07 juin 2005
MORT D'ANNE BANCROFT
Mort des suites d'un cancer de l'admirable Anne Bancroft, inoubliable Annie Sullivan, éducatrice d'une jeune handicapée dans "Le miracle en Alabama" d'Arthur Penn en 1962, et la mythique Mrs. Robinson du "Lauréat" de Mike Nichols, en femme désoeuvrée qui déniaisait Dustin Hoffman. Avec Mel Brooks, elle formait l'un des couples les plus long d'Hollywood (41 années). Femme de caractère, elle marquait durablement ses rôles, même les plus courts de ces dernières années. En 1980, elle avait réalisé "Fatso" avec Dom de Luise, où elle "...réussit moins dans le comique que dans la description des personnages et de leurs rapports, en des scènes parfois de grande tendresse..." (Guy Gauthier, La saison cinématographique 1981).
Filmographie : 1951 Don’t bother to knock (Troublez-moi ce soir) (Roy Baker) – 1952 Treasure of the golden condor (Le trésor du Guatemala) (Delmer Daves) – Tonight we swing (Belgique : Les plus grandes vedettes du monde) (Mitchell Leisen) – 1953 The kid from left field (Harmon Jones) – Demetrius and the gladiators (Les gladiateurs) (Delmer Daves) – 1954 Gorilla at lage (Belgique : Panique sur la ville) – 1954 The raid (Hugo Fregonese) – New York confidential (New York confidentiel) (Russell Rousse) – A life in balance (Belgique : La sixième victime) (Harry Horner) – 1955 The naked street (Le roi du racket) (Maxwell Shane) – The last frontier (La charge des tuniques bleues) (Anthony Mann) – 1956 The last hunt (La dernière chasse) (Richard Brooks, apparition non créditée) – Nightfall (Jacques Tourneur) – Walk the proud land (L’homme de San Carlos) (Jesse Hibbs) – The restless breed (La ville de la vengeance) (Alan Dwan) – 1962 The miracle worker (Miracle en Alabama) (Arthur Penn) – 1964 The pumpkin eater (Le mangeur de citrouilles) (Jack Clayton) – 1965 The slender thread (30 minutes de surcis) (Sydney Pollack) – Seven women (Frontière chinoise) (John Ford) – 1967 The graduate (Le lauréat) (Mike Nichols) – 1971 Young Winston (Les griffes du lion) (Richard Attenborough= - 1974 The prisoner of Second Avenue (Le prisonnier de la 2e avenue) (Melvin Frank) – 1975 The Hindenburg (L’odyssée du Hindenburg) (Robert Wise) – 1976 Lipstick (Viol et châtiment) (Lamont Johnson) – Jesus of Nazareth (Jésus de Nazareth) (Franco Zeffirelli) – Silent movie (La dernière folie de Mel Brooks) (Mel Brooks) – 1977 The turning point (Le tournant de la vie) (Herbert Ross) – 1979 Fatso (+ réalisation) – 1980 The elephant man (Elephant man) (David Lynch) – 1983 To be or not to be (Id) (Alan Johson) – 1984 Garbo talks (À la recherche de Garbo) (Sidney Lumet) – 1985 Agnes of God (Agnès de Dieu) (Norman Jewison) – 1986 ‘Night mother (Goodnight, mother) (Tom Moore) – 84 Charing Cross Road (Tom Moore) – 1988 Bert Rigby, you’re a fool (Carl Reiner) – Torch song trilogy (Id) (Paul Bogart) – 1991 Honeymoon in Vegas (Lune de miel à Las Vegas) (Andrew Bergman) – Mr. Jones (Id) (Mike Figgis) – Neil Simon’s Broadway bound (En route pour Manhathan) (Paul Bogart, téléfilm diffusé en salles en France) – 1992 Love position n°9 (Dale Launer) – Point of no return (Non de code : Nina) (John Badham) – 1993 Malice (Id) (Harold Becker) – 1995 How to make an American quilt (Le patchwork de la vie) (Jocelyn Moorhouse) – Home for the Holidays (Week-end en famille) (Jodie Foster) – 1996 The sunchaser (Sunchaser) (Michael Cimino) – 1997 G.I. Jane (À armes égales (Ridley Scott) – The great expectations (De grandes espérances) (Alfonso Cuarón) - Critical care (Sidney Pollack) – 1998 Mark Twain’s America in 3D (Stephen Low, voix de la récitante) – Antz (Fourmiz) (Eric Darnell & Tim Johnson, voix seulement) – 1999 Up the villa (Il suffit d’une nuit) (Philip Haas) – 2000 Keeping the faith (Au nom d’Anna) (Edward Norton) – Heartbreakers (Beautés empoisonnées) (David Meerkin) – 2001 In search of peace (Richard Trank, voix de la récitante) – 2004 Delgo (Marc F. Adler & Jason Maurer, voix de la récitante).
