31 octobre 2006
MORT DE TINA AUMONT

Annonce de la mort de la comédienne Tina Aumont, à l'âge de 60 ans, samedi dernier d'une embolie pulmonaire. Elle était la fille de Jean-Pierre Aumont et de Maria Montez. Son père l'éleva avec Marisa Pavan, après la tragique mort accidentelle de sa mère dans une baignoire, Elle débute au cinéma sous le nom de Tina Marquand après avoir épousé le comédien Christian Marquand en 1963. Le cinéma italien des années 60, se l'arrache, elle tournera une singulière adaptation de "Carmen" de Prosper Mérimée, transformé en western : "L'homme, l'orgueil, la vengeance", avec Franco Nero et Klaus Kinski. "La saison cinématographique" de 1975, n'est d'ailleurs pas très tendre avec elle sur ce film : "...La Carmen interprétée par Tina Aumont est par contre décevante : l'actrice a l'âge de son rôle, mais elle manque de personnalité et on sent moins dans son jeu la passion fantasque de la gitane que les caprices d'une enfant gâtée"... Mais elle devient l'une des icônes des années 60-70, avant de trouver un rôle important chez Bernardo Bertolucci dans "Partner" en 1968, avec Pierre Clémenti, sur de la schizophrénie à l'adolescence. Mais malgré des cinéastes prestigieux comme Federico Fellini, Roberto Rosselini - elle joue la femme adultère dans "Le Messie", ou Francesco Rosi, c'est surtout le cinéma bis qui la sollicite. Elle aura une traversée du désert, sa carrière étant brisée pour possession de drogue à la fin des années 70. Elle rentre en France, et a du mal à retrouver le vedettariat. Elle tourne avec Philippe Garrel, avant de retrouver de petits rôles, souvent d'ailleurs dans des rôles de prostituées. Les cinéphiles auront le souvenir d'une grande tristesse dans son beau regard.
Filmographie, établie avec Christophe Bier : 1965 Modesty Blaise (Id) (Joseph Losey) – La curée (Roger Vadim) – 1966 Texas across the river (Texas, nous voilà) (Michael Gordon) – 1967 Troppo per vivere… poco per morire (Qui êtes-vous inspecteur Chandler ?) (Michele Lupo) - L' uomo, l' orgoglio, la vendetta (L’homme, l’orgueil et la vengeance) (Luigi Bazzoni) – Scusi, lei è favorevole o contrario ? (Alberto Sordi) - 1968 Satyricon (Gian Luigi Polidoro) – Partner (Id) (Bernardo Bertolucci) – L’alibi (Vittorio Gassman, Adolfo Celi & Luciano Luciganini) – L’urlo (Tinto Brass) - 1969 Le lit de la vierge (Philippe Garrel) - Come ti chiami, amore moi (Umberto Silva) - Infanzia, vocazione e prime esperienze di Giacomo Casanova Veneziano (Casanova, un adolescent à Venise) (Luigi Comencini) – Trapianto, consuzione e morte di Franco Brocani (Mario Schifano, film underground) - 1970 Metello (Id) (Mauro Bolognini) – Necropolis (Franco Brocani) – Corbari (Le dernier guet-apens) (Valentino Orsini) – 1971 Il sergente Klems (Sergent Klems) (Sergio Grieco) – Bianco, rosso e… (Une bonne planque) (Alberto Lattuada) – 1972 Racconti proibiti… di niente vestiti (Brunello Rondi) – Arcana (Giulio Questi) – Malizia (Malicia) (Salvatore Sampieri) – Blu Gang / Blu gang e vissero per sempre felici e ammazzati (Luigi Bazzoni) – 1973 I corpi presentano tracce di violenza carnale (Sergio Martino) - Storia de fratelli e de cortelli (Mario Amendola) – 1974 Lifespan (Le secret de la vie) (Sandy Whitelaw) - Les hautes solitudes (Philippe Garrel) – Fatti di gente per bene (La grande bourgeoise) (Mauro Bolognini) – Il trafficone (Bruno Corbucci) – Divina creatura (Divine créature) (Giuseppe Patroni Griffi) – 1975 Il Messia (Le Messie) (Roberto Rosselini) – Salon Kitty (Id) (Tinto Brass) – Il Casanova di Fellini (Casanova) (Federico Fellini) - 1976 Cadaverri eccelenti (Cadavres exquis) (Francesco Rosi) – Giovannino (Paolo Nuzzi) – La Principessa nuda (La Princesse nue / Parties déchaînées) (Cesare Canevari) – A matter of time (Nina) (Vincente Minelli) – 1977 Un cuor semplice (Giorgio Ferrara) – Le rouge de Chine (Jacques Richard) - 1978 Una splendide giornata per morire / Titre reprise 1980 : Holocaust parte seconda : I ricordi, i deliri, la vendetta (Subliminal) (Angelo Pannaccio) – Fratello crudelle (Mario de Rosa, inédit) - 1979 La bande du Rex (108-13 [Jean-Henri Meunier]) – 1982 Rebelote (Jacques Richard) - 1985 Cinématon N° 509 (Gérard Courant, CM) – 1986 Les frères Pétard (Hervé Palud) – 1991 Sale comme un ange (Catherine Breillat, rôle coupé au montage) – 1993 Dinosaur from de deep (N.G. Mount [Norbert Moutier] , vidéo) – 1995 Nico Icon (Id) (Susanne Ofteringer, documentaire) – Les deux orphelines vampires (Jean Rollin) – 1997 Le marquis de Slime (Quelou Parente, CM) – Cantique de la racaille (Vincent Ravalec) - 1999 Giulia (Roy Stuart) - La mécanique des femmes (Jérôme de Missolz).
ARTICLE : LIBÉRATION
Tina Aumont, nuit sans étoile
La comédienne égérie du cinéma underground s'est éteinte samedi à 60 ans.
Par Philippe AZOURY
QUOTIDIEN : lundi 30 octobre 2006
Tina Aumont, la femme chat, est morte dans son sommeil samedi à l'aube, à Port-Vendres, des suites d'une insuffisance respiratoire. Née un 14 février 1946, à Hollywood, Marie-Christine est la fille de l'extraordinaire Maria Montez et de Jean-Pierre Aumont. Sur son berceau, un poème de Cocteau fait part de la naissance de «la Fille aux étoiles».
Khôl noir. A 17 ans, ex-pensionnaire des couvents suisses, elle fait la couverture de Paris Match. On y annonce ses noces avec Christian Marquand (rencontré à Mégève avec la clique à Vadim) et ses débuts au cinéma avec Joseph Losey, dans Modesty Blaise. «A Londres, j'étais venue saluer Losey de la part de Robert Aldrich. Il m'a demandé si je savais faire de la moto. Je me suis retrouvée sur le tournage. Je ne savais pas conduire une moto, je suis rentrée droit dans un mur.» Parabole presque trop belle pour qui voudrait décrire une vie électrique, lancée à bride abattue dans toutes les accélérations, dans tous les dangers, sans se soucier des obstacles éventuels.
Un mètre soixante-seize, des yeux incroyables ourlés au khôl noir, un corps tombé tout droit de la mythologie ( «une des plus belles femmes au monde», de l'avis expert du cinéaste Tinto Brass), Tina, redevenue Aumont après divorce, incendiera Cinecittà. En mai 1968, dans Partner de Bernardo Bertolucci, elle récite du Roland Barthes, les paupières maquillées en hommage à Orphée. Elle a pour partenaire Pierre Clémenti, dont elle est le pendant féminin. Comme lui, elle fréquente Viva, Nico et Philippe Garrel, le peintre psychédélique Frédéric Pardo, Marianne Faithfull, Anita Pallenberg, les Stones, Terence Stamp, Marlon Brando.
Elle est une sensuelle Carmen spaghetti dans l'Homme, l'Orgueil, la Vengeance, western inspiré de Mérimée, avec Franco Nero et Klaus Kinski. C'est le déclic : «Je ne suis pas envahissante, mais je suis une présence qu'on ne peut pas ignorer.» Tinto Brass (Urlo, Salon Kitty), Mauro Bolognini (Metello, la Grande Bourgeoise), Francesco Rosi (Cadavres exquis), Vincente Minnelli (Nina) réclament cette Raquel Welch underground et libre.
Sexy. Elle prolonge son rôle dans le Casanova de Comencini en devenant la femme aimée du Casanova de Fellini. Rossellini la voit en Marie-Madeleine de son Messie. Elle fait quelques films sexy, bien dans le style italien Ciné Revue (la Princesse nue, Divine Créature) mais, déjà prise, rate Suspiria, que lui proposait Dario Argento. En France, Tina Aumont réserve ses «apparitions» au cinéma poétique de Philippe Garrel (les Hautes Solitudes, aux côtés de Jean Seberg et de Nico).
«Héro». En 1976, durant un séjour en Malaisie, elle apprend qu'elle a été balancée en Italie pour usage et détention de stupéfiants. Cette Italie qui a déjà enfermé Clémenti ne lui fera pas de cadeaux. «L'héro, c'était de la provocation et beaucoup d'inconscience.» Elle revient en France, où elle rentre en collision avec la bande du Palace : Paquita Paquin, Edwige, Octavio, Yves Adrien et surtout Alain Pacadis. Ses virées avec Paca (dont une, épique, à Saint-Tropez) écriront les riches heures de la chronique Night Clubbing de Libé.
Elle brûle une condamnation par contumace, qui ne concerne que l'Italie, en une longue décennie de fêtes parisiennes. Sa voix de cendre, son allure originale, sa fatigue dandy, ses excès, font peur au cinéma français des années 80-90 : elle devient rare. Elle était à fleur de peau, généreuse et détachée : «Dès que j'ai carte blanche, resurgit mon style froid, un peu lointain. Ailleurs.» Où ça, Tina ?
30 octobre 2006
CARNET TROUVÉ CHEZ LES FOURMIS (SUR IMDB)

IMDB : C’était 2000, "Les acteurs" de Bertrand Blier, viennent de sortir, évidemment le site incontournable pour un cinéphile est "Internet Movie Data Base". Câblé depuis peu, c’est l’instrument idéal pour repérer le 36ème second rôle, scène 14, celui qui monte les escaliers dans un film hollywoodien de 1943. Mais côté français, c’était alors du très léger, les "Laurence" sont toutes créditées comme des acteurs !, pour certains films il n’y avait parfois qu’un seul nom d’acteur, par exemple Jean Gabin dans "Le drapeau noir flotte sur la marmite" de Michel Audiard, et rien sur le mythique - et unique film - de Jacques Martin "Na !", etc... Et il y a une énormité de manques et une belle foule d’erreurs, volontaires ou non – Les membres de l’équipe du splendid crédités dans des films où ils ne figurent pas, et quelques mauvaises blagues -. Il y a peu d’informations sur les courts métrages et il y a deux ou trois téléfilms avant 1990, qui se battent en duel, "Les Perses" de Jean Prat, crédité comme un téléfilm américain ! ou un téléfilm de Serge Moati établit par un Allemand, deux titres de Jean-Christophe Averty et quelques séries recopiées d'un très bon livre de Jean-Jacques Jelot-Blanc.
