre qu’à l’accoutumée. Son second film, "Une affaire de goût" en 1999, variation subtile du "Servant" de Joseph Losey, en offrant l’un des meilleurs rôles de Bernard Giraudeau, en restaurateur ambigu, manipulant un goûteur un peu naïf joué brillamment par Jean-Pierre Lorit. A la télévision il signe l’aimable "L’héritière" en 2001, où rayonne Géraldine Pailhas en femme d’affaires, aidée dans sa tâche par François Berléand tout en désinvolture. Sur le mode picaresque en 2002, il réussit "Pas si grave" comédie douce-amère, où trois enfants adoptés – Sami Bouadjila, Romain Duris, Jean-Michel Portal -, envoyés par un exilé de la guerre d’Espagne – le cinéaste Alejandro Jodorowsky -,  essaient de retrouver en Espagne ses anciens compagnons. Plus conventionnel, il signe, en 2004, "Un petit jeu sans conséquence", une adaptation assez mordante cependant de la pièce de Jean Dell et Gérald Sibleyras, avec Yvan Attal, Sandrine Kiberlain, Jean-Paul Rouve et le formidable Lionel Abelanski. Un grand salut à ce passeur selon la formule de Serge Daney, qui s’est avéré un artiste très convaincant.

ARTICLE - LE FIGARO - Le 18 août 2006

Bernard Rapp, homme de lettres et de goût, par Nathalie Simon

Le journaliste, animateur, réalisateur, producteur et auteur de talent est mort hier à l'âge de 61 ans des suites d'une longue maladie. Carole Gaessler l'a annoncé hier soir en ouverture du «20 heures» sur France 2 : Bernard Rapp est mort à l'âge de 61 ans. Ironie du sort : né le 17 février 1945 à Paris, le journaliste s'était distingué en présentant le journal télévisé sur la chaîne publique du temps d'Antenne 2, de 1983 à 1987. Passionné par son métier et respectueux du public, il fut couronné de trois 7 d'or, mais seulement après avoir quitté son fauteuil du «20 heures»... Animé par une curiosité insatiable et une énergie communicative, Bernard Rapp a ensuite enchaîné avec différentes émissions littéraires. Tout le monde a encore en mémoire sa fameuse «Assiette anglaise» tournée dans un pub parisien où, en compagnie d'autres chroniqueurs avisés (Jean Teulé, Christine Bravo...), l'ancien correspondant de Londres décortiquait avec un humour «so british» l'actualité culturelle. Homme de lettres – il avouait lire un livre par jour avec une prédilection pour la littérature anglo-saxone –, il animera par la suite «Jamais sans mon livre» et «Un siècle d'écrivains». Passionné de cinéma – il a présenté «Les Feux de la rampe» et «Ciné-cinéma» –, Bernard Rapp tentera une nouvelle aventure au grand écran comme réalisateur. En 1997, à l'âge de 50 ans, il sort son premier film, Tiré à part, un polar dont l'action se situe dans le milieu de l'édition. C'est surtout avec son second film, en 2000, qu'il connaîtra le succès auprès de la critique et du public : Une affaire de goût, avec Bernard Giraudeau et Jean-Pierre Lorit, qui le vit récompensé par le grand prix Cognac et nommé cinq fois aux césars. Suivront Pas si grave (2002) et Un petit jeu sans conséquence (2004). Cette adaptation d'une pièce de théâtre à succès, avec Yvan Attal et Sandrine Kiberlain, reçut le prix coup de coeur du public. Sans jamais se prendre au sérieux, Bernard Rapp ne se sentait pas, comme il le répétait lui-même, «professionnel de la profession», il avait simplement envie de raconter de «belles histoires». Il n'a pas négligé le spectateur du petit écran pour lequel, en 2002, il était de nouveau passé derrière la caméra pour une fiction baptisée L'Héritière. «Une fable», disait cet amateur de comédies anglaises, dans laquelle il dirigeait, avec une grande sensibilité, Géraldine Pailhas, qui fut récompensée par le prix de la meilleure comédienne au Festival de télévision de Saint-Tropez. Egalement auteur, il a coécrit avec Jean-Claude Lamy, le Dictionnaire des films, le premier dictionnaire Larousse des longs-métrages, et fut scénariste de L'Eau et les Hommes, réalisé par Pierre Willemin. Enfin, on lui doit quelques beaux ouvrages qui lui ressemblent : Itinéraire Angleterre, Pays de Galles, Ecosse, un inventaire à la Prévert consacré aux objets mythiques de l'Empire britannique Quality, objets d'en face et Lettres anglaises - Une promenade littéraire de Shakespeare à Le Carré en collaboration avec Olivier Barrot.Fin et cultivé, Bernard Rapp a inspiré de nombreux journalistes comme Isabelle Giordano, qui aime à rappeler qu'elle a appris son métier en le regardant présenter «Un siècle d'écrivains».