ARTICLES : LIBÉRATION du 09/06/2005
Anne Bancroft, grande classe L'actrice américaine, charismatique et moderne, est morte mardi à 73 ans, par Didier Péron.
La grande actrice américaine Anne Bancroft est morte d'un cancer, mardi au Mount Sinai Medical Center de New York. Elle avait 73 ans. De la trempe des Barbara Stanwick, Gena Rowlands ou Claudia Cardinale, autres femmes charismatiques et modernes, non conformistes, elle était capable d'animer des rôles a priori lourds à gérer comme celui qui fit une part de sa réputation, la séductrice Mrs Robinson dans le Lauréat (1967) de Mike Nichols, parvenant dans une scène fameuse à se jeter dans le lit du tout jeunot Dustin Hoffman. L'année précédente, elle remplaçait au pied levé Patricia Neal pour le rôle de la femme-médecin de Frontière chinoise, ultime chef-d'oeuvre de John Ford.
Broadway. Née Anna Maria Louisa Italiano le 17 septembre 1931 dans une famille italienne du Bronx, Anne Bancroft est une élève brillante et précoce de l'American Academy of Dramatic Arts de Manhattan. Une série télé avec elle attire l'attention de la Fox, qui la prend sous contrat à 20 ans. Belle, brune, les studios veulent en faire une pin-up «un genre de construction à la Monroe, mais je souhaitais plutôt développer mon jeu par mon corps», racontera-t-elle au magazine Time. Elle tourne dans de nombreuses séries B et donne la réplique à Marilyn (et Richard Widmark) dans Troublez-moi ce soir (1952), de Roy Ward Baker. De cette première époque, on retiendra la Charge des tuniques bleues d'Anthony Mann et surtout le Nightfall glacé de Jacques Tourneur (1956), adapté d'un roman de David Goodis, dans un bijou de polar sous-joué au maximum, où Bancroft est la compagne de cavale d'Aldo Ray. Hollywood ne convient pas à sa personnalité affranchie et cultivée. Elle décide alors de rejoindre son New York natal et monte sur les planches à Broadway, au côté d'Henry Fonda, dans la pièce de William Gibson Two for the Seesaw. Elle décroche un Tony Award pour sa performance de danseuse bohémienne du Bronx. C'est dans une autre pièce de Gibson, The Miracle Worker, qu'elle triomphe à nouveau dans ce qui deviendra, un an plus tard au cinéma, un mélo fameux sous la houlette d'Arthur Penn, Miracle en Alabama. L'histoire d'une femme élevée dans un asile, à moitié aveugle, qui réussit à éveiller l'esprit d'une jeune handicapée mentale aveugle, sourde et muette (Patty Duke). Bancroft dira que ce rôle de battante tragiquement arc-boutée sur la nécessité de vivre lui correspondait parfaitement : «C'est de mon propre aveuglement que je me suis servie, l'ignorance de ce que je suis...» En 1964, elle épouse le comique Mel Brooks, qu'elle ne quittera plus. A partir des années 70, elle ralentit volontairement sa carrière pour élever leur fils, Maximilian, né en 1972. C'est son mari qui produit Fatso, une comédie à l'italienne qu'elle écrit, dirige et interprète, sur un type obèse troquant son amour de la nourriture pour celui d'une jeune fille qui le fait tourner en bourrique (et maigrir). Bancroft cinéaste ne restera assurément pas dans les annales. Flamboyante. Parmi les apparitions mirifiques de l'actrice, flamboyante quinquagénaire dans de nombreux seconds rôles, on retiendra celle de Mrs Kendal, comédienne adulée du théâtre londonien dans Elephant Man (1980) de David Lynch, produit par Mel Brooks, qui avait contacté le jeune cinéaste américain après être tombé à la renverse en découvrant Eraserhead. Anne Bancroft, allégorie de l'humanisme surgissant des coulisses, donnant la réplique pour un passage de Roméo et Juliette à l'homme-éléphant pâmé qu'elle embrasse («Vous êtes mon Roméo», constitue l'une des scènes les plus belles qu'elle ait jamais tournées. Des actrices de cette classe ne se remplacent pas.