J’envoie donc, alors, des informations, respectant la règle du crédit du générique, les autres figurant avec la mention "uncredited", pendant un certain temps ou un temps certain c’est selon… Et puis un jour on ne sait pas pourquoi ils commencent à prendre vos informations, sans interrogations, sans aucun échange, et de plus en plus rapidement, par regroupements sans doutes... Ils ont dû voir que j’étais un poil sérieux, de plus mon intérêt concernant les seconds rôles a fait que j’avais une mine d’informations, publiées – Les saisons cinématographiques, les catalogues du CNC, génériques de vieux Télérama, Ciné-Revue – ou non. J'ai la fâcheuse manie de lister les génériques de films et de répertorier des éternels non crédités des génériques...
Et là c’est un boulevard qui s’offre à moi, IMDB devient une sorte de site perso, sauf que c’est la base la plus importante du monde… Il m'est impossible de savoir combien de temps j’ai passé sur cette base, je me dis que si un site à l’intelligence de se faire de l’argent avec les informations des internautes pourquoi pas. C’était à la base un site de cinéphile mais repris par le grand groupe "Amazon", pas de philanthropie donc -. Télérama avait publié un article très juste sur le sujet – il faudrait que je le retrouve… -, comparant ces cinéphiles amoureux des listes, très justement à des fourmis. Chacun amenant sa petite pierre à l’édifice, dans un véritable travail de bénédictin, avec une belle idée de partage. Il y a toujours une satisfaction à voir un internaute rajouter ensuite une information ou un commentaire à une fiche que vous avez créé. Notamment pour les télévisions, il y a toujours le douzième assistant du son, qui va rajouter son nom, omettant complètement ceux de ses collègues que ce qui me semble révélateur d'une certaine mentalité du cinéma français...
IMDB est donc devenu une sorte de monstre froid, un Moloch à nourrir, car il y a toujours quelque chose à faire, un court, un téléfilm recopié sur un Télérama consulté en bibliothèque, ou un téléfilm trouvé sur les sites de programmes TV - en rentrant ceux qui sortent largement avant la France en Belgique et en Suisse, pour des raisons de co-productions -… J’ai vu souvent des cinéphiles conserver ses propres informations pour soi, je me suis dit que c’était plus intéressant de les partager, le site restant gratuit -. De plus, l'anonymat qui me convenait parfaitement. Car les gestionnaires d’IMDB ne communiquent pas les noms des participants, hormis qu’ils vous citent désormais dans le "Top contributors" depuis 2003, sur le site. Le site évolue, et semble très compartimenté, il y a un responsable pour chaque rubrique - les titres étrangers notamment -. Certaines rubriques fastidieuses à compléter "guest-star" pour une série sont simplifiées depuis 20030 On peut depuis le début d'année dresser un générique complet d'un épisode de série. Il y a un forum pour les utilisateurs en cas de problèmes.
Reste que l’équipe du site s’ils acceptent volontiers vos infos, cloisonnent, ils refusent de communiquer la liste des autres participants, il y a peu de contact, sinon les rituels vœux de bonne année. Les 100 premiers, ont un accès gratuit à la version IMDP pro, - payante pour les autres -. Mais l’intérêt pour un non professionnel peut échapper et une ribambelle d’accusés réceptions des compléments, d’où l’intérêt de créer une adresse mail spécifique. Le seul message un peu personnel a été pour me demander si j’étais sûr de la participation de Myriam Mézières dans "La vie facile" un film de 1971, après un article, paru sur elle, dans "Les cahiers du cinéma".
La participation à ce site peut apporter différentes satisfactions, le comédien Jean-Jacques Moreau me parlant d’un de ses amis lui ayant envoyé sa filmo venant d’ "Américains" et me citant des films dont j’avais créé la fiche comme "La soupe froide" (1974), et celle de revoir des informations reprises par des sites d’extrême orient. L'idée que ces informations sont consultables de n’importe quel coin du monde, est assez vertigineuse. Participer à une sauvegarde d'une certaine mémoire du cinéma, y compris des nanars, a tout de même sa petite importance. En créant, l'an dernier une fiche d'une série de courts-métrages "Mon meilleur Noël" en 1981, avec pléthore de débutants (Catherine Frot, Pierre Arditi, Robin Renucci, etc...), je me dis que peut-être telle "la madeleine de Proust" la lecture de la fiche réveillera quelques souvenirs émus chez quelques internautes.

Reste qu’il faut rester en vigilance constante, puis qu’atteint un certain seuil chacun peut aisément compléter la base, il y en a toujours un pour rajouter une erreur, de bonne foi : les catalogues de Raymond Chirat - non exempt d'erreurs - créditent à tort Henri Virlojeux dans "Horace 62" et "Du grabuge chez les veuves" dans des rôles joués respectivement par François Darbon et Hubert De Lapparent, son nom revient régulièrement sur la base, ainsi que Françoise Arnoul, Brigitte Bardot et Roger Vadim dans "Le testament d'Orphée" (Jean Cocteau, 1959), noms figurant par erreur dans bien des dictionnaires.
. Il y a des petits malins qui s’amusent à mettre des erreurs, tel un inconnu – nom supprimé – qui figurait sous le personnage de "Le pute (sic)" dans tous les noms de films ayant "frite" dans le titre ! Si vous distinguez les homonymes, il y a trois Christian Barbier, et Georges Guéret n’est pas Georges Géret…, il y en aura toujours un peu pour refondre les noms. IMDB avait déjà fait mourir Gérard Brach, bien avant l'heure, ainsi que Luigi Comencini ! il serait trop laborieux de faire un listing exhaustif. Il suffit qu’un internaute rajoute la mentions mini à la série des "Vidocq" version Claude Brasseur, pour que la liste des "guests – vedettes invités" disparaissent. Donc on est toujours à la merci d’un autre indélicat ou non, plus les "bugs" fréquents comme Maurice Baquet qui avait un jour, complètement disparu de la base. Et l’erreur étant humaine, comme disait un de mes amis, si un jour je prenais un coup sur la tête, l’équipe du site continuerait à rentrer mes informations même si ça devient du parfait n’importe quoi.
On a bien compris que l’on doit une masse d’informations inédites aux internautes – je n’en connais que quelques autres, Jean-Marcel Erre, auteur du roman "Prenez soin du chien", Grégory Alexandre "ancien" nègre de Jean Tulard, la cinéaste Isabelle Broué et l’ami Jean-Louis Sauger… IMDB se garde bien de mettre tout ce petit monde en rapport, on ne sait jamais s’ils venaient à faire une base parallèle. Le site IMDB doit être une base de départ et n’est pas toujours fiable. Pour une filmographie ils datent à partir de la date de sortie par exemple, "Jet pilot / Les espions s'amusent" figure à l'année 1957, alors que le tournage date de 1950. Il est à déplorer une nouvelle catégorie de filmographes qui ne font que dresser des listes sans voir les films !, et vont dénigrer ensuite la base IMDB alors qu’ils ne font que du recopiage myope, ce qui est assez curieux. Autre exemple, pour un ami cinéphile participant aux "joutes du cinéma", je rentre régulièrement ses rôles et figurations, même s’il n’est jamais crédité à un générique... Résultat un figurant peut donc se retrouver bien placé dans un "Annuel du cinéma" par exemple, même s'il disparaît au montage. Certaines fiches restent mimalistes, comme celle de "Quand j'étais chanteur", où j'ai dû rajouter le nom de Jean-Pierre Gos, oublié alors qu'il y a un rôle important.
C’est donc en temps que "petite fourmi" et dans une idée de partage que j’ai pris l’habitude de travailler sur ce site, depuis plusieurs années maintenant. A l'instar du vieux garçon, décrit par Philippe Garnier dans l'article de "Libération" repris ici, je tente de rentrer les téléfilms et des court-métrages, ce qui reste une goutte d’eau dans l’océan. Si jamais vous aviez des informations à me communiquer, surtout pour les dramatiques d'avant 1972, elles seraient bienvenues. Il y a aussi une interactivité salutaire, avec la base, puisque l’on peut rajouter de nombreux liens, histoire de faire connaître d’autres sites. IMDB doit donc beaucoup aux internautes et à quelques cas cliniques dont mézigue...

ARTICLE : LIBÉRATION
Zoom
IMDb, de la mine au filon
Il y a une quinzaine d'années, un étudiant lançait ce site cinéphile aujourd'hui incontournable.
Par Philippe GARNIER
mercredi 04 janvier 2006 Los Angeles correspondance
Cherchez trace d'un obscur film MGM dans lequel Robert Blake joue Corky, un mécanicien taré mais marié à CHARLOTTE RAMPLING (!) qui cherche à percer comme pilote de stock-cars, et bam, merci IMDb, non seulement vous apprenez que Ben Johnson, le transfuge de John Ford, était dedans, mais aussi plein de pilotes de course célèbres comme Jo Petty. Vous apprenez du même coup que, surprise, le film n'a plus jamais refait surface depuis sa sortie en 1972 sur le circuit des drive-in, et n'a jamais existé ni en VHS ni en DVD. Or on n'imagine pas vraiment la sortie imminente du coffret Robert Blake pour les fêtes («Kiss Kiss, Bang Bang, the Robert Blake Collection» ?). Et, IMDb étant réellement un site interactif, vous êtes immédiatement mis en contact avec un avocat texan défroqué qui ne peut pas CROIRE qu'on lui parle de ce film auquel il n'a pas songé depuis trente ans. «Non seulement je l'ai vu quand il est sorti, j'étais sur le TOURNAGE à Dallas, et sur le circuit de course près de Fort Worth...» Tout ça pour vous dire qu'il n'a pas de cassette du film.