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17 août 2006

MORT DE BRUNO KIRBY

L'acteur américain Bruno Kirby ou Bruno Kirby jr, de son vrai nom Bruno Giovanni Quiadaciolu, vient de mourir à l'âge de 57 ans des suites d'une leucémie. Né à New York en 1949, il était le fils du vétéran Bruce Kirby. Il étudie avec Stella Adler et Peggy Fleury, avant de débuter au cinéma, sous le nom de B. Kirby Jr ou Bruce Kirby. C'était un grand habitué des seconds rôles. On se souvient aussi de lui dans le "Parrain II", personnifiant Richard S. Castellano jeune en reprenant son rôle de Clemenza. Un comédien doué et bénéficiant d’un fort capital de sympathie. Fidèle à l'univers de Billy Crystal, il était désopilant dans son coup de foudre avec Carrie Fisher dans "Quand Harry rencontre Sally...". Il devait le retrouver dans la comédie décalée "La vie, l'amour... les vaches" en vendeur dynamique. Il fallait le voir devant l'impassible Jack Palance. Il était aussi le faire-valoir idéal face au génie comique de Robin Williams dans "Good morning Vietnam", en officier désabusé. On le retrouvait donc souvent dans des rôles de bons copains ou de maffieux italo-américain. Un comédien doué et bénéficiant d’un fort capital de sympathie.

Bibliographie : "Quinlan's character stars" par David Quinlan Éditions Reynolds &  Hearn Ltd, 2004).

Filmographie : 1971  The Young Graduates (Robert Anderson) – 1973  The Harrad Experiment (Ted Post) - Cinderella Liberty (Permission d’aimer) (Mark Rydell) - 1974  The Godfather: Part II (Le parrain 2) (Francis Ford Coppola) – Superdad (Vincent McEveety) - 1976  Baby Blue Marine (John D. Hancock) -  1977  Between the Lines (Joan Micklin Silver) -  1978  Almost Summer (Martin Davidson) – 1980  Borderline (Chicanos, chasseur de têtes) (Jerold Freedman) – Cruising (Cruising - La chasse) (William Friedkin) - Where the Buffalo Roam (Art Linson) -  1981  Modern Romance (Albert Brooks) -  1982  Kiss My Grits (Jack Starrett) – 1983  This is Spinal Tap (Spinal Tap) (Rob Reiner) - 1984  Birdy (Id) (Alan Parker) – 1985  Flesh & Blood (La chair et le sang) (Paul Verhoeven) -  1987  Tin Men (Les filous) (Barry Levinson) -  Good Morning, Vietnam (Id) (Barry Levinson) – 1988  Bert Rigby, You're a Fool (Vidéo : Hollywood Follies) (Carl Reiner) - 1989  When Harry Met Sally (Quand Harry rencontre Sally...) (Rob Reiner) -  We’re No Angels (Nous ne sommes pas des anges) (Neil Jordan) -  1990  The Freshman (Premiers pas dans la mafia) (Andrew Bergman) – 1991   City Slickers (La vie, l’amour… les vaches) (Ron Underwood) – 1992  Hoffa (Id) (Danny DeVito) -  1993  Golden Gate (John Madden) – 1995  The Basketball Diaries (Basketball Diaries) (Scott Kalvert) –1996  Heavenzapoppin' ! (Robert Watzke, CM) -  Sleepers (Id) (Barry Levinson) -  Donnie Brasco (Id) (Mike Newell) -  1999  A Slipping Down Life (Toni Kalem) -  History Is Made at Night (Id) (Ilka Jarvilaturi) -  Stuart Little (Id) (Rob Minkoff, animation, voix) – 2001  One Eyed King (Vidéo : Une histoire d'hommes) (Nathaniel Ryan) – 2003  The Trailer (Steve Altman, CM) -Waiting for Ronald (Ellen Gerstein, CM) -  2006  Played (Sean Stanek).