LE MONDE - Nécrologie
Anne Bancroft, Mrs Robinson dans "Le Lauréat" par Thomas Sotinel
Article paru dans l'édition du 09.06.05
L'actrice américaine Anne Bancroft est morte d'un cancer lundi 6 juin à New York. Elle était âgée de 73 ans.
D'elle, on connaît forcément une image : une jambe gainée de soie, qui se déplie, sous le regard d'un tout jeune homme qui a le visage de Dustin Hoffman. L'affiche du Lauréat, qui la réduit à un symbole sexuel, est loin de faire justice à l'intelligence et à l'étendue de son registre. Ses pairs avaient reconnu ses qualités, au point qu'elle reste l'une des rares actrices à avoir reçu à la fois l'Oscar (cinéma), le Tony (théâtre) et l'Emmy (télévision) de la meilleure actrice. Anne Bancroft était devenue célèbre en jouant à Broadway puis dans le film d'Arthur Penn Miracle en Alabama (1962) le rôle d'Annie Sullivan, l'institutrice qui ramène la jeune Helen Keller, née sourde, muette et aveugle, parmi les vivants. Cinq ans plus tard, elle était Mrs Robinson, la mère de famille prédatrice qui séduit le jeune étudiant Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) dans Le Lauréat, de Mike Nichols. Actrice plutôt rare, on l'a aussi vue dans le remake de To Be Or Not To Be (1984) qu'avait réalisé son mari, Mel Brooks, ainsi que dans Elephant Man (1980), film de David Lynch produit par son époux. Née Anna Maria Louisa Italiano le 17 septembre 1931, dans une famille d'origine italienne du Bronx, Anne Bancroft joue à 20 ans dans de nombreuses pièces et feuilletons radiodiffusés. Selon la publication professionnelle d'Hollywood Variety, elle gagne également sa vie en donnant des cours d'anglais à la chanteuse péruvienne Yma Sumac. En 1951, la Fox lui fait passer un bout d'essai et l'engage. Elle part alors pour Hollywood où elle fait ses débuts en 1952, aux côtés de Marylin Monroe et Richard Widmark, dans Troublez-moi ce soir de Roy Ward Baker. Elle accumule les rôles au rythme industriel de l'époque, mais, selon ses propres termes, "n'apprend rien" . Parmi les films qu'elle tourne alors, on compte quand même La Charge des tuniques bleues d'Anthony Mann (1955) ou Nightfall de Jacques Tourneur (1956). Anne Bancroft préfère alors retourner à New York où elle auditionne pour jouer à Broadway aux côté de Henry Fonda dans Two For the Seesaw de William Gibson. C'est la première expérience théâtrale de la comédienne, ce qui ne l'empêche pas de voler la vedette à son partenaire et d'obtenir un Tony du meilleur second rôle féminin en 1959. Elle tient le rôle principal dans la pièce suivante de William Gibson, Miracle en Alabama, ainsi que dans son adaptation cinématographique. En 1963, elle remporte l'Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation d'Annie Sullivan. Pour tenir ce rôle, elle s'est aveuglée pendant des jours et a appris le langage des signes. Mais, si elle a brièvement fréquenté l'Actors Studio, Anne Bancroft aimait à dire qu'elle n'avait jamais ouvert le recueil de textes de Stanislavski que lui avait offert Rod Steiger. En 1963, Anne Bancroft reçoit le prix d'interprétation féminine à Cannes pour