Science et manies. Il est difficile d'imaginer, aujourd'hui, la vie sans IMDb (www.imdb.com) , ou un monde sans ce site qui répertorie les plus infimes et futiles détails sur près de 471 000 films (du muet aux productions en cours), 1 200 000 personnes (du réalisateur au maquilleur, en passant par la distribution quasi complète), et enregistre plus de trente millions de visites chaque mois. On a autant de peine à se rappeler à quoi ressemblait le site, disons, au début 1996, quand on l'a découvert pour la première fois. L'entreprise existait depuis six ans sous forme embryonnaire, changeant aussi vite que les progrès techniques informatiques, mais venait de se mettre en société, sans pour autant améliorer son blase (Internet Movie Data Base, Ltd). On se souvient, après avoir frimé une semaine à peu de frais sur le plateau culture de Libé, dévoilant le clic magique aux collègues, et les répercussions. Le site n'avait alors pas grand-chose à voir avec celui d'aujourd'hui. Ses ressources étaient déjà impressionnantes, d'ampleur et d'exactitude, mais l'habillage restait spartiate.
A l'origine de ce succès industriel, il y a naturellement un cinéphage ou deux. Et tant qu'il y aura des vieux garçons, il y aura des listes. Qu'il s'agisse de rock ou de cinéma, le fanatique vieux garçon compile, classe, hiérarchise, compare. Col Needham était de ceux-là, un étudiant de Bristol (il a 38 ans maintenant) qui a un jour eu l'idée de mettre sa science au service de ses manies. Voulant partager ses génériques et ses listes avec d'autres fadas de la même eau, Needham, en octobre 1990, a commencé un newsgroup sur Usenet, un des réseaux préhistoriques, pré-World Wide Net, surtout connus des hackers et étudiants. L'entreprise de ces premiers chrétiens avait un nom encore plus tartignole, rec. arts. movies movie data base, trahissant bien ses origines boutonneuses et universitaires. C'est d'ailleurs l'université de Cardiff qui a un temps abrité cette banque de données en formation, jusqu'à ce que la demande d'espace explose, malgré la création de sites miroirs aux Etats-Unis et Royaume-Uni.
En 1993, révolution Number Nine : Needham adapte son site au Net et adopte une interface e-mail permettant une interactivité simple et essentielle au développement d'IMDb : il est désormais possible à tout utilisateur de corriger les fautes, ou combler les lacunes, sans avoir à jouer les cyber-Sherlock pour trouver à quel collaborateur du site s'adresser. Car c'est là la force de cette confrérie frapadingue, et la fascination qu'elle provoque : encore aujourd'hui, le bureau de Seattle qui lui sert à la fois de façade et de raison sociale, ne loge qu'une vingtaine de ses cent employés. Les autres, y compris le patron, sont dans le cyberspace. Needham, qui réside toujours à Bristol, n'a rencontré ses premiers collaborateurs qu'en 1996, une fois la décision prise de se mettre en société. Et encore aujourd'hui leurs noms demeurent secrets, provoquant toutes les curiosités.
Shazam ! Quand on demande à Kevin Brownlow, un des plus célèbres spécialistes du cinéma muet, s'il a un jour été «recruté», il rétorque qu'il n'a même pas l'Internet. Mais l'identité des contributors est devenue d'autant plus cruciale que le site a changé de peau du tout au tout, du jour où Needham a rencontré Jeff Bezos, en 1998. Le fondateur d'Amazon.com envisageait étendre son empire au-delà du livre vendre du contenu audiovisuel. IMDb lui semblait être un support essentiel pour s'ouvrir le marché vidéo naissant. Non seulement IMDb vous indiquerait si le film existe en VHS ou DVD, et dans quel pays, mais vous seriez désormais à un clic du magasin, et à deux du chariot. Shazam ! Needham et ses mystérieux actionnaires ont accepté de se laisser acheter par Amazon, Bezos leur ayant assuré leur complète autonomie.
Mais, bien au-delà de l'habillage plus jazzy et des banderoles publicitaires, IMDb a irrémédiablement changé. L'utilisateur est aujourd'hui constamment confronté aux promos de toutes sortes, et aux «si vous avez aimé ceci, vous aimerez cela» (attrape-con si familier des piégés d'Amazon) ; invité de plus à participer à toutes sortes de referendums tarés, le meilleur de ci, le pire de ça, «et qu'en pensez-vous ?». C'est-à-dire, comme sur les télés du monde entier, le travesti de l'interactivité, en réalité l'invitation à la passivité.
Collusion. De la caverne des cent un nunuches qu'il était, IMDb est devenu un emporium de zombies qui se croient obligés de tartiner leur ego et leurs opinions sur tout. Si IMDb a perdu de son intégrité et de son exactitude (encore très remarquables, par les temps qui courent), c'est que le site est phagocyté par les blogueurs, ragoteurs et poseurs de canulars et autres véroles de l'époque. Mais aussi, plus grave, une grande partie d'IMDb est devenue une version en ligne de Variety ou du Hollywood Reporter, avec l'avantage d'être gratuit (mais une version «pro» payante existe aussi). Comme les magazines professionnels, le site est désormais truffé d'infos plus volontaristes qu'exactes surtout en ce qui concerne les films en production, ou simplement «annoncés». Il est souvent utile pour un producteur d'annoncer un projet avec telle ou telle vedette, même si c'est du pipeau complet.
Et on retrouve aujourd'hui sur IMDb la même collusion insidieuse corporatiste qui a toujours fait les choux gras de Variety. Par exemple, si vous explorez le site au sujet de Capote, aucune mention n'est faite de l'AUTRE film sur l'écrivain, fait cette année aussi, et sur la même époque de sa vie (celle de De sang froid). C'est seulement si vous cliquez sur le titre du film, Infamous, que vous apprenez que Warner a un pareil oiseau sur les bras. Warner et Sony Classic ont probablement depuis conclu un pacte et décidé d'espacer et désassocier le plus possible les deux films. Mais ce silence radio, même par simple omission, est preuve que Hollywood peut encore tenir le couvercle sur quelques infos gênantes ou inopportunes. Et que, indépendance ou pas, IMDb roule surtout pour la promo des films. Maintenant, cliquez sur «cet article vous a-t-il été utile ?» Mais auparavant, n'oubliez pas de vous enregistrer et de participer au référendum de l'article le plus con de l'année.
27 octobre 2006
PAR DISCIPLINE CHRÉTIENNE, IL EST DEMANDÉ DE S'ABSTENIR D'ALLER VOIR LES FILMS COTES 5

Connaissez-vous "Le répertoire général des films", des années 50-60, éditons "Pensée vraie", édités par la "Centrale catholique du cinéma" ? C'est l'ami Christophe Bier, qui m'en avait parlé. L'idée est simple, dresser la liste des films visibles par tous, histoire de chasser les "détails anti-éducatifs" ou des films "qui prônent ouvertement des idées mauvaises et subversives". Il fallait bien protéger les chères petites têtes blondes d'alors, qui doivent former d'ailleurs, l'élite de notre joyeuse nation. C'est forcément édifiant ! Évidemment quand on voit les films aujourd'hui on ricane ferme, évolution des mœurs oblige ! Il y avait une cote morale, dressée par quelques ecclésiastiques, de la Cote 3, des films visibles par tous, à l'horrible Cote 5 "Par discipline chrétienne, il est demandé de s'abstenir d'aller voir les cotes 5", qui "attaquent la religion ou qui la rendent méprisable, odieuse et ridicule", et qui en passant "font complaisamment étalage de vices, de crimes ou de dérèglements...". L'intolérance est parfois visible - le racisme point son nez en passant, confère la note sur "Avec André Gide" . Ce regard effrayé devant les bassesses de ce bas monde ainsi étalées, finit par être assez croquignolet. Elevé par une école catholique, un tantinet plus tard, je retrouve de manière assez caricaturale, la morale rigoriste, complaisamment inquisitrice. Si ces catalogues sont très utiles pour les cinéphiles, "La saison cinématographique" débutant en 1957, c'est aussi un absolu régal à lire. Toute une époque... pas si lointaine...
Extraits - pris au hasard ! - : tirés du "Répertoire général des films" volume "1952-1953" & "1953-1954".
Adorables créatures (Christian-Jaque, 1952), avec Daniel Gélin, Edwige Feuillère : "...Les auteurs tendant, au travers des histoires d'alcôves, à présenter sur les femmes des considérations fausses, stupides et méprisantes. De nombreuses scènes sensuelles : amoralité et cynisme de tous les personnages". - Cote 5.
L'affaire Ciceron, Five Fingers (Joseph L. Mankiewicz, 1952), avec James Mason, Danielle Darrieux : "..Le châtiment final des deux coupables ne rétablit que faiblement la moralité de cette histoire. Mais le caractère historique de l'aventure relatée en atténue la nocivité".
Agence matrimoniale (Jean-Paul Le Chanois, 1951), avec Bernard Blier, Michèle Alfa : "..."Les critiques contenues dans ce film sont justifiées ; elles montrent à quel point certaines moeurs habituelles à notre société peuvent avoir sur des individus faibles de caractères de fâcheuses répercussions. Réserves pour remariage après divorce, considéré comme une solution normale".
A l'abordage, Against all flags (George Sherman, 1952), avec Errol Flynn, Maureen O'Hara : "...La fille du grand Mogol aime se faire embrasser et la femme corsaire aussi... Tous ces corsaires ne sont pas des enfants de choeur et ça se voit".
Alice aux pays des merveilles, Alice in Wonderland (Walt Disney, 1951) : "...Rien à dire du point de vue moral. Le public doit cependant savoir que le caractère abracadabrant et parfois impressionnant de ce film risque de heurter de très jeunes enfants sensibles".
Les amants de Bras-Mort (Marcel Pagliero, 1951), avec Frank Villard, Nicole Courcel. "...L'atmosphère d'union libre et de violence motive de sérieuses réserves morales malgré l'indéniable leçon morale donnée par l'amour du travail et le renoncement final de la jeune fille".
L'amour, Madame (Gilles Grangier, 1951), avec Arletty, François Périer : "...Les situations, le dialogue, quelques toilettes légères, telles qu'on en voit sur la Côte d'Azur, appellent des réserves".
Au coeur de la casbah (Pierre Cardinal, 1951), avec Viviane Romance, Claude Laydu : "...La compagnie des personnages aussi inquiétants durant une heure et demie risque de faire participer le spectateur à leur univers intérieur, et c'est l'univers du péché, envoûtant et désirable. Une danse de cabaret spécialement suggestive oblige à plus de sévérité encore." - Côte 5.
Avec André Gide (Marc Allégret, 1951), avec André Gide, Maurice Garçon : "...Une allusion aux moeurs de Gide, des danseuses nègres à moitié nues, tout cela entraînent certaines réserves".