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16 août 2006

ARRIVEDERCI AMORE, CIAO

On était curieux de retrouver Michele Soavi, perdu dans les limbes de la télévision italienne, depuis son dernier film, l’iconoclaste "Dellamorte Dellamore", avec Rupert Everett et François Hadji-Lazaro et son célèbre "gnâ !"», datant de 12 ans déjà. Il s’était un peu perdu dans les limbes de la télévision italienne, mais on retrouve ici sa patte de petit maître maniériste qu’il avait dans de petits films d’horreurs originaux comme "La setta", avec Herbert Lom et surtout "Bloody Bird", où un tueur portait un curieux masque de hibou. De bons souvenirs dans quelques soirées câblées désœuvrées, ce type de film revenant souvent dans la programmation. On retrouve Alessio Boni, inoubliable interprète de "Nos meilleures années" film fleuve de Marco Tullio Giordana -, où il avait un personnage beaucoup plus sensible ici que ce personnage de Giorgio Pellegrini ancien révolutionnaire devenu nihiliste dans cette adaptation d’un roman de Massimo Carlotto. On le découvre au milieu de guérilleros armés jusqu’aux dents, avec une barbe "cheguevarresque". Dans ce recoin oublié de l’Amérique Latine, il trompe son ennui en jouant avec les perspectives en ouvrant et fermant un œil, à la vue d’un crocodile fonçant sur un cadavre. Dégoûté d’avoir dû répondre à un ordre imbécile, il décide de fuir cette vie d’activiste.  De retour en Europe, il va tenter, en se transformant en maître chanteur, de soutirer de l’argent à l’un des ses anciens compagnons, ancien communiste reconverti dans le polar. Son but final est finalement d'aboutir à une réhabilitation, pour enfin refaire sa vie, après une peine de prison symbolique. Giorgio va comprendre que seul la violence peut l’amener à ses fins. Il est conforté dans cette idée avec sa rencontre avec un flic ripoux d’anthologie nommé Anedda – Michele Placido impressionnant -. Opportuniste, Giorgio va se servir de son expérience passée, pour organiser des casses avec la complicité du policier. Même si on pense au "Romanzo criminale" de Placido, vu cette année, ce film n’est en rien une réflexion politique. C’est plutôt dans la tradition du film noir, du "Poliziotteschi" italien, genre qui avait eu son heure de gloire dans le cinéma italien des années 70, et reconsidéré ces derniers temps par la sortie DVD de trois d’entre eux "Rue de la violence" , "La rançon de la peur" et "Brigade spéciale" sortis chez Neo Publishing.

Michele Placido & Alessio Boni

C’est un genre violent, où les policiers franchissent allégrement la légalité pour arriver à leurs fins. Ici il n’y a finalement aucune psychologie dans le personnage de Giorgio, juste une sorte de traumatisme originel dans un attentat qui avait fait une imprévisible victime innocente, ce qui nous vaut une très belle scène poético-macabre à la vision d’un arbre sanglant. Giorgio n’a plus d’illusions, ni d’états d’âmes, arriviste dans l’âme, il se sert de petites crapules apatrides pour voler de l’argent, participe aux compromissions politiques avec un art consommé. Rentrant comme homme de main dans une boîte de nuit, et se servant de sa belle gueule avec une rouerie assumée, pour séduire une femme riche – Isabelle Ferrari, qui montre ici une gravité inattendue -, où organiser de petits trafics... Si la mise en scène de Michele Soavi, semble plus sage qu’au paravent, il ne résiste pas à certaines virtuosités. Il y a des citations d’autres œuvres – une célèbre scène du "Soupçons" d’Hitchcock, sans vouloir déflorer le film par exemple -. On sent qu’il prend un plaisir évident avec ce monstre froid, même s’il se complait dans une noirceur évidente mais avec une certaine stylisation et un humour noir assez salvateur. Seule la jeune Roberta – révélation d’une belle sensibilité : Alina Nadela – apporte un souffle d’air frais dans un monde cynique et impitoyable en attendant un climax final particulièrement suffocant. Mais elle ne va servir qu’à une caution de moralité lorsqu’elle rencontre Giorgio. L’immoralité de l’ensemble tranche singulièrement avec la moyenne du cinéma actuelle. Alessio Boni campe ce personnage avec conviction et ambiguïté, et sa confrontation avec Michele Placido passé bien au-delà de la corruption est très réussie. Un film qui ne laisse personne indifférents, qui distille une ambiance torve particulièrement singulière, dans ce jeu de massacre des archétypes du policier.