Le Mangeur de citrouille, de Jack Clayton et, l'année suivante, elle épouse Mel Brooks. Elle tient le premier rôle dans le dernier film de John Ford, Frontière chinoise (1966). En 1967, à 36 ans, elle devient Mrs Robinson dans Le Lauréat. Le succès du film, conforté par celui de la chanson Mrs Robinson, de Simon et Garfunkel, marque l'apothéose de la carrière d'Anne Bancroft. Celle-ci continue son parcours à un rythme moins soutenu, trouvant souvent à la télévision les rôles que le cinéma ne sait pas lui offrir. On se souvient d'elle en mère supérieure, dans Agnès de Dieu de Norman Jewison (1985), ou dans un rôle inspiré de la Mrs Havisham de Dickens, dans De grandes espérances d'Alfonso Cuaron (1998).
Décès de l'actrice Anne Bancroft, Mrs. Robinson
Née Anna Maria Italiano en 1931 dans le Bronx, Anne Bancroft démarre au cinéma dans Troublez-moi ce soir en 1952. Elle remporte l'Oscar pour Miracle en Alabama (1962) d'Arthur Penn dans lequel elle interprète Annie Sullivan, l'extraordinaire professeur d'Helen Keller, aveugle, sourde et muette.
Elle est ensuite nommée à quatre reprises, pour Le Mangeur de citrouille (1964), Le Lauréat, Le Tournant de la vie (1977) et Agnès de Dieu (1985). Son travail sur les planches à Broadway a également été récompensé par deux Tony Awards, dont l'un pour la pièce Miracle en Alabama en 1960. En 1964, elle épouse le comédien et metteur en scène Mel Brooks, rencontré lors de l'enregistrement d'une émission télévisée. Après avoir été entraînée à Hollywood par le producteur Darryl F. Zanuck et tourné dans plus d'une dizaine de films tout à fait "oubliables", elle revient à New York et devient membre de l'Actors Studio, se convertissant à la fameuse "méthode" popularisée par des stars comme Marlon Brando. Sous la direction d'Arthur Penn, elle remporte un Tony en 1958 dans la pièce Deux sur la balançoire. En 1966, elle apparaît dans Frontière chinoise de John Ford. Avec son mari Mel Brooks, elle tourne en 1979 La Dernière folie de Mel Brooks, puis en 1984 un remake de To Be or Not to Be d'Ernst Lubitsch. Elle a réalisé un film, Fatso, en 1980, dans lequel elle joue. Son dernier film, Beautés empoisonnées, date de 2001. La comédienne est décédée, lundi soir, à l'âge de 73 ans, à l'hôpital du Mont-Sina à New York. Avec Reuters
Commentaires
Commentaires ancien blog
Gashade (8.6.05 23:36)
Cher Cinéphage
Un autre rôle-phare de Bancroft est le médecin athée, féministe et bousculant les conventions de Frontière Chinoise de John Ford, ce film parfois maladroit devrait être revu. Il est amusant que pour son dernier film, Ford ait dépeint pour la première fois un héros-femme (héros en temps que protagoniste principal).
Ce qui me fait penser que c'est le 2ème membre du générique de Frontière Chinoise décédé en moins de 2 semaines, avec Eddie Albert.
J'ai revu Bancroft jeune dans un curieux "petit" film de Fregonese, passé sur Ciné Classic, Le Raid, lumineuse et fraîche comme un rayon de soleil dans l'eau!
(9.6.05 07:37)
Cher Gashade,
une érudition toujours bienvenue
amicalement
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