L’étrange amazone (Jean Vallée, 1952), avec Madeleine Lebeau, Gérard Landry : "… Il est admis qu’un homme ne peut vivre longtemps sans une maîtresse. Mais ce sont surtout les photos qui sont répréhensibles (Scènes de nudités au bord de l’étang, numéro de strip-eause, chansons, etc…)".
Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), avec Gérard Philipe, Gina Lollobrigida : "...Le dialogue léger et des scènes suggestives obligent à des réserves morales".
Le Fauve en liberté, Kiss tomorrow Goodbye (Gordon Douglas, 1950), avec James Cagney, Barbara Payton : "...Ce film baigne dans une ambiance lourde, qui soulève le coeur. Tous les personnages sont des brutes ou des hommes moralement abjects".
Le masque de Dimitrios, The mask of Dimitrios (Jean Negulesco, 1944), avec Peter Lorre, Sidney Greenstreet : "...On montre beaucoup d'indulgence avec plusieurs personnages sans scrupules. Le mal n'est pas assez désapprouvé".
Mina de Vanghel (Maurice Clavel, 1953), avec Odile Versois, Alain Cuny : "...Les réserves portent sur l'atmosphère sensuelle de ce film et sur l'attitude de la jeune fille qui n'hésite pas à convoiter un homme marié et à tenter de détruire un ménage uni, pour finir par se suicider. Seul le caractère romantique et artistique de cette oeuvre empêche une cote plus sévère".
Mon gosse de père (Léon Mathot, 1952), avec Maurice Teynac, Jean Tissier : "...Le plaisir est considéré comme le bien suprême, la vertu, présentée sous l'aspect d'un puritanisme rigide, est ridiculisée. Les dialogues sont légers, l'attitude de l'aumônier des girls (sic !...) est sujette à caution et la plupart des personnages sont immoraux".
La mort d'un commis voyageur, Death of a Salesman (Laslo Benedek, 1951), avec Frederic March, Mildred Dunnock : "...Les éléments qui seraient susceptible d'entraîner des réserves : la liaison du héros, qui est marié, et son suicide - qui est un suicide d'homme détraqué - renforcent dramatiquement un contexte de valeur.
La tournée des Grands-Ducs (André Pellec, 1952), avec Raymond Bussières, Sophie Sel : "...Dialogues vulgaires, situations équivoques et surtout exhibitions indécentes au cours de spectacles de cabarets. - Cote 5.
Un caprice de Carloline Chérie (Jean Devaivre, 1952), avec Martine Carol, Jean-Claude Pascal : "...Malheureusement, les déshabillages renouvelés de Martine Carol et la mentalité d'ingénue-libertine prêtée à son personnage, à quoi il faut ajouter un language dévergondé, font rejeter ce film par tous ceux qui ont un souci de propreté". - Cote 5.
Victoire sur l'Annapura (Marcel Ichac, 1953, documentaire) : "...Aucune réserve sur le plan moral. Tout au contraire, on ne peut que recommander un tel film, réelle leçon dénergie, relatant un exploit dont la France peut à juste titre s'enorgueillir".
25 octobre 2006
CHANGEMENT D'HERBAGE, REJOUIT LES VEAUX...

"Le coin du cinéphage" prototype du blog foutraque est né en mars 2005, chez un autre hébergeur. Tout allait bien, mais la plate-forme a hélas fortement pâti d’une migration non préparée en janvier dernier, pour d’obscures raisons de sécurités. Les promesses n’engageant que ceux qui les reçoivent, comme le disait si bien l’ineffable Charles Pasqua, me voilà à changer d’herbage, après 9 mois à devoir vivre avec un électroencéphalogramme presque plat. Rien ne va fondamentalement changer sur le contenu, la platitude et les lieux communs régneront toujours en maîtres, mais l’ergonomie est ici beaucoup plus probante. Certaines rubriques vont être rapatriés ici…
Samedi 21 octobre dernier, c’était le 20ème anniversaires des joutes, à Toulouse. C’est l’occasion pour quelques amis cinéphiles de se retrouver pour discuter cinéma, se livrer à un petit jeu, loin des affres de la médiatisation. Cette association est née, suite à des retrouvailles d’anciens candidats du célèbre jeu de Pierre Tchernia, lors d’une émission spéciale. J’avais déjà relaté les précédentes éditions dans une note du 12 juin 2005. Désormais, cette réunion est à une période charnière de son histoire, mais il y a désormais un forum de rencontres: http://joutes-cinema.aceboard.fr/ , ou vous retrouverez des amoureux du cinéma très érudits, il est très rare que les questionnaires proposés ne trouvent pas une réponse, tant chacun a son époque de prédilection, ces coups de coeur. Les conversations fusaient, chacun rebondissant sur une réflexion. Le gagnant est à nouveau cette année l’ami Claude Baugée, qui a désormais son blog également chez "Canalblog", http://eeguab.canalblog.com/, Je l’ai suivi en voyant que ce cadre me correspondait mieux, suivi d’un basque au nom imprononçable et de Jackie Martel, collectionneur enthousiaste et que l’on retrouve souvent dans la foire des "Cinglés du cinéma", qui se déroule en début d’année à Argenteuil. Pour vous donner un petit goût à cette manifestation, je vous propose mon questionnaire, vous retrouverez les réponses dans le commentaire. La moyenne générale est de 8. Le forum des "Joutes" devrait désormais continuer à animer notre passion commune, vous pouvez nous retrouver, il suffit juste de s’inscrire.
Politique et cinéma :
1. Dans quel film, sorti en 1961, d’Henri Verneuil, avec Jean Gabin et Bernard Blier, retrouve t’on ce dialogue de Michel Audiard « Je suis un mélange d’anarchiste et de conservateur, dans des proportions qui restent à déterminer ».
2 Qui joue le rôle du président de la République de la France, dans « Les œufs brouillés » (Joël Santoni, 1975).
3 Titre du film militant de 1936, commandité par le Parti Communiste Français, pour s’opposer à la montée de groupuscules fascistes, et réalisé notamment par Jean Renoir, Jean-Paul Le Chanois et Jacques Becker..
4 Qui joue dans « État de siège », de Costa-Gavras, en 1972, le conseiller américain, Philip Michael Santos, enlevé à Montevidéo par un groupuscule révolutionnaire, les Tupamaros.
5 Dans « Good night and good luck » de George Clooney, sorti en 2005, qui tient le rôle du sénateur Joseph McCarthy.
6 Film italien de 1973 de Mario Monicelli, avec Ugo Tognazzi, Claude Dauphin et François Périer, où un député et d’anciens généraux fascistes, fomentent un coup d’état.
7 Quel est le nom du réalisateur d’ « Ogro » (1979), où Gian Maria Volonté joue un terroriste basque, et qui vient de mourir en octobre.
8. Titre d’un film français de 1955, de Paul Carpita, sur des tensions avec des dockers marseillais, et qui fut interdit. Le film fut finalement diffusé en 1990, grâce à la réapparition de l’unique copie existante confisquée par la censure politique.
9. Film de Pascal Aubier, tourné en 1970, où Alain Cuny joue le rôle d’un révolutionnaire de salon, avec Bernadette Lafont et Fabrice Luchini.
10. Qui joue « Norma Rae », Martin Ritt (1977), une ouvrière qui lutte pour obtenir de meilleures conditions de travail, dans une usine de textile.
11. Titre du film de John Frankenheimer de 1964 , avec Burt Lancaster, Kirk Douglas et Frederic March, où un général, hostile à la politique de désarmement du Président des Etats-Unis, prépare un putsch..
12. Nom du réalisateur de « L’ombre rouge » (1981), avec Nathalie Baye, Claude Brasseur et Jacques Dutronc, sur la lutte indirecte des communistes français dans « La guerre d’Espagne ».
13 Film espagnol de Juan Antonio Bardem (1979), où l’on retrouve les interprètes français Madeleine Robinson et Jacques François, traitant de la tentative de coup d’État fomentée par les nostalgique du Franquisme en 1977.
14. Quel comédien, décédé en juillet dernier, joue le rôle d’Harry M. Rosenfeld, rédacteur en chef du journal où travaillent Dustin Hoffman et Robert Redford, dans « Les hommes du président » d’Alan J. Pakula (1976) et qui joue dans « Bulworth », joué et réalisé par Warren Beatty, en 1998, où un sénateur suicidaire fait ses discours en rappant et se met à dire la vérité.
15. Nom du co-réalisateur de la période politique des films de Jean-Luc Godard, membre du groupe « Dziga Vertov », pour notamment « Vent d’Est » (1969), « Vladimir et Rosa » (1971), « Tout va bien » (1972)… .
23 octobre 2006
LADY CHATTERLEY
Avant-première à l’UGC Cité-Ciné Bordeaux de "Lady Chatterley", en présence de Pascale Ferran et de Jean-Louis Coulloc’h. La célèbre œuvre de D.H. Lawrence a été adaptée à plusieurs reprises, citons "L’amant de Lady Chatterley" de Marc Allégret, avec Danielle Darrieux en 1955 – que l’on imagine bien édulcoré -, l’érotico-soft film de Just Jaeckin, avec Sylvia Kristel en 1981, deux obscurs "Young Lady Chatterley", une préquel ? signé Alan Roberts en 1977 puis 85, et un téléfilm, "Lady Chatterley" de 1993 de Ken Russel, qui semble légitime pour le réalisateur du célèbre "Love" en 1969, autre adaptation culte de l’écrivain. Personnellement, j’avais été fortement impressionné par la maîtrise de ses "Petits arrangements avec les morts", en 1993, l’un des meilleurs films français des années 90. L’annonce d’une nouvelle version de l’œuvre de D.H. Lawrence pouvait surprendre dans le cliché que l’on pouvait avoir sur cette œuvre, sans l’avoir lue. Le silence de Pascale Ferran pouvait surprendre, depuis "L’âge des possibles" réalisé pour Arte en 1995. Elle répond avec franchise, qu’elle s’était totalement investi dans son premier film, et qu’elle manquait d’inspiration pour d’autres œuvres. La créativité revenue, elle n’a pas hélas réussi à obtenir un budget conséquent pour un film d’auteur ambitieux : "Paratonnerre". Elle a fait beaucoup de travaux d’écritures, de la version française "Eyes Wide Shut" de Stanley Kubrick, et a était scénariste sur "La sentinelle" ou "Mange ta soupe", ce qui l’a aidé pour l’écriture du film, avec Pierre Trividic. La réalisatrice a utilisé la troisième version écrite de l’œuvre "Lady Chatterley et l’homme des bois". Elle a eu un véritable coup de cœur pour cette œuvre éditée chez Gallimard, et qui est sensiblement différente de l’œuvre la plus connue. L’adaptation est originale, même si les conditions ne furent pas optimales ce soir là. Ca a commencé par une adepte de "La dame aux camélias", qui jalouse de voir une de ses rivales sur l’écran, s’est mise à cracher ses miasmes durant tout le film, avec la dernière énergie. Crachant tripes et âme, la "tubarde" doit avoir contaminé la moitié de la ville désormais. Jamais on aura vu autant de ferveur à élaborer une toux inédite, entre le brame du cerf et le marteau piqueur. N’importe qui serait mort à sa place… d’épuisement. En plus, le film a carrément cassé à deux reprises, dont durant une jolie et sensuelle scène florale, résultat une partie du public, panurgiste se mit à sortir, devant penser que c’était une audace de mise en scène de terminer un film d’une manière aussi abrupte... Si le film est parfois inégal, trop riche peut être et souffrant peut-être d’un trop plein filmique – le personnage de Bernard Verley, dans le rôle du père de Constance, doit se contenter d’une simple apparition, mais on devrait retrouver sous peu, une version feuilleton TV sur Arte, plus complète sous le titre éponyme "Lady Chatterley et l’homme des bois".