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15 août 2006

ADIEU CUBA

Andy Garcia originaire de la Havane, évoque ici le Cuba de la fin des années 50, au travers d’un portrait d’un directeur d’une boîte de nuit – Garcia himself se réservant le premier rôle –. Le passage du régime totalitaire de Batista à celui de Fidel Castro vont causer la perte de ses privilèges et vont le contraindre à l’exil à New-York… On se dit pourquoi pas évoquer Cuba, comme ici dans ce film "The lost city" - "Adieu Cuba" - qui bénéficie de la signature prestigieuse de l'écrivain cubain G. Cabrera Infante au scenario juste avant sa mort l'an dernier, sous la forme d’une saga familiale… Il y a pourtant de bons moments dans ce film mais il faut aller au-delà des limites d’une évocation renvoyant dos à dos le président Batista, montré comme un tyran d’opérette et le mythique Che qui tue sans vergogne pour ces idées. C’est un peu le musée Grévin, avec une prédilection toute particulière pour la fausse barbe castriste du frère cadet-castriste souffrant sans doutes de l’utilisation d’une mauvaise colle. C’est une vision nostalgique des choses, mais aussi partiale, car il s’agit d’une famille de nantis. L’utilisation de documents réels d’archives en noir et blanc est presque ici un aveu d’impuissance de recréer une histoire perdue, avec suprême roublardise d’y intégrer Garcia fuyant les vrais révolutionnaires. Cette mise en abyme est assez vaine. Il s’agit ici de dresser une fresque où domine un petit côté fleur bleue, plutôt que de tabler sur un discours démonstratif. Le peuple est tragiquement absent ici, le protagoniste principal – joué par Andy Garcia formidable acteur mais un peu en roue libre ici -, ne privilégiant que la vie de son cabaret "El Tropico", l’occasion de nous livrer d’excellents numéros musicaux – soit une quarantaine de classiques -, surfant un peu sur la mode "latino" de ces dernières années. Il montre parfois l’absurdité, de nouveau régime, comme l’hallucinante réflexion d’une femme soldate du régime castriste qui interdit le saxophone dans son établissement, comme instrument de l’impérialisme américain...

Bill Murray à la rescousse

Andy Garcia, lui précise que c’est l’invention d’un certain Sax qui est Belge, elle répond avec aplomb en dénigrant la Belgique dans ses exactions au Congo. Mais il manque sérieusement un souffle dans cette série de clichés. Dans ce mode romanesque il y a un autre écueil important, la présence d’Inès Sastre qui dans le rôle féminin principal nous régale d’un festival de bouderies puériles. A grands coups de moues renfrognées, elle n’arrive qu’à camper un pantin déshumanisé, la photogénie sur papier glacé n’allant pas obligatoirement de pair avec le talent sur l’écran. Une suggestion qu’elle adopte un nouveau prénom : Haydée ! Le reste de l’interprétation est assez inégale, mais on a plaisir à retrouver le vieux routier Tomas Milian, cubain d’origine, apportant un peu d’humanité dans son rôle de patriarche transpirant et intraitable sur la ponctualité, ou Steven Bauer en militaire conformiste. Dustin Hoffman imprègne de sa présence son court rôle, le temps de 2 scènes -… et 2 fois le même numéro - en maffieux local.  Reste la présence de Bill Murray, dans un superbe numéro. Dans un rôle un peu trop écrit d’écrivain sans nom, il amène un souffle de liberté, de contestation dans cet univers de carton-pâte. Il faut le voir en short disserter sur la vie, le pouvoir, préparer ses effets à grand coup d’éventail. Là on vient bien croire à l’histoire, à l’instar de la scène où le personnage d’Andy Garcia, conscient d’un univers qu’il va perdre et gardera un moment de complicité avec Murray qu’il chérira à jamais. Chapeau bas pour Bill Murray, car il faut bien le dire, il me semble sauver le film. Dommage car on sentait bien qu’Andy Garcia était très attaché à ce projet.