Marina Hands & Jean-Louis Coullog'h
Pascale Ferran évite tout académisme – à déplorer par exemple chez Jean-Daniel Verhaeghe, qui a signé une adaptation trop classique du "Grand Meaulnes", alors qu’il est beaucoup plus probant sur le petit écran -.En effet, loin des clichés attendus, on redécouvre l’œuvre originelle d’une grande sensibilité. Constance – étonnante et superbe Marina Hands, déjà sensible dans "Sur le bout des doigts" d’Yves Angelo, se fane littéralement d’ennui dans le château des Chatterley. Son mari Clifford – Hippolyte Girardot, rarement aussi bon, sauf chez Arnaud Desplechin -, handicapé physique, a du mal à la comprendre. Il dispose de sa domination sociale, et a une fierté avec son handicap le raidissant encore plus – confère la scène très drôle de la petite voiture qui refuse d’avancer -. Elle ne peut que se distraire qu’écouter ses conversations avec ses anciens amis militaires ou recevoir les rares visites d’Hilda, sa sœur – Hélène Fillières, étonnante en "garçonne" -. Les convenances la pèsent, et elle finit par tomber malade, mais la rencontre avec le garde-chasse Wragby, fruste et mutique – Jean-Louis Coullog’h, sorte d’amalgame entre Nicolas Silberg et Daniel Mesguich, avec une fragilité derrière un aspect "brut de décoffrage" -. Le désir physique naît entre ces deux personnes. Ils finissent par se découvrir, avec sensualité au fil de la relation, chacun donnant de l’énergie à l’autre, et s’obligeant à se transcender contre les conventions du voisinage. Le cinéma a rarement montré aussi justement l’amour fusionnel et une intimité fragile dans un couple. Ils transgressent une époque rigoriste sans obscénité, l’amour est un dénominateur commun pour ceux que tout oppose. Loin de l’agitation "gymastiquatoire" d’un Just Jaeckin – sans avoir vu son film cependant -, Pascale Ferran s’approche de l’essence charnelle des êtres. Le débat était passionnant, de découvrir le comédien Jean-Louis Coullog’h, très intuitif et au parcours singulier – de la cuisine au théâtre exigeant de Claude Régy -, timide, semblant à l’aise avec les scènes physiques, mais beaucoup moins dans les scènes de dialogue, il pulvérise par une grande sensibilité son personnage. La rencontre avec Pascale Ferran fut magnifique, rarement on peut retrouver dans le cinéma français une grande richesse, un investissement de tous les instants, une attention aux moindres détails. D’une œuvre de fiction, elle en fait un projet personnel, réussit à recréer une Angleterre puritaine mais fantasmée, à partir des superbes paysages du Limousin. Elle montre le passage des saisons, et l’évolution de la nature selon les périodes, elle la domestique, la recrée, en replantant des fleurs par exemples, pour magnifier les sens et cette histoire d’amour. Pascale Ferran livre une eau forte absolument originale, souhaitons que nous n’attendions pas 10 ans pour retrouver cet univers si riche, à l’écran.
18 octobre 2006
MORT DE DANIEL EMILFORK

Daniel Emilfork & Jacques Tardi, à l'occasion d'un hommage organisé par le dessinateur pour son idole, pour "Télérama".
Annonce de la mort de Daniel Emilfork, le cinéma ne lui aura pas donné des rôles à la mesure de son talent. Le cinéma français, notamment, était sans doute trop réducteur pour apprécier les subtilités de son jeu, et son phrasé si spécial. Il était pourtant un inoubliable "Le Kanak" dans "Chéri-Bibi", face à Hervé Sand, qui lui confèrera en 1975, une grande notoriété. Un grand monsieur avec un fort sens de l'autodérision quand il parlait de son visage de gargouille. J’avais eu la chance de le voir jouer en 2000, sa pièce "Pueblo Horno", un monologue sobre mais poignant, où il évoquait avec beaucoup de sensibilité son enfance au Chili. Il était né d’une famille russe et de culture juive. Il citait sa maîtresse parlant de lui comme "Ni noir, ni blanc, mais gris, juif". Une enfance difficile, son frère devint proche du régime de Pinochet, il souffrait de sa bisexualité et il avait perdu son talon dans une voie ferrée de son village, suite à une tentative de suicide à 17 ans. Il commence à s’intéresser au théâte avec Alejandro Jodorowski. Il s’exile en 1949, dans le plus complet dénuement. Il fint par suivre les cours de Tania Balachova, suite à une rencontre décisive avec l’EPJD, prônant l’enseignement par le jeu dramatique. Il y rencontre "une autre grenouille" (1) - un bibelot représentant une grenouille jouese de golf, était son totem, dans son modeste appartement -, - en la personne de la comédienne Denise Péron. Elle devient sa femme et lui donnera une fille Stéphanie Loïk, également comédienne. Les premiers engagements arrivent, avec les petits rôles dans la télévision du temps des "Buttes Chaumont", ou au cinéma comme dans "Frou-Frou" en 1954, où on le reconnaît en invité d’un bal masqué. Les débuts sont difficiles, il aimait à raconter, son permier rôle, le rôle du grand méchant loup dans une adaptation du "Petit Chaperon rouge" : "Un jour, il ôte son masque en pleine représentation et des centaines d'enfants se mettent à hurler, il en rit encore". (1) C’est le théâtre qui lui apporta le plus de satisfaction, notamment avec Patrice Chéreau qui le dirige dans le rôle titre de "Richard II", il lui demande ensuite d’être son coach pour "Troller", avant de le placer à la tête de l’école des Amandiers. Il n'avait pas voulu se laisser enfermer dans des rôles, souvent improbables de vampires - il semble se caricaturer dans son rôle draculesque dans "Au service du diable", selon un rédacteur du livre-somme "Cinéma Belge" (1999) - ou de truands inquiétants. Il craque un jour devant Alain Robbe-Grillet qui l’employa à deux reprises dans "Trans Europe Express", et dans l’onirique "Belle captive" : "Contrairement à ce que vous croyez, je ne peux pas avoir une gueule de gangster : quand vos ancêtres grimpaient aux arbres, les miens lisaient le Talmud" (1). Il est vrai que le cinéma n'a pas eu beaucoup d'imagination à son sujet. C’était un personnage au phrasé très spécial, assez curieux avec un comportement de diva, selon Jean-Pierre Jeunet, prêt à faire des procès à tout le monde aux moindres prétextes, mais aussi très touchant car blessé par la vie, comme il le confiait dans le commentaire du DVD de son film "La cité des enfants perdus". Son rôle de Krantz, savant fou et voleur de rêves d’enfant sera l’un de ses meilleurs rôles, mais il refusera cependant le rôle tenu par Serge Merlin dans "Amélie Poulain". Mais il est aussi bien à l'aise dans la farce, comme dans son inoubliable composition de "libellule", prenant une incroyable posture d’insecte dans le "Casanova de Fellini" ou son rôle d'Egyptien servile dans "Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ". Il aura pourtant avec Jacques Baratier, une collaboration fructueuse, du joueur de luth dans "Goha le simple" (1956), en passant par "La poupée" d'après Jacques Audiberti et "L'or du duc" (1965). Son côté inquiétant est souvent utilisé de l’espion joueur d’ocarina dans l’internationale distribution des "Espions" de Clouzot, à l’étrange propriétaire d’un hôtel meublé "Meurtres à domicile". Mais à un sentiment de menace, il pouvait conférer une drôlerie incroyable, que l’on songe à son rôle de tueur dans "Ballade pour voyou". Il joue un convoyeur, répondant au doux nom de "Molok" chargé de récupérer une valise noire auprès du personnage joué par Laurent Terzieff. Il ne cesse en l’escortant de lui dire "Comment va votre sœur ?", alors que Terzieff lui répond, complètement interloqué qu’il est fils unique. Molok en fait ne parle pas français, et ne fait que répéter la seule phrase qu’il connaît en Français pour l’avoir entendu dans une méthode assimil ! C’est l’occasion d’un formidable moment de cocasserie. Il était prompt à participer à des films expérimentaux, ou onirique comme dans "Taxandria" de Raoul Servais. Il pousse même le radicalisme jusqu’à ne prêter que son corps et sa gestuelle pour personnifier la Mort dans "Le passage", comme me confiait René Manzor, rencontré lors d’une avant-première. Il était ravi que l’on ne l’utilise pas, pour une fois, son singulier visage. C'était l'un de mes acteurs préférés, et je m’aperçois qu’il est difficile de lui rendre véritable justice. C’est finalement sa fille qui en a le mieux parlé : "Il a été incroyablement sous-employé. Les gens ont peur de lui alors que c’est un grand professionnel. Je pense que ce n’est pas en France qui aurait dû aller". (1). Selon ce même article, il disait avoir achevé un roman autobiographique "Le Batracien", qu'il ne souhaiter publier qu'après sa mort. Vous pouvez consulter un portrait original à son sujet : Portrait d'un prince hors-norme. Addenda du 2/12/2007 : On le retrouve une dernière fois, éblouissant en médecin militaire dans "Faut que ça danse" de Noémie Lvovsky, en voisin du personnage de Salomon, superbement campé par Jean-Pierre Marielle. Il faut le voir lui donner son diagnostic en créant une véritable panique, lui parler de l’incongruité d’avoir une vie sexuelle à son patient âgé, un grand moment délirant et jubilatoire.
(1) Libération du 17/02/1998.

Daniel Emilfork © François-Marie Banier
CV, établi avec Christophe Bier
Filmographie : 1954 Frou-Frou (Augusto Genina) - Futures vedettes (Marc Allégret) – 1955 Sophie et le crime (Pierre Gaspard-Huit) – 1956 Notre-dame de Paris (Jean Delannoy) – Saint on jamais ? (Roger Vadim) – 1957 Une Parisienne (Michel Boisrond) – Goha (Jacques Baratier) – Les espions (Henri-Georges Clouzot) – Maigret tend un piège (Jean Delannoy) – Sans famille (André Michel) – Le temps des œufs durs (Norbert Carbonnaux) – 1958 Le joueur (Claude Autant-Lara) – Les motards (Jean Laviron) – 1959 Du rififi chez les femmes (Alex Joffé ) – Pantalaskas (Paul Paviot) –1960 Le bal des espions (Michel Clément) – 1961 Le triomphe de Michel Strogoff (Victor Tourjansky) - Seul… à corps perdu (Jean Maley) – La poupée (Jacques Baratier) - Le rendez-vous de minuit (Roger Leenhardt) – 1962 Les bricoleurs (Jean Girault) – Ballade pour un voyou (Claude-Jean Bonnardot) – 1963 L’assassin viendra ce soir (Jean Maley) - OSS 117 se déchaîne (André Hunebelle) - Château en Suède (Roger Vadim) - Des frissons partout (Raoul André ) - Voir Venise et crever (André Versini) - 1964 - Le commissaire mène l’enquête [épisode "Fermez votre porte"] (Fabien Collin & Jacques Delile) - What’s new Pussycat ? (Quoi de neuf Pussycat ?) – Lady L (Id) (Peter Ustinov) – 1965 L’or du duc (Jacques Baratier) – Dis-moi qui tuer (Étienne Périer) - The liquidator (Le liquidateur) (Jack Cardiff) – 1966 Trans-Europ-Express (Alain Robbe-Grillet) - Lotosblüten für Miss Quon (Coup de Gong à Hong Kong) (Jürgen Roland) – 1967 L’inconnu de Shandigor (Jean-Louis Roy) – 1969 Midi-Minuit (Pierre Philippe) – 1971 Kill (Id) - Au service du diable / Le château du vice / La nuit des pétrifiés (Jean Brismée) – 1972 Travels with my aunt (Voyages avec ma tante) (Georges Cukor) - 1975 Il Casanova di Fellini (Le Casanova de Fellini) (Federico Fellini) – 1977 Who is killing the great chefs of Europe ? (La grande cuisine, ou l’art et la manière d’assaisonner les chefs) (Ted Kotcheff) – 1978 The thief of Bagdad (Le voleur de Bagdad) (Clive Donner) (Téléfilm diffusé en salles en Europe) – Subversion (Stanislav Stanojevic, inédit) – 1979 L’extraordinaire ascension de Maurice Bellange (Bruno Decharme, CM) – 1982 Meutres à domicile (Marc Lobert) - Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (Jean Yanne) – La belle captive (Alain Robbe-Grillet) – 1985 Pirates (Id) (Roman Polanski) – 1986 Le passage (René Manzor, silhouette de la mort seulement) – 1987 Niezwykla podróz Baltazara Kobera (Les tribulations de Balthazar Kober) (Wojciech J Has) - 1990 Artcore oder Der Neger (Heinz Peter Schwerfel, film expérimental) – 1993 De Vliegende Hollander (Le Hollandais volant) (Jos Stelling) – L’écriture de Dieu / Die Inschrift des Gottes (Heinz-Peter Schewerfel, CM) – 1994 Lou n’a pas dit non (Anne-Marie Miéville, voix seulement) - Taxandria (Raoul Servais) – 1996 La cité des enfants perdus (Marc Caro & Jean-Pierre Jeunet) – 1997 Babel (Gérard Pullicino, voix seulement) – 1998 Les frères Sœur (Frédéric Jardin) - 2001 Pat (Harold Vasselin, CM) - 2006 L’homme de la lune ((Serge Elissalde, film d’animation, CM, voix) - Faut que ça danse (Noémie Lvovsky).
Télévision : 1955 Crime et châtiment (Stellio Lorenzi) – 1956 La chemise (René Lucot) – Le revizor (Marcel Bluwal) – Cece (Bernard Hect) – 1959 Cristobal de Lugo (Jean-Paul Carrère) – 1960 Le fils du cirque (Bernard Hecht) – Un beau dimanche de septembre (Marcel Cravenne) - 1961 Youm et les longues moustaches (Yves-André Hubert) – Le massacre des innocents (Roland Bernard) – Le musée hanté – 1962 Magic Story - L’inspecteur Leclerc enquête : Feu monsieur Serley (Jean Lavrion) - L’esprit et la lettre : Candide ou l’optimisme (Pierre Cardinal) – 1963 Babaji et le roi Pataf (Anne-Marie Ullmann) - La caméra explore le temps : La conspiration du général Malet (Jean-Pierre Marchand) – 1964 Le héros et le soldat (Marcel Cravenne) – 1965 L’école de la médisance (François Gir) – La part du pauvre (Éric Le Hung) – 1967 Mars : mission accomplie (Edmond Tyborowski) – Signé Alouette (Jean Vernier) – 1968 Les bas-fonds (Jean-Paul Carrère) – La prunelle (Emond Tyborowski)- Graf Yoster gibt sich die Ehre (Le comte Yorster a bien l’honneur : Johann and co) (HW Schwarz) – 1970 Reportages sur un squelette ou Masques et bergamasques (Michel Mitrani) - Le dernier adieu d’Armstrong (Gilbert Pineau) - Allô police : La pantoufle de jade (Daniel Leconte) – Jumbo ein elefantenleben / Jumbo jet (Michael Phflegar) - Rendez-vous à Badenberg (Jean-Michel Meurice) – 1971 Romulus le grand (Marcel Cravenne) – 1972 La cantonade (Pierre Philippe) – 1973 Le canari (Peter Kassovitz, voix du récitant) – 1974 Chéri-Bibi (Jean Pignol) – Le comte Yoster a bien l'honneur : Un petit détail - 1977 Double détente (Claude-Jean Bonnardot) - Zwei himmlische Töchter : Ein Sarg nach Leech (Michael Phflegar) – 1980 Porporino (André Flédérik, captation) – 1981 Caméra une première : Square X (Jean Kerchbron) – 1986 Riviera (Alan Smithee [John Frankenheimer]) – 1987 Trakal (épisode N ° 4) (Gilles Bastianelli) – La poupée - Les mystères de l'agence K (Gérald Frydman) – La dernière fuite (Yves Turquier & François Verret, CM, + conception, [ captation spectacle dansé ]) - 1988 La fée Carabine (Yves Boisset) – M’as-tu vu : Le trésor des Cardeillac (Éric Le Hung) – Sueurs froides : Mort en copropriété (Arnaud de Sélignac) – 1990 Un film sur Georges Pérec [deux parties : "Te souviens-tu de Gaspard Wincker ?" & "Vous souvenez-vous de Gaspard Wincker ?" (Catherine Binet, récitant présent à l’image) – 1991 The first circle (Le premier cercle) (Sheldon Larry) – 2001 Les archives de Jean-Pierre Jeunet (vidéo) - 2005 Les rois maudits (Josée Dayan).
Théâtre : 195? Le petit chaperon rouge - Les méfaits du tabac, d'Anton Tcheckhov - L'autoclète, d'Alfred Jarry. Mise en scène de Pierre Alec Quains. Théâtre de la Huchette. 1951 La Tour de Nesle, d’après Alexandre Dumas fils. Mise en scène Pierre-Alec Quains - 1952 Doña Rosita de Federico Garcia Lorca. Mise en scène Claude Régy. Théâtre des Noctambules. - 1954 La matinée d'un homme de lettres. Théâtre de la Huchette- La peur de Georges Soria. Mise en scène Tania Balachova. Théâtre Monceau - Les Trois Sœurs de Tchekhov. Mise en scène Sacha Pitoëff. Théâtre de L’Oeuvre. - 1955 Homme pour homme. Théâtre de l'Oeuvre. - Les poissons d'or, de René Aubert. Mise en scène d'André Villiers. Théâtre en Rond. -1956 Les amants puérils de Crommelynck. Mise en scène Tania Balachova. Théâtre des Noctambules. - 1958 Ubu-Roi d’Alfred Jarry, au TNP - 1961 Dommage qu’elle soit une putain de John Ford. Mise en scène Lucchino Visconti.- Miracle en Alabama, de William Gibson. Mise en scène de François Maistre. Théâtre Hébertot. - 1965 L'autre royaume, de Marc Desclozeaux. Théâtre de Poche-Montparnasse. Mise en scène seulement. - Zoo story, d'Edward Albee. Mise en scène seulement. 1966 Hélas ! Pauvre Fred de James Sanders. Mise en scène Daniel Emilfork. Théâtre de Lutèce. - 1968 Le Manteau d’astrakan de Pauline Macauly. Mise en scène Daniel Emilfork. Comédie de Paris. - 1970 Richard II deWilliam Shakespeare. Mise en scène Patrice Chéreau. Théâtre de L’Odéon. - 1973 Toller, scènes d’une révolution allemande. Mise en scène Patrice Chéreau TNP Villeurbanne et Théâtre de L’Odéon - 1974 Zalmen ou la folie de Dieu d’Elie Wiesel. Mise en scène Daniel Emilfork. Nouvelle Comédie.- 1979 Kafka, Théâtre complet. Mise en scène André Engel. Théâtre National de Strasbourg. - 1980 Archéologie. Mise en scène Christiane Cohendy. Le Lucernaire - Porporino, de Domique Fernandez. Festival d'Aix en Provence. 1981 Les fiancés de Loches. Théâtre de Boulogne Billancourt. 1983. Lulu au Bataclan de Franck Wedekind. Mise en scène André Engel. - 1983 Minetti de Thomas Bernhard. Mise en scène Gilles Atlan. Festival d’Avignon.- 1986 Marat-Sade de Peter Weiss. Mise en scène Walter Le Moli. MC93 Bobigny. - 1987 Mindadoo Mistiru, mise en scène de François Verret. Festival de danse d'Aix en Provence - 1988 La Journée des chaussures de Denise Péron, Daniel Emilfork, Frédéric Leidgens. Festival d’Avignon et Nanterre-Amandiers. - 1991 Pas là de Samuel Beckett. Mise en scène Jean-Claude Fall. Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. - Voyage à Weimar, de Dominique Guilhard. Théâtre de la Bastille. - Le voyage, spectacle en 2 parties composé d'une reprise d'"Archéologie" et de la création de "Domus", de Daniel Emilfork & Frédéric Leidgens. Théâtre Paris-Villette. - 1997 Comment te dire de La Métaphore à Lille, puis au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis - 2000 Pueblo Horno de Daniel Emilfork. Théâtre Le Lucernaire. - 2003 Lettre ouverte à Renée Saurel de et mis en scène de Daniel Emilfork.