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14 août 2006

LA TOURNEUSE DE PAGES

Avant-première le jeudi 3 août, du quatrième film de Denis Dercourt, déjà bien accueilli à Cannes 2006, dans la sélection "Un certain Regard". Hormis le très abouti "Lise et André" sur la rencontre d’une mère – trop sous exploité Isabelle Candelier - dont le fils est malade, qui se confit à un prêtre – formidable Michel Duchaussoy - en 2000, ses trois autres films parlent du milieu de la musique et des concertistes. Le réalisateur concilie à la fois ses cours de musique de chambre au conservatoire de Strasbourg, et sa carrière très originale au cinéma. Après "Les cachetonneurs" (1998) retraçant la difficulté de musiciens itinérants, et le très maîtrisé "Mes enfants ne sont pas comme les autres" (2003) sur un père – Richard Berry - trop exigeant sur les performances musicales de ses enfants. Comme dans ses autres films, il faut saluer la grande crédibilité de ses interprètes lors des morceaux musicaux. Dercourt connaît les écueils à éviter, il est aidé ici par les connaissances de Catherine Frot, qui a fait du piano jusqu’à l’âge de 12 ans, et connais très bien "La marche turque" de Mozart, Xavier de Guillebon qui pratique la clarinette et Clotilde Mollet, musicienne émérite, qui a déjà plusieurs films à son actif. Rarement, on aura vu une représentation de la musique aussi probante. Il est parfois difficile de ne pas ricaner devant des mouvements inconsidérés sur quelques touches de piano, dans certains films confondant agitation et mélomanie. Difficile de parler du film sans parler du thème principal, n’allez pas plus loin si vous voulez préserver le plaisir du film... Disons que le thème pouvait être celui d’un thriller, c’est plus ici un cinéma psychologique proche d’un Claude Chabrol, nom souvent cité lors du débat d’après film. Il y a une tension palpable mise en valeur par une réalisation intelligente qui revisite le thème un peu éculé de la vengeance. François Truffaut se disait gêné par cette utilisation, quand il avait fait "La mariée était en noir", loin d’être d’ailleurs l’une de ses œuvres les plus réussies. Une jeune enfant douée, Mélanie dont les parents sont bouchers – Christine Citti et Jacques Bonnaffé qui arrivent à faire exister leurs personnages en peu de mots -, décide d’abandonner sa pratique du piano, si elle échoue son concours d’entrée au conservatoire. Ariane Fouchécourt, brillante artiste mais bourgeoise assez hautaine, va avoir une attitude assez inconsidérée dans ce moment de grand stress. Ariane c’est Catherine Frot, de plus en plus rayonnante depuis son rôle dans "Le passager de l’été", elle révèle à nouveau ici une certaine séduction et une grande sensualité. Son personnage va d'ailleurs évoluer durant le film. Le destin de Mélanie est ainsi scellé de la manière que je vous laisse découvrir, on peut voir ensuite son effroi assez inconsidéré. Loin de planifier toute idée de représailles, Mélanie adulte – Déborah François, qui confirme ici de son grand talent découvert chez les frères Dardenne dans "L’enfant", se sert en fait des hasards de la vie pour retrouver cette grande pianiste qui a brisé son destin.

Catherine Frot & Déborah François

Le grand talent du réalisateur est qu’il laisse volontairement des zones d’ombres, offre des pistes – l’accident de voiture -, sans que l’on sache le rôle de la jeune Mélanie dans ces évènements. Elle va donc se retrouver dans un grand cabinet d’avocats tenu par une secrétaire zélée – Martine Chevallier excellente -, qui est dirigé par M. Fouchécourt – Pascal Greggory arrivant à concilier ferveur et réserve -. Mélanie va tout faire pour se montrer indispensable en devenant la baby sitter de leur fils Tristan pianiste en herbe très talentueux. Elle va gagner la confiance de toute la famille, et va retrouver la célèbre pianiste en pleine crise artistique. Elle va devenir sa tourneuse de pages - rôle prépondérant pour une grande pianiste -, va installer une certaine intimité, voire amitié amoureuse avec elle, et attendre que le sort lui soit favorable pour accomplir son méfait. Seule l’amie musicienne d’Ariane – Clotilde Mollet donc, une personnalité attachante -, va se méfier. Elle et son mari – Xavier de Guillebon – essaie de monter un trio de concertistes avec Ariane. La pression est grande, le trio est un peu en perte de vitesse, et il faut convaincre un agent artistique important – André Marcon, toujours à la présence aussi forte - et éviter... les fausses notes. La villa luxueuse des Fouchécourt a aussi une grande importance en étant faussement rassurante. C’est en fait un lieu existant nous avait évoqué Denis Dercourt, et si l’on pense inévitablement au superbe "Cat People / La féline" de Jacques Tourneur dans la scène de la piscine, son réalisateur n’a en fait jamais vu le film et a juste utilisé cet élément présent dans cette narration. Si la fin pêche un peu, son réalisateur est le premier à le reconnaître en déclarant avoir été trahi par son scénariste... c’est à dire lui-même -. Il arrive cependant à montrer une fois le petit microcosme musical, ses exigences, ses petites lâchetés ou cruautés, et installe un climat très original. Pour avoir déjà conversé avec lui lors de son précédent film, j’ai retrouvé ce soir là sa grande exigence – il sait ce qu’il veut et peut demander beaucoup -, son grand humour et sa volonté de faire partager ses deux passions la musique et le cinéma, toujours au service de ses interprètes. Il nous confirme une fois de plus sa singularité dans le cinéma français. Déplorons seulement qu’un petit côté mécanique du scénario, nous empêche de faire éclater une ambiguïté étouffante.