ARTICLE : Télérama n° 2898 - 28 juillet 2005
INTERVIEW
"Il faut être aventurier pour être comédien"
Dialogue à trois avec Daniel Emilfork, formidable acteur et source d'inspiration pour le dessinateur
Une silhouette inoubliable dans des films (presque tous) oubliables. Un demi-siècle d'apparitions éclairs singulières, mais aussi, au théâtre, des performances qui l'ont imposé comme un grand comédien. Et un modèle pour Tardi, qui s'est inspiré de lui pour certains de ses personnages, en particulier dans la série des Adèle Blanc-Sec et dans La Véritable Histoire du Soldat inconnu. Daniel Emilfork, qui s'est lui-même surnommé « la vieille gargouille », habite deux pièces minuscules et nues, au pied du Sacré-Cœur. Tardi repère avec émotion que le vieil immeuble est situé tout près du champ polonais, haut lieu des premières escarmouches de la Commune... Daniel Emilfork a 81 ans, sa silhouette est devenue une épure fragile. Il se dit « épuisé ». Il semble l'être, mais très vite il s'anime, le geste ample, l'ironie en embuscade.
Jacques Tardi : Pour moi, vous êtes un personnage qui, depuis que je vous ai vu dans Les Espions, de Clouzot [1957], n'a plus cessé de me fasciner. J'étais jeune. Je suis devenu dessinateur, j'ai vu d'autres films où vous n'aviez souvent que des rôles secondaires, et pendant toutes ces années, vous avez été sans le savoir une source d'inspiration pour moi.
Daniel Emilfork : Mais vous ne savez rien de moi ! Le compliment est terrifiant, je ne sais pas quoi répondre. Juste ceci : les acteurs qui sont conscients de leur image, de leur manière d'être, ça devient vite de la pacotille. Moi, ça ne me préoccupe pas.
Jacques Tardi : Je me souviens très bien d'une scène du film de Clouzot où vous jouiez de l'ocarina. Vous ne faisiez rien d'extraordinaire mais ça m'avait terriblement impressionné. J'ai constaté aussi, depuis, que face à vous, les autres comédiens paraissaient souvent fades...
Daniel Emilfork : C'est la présence. Sur un plateau de théâtre ou de cinéma, il y a ceux qui projettent et ceux qui ne projettent pas. On veut souvent exacerber l'expression. C'est stupide. Dans Les Espions, j'avais une scène où je rôdais autour d'une cabine téléphonique en écoutant ce qui se disait. Après la prise, le chef op a dit : « Ce type n'exprime rien. » Mais savoir écouter, c'est jouer ! Dans ce film, beaucoup d'acteurs qui en faisaient des tonnes étaient à chier. Un bon acteur permet au mystère du jeu d'émerger. Dès qu'on se mêle de vouloir contrôler cela, c'est mort. On peut enseigner des petites choses techniques, mais il est plus utile de faire comprendre à un apprenti comédien qu'on est acteur ou pas. Ça ne s'apprend pas.
Télérama : Au théâtre, vous avez joué des pièces prestigieuses, au cinéma, des rôles souvent anecdotiques. Comment avez-vous vécu ce grand écart ?
Daniel Emilfork : Si, aujourd'hui, j'ai une retraite misérable, c'est parce que j'ai parfois joué des pièces importantes sans fiche de paie. Ce qui me donnait l'élan, c'était le texte. Mais je ne me plains pas. Les gens qui ne sont pas aventuriers ne peuvent pas être vraiment comédiens. Au cinéma, les cachets modestes que je touchais en jouant les gangsters, les affreux m'ont permis de nourrir ma fille. Les metteurs en scène sont sans imagination. Après le rôle de savant fou dans le film de Jeunet [La Cité des enfants perdus], on m'a proposé des personnages de vampires, de fantômes. Je ne suis pas que cela...
Jacques Tardi : Fellini, lui, ne vous a pas « raté » en vous engageant dans son Casanova. J'essaie d'imaginer ce qu'a pu être votre rencontre avec lui...
Daniel Emilfork : Je me suis entendu à ravir avec lui. Après m'avoir remarqué dans un film de télévision, il m'avait convoqué pour jouer... un œil regardant à travers un trou. Sur place, il m'a écrit une scène en me disant : « Je veux que vous soyez une libellule. » J'ai compris qu'il ne fallait surtout pas être réaliste, qu'il était à la recherche du merveilleux, de son enfance... Le premier jour, on m'avait jugé comme un moins que rien. Puis Fellini a commencé à me lancer après chaque prise : « Danielito, ça vaut 1 million de lires ce que vous venez de faire ! » Alors, le regard des autres a changé du tout au tout. C'est ça, le monde du cinéma : terrifiant.
Jacques Tardi : On devine en vous regardant et en vous écoutant que la médiocrité vous insupporte...
Daniel Emilfork : Cela m'a coûté la moitié de ma carrière. Quand un metteur en scène m'emploie, je fais ce qu'il me demande. Mais mes yeux disent ce que je pense.
Jacques Tardi : Je me souviens avoir lu un article dans lequel vous disiez que si vous aviez décidé, en quittant le Chili, d'aller vivre en Amérique, vous auriez fait une tout autre carrière. C'était un regret ?
Daniel Emilfork : Non, j'ai choisi la France par passion. Au Chili, j'appartenais à une petite clique d'amis très francophiles et très radicaux. Pour nous, le monde était divisé en deux catégories, les merdes et les sous-merdes. Les merdes avaient lu Proust, les sous-merdes, non. Moi, je voulais vivre au pays de Proust. J'étais naïf. Mais je me suis tout de suite senti bien ici.
Jacques Tardi : Je continue à être étonné par le manque de curiosité des gens de cinéma à votre égard. S'ils vous avaient donné de grands rôles, je suis convaincu que le public vous aurait suivi, que vous seriez devenu une vedette comme un Michel Simon ou un Peter Lorre...
Daniel Emilfork : Dans les années 70, j'ai joué le Kanak dans Chéri-Bibi, un feuilleton télévisé qui a eu un grand succès. Je suis alors devenu très populaire. Les gens du peuple m'aiment beaucoup... En revanche, quand un certain M. Delarue de la télé m'a contacté pour que je participe à une émission sur les hommes laids qui ont fait carrière, j'ai répondu : « Ecrivez-le-moi. » J'étais prêt à l'attaquer en diffamation, car c'est un propos terriblement insultant... [Silence.] Ce que les gens ignorent, c'est que je suis une copie des juifs d'Ethiopie. Si vous nous mettez côte à côte, nous avons le même profil. Je suis assez fier de penser que je descends ainsi de la reine de Saba...
Télérama : Quand avez-vous pris conscience que vous étiez juif ?
Daniel Emilfork : A 12 ans. Un jour, ma professeur de français m'a regardé en me disant : « Tu es intelligent, mais il y a quelque chose de bizarre chez toi... Tu n'es pas blanc, tu n'es pas noir. Tu es gris. Comme tous les juifs. » En rentrant de l'école, j'ai demandé à ma mère ce que ce mot voulait dire. Elle m'a répondu qu'« être juif, c'était faire partie du Livre ». On ne lisait pas la Bible, je n'étais jamais entré dans une synagogue. Ma mère m'a expliqué que ma famille, qui avait émigré d'Odessa, était juive, qu'il fallait en être fier, mais que chez nous, on était socialistes. Cela signifiait qu'on ne faisait pas de différence entre les gens. J'en ai été marqué à vie, d'autant plus que nous étions traités comme des pestiférés au Chili, où l'antisémitisme était très fort. Mais ça n'était pas plus facile, loin de là, pour les autres minorités...
Jacques Tardi : En France, aujourd'hui, il y a de quoi s'inquiéter aussi devant certaines prises de position...
Daniel Emilfork : Parfois, en effet, je ne reconnais pas ce pays. Je n'aime pas cette montée du populisme. Les Arabes vivent ici depuis trois générations et, pourtant, on ne les accepte toujours pas. Je plains les gens qui n'ont pas les crocs pour se défendre. Moi, ma fin approche. A travers mon dernier spectacle, autobiographique, Comment te dire ?, j'avais souhaité transmettre une idée qui me tient à cœur : on ne peut pas vivre sans utopie. L'utopie est un rêve d'adolescence qu'on perd en général en devenant adulte, et pourtant, c'est ce rêve-là qui fait qu'un individu en vaut la peine. L'utopie, c'est croire qu'un jour, en naissant, tout homme aura droit à la justice.
Jacques Tardi : C'est une très belle conclusion. Il n'y a rien de plus à ajouter.
Propos recueillis par Jean-Claude Loiseau

Agence France-Presse Le mercredi 18 octobre 2006
Décès du comédien français Daniel Emilfork
Paris
Le comédien et metteur en scène français d'origine chilienne, Daniel Emilfork, connu du grand public pour son physique inquiétant de héros expressionniste, est mort mardi à Paris à l'âge de 82 ans, a-t-on appris mercredi par ses proches.
Son front haut, son crane chauve, son long visage émacié, ses yeux plissés, sa voix d'ogre teintée d'un accent moldo-valaque et sa maigreur de moine tibétain en ont fait une figure inoubliable qui aurait pu être celle du Nosferatu du film de Murnau.
Dès l'enfance, il avait eu à assumer ce physique insolite, mais il racontait que cette différence admise, il avait décidé de conquérir le monde!. Il devait évoquer en 2000 dans un spectacle autobiographique en solo, Pueblo Horno (Village-four), son enfance et sa jeunesse.
Né à San Felipe au Chili, dans une famille juive socialiste chassée de Russie par les pogroms, Daniel Emilfork parla d'abord l'espagnol et apprit le français lors de son installation en France, en 1949.
Ce handicap de départ ne l'empêcha pas de mener une carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision qui le cantonnèrent souvent, et parfois avec bonheur, dans des rôles de personnages hors normes, vampires, diables, savants fous et espions. Il travailla au théâtre sous la direction de Patrice Chéreau, Luchino Visconti, Andre Engel, et au cinéma avec Clouzot, Vadim, Polanski, Cukor etc...
Au théâtre, il a marqué le rôle du marquis de Sade dans le Marat-Sade de Peter Weiss monté en 1986 par Walter Le Moli.