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10 août 2006

MORT DE BERNARD EVEIN

Annonce de la mort du décorateur Bernard Evein, indissociable de l’œuvre Jacques Demy. Il est mort dans "L’île de Noirmoutier" alors que se déroule en ce moment à la Fondation Cartier l’exposition "L’île et elle", œuvre d’Agnès Varda, dont il fut, ironie du sort, aussi le collaborateur. Il avait témoigné pour elle sur l’œuvre de Jacques Demy dans deux de ses documentaires "Les demoiselles ont eu 25 ans" (1993) et "L’univers de Jacques Demy" (1995). Après des études à l’école des Beaux-Arts à Nantes, il entre à l’IDHEC, section décoration, dont il ressort diplômé en 1951. Il travaille en collaboration avec le décorateur Jacques Saulnier, avant d’être associé aussi à la nouvelle vague, on se souvient de son œuvre particulièrement colorée. J’ai le souvenir de magnifiques maquettes vues dans un numéro de Télérama, conçues pour un film de Jacques Demy, situé dans Saint-Pétersbourg qui resta hélas inabouti faute de financements. Il était l’un des plus grands de sa profession.

Filmographie : 1952  La danseuse nue (Pierre Louis, assistant décorateur) – 1957  Le bel indifférent (Jacques Demy, CM) - 1958  Les amants (Louis Malle) – Les quatre cents coups (François Truffaut) - Les cousins (Claude Chabrol) – 1959  À double tour (Claude Chabrol) – La sentence (Jean Valère) – Les jeux de l’amour (Philippe de Broca) – Les scélérats (Robert Hossein) – 1960  Zazie dans le métro (Louis Malle) -  Les grandes personnes (Jean Valère) - L’amant de cinq jours (Philippe de Broca) – Lola (Jacques Demy, + costumes) – Une femme est une femme (Jean-Luc Godard) – L’année dernière à Marienbad (Alain Resnais, costumes seulement) - 1961  Le rendez-vous de minuit (Roger Leenhardt) – Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda) – Vie privée (Louis Malle) – Les spet péchés capitaux [épisodes « L’avarice » (Claude Chabrol) & « La luxure » (Jacques Demy, + petit rôle)] – Le combat dans l’île (Alain Cavalier) - 1962  Les dimanches de Ville d’Avray (Serge Bourguignon) – Le jour et l’heure (René Clément) – La baie des anges (Jacques Demy, + costumes) – 1963  Le feu follet (Louis Malle) – Les parapluies de Cherbourg (Jacques Demy) – 1964  Aimez-vous les femmes ? (Jean Léon) – L’insoumis (Akaub Cavalier) – Comment épouser un premier ministre (Michel Boisrond) – 1965  Viva Maria ! (Louis Malle) – Paris au mois d’Août (Pierre Granier-Deferre) – Qui êtes-vous Polly Maggoo ? (William Klein) – 1966  Les demoiselles de Rochefort (Jacques Demy) –  Le plus vieux métier du monde [épisode « Mademoiselle Mimi »] (Philippe de Broca) -  Seven times Seven (Sept fois femmes) (Vittorio de Sica) – 1967  Adolphe ou l’âge tendre (Bernard Toublanc-Michel) – 1969  Sweet hunters (Tendres chasseurs/ Ternos Caçadores) (Ruy Guerra) - L’aveu (Costa-Gavras) –1970  Le bateau sur l’herbe (Michel Drach) – 1973  L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune (Jacques Demy) – Le grand bazar (Claude Zidi) – Le hasard et la violence (Philippe Labro) - La merveilleuse visite (Marcel Carné, directeur artistique seulement) – 1975  Zerschossene Traüme (L’appât) (Peter Patzak) – L’alpagueur (Philippe Labro) – 1976  Néa  (Nelly Kaplan) – Le jouet (Fran