Au cinéma, Fellini lui dessina un personnage démesuré d'homme-libellule dans son Casanova (1975) et Caro et Jeunet lui confièrent à 71 ans son plus beau rôle, celui d'un voleur de rêves d'enfants, dans La Cité des enfants perdus.
Pour la série télévisée Chéri Bibi (1974), il jouait Kanak, le médecin cannibale imaginé par l'écrivain Gaston Leroux.
Les obsèques de Daniel Emilfork, qui sera incinéré, se dérouleront dans la plus stricte intimité.
LIBÉRATION :
Emilfork s'est réveillé mort
L'acteur avait un talent aussi immense que son physique était étrange. Par Mathilde LA BARDONNIE
QUOTIDIEN : Jeudi 19 octobre 2006 - 06:00
Ce vendredi matin, l'acteur Daniel Emilfork sera brûlé à 9 heures au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. On commence ainsi concrètement par la fin le passage de l'incomparable artiste qui s'est éteint hier, à 4 heures du matin, chez lui, entouré de sa fille comédienne metteur en scène Stéphanie Loïk et du comédien metteur en scène Frédéric Leidgens, son alter ego depuis vingt-six ans. Daniel Emilfork disait: « On ne peut être pacotilleux vis-à-vis de la mort.» Souvent, il évoquait la chose. Son sourire n'était jamais loin, un rire plein d'affolantes dents de vampire blanches, aiguës, insolitement longues. Emilfork, le très laid si beau, si élégant, pouvait alors ajouter: « Je rêve de me réveiller mort.» Voilà donc qu'il rêve pour de vrai, à l'âge de 82 ans et sans avoir livré le spectacle qu'il voulait tirer des Sonnets de Shakespeare. On ne verra plus ce visage émacié de «descendant de la reine de Sabah et du roi Salomon», ainsi qu'il se décrivait, ahuri lui-même par son singulier profil, ses orbites de gargouille en un mot saisi par sa propre gueule sortie d'un film expressionniste à la Nosferatu ou d'un documentaire sur les camps. Il observait, sarcastique: «Un espion qui aurait ma tête, on le découvrirait tout de suite.» Juif chilien. Paris découvrit très vite l'aura du jeune prof d'anglais venu du Chili sans un sou en 1949 étudier chez Balachova, où ses condisciples sont Delphine Seyrig, Laurent Terzieff et autres Vitez, Lonsdale ou Denise Péron qu'il épouse. Il parle à peine français; déjà il apparaît dans la Tour de Nesle et pétrifie des salles d'enfants lorsqu'il ôte son masque de loup dans Le Petit chaperon . A sa grandiose et aristocratique bizarrerie physique s'ajoute l'attrait d'un grain de voix inouï; accent unique qu'il qualifiait de «moldo valaque» : une scansion matinée de russe de ses parents (chassés de Kiev et évadés de Sibérie) et de l'espagnol de San Felipe, où il est né en 1924, et s'est su assez tard juif. Daniel Emilfork, sans être croyant, répétait avoir adoré le rôle d'un rabbin. Pour le public non habitué des théâtres, il restera le Kanak de la série télévisée Chéri Bibi (1974) ou le savant fou de La Cité des enfants perdus de Caro & Jeunet. Il a joué dans une cinquantaine de films, depuis Les Espions de Clouzot en 1957 jusqu'à cet été encore où il tournait pour Noémie Lvovsky. Chez Baratier, Vadim, Polanski; valet, gangster ou croque-mort parmi moult nanars tel Le temps des oeufs durs ; mais surtout sa prestation ahurissante en libellule dans le Casanova de Fellini, à qui Emilforlk lança: «Je suis réputé être un homme difficile.» «Orgueilleux». «Il était orgueilleux», dit Patrice Chéreau, qui a appris de lui le secret de savoir regarder et corriger un comédien en déclenchant son imagination. En 1970, lors de Richard II. Chéreau engage Emilfork pour être York. Celui-ci pousse le metteur en scène à jouer lui-même le rôle-titre; il le dirige en répétitions : «Il m'encourageait à rêver, à me pousser vers des zones inconnues, mot après mot: j'ai avalé tout cela. Daniel était pétri de Stanislavski. L'expérience, ainsi, s'est reproduite pour Toller. Il détenait le secret du théâtre. Je l'ai appelé pour professer aux Amandiers de Nanterre.» Il y avait un vrai pédagogue en Emilfork, sourcier prompt à déceler chez un être cette chose mystérieuse nommée talent, don, présence, capacité de se mettre en danger... Son exigence, sa ferveur et son impossibilité de mentir lui permettaient d'être parfois sévère. De vaste culture, virtuose du français qu'il parlait en étranger, ce contemporain d'Adamov, Beckett ou Claude Régy était aussi l'allié de jeunes auteurs tel Lagarce. Tel son ami Frédéric Leidgens, avec qui il a joué Archélogie , une confession montée par Christiane Cohendy; puis aussi Comment te dire? On ne sait pas.
LE MONDE DU 20/10/2006

GAMMA/JEAN-PIERRE BONNOTTE
Le comédien Daniel Emilfork est décédé, à l'âge de 82 ans, le 17 octobre 2006 à Paris.
Daniel Emilfork, comédien, Fabienne Darge
C'était un dandy, un monstre, un personnage comme on n'en fait plus, aussi extraordinaire "à la ville" que dans ses rôles au cinéma et au théâtre : le comédien Daniel Emilfork est mort, à Paris, mardi 17 octobre, à l'âge de 82 ans. Il l'avait incarnée plusieurs fois, cette camarde qui vient de l'emporter : il la tutoyait, la défiait, jouait avec elle. Comme un torero. Elle l'a eu.
Pour beaucoup - pour les plus jeunes, notamment -, Daniel Emilfork restera comme l'inoubliable Krank, le voleur de rêves d'enfant de La Cité des enfants perdus, le film de Caro et Jeunet. Les autres se souviendront d'un des multiples rôles hors normes qu'il a incarnés avec son physique de héros expressionniste. Des méchants et des monstres. Des vampires, des diables, des savants fous, des espions. Sade en personne, son plus grand rôle au théâtre, dans Marat-Sade, de Peter Weiss, mis en scène par Walter Le Moli en 1986.
Il aurait pu être le Nosferatu de Murnau, il sera homme-libellule dans le personnage à la mesure de sa démesure que Fellini sut lui dessiner dans son Casanova. Et un de ces nombreux seconds rôles qu'il habita de sa présence étrange et crépusculaire, dans des films signés Henri-Georges Clouzot, Roger Vadim, Alain Robbe-Grillet, Romain Gary, George Cukor ou Roman Polanski. Au théâtre, Luchino Visconti, Claude Régy, Patrice Chéreau, avec qui il aura un vrai compagnonnage, ou André Engel s'attacheront cette silhouette d'outre-monde, venue des confins obscurs de la vie.
En janvier 2003, par un beau matin d'hiver, Daniel Emilfork nous avait reçue dans son petit deux-pièces de Montmartre, qu'il occupait "depuis que le Bateau-Lavoir, où (il) occupait l'atelier de Pissaro et de Max Jacob", avait brûlé. Il était, comme toujours, vêtu avec une élégance d'un autre temps - cette élégance qui était tout sauf une question d'argent : costume, cravate et bottines noires, chemise blanche à poignets mousquetaire ornés de boutons de manchette en perles grises. Et l'opale. Cette énorme pierre de malheur aux couleurs changeantes, qu'il portait à la main gauche, comme un défi au destin.
Autour d'un thé bouillant, à la russe, il avait rembobiné le fil de ses souvenirs, et rapidement, porté par sa voix grave et profonde, on était rentré dans un monde à la Blaise Cendrars, où s'enroulaient les volutes du réel et de l'imaginaire comme s'enroulaient les boucles formées par la fumée de son éternelle cigarette. Daniel Emilfork était né au Chili, dans une bourgade du nom de San Felipe, le 7 avril 1924. Ses parents, juifs russes socialistes chassés d'Odessa par les pogroms, avaient fini par échouer là, au terme d'une longue errance.
"ACCENT MOLDO-VALAQUE"
Enfance modeste et souffreteuse, où le sentiment de l'humiliation, de la différence, vient claquer comme un coup de fouet à l'âge de 12 ans, comme il le racontait avec son étonnant "accent moldo-valaque" : "Je ne savais pas que j'étais juif. Un jour, mon professeur de français m'a dit : "C'est curieux, toi, tu n'es ni blanc ni noir, tu es gris. Tu es juif."" A cela, sa mère répondra qu'"être juif, cela voulait dire appartenir au peuple du Livre", et qu'ils n'avaient "d'autre pays que les mots". Daniel Emilfork ne l'oubliera jamais. C'est par amour pour la littérature qu'il arrive à Paris, à 25 ans, avec 50 dollars en poche. La vie de bohème, pour lui, sera une réalité, et pas un cliché pour touristes ou pour bourgeois en mal de chic artiste.
Daniel Emilfork était un ogre exquis et vachard. Il aimait ou détestait, sans nuances, balayait d'un revers de ses interminables bras tel ou tel qui avait eu le malheur de lui déplaire, ou allait tout à coup chercher un volume d'Héraclite sur un des rayonnages de son impressionnante bibliothèque. "Je suis acteur pour que les jeunes gens et les vieux écrivent des poèmes et aient des utopies. Je veux que les gens rêvent à un autre monde", avait-il coutume de dire. C'était une diva, une vraie, pour qui l'art et la vie ne faisaient qu'un. Sans lui, nous rêverons moins bien, c'est sûr.
LE FIGARO DU 20/10/2006
Daniel Emilfork, la passion du théâtre
Hommage : L'acteur s'est éteint mardi à Paris.
Il y avait en lui un éternel enfant, blessé, inconsolable. Mais l'adulte, maître de son art, pouvait être d'une redoutable causticité. Daniel Emilfork s'est éteint mardi à Paris. Sa fille Stéphanie Loïk et ses amis l'ont accompagné hier matin pour un dernier adieu au Père-Lachaise. Mince jusqu'à la maigreur, de longues mains très fines, le souci d'une élégance très subtile et ce visage long, haut front bombé dégarni, larges paupières sur l'oeil fendu en amande, nez busqué, Daniel Emilfork avait du style. Et une voix envoûtante, un étrange accent, une manière d'articuler avec gourmandise qui n'appartenait qu'à lui. La langue, les mots, étaient le royaume de cet homme d'une culture immense et très curieux des autres. Il était né le 24 avril 1924 en Amérique du Sud. Ses parents, juifs russes, avaient dû fuir et s'étaient